La transition de l'URSS à la Russie : un contexte fondamental
L'effondrement de l'Union soviétique en décembre 1991 propulse Boris Yeltsin au premier plan. Elu président de la République socialiste fédérative soviétique de Russie en juin 1991 avec 57 % des voix, il devient le premier chef d'État de la nouvelle Russie indépendante. Ce basculement s'opère dans un climat de crise économique aiguë : hyperinflation à 2500 % en 1992, chute du PIB de 40 % entre 1989 et 1996. Yeltsin dissout l'URSS via les accords de Belovej (8 décembre 1991), signés avec les leaders ukrainien et biélorusse.
Les institutions héritées du communisme volent en éclats. Le Soviet suprême, organe législatif bicaméral, est remplacé par une Douma d'État en 1993 après une crise constitutionnelle sanglante : Yeltsin ordonne le bombardement de la Maison blanche moscovite le 4 octobre, causant 147 morts. La nouvelle Constitution, adoptée par référendum le 12 décembre 1993 avec 58,4 % d'approbation, renforce le pouvoir présidentiel, calqué sur le modèle gaulliste français mais avec des pleins pouvoirs exécutifs.
Cette refonte n'efface pas les ombres : corruption endémique, oligarques naissants comme Boris Berezovski qui financent la campagne de Yeltsin en 1996. Le locataire du Kremlin, réélu de justesse avec 53,8 % face à Guennadi Ziouganov, incarne alors un libéralisme sauvage.
Boris Yeltsin, architecte du pouvoir post-soviétique
Boris Yeltsin domine la scène de 1991 à 1999, un règne marqué par 8 ans de turbulences. Né en 1931 à Boutka, ouvrier puis ingénieur, il gravit les échelons du PCUS jusqu'à devenir premier secrétaire du parti à Moscou en 1985 sous Gorbatchev. Démissionné en 1987 pour critiques virulentes, il rebondit comme député indépendant en 1989.
Sa présidence s'articule autour de réformes choc : privatisation massive via les "prêts contre actions" en 1995, qui enrichissent une poignée d'oligarques sur 70 % des grandes entreprises privatisées. L'économie plonge : chômage à 13 % en 1999, dette extérieure à 150 milliards de dollars. Yeltsin nomme 5 Premiers ministres en 17 mois entre mars 1998 et août 1999, signe d'instabilité chronique.
Sur le plan géopolitique, il cède la Crimée à l'Ukraine en 1994 sans heurt, signe le Partenariat pour la paix avec l'OTAN en 1994, mais perd le contrôle de la Tchétchénie après la première guerre (1994-1996), coûtant 80 000 vies. Son style erratique – alcoolisme supposé, discours incohérents – culmine avec sa démission surprise le 31 décembre 1999, désignant Poutine comme intérimaire.
Les Premiers ministres sous Yeltsin : une galerie d'instables
Viktor Tchernomyrdine, Premier ministre de 1992 à 1998, gère 6 ans de privatisation forcenée. Ancien patron de Gazprom, il stabilise les exportations gazières à 130 milliards de m³ annuels, mais son mandat voit l'émergence des "sept banquiers" oligarques. Démissionné en mars 1998 au milieu de la crise asiatique.
Sergueï Kirienko suit pour 4 mois : à 35 ans, il lance un défaut de paiement souverain le 17 août 1998, dévaluant le rouble de 6 à 20 pour 1 dollar, effondrant les réserves à 12 milliards. Evgueni Primakov, de mai 1998 à mai 1999, opte pour un virage étatiste : gel des privatisations, reprise en main des médias, PIB en hausse de 1,4 % en 1999.
Sergueï Stepachine, 3 mois en 1999, prépare le terrain sécuritaire. Puis arrive Vladimir Poutine le 9 août 1999, propulsé par les attentats mystérieux et la seconde guerre de Tchétchénie. Ces figures illustrent un exécutif fragmenté : moyenne de 1,3 an par Premier ministre sous Yeltsin.
Mikhaïl Gorbatchev : le dernier Soviétique avant la Russie
Mikhaïl Gorbatchev, secrétaire général du PCUS de 1985 à 1991, puis président de l'URSS jusqu'à sa démission le 25 décembre 1991, précède directement Yeltsin. Ses réformes – perestroïka économique, glasnost politique – libèrent la parole mais déclenchent l'implosion : PIB soviétique en baisse de 2 % par an dès 1989, pénuries alimentaires chroniques.
Le putsch de Moscou en août 1991, tenté par des durs du régime, échoue grâce à Yeltsin perché sur un tank. Gorbatchev perd tout pouvoir : l'URSS compte alors 15 républiques, 290 millions d'habitants, un arsenal nucléaire de 40 000 ogives. Sa popularité s'effondre à 5 % en 1991.
Post-URSS, il fonde un parti social-démocrate et critique ouvertement Yeltsin, obtenant 0,5 % à la présidentielle de 1996. Figure nobélisée en 1990, il symbolise la fin d'une ère, laissant un vide que Yeltsin comble dans la douleur.
Pourquoi la période Yeltsin a pavé la voie à Poutine
Le chaos économique des années 90 – espérance de vie en chute de 69 à 64 ans entre 1990 et 1994 – crée un appel à l'ordre. Yeltsin, avec un indice de popularité à 2 % en 1999, choisit Poutine pour sa fermeté en Tchétchénie : Grozny rasée en 82 jours, 25 000 morts. Cette guerre, coûtant 5,5 milliards de dollars, booste Poutine à 50 % d'opinions favorables.
Les oligarques, comme Vladimir Goussinski fuyant en 2000, sont muselés sous Poutine, contrairement à l'anarchie yeltsinienne où ils contrôlaient 70 % des médias. La centralisation budgétaire passe de 14 % du PIB en 1994 à 30 % en 2000. Yeltsin immunise juridiquement Poutine via un décret du 31 décembre 1999.
Une micro-digression : les archives déclassifiées en 2018 révèlent que Yeltsin craignait un retour communiste, optant pour un siloviki comme Poutine, ex-KGB.
Comparaison Yeltsin-Poutine : 30 % de croissance en plus sous le second
Yeltsin laisse une Russie appauvrie : PIB par habitant à 1770 dollars en 1999 contre 6500 en 2019 sous Poutine. La dépendance pétrolière explose – exportations de 100 millions de tonnes en 1999 à 250 en 2008 – mais Poutine diversifie via des fonds souverains de 180 milliards en 2022.
Libertés : sous Yeltsin, 2000 manifestations annuelles ; sous Poutine, répression accrue post-2011 avec 8000 arrestations. Géopolitique : Yeltsin signe START II en 1993 (réduction nucléaire à 3000 ogives), Poutine suspend le traité CFE en 2007. Le premier est chaotique, le second autoritaire – efficace à 65 % selon Levada Center en 2023.
Coût humain : Tchétchénie coûte 14 % du budget 1995 sous Yeltsin ; sous Poutine, stabilisation via Kadırov pour 70 milliards de roubles annuels.
Erreurs courantes à éviter sur les dirigeants pré-Poutine
On confond souvent Gorbatchev et Yeltsin : le premier réforme l'URSS intacte, le second enterre l'empire. Pas de consensus sur les réformes de choc : Stiglitz les qualifie de "catastrophe", alors que l'OCDE note une reprise dès 1999.
Autre piège : ignorer les régions. Sous Yeltsin, 89 sujets fédéraux naissent, Tatarstan obtenant 50 % de ses impôts ; Poutine recentralise à 85 % de recettes fiscales à Moscou. Vérifiez les dates : Yeltsin démissionne le 31/12/99, pas en 2000.
Et si on exagère l'alcoolisme de Yeltsin – documenté par des vidéos, mais anecdotique face à ses choix stratégiques. Prenez position : sans ses privatisations, pas d'élite pro-occidentale initiale sous Poutine.
FAQ : questions clés sur le gouvernement avant Poutine
Qui a succédé directement à Boris Yeltsin ?
Vladimir Poutine, nommé Premier ministre le 9 août 1999, devient président par intérim le 31 décembre 1999. Il gagne l'élection du 26 mars 2000 avec 52,9 % des voix dès le premier tour.
Quel rôle jouait Gorbatchev juste avant Yeltsin ?
Président de l'URSS jusqu'au 25 décembre 1991, il supervise la dissolution sans résistance après le putsch d'août. Yeltsin, vice-président du Soviet en 1990, le supplante dès juin 1991.
Combien de Premiers ministres Yeltsin a-t-il changés en 1998-1999 ?
Cinq en 17 mois : Kirienko, Primakov, Stepachine, puis brièvement Poutine avant sa promotion. Cette valse reflète une paralysie exécutive, PIB en recul de 5,3 % en 1998.
Conclusion : une ère chaotique qui forge la Russie moderne
Avant Poutine, Yeltsin et Gorbatchev incarnent la fin d'un monde : implosion soviétique, réformes brutales, instabilité gouvernementale avec 7 Premiers ministres en 8 ans. Cette période, de 1985 à 1999, voit le PIB chuter de 50 %, mais pose les bases d'une souveraineté russe affirmée. Poutine hérite d'un État failli pour le recentraliser, boostant la croissance à 7 % annuels jusqu'en 2008. Les leçons ? Le vide sécuritaire appelle l'autorité, mais à quel prix pour les libertés. Une transition indispensable, imparfaite, qui définit encore la politique russe en 2024.

