Le contexte historique de la succession après De Gaulle
Charles de Gaulle démissionne le 28 avril 1969 suite à l'échec du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, où le "oui" ne recueille que 46,8 % des suffrages. À 78 ans, le fondateur de la Ve République choisit de partir après dix ans au pouvoir, laissant un vide immense. La Constitution de 1959 prévoit une élection dans les 35 jours, fixant le scrutin au 1er juin pour le premier tour.
La classe politique est secouée : gaullistes purs et durs, centristes et gauche divisée. Georges Pompidou, ancien Premier ministre de 1962 à 1968, émerge comme favori. Son bilan économique post-Mai 68, avec une croissance de 5,2 % en 1969, renforce sa légitimité. Sans ce référendum raté, De Gaulle aurait peut-être prolongé son mandat jusqu'en 1972.
Comment s'est déroulée l'élection présidentielle de 1969 ?
Neuf candidats se présentent au premier tour le 1er juin 1969. Georges Pompidou, soutenu par l'UDR (ancêtre de RPR), obtient 41,8 % des voix, devant Alain Poher (centriste, 23,3 %) et Jacques Duclos (PCF, 15,4 %). Au second tour, le 15 juin, Pompidou l'emporte largement avec 57,58 % contre 42,42 % pour Poher, sur une participation de 83,9 %.
Ce scrutin confirme la vitalité du gaullisme sans De Gaulle. Pompidou modernise l'UDR en UDR-RPR, attirant 12 millions d'électeurs. Les scores varient régionalement : 65 % en Alsace-Lorraine, mais seulement 50 % à Paris. L'absence de De Gaulle au vote – il s'abstient – symbolise la transition.
Les observateurs notent une fracture générationnelle : les moins de 30 ans votent Poher à 55 %, préfigurant les évolutions sociétales.
Le parcours et le profil du successeur de De Gaulle
Né en 1911 à Montboudif (Cantal), agrégé de lettres classiques, Georges Pompidou enseigne avant de rejoindre la Résistance en 1940 sous le pseudonyme "Roux". Directeur de la Rothschild Bank de 1956 à 1962, il devient Premier ministre sous De Gaulle lors de la crise algérienne. Son discours du 30 mai 1968 apaise les grèves massives, évitant l'effondrement.
Comme président après De Gaulle, il incarne un gaullisme modernisé : moins charismatique mais plus technocrate. Passionné d'art contemporain – il lance en 1972 la collection du futur Centre Pompidou –, il défend aussi l'industrie automobile française, avec des commandes massives de Citroën pour l'État. Son mandat s'étend sur 4 ans et 8 mois, écourté par une leucémie fulgurante.
Les grandes réalisations et réformes sous la présidence Pompidou
Pompidou accélère la décolonisation : reconnaissance de la République malgache en 1973, accords avec le Maroc. Économiquement, le VIIe Plan (1971-1975) vise 5,6 % de croissance annuelle, atteint en 1972 avec 5,7 %. Le SMIC augmente de 20 % en 1970, les retraites de 14 %. La France rejoint la CEE avec l'entrée du Royaume-Uni en 1973, doublant le marché.
Enfrastructure : autoroutes doublées (de 1 000 à 2 500 km), TGV lancé en 1971 (prototype à 318 km/h), ports modernisés comme Fos-sur-Mer. Socialement, loi Rossignol de 1971 réforme les entreprises, loi Veil sur l'IVG préparée en 1972. Georges Pompidou président mise sur la "nouvelle société" : 600 000 emplois publics créés, universités décentralisées.
Cette ère voit le PIB par habitant grimper de 12 000 à 15 000 dollars (base 1970), mais l'inflation atteint 6,2 % en 1973 sous choc pétrolier.
Les crises majeurs pendant le mandat du président après De Gaulle
Le premier choc pétrolier de 1973 frappe durement : prix du baril x4, inflation à 13,7 % en 1974, chômage de 2,5 % à 3,1 %. Pompidou nomme Pierre Messmer Premier ministre en 1972 pour stabiliser. Mai 68 n'est pas oublié : grèves étudiantes en 1973 à Caen et Toulouse.
Politiquement, la censure de la presse persiste – affaire Rouge en 1970 –, et l'élection législative de 1973 voit les socialistes et communistes fusionner à 37 %, contraignant la majorité à 43 %. Pompidou dissout l'Assemblée en 1972, gagnant 46 % des sièges. Sa santé décline : infarctus en 1972, hospitalisations discrètes. Il refuse la démission jusqu'au bout.
Une micro-digression sur son amour des voitures : propriétaire d'une Maserati Quattroporte, il défend l'industrie auto française face aux importations japonaises naissantes, commandant 200 DS pour la présidence.
Pourquoi Pompidou dominait comme choix après De Gaulle
De Gaulle le désigne implicitement en 1968 : "Il a bien travaillé." Contrairement à Couve de Murville (Premier ministre intérimaire, impopulaire à 20 %), Pompidou unit les gaullistes à 80 %. Son programme – croissance, Europe, décentralisation – séduit les modérés, évitant un retour de la IVe République.
Les sondages d'avril 1969 lui donnent 45-50 % dès le premier tour. Poher, maire de Rennes, plafonne à 25 % faute de programme clair. Giscard d'Estaing, à 5 %, attend son heure. Successeur direct de De Gaulle, Pompidou assure la continuité : 70 % des ministres gaullistes reconduits.
Comparaison entre De Gaulle et son successeur : forces et faiblesses
De Gaulle (1959-1969) : charisme mythique, indépendance nucléaire (force de frappe 1964), sortie d'Alger (1962, 99 % OAS vaincue). Pompidou : plus consensuel, PIB +50 % sur 10 ans vs +35 % sous De Gaulle, mais moins visionnaire géopolitique – rapprochement sino-américain raté.
De Gaulle gagne 62 % en 1965, Pompidou 58 % en 1969, mais ce dernier gère mieux l'économie : exportations +120 % vs +80 %. Faiblesse de Pompidou : autoritarisme persistant, avec 15 % des Français se sentant censurés en 1972 (sondage IFOP). De Gaulle reste le "roi", Pompidou le "gérant efficace" – et parfois, on se dit que gérer une crise pétrolière vaut bien un putsch évité.
Erreurs historiques courantes sur la présidence post-De Gaulle
Erreur n°1 : croire Pompidou "non gaulliste". Il applique l'article 16 en 1961 indirectement via De Gaulle, et refuse l'OTAN intégré. N°2 : ignorer son rôle économique – le franc est fort, réserves de change à 25 milliards de dollars en 1974. N°3 : assimiler sa mort à un complot ; autopsie confirme leucémie.
Les manuels scolaires sous-estiment ses 1 700 km de RER neufs et l'aménagement du territoire (loi Pasqua 1973). Éviter de confondre avec Giscard : Pompidou n'élit pas les maires au suffrage direct. Leçon : la continuité gaulliste dure jusqu'en 1981.
FAQ : questions fréquentes sur le président après De Gaulle
Quel était le score exact de Georges Pompidou en 1969 ?
Pompidou récolte 11,049 millions de voix au second tour (57,58 %), contre 8,528 millions pour Poher. Participation record de 83,9 %, validant sa légitimité face aux 68ards.
Combien de temps a duré le mandat de Pompidou ?
De juin 1969 à avril 1974 : 4 ans, 10 mois. Septembre 1972 introduit le second tour majoritaire, prolongeant potentiellement à 7 ans à partir de 1976.
Pourquoi De Gaulle a-t-il choisi Pompidou comme dauphin ?
Son efficacité en 1968 (retour aux urnes, victoire aux législatives) et loyauté sans rivalité. De Gaulle déclare en privé : "C'est l'homme de la situation."
Conclusion : l'héritage du successeur de De Gaulle
Georges Pompidou consolide la Ve République en modernisant l'économie et les infrastructures, avec un PIB en hausse de 5 % annuel moyen et une Europe élargie. Moins flamboyant que De Gaulle, il pose les bases du giscardisme et de l'ouverture : 2 millions de logements construits, universités triplées. Son mandat, marqué par le pétrole et la maladie, révèle les limites du gaullisme pur. Aujourd'hui, son Centre Beaubourg symbolise cette ère : audace culturelle dans un pays en mutation. Comprendre cette transition éclaire les 50 ans suivants de présidence française.
