Le contexte de la Libération et la fin de la IIIe République
La France de 1945 émergeait d'une débâcle nationale. La IIIe République avait capitulé le 22 juin 1940 face à l'invasion allemande, menant à l'armistice et au régime de Vichy sous Philippe Pétain. Cinq années d'Occupation, marquées par 1,5 million de prisonniers de guerre et environ 600 000 collaborateurs jugés ultérieurement, avaient laminé les institutions. Le GPRF, installé à Alger en 1943 puis à Paris après la Libération en août 1944, visait à épurer l'administration et à préparer des élections.
De Gaulle, à la tête de la France libre depuis 1940, incarna la légitimité. Son discours du 18 juin 1940 à Londres, écouté par une poignée de Français, symbolisa la résistance. En 1945, avec 90 % de la population libérée d'ici mai, le pays comptait 400 000 résistants mobilisés et des purges touchant 10 000 fonctionnaires destitués dès septembre 1944. Cette phase transitoire dura 18 mois, évitant un vide constitutionnel.
Les ordonnances d'Alger du 17 septembre 1943 posèrent les bases : dissolution des assemblées, instauration du suffrage universel masculin et féminin – une première avec 21 millions d'électrices en avril 1945. Sans cela, la reconstruction économique, nécessitant 50 milliards de francs pour les dommages de guerre, aurait été impossible.
Comment Charles de Gaulle a pris les rênes du pouvoir en 1945
Le 26 août 1944, De Gaulle descend les Champs-Élysées devant 2 millions de Parisiens. Nommé président du GPRF le 3 juin 1944 par le CFLN (Comité français de la Libération nationale), il consolida son autorité. En 1945, il nomma 80 préfets issus de la Résistance, purgeant l'appareil vichyste. Son gouvernement comptait 20 ministres, dont des communistes comme Charles Tillon, reflétant l'union sacrée.
Les défis étaient titanesques : ravitaillement en pénurie avec 1 200 calories par jour par habitant en janvier 1945, inflation à 50 % et 2 millions de rapatriés d'Allemagne. De Gaulle lança le premier plan de modernisation en septembre 1944, prévoyant 100 milliards de francs pour l'industrie lourde. Sa stature militaire – 1,2 million d'hommes sous les armes fin 1945 – dissuada les putschistes potentiels.
Cette centralisation fonctionna : les élections municipales d'avril 1945 virent 80 % des maires résistants élus. Pourtant, les divergences avec les partis, notamment sur la bicamérisme, forcèrent sa démission en 1946.
Les pouvoirs exacts du président du GPRF en 1945
Contrairement à un président de la République constitutionnel, De Gaulle détenait des pleins pouvoirs. L'ordonnance du 9 août 1944 lui conféra l'autorité législative et exécutive, subordonnant les commissions d'épuration à son contrôle. Il promulgua 1 200 textes en 1944-1945, dont la nationalisation de la Banque de France et des grandes entreprises comme Renault.
Durée : de juin 1944 à janvier 1946, soit 19 mois. Budget : 300 milliards de francs alloués à la reconstruction, finançant 500 000 logements neufs d'ici 1947. Comparé à Vichy, qui avait dissous le Parlement, le GPRF rétablit la souveraineté en 6 mois, avec 95 % des tribunaux épurés.
Les limites ? Pas de contreseing parlementaire systématique, mais consultations informelles. Cela permit une réorganisation rapide : 40 % des officiers vichystes écartés, 150 000 indemnisations pour résistants.
Pourquoi il n'y avait pas de président élu en 1945
La Constitution de 1875 de la IIIe République était morte, sans successeur. Les élections constituantes d'octobre 1945, avec 80 % de participation, produisirent une Assemblée qui échoua deux fois à adopter un texte – 52 % pour le régime présidentiel en mai 1946. De Gaulle refusa le rôle de président intérimaire, préférant un retour à la légitimité.
En chiffres : 9,5 millions de voix pour les modérés, 5 millions pour les communistes. Le blocage dura jusqu'à la loi constitutionnelle du 27 octobre 1946, instaurant la IVe République avec Félix Gouin comme président provisoire en décembre 1946. Vincent Auriol, élu le 16 janvier 1947, fut le premier au suffrage indirect.
Ce vide institutionnel, souvent mal compris, explique pourquoi De Gaulle est parfois qualifié à tort de "président". C'était un chef de gouvernement absolu, pas un monarque républicain.
Le rôle de De Gaulle comparé aux présidents de la IVe République
De Gaulle dirigea activement : discours radiodiffusés hebdomadaires, voyages en province touchant 10 millions de Français. Auriol, de 1947 à 1954, fut ceremonial, avec 25 gouvernements en 7 ans – instabilité à 3,5 par an. De Gaulle nommait sans contrainte ; Auriol négociait avec les présidents du Conseil.
Impact économique : sous GPRF, PIB en hausse de 15 % en 1945 malgré tout ; sous IVe, croissance molle à 4 % annuels jusqu'en 1958. Militairement, De Gaulle intégra l'armée dans l'OTAN naissante, contrairement aux hésitations gaullistes ultérieurs.
Une micro-digression : les Anglais, qui l'avaient exilé, lui durent leur vision d'un leader fort – ironie du sort pour un homme qui méprisait pourtant les "Anglo-saxons".
Les événements marquants de 1945 sous le GPRF
Avril : suffrage féminin aux municipales, 38 000 communes renouvelées. Mai : capitulation allemande le 8, avec 1,6 million de Français libérés des stalags. Juillet : procès de Pétain, condamné à mort (commué). Octobre : première Assemblée constituante, dominée par MRP (28 %), SFIO (25 %), PCF (24 %).
Économie : Monnet planifie l'acier à 12 millions de tonnes en 1950 ; charbon à 55 millions en 1947 contre 40 en 1945. Social : 800 000 femmes aux usines, grèves communistes en décembre touchant 2 millions d'ouvriers.
De Gaulle imposa l'unité : refus de coalition PCF-SFIO, purge de 100 000 miliciens. Ces 12 mois posèrent les fondations de la croissance des Trente Glorieuses.
Erreurs courantes et mythes sur le président français en 1945
On attribue souvent à De Gaulle le titre de président de la République, erreur due à la confusion GPRF-Présidence. Un autre mythe : Pétain comme "bouclier", De Gaulle "l'épée" – simplisme, car 75 % des Français soutinrent Vichy en 1940. Combien de traîtres ? Environ 10 000 exécutions sommaires post-Libération, 40 000 prisonniers en 1945.
Pas de consensus sur l'épuration : 10 % des Français pensaient en 1945 qu'elle était excessive, selon sondages IFOP. Éviter de romantiser : De Gaulle exclut les communistes du gouvernement en mai 1945 malgré leur 25 % des voix.
Conseil pratique pour les chercheurs : croiser archives de la Défense (Vincennes) et discours officiels – 500 pages pour 1945 seul.
FAQ : Questions fréquentes sur le chef d'État français en 1945
Qui a succédé à Charles de Gaulle comme président en 1946 ?
Félix Gouin, socialiste, prit la présidence de l'Assemblée constituante le 23 janvier 1946. De Gaulle démissionna le 20 janvier, marquant la fin du GPRF. Gouin dirigea jusqu'en juin 1946, avant Georges Bidault.
Quel était le statut constitutionnel du GPRF ?
Provisoire, basé sur ordonnances sans Constitution. Pleins pouvoirs exécutif-législatif pour 6 mois renouvelables, jusqu'aux élections. Durée effective : 20 mois, avec 1 500 décrets-lois.
Combien de temps a duré la transition sans président élu ?
De juillet 1940 à janvier 1947 : 6 ans et demi. Mais sous GPRF seul de 1944 à 1946, soit 19 mois actifs de reconstruction.
Conclusion : L'héritage du leadership provisoire de 1945
En 1945, Charles de Gaulle n'était pas président de la République mais le pivot de la refondation française. Son GPRF épura, électrisa et modernisa un pays brisé : suffrage féminin, nationalisations couvrant 20 % de l'industrie, armée de 700 000 hommes. Sans lui, l'instabilité de la IVe aurait frappé plus tôt. Les débats persistent sur son autoritarisme – 30 % des historiens le voient comme un dictateur bienveillant –, mais les faits parlent : croissance de 17 % du PIB en 1945-1946. Cet intermède forgea la République moderne, rappelant que les crises exigent des leaders absolus, pour un temps limité. Comprendre 1945 éclaire les fragilités institutionnelles persistantes.
