Le contexte de la crise qui précipite l'arrivée au pouvoir en 1958
La IVe République agonise depuis des années, minée par l'instabilité gouvernementale : pas moins de 24 cabinets en 12 ans, avec une moyenne de durée de six mois par exécutif. La crise algérienne, déclenchée en 1954 par la guerre d'indépendance, expose les faiblesses structurelles. Les attentats du FLN font 25 000 morts côté français en quatre ans, tandis que l'opinion publique se divise entre négociations et intégration.
En mai 1958, le gouvernement Pflimlin, nommé après la chute de Gaillard, envisage des pourparlers avec le FLN, ce qui affole les ultras en Algérie. Le 13 mai, une manifestation à Alger dégénère en occupation du palais d'été du gouvernement général. Les généraux Jouhaud, Massu et Salan prennent le contrôle, réclamant le retour de De Gaulle. À Paris, l'armée d'Afrique menace de marcher sur la capitale, paralysant l'Assemblée.
Cette séquence accélérée – trois jours entre le putsch et la démission de Pflimlin – révèle l'impuissance du régime. Les socialistes et communistes s'opposent, mais la droite et le centre cèdent. Qui prend le pouvoir en 1958 ? Pas un général putschiste, mais un homme politique civil, symbole de 1940.
Le 13 mai 1958 : le déclencheur exact du changement de régime
Le 13 mai 1958 commence par un meeting commémorant le 8 mai 1945, à Alger. La foule, chauffée par des officiers pied-noirs, envahit les bâtiments officiels vers 18 heures. Le général Massu harangue 20 000 personnes : "Vive de Gaulle !" est scandé pour la première fois publiquement depuis 1946. Salan assume le Comité de salut public, diffusant un appel radio à Paris.
À Matignon, René Coty, président affaibli, sonde les forces politiques. Le soir même, il contacte De Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises. Ce dernier répond par télégramme : "Je tiens prêt le concours que vous jugeriez opportun." Pflimlin démissionne le 28 mai, après avoir échoué à un vote de confiance. L'Assemblée, sous pression militaire – 50 000 paras prêts à parachuter –, valide l'article 90 de la Constitution, permettant une investiture exceptionnelle.
Ce putsch "légaliste" réussit parce qu'il exploite les failles constitutionnelles. Sans effusion de sang en métropole, il impose un rapport de force : les parlementaires choisissent la survie immédiate plutôt que la cohérence républicaine.
Comment Charles de Gaulle reprend-il les rênes en quelques jours ?
Charles de Gaulle, écarté du pouvoir depuis 1946, atterrit à Alger le 4 juin, accueilli par un million d'Algerois en liesse. Il prononce son discours historique : "Je vous ai compris", liant intégration et réforme. À Paris, investi le 1er juin à 80 % des voix, il forme un gouvernement incluant Pinay aux Finances et Soustelle à l'Information.
Ses premiers actes sont chirurgicaux : loi des pleins pouvoirs votée le 2 juin pour six mois, prorogée ensuite. Il dissout en partie l'armée rebelle, nomme Delbecque délégué en Algérie et prépare un référendum constitutionnel. En trois mois, il rédige la nouvelle Constitution, adoptée à 79,25 % le 28 septembre – 18 millions de oui contre 4,5 millions de non. La Ve République naît le 4 octobre, avec De Gaulle élu président le 21 décembre par 62 % des grands électeurs.
Ce retour fulgurant s'appuie sur son aura : 18 ans d'exil volontaire, livres comme La France et son armée, et un réseau gaulliste clandestin. Mais il dépend aussi de la panique : sans crise, pas d'appel cotyiste le 19 mai.
Les pouvoirs exceptionnels accordés : une rupture constitutionnelle décisive
La loi du 2 juin 1958 donne à De Gaulle le droit de gouverner par ordonnances jusqu'au 6 mois, de modifier la Constitution et de légiférer par décret. Résultat : 1 200 textes adoptés en 1959 seul, contre 300 annuellement sous la IVe. Le Parlement perd son article 49-3 illimité, limité à une fois par session.
Cette concentration exécutive – président élu au suffrage indirect, responsable devant lui et non l'Assemblée – inverse le parlementarisme pur. Les chiffres parlent : durée moyenne d'un gouvernement passe à cinq ans sous Ve, contre six mois avant. De Gaulle nomme huit Premiers ministres en 11 ans, contre 24 en 12 ans pour la IVe.
Critiques fusent : les communistes parlent de "coup d'État légal", mais le référendum légitime le tout. Sans ces pouvoirs, l'Algérie aurait sombré plus vite dans le chaos, avec 400 000 harkis abandonnés potentiellement.
Pourquoi De Gaulle et pas les généraux putschistes ?
Salan et Massu, héros du 13 mai, rêvent d'un directoire militaire, mais De Gaulle les marginalise vite. Salan devient délégué général en Algérie jusqu'en décembre, puis écarté ; Massu révoqué en 1960 pour critique. Pourquoi ? De Gaulle incarne la légitimité républicaine : Libérateur en 1944, il refuse le pronunciamiento à la Franco.
Sondages internes montrent 60 % des Français favorables à son retour dès mai. Les parlementaires, 75 % de la Chambre des députés, le soutiennent pour éviter la guerre civile. Les généraux, divisés – 30 % des officiers d'active pro-putsch –, manquent d'unité politique. De Gaulle, avec son RPF dissous mais réseau intact, offre une sortie légale à la crise.
Une micro-digression : imaginez Salan à l'Élysée, avec ses discours balbutiants ; l'Histoire préfère les plumes affûtées aux sabres.
La IVe République versus le retour au pouvoir de 1958 : une comparaison chiffrée
Sous la IVe, 21 gouvernements en 1946-1958, investis à 52 % en moyenne ; sous Ve, stabilité absolue jusqu'à 1962. Budget bloqué 150 jours par an en moyenne avant 1958 ; après, exécutif décide en 48 heures. L'inflation culmine à 17 % en 1957 ; De Gaulle la ramène à 3 % en 1960 via Pinay-Rueff.
Algérie : 300 000 morts cumulés d'ici 1962, mais négociations accélérées par la force gaulliste. Alternatives comme le maintien intégral ? Coût estimé à 10 milliards de francs annuels, impossible avec dette à 60 % du PIB. Le régime précédent échouait sur tout : instabilité, pusillanimité face au FLN (3 000 attentats en 1957).
De Gaulle domine parce que rationnel : 70 % d'approbation en 1958, contre 40 % pour Pflimlin.
Erreurs fatales de la IVe qui ouvrent la voie au pouvoir en 1958
Erreur numéro un : Constitution faible, article 49-3 abusé 103 fois, provoquant 11 dissolutions inutiles. Deux : gestion algérienne molle – loi-cadre de 1956 diluée, Guy Mollet envoie 500 000 hommes sans victoire. Trois : divisions partisanes, SFIO et MRP bloquent les réformes 80 % du temps.
Pour éviter cela aujourd'hui ? Renforcer l'exécutif sans plébiscite permanent. Mais en 1958, ces fautes cumulées – déficit budgétaire à 5 % du PIB chronique – rendent le crash inévitable. Les leçons persistent : sans majorité claire, le régime parlementaire vire au chantage militaire.
(Et ironie du sort : les mêmes qui pleurent la IVe en 1958 la défendent encore en manuels scolaires.)
FAQ : questions clés sur qui arrive au pouvoir en 1958
Qui était président de la République juste avant 1958 ?
René Coty, élu en janvier 1954 avec 78 % des grands électeurs, dernier président de la IVe. Il appelle De Gaulle le 19 mai, forçant la main au Parlement divisé entre gaullistes (15 %) et modérés.
Quel rôle joue l'Algérie dans l'accession au pouvoir de De Gaulle ?
Centrale : le putsch d'Alger mobilise 100 000 Pieds-Noirs et ultras, menaçant Paris. Sans cela, pas de crise majeure ; De Gaulle l'utilise pour imposer sa réforme, aboutissant aux accords d'Évian en 1962.
Combien de temps De Gaulle reste-t-il au pouvoir après 1958 ?
Élu président en décembre 1958, réélu en 1965 au suffrage universel (55 %), démissionne en 1969 après le non au référendum (52,4 %). Total : 11 ans effectifs, transformant la France en puissance nucléaire.
Les facteurs décisifs qui font de 1958 un basculement irréversible
Trois piliers : un homme providentiel avec 80 % de soutien populaire ; une armée déloyale à la République (20 % des officiers pro-OAS plus tard) ; un Parlement discrédité, avec 25 % d'absentéisme chronique. Résultat : référendum de 1958 à 82 % de participation, validant le passage à la Ve.
Contrepoints : pas de consensus sur l'Algérie – De Gaulle opte pour l'indépendance en 1959, trahissant les ultras. Mais chiffres nets : croissance PIB à 5,8 % annuel 1958-1968, contre 2,5 % avant. Le régime hybride – semi-présidentiel – résiste encore, avec 65 ans de durée.
Alternatives marginales : Bidault ou Pleven ? Zéro chance, sans charisme ni réseau militaire.
En conclusion, qui arrive au pouvoir en 1958 définit la France moderne. Charles de Gaulle, porté par la crise du 13 mai 1958 et les failles de la IVe, impose une Ve République stable, centralisée, efficace économiquement. Malgré controverses algériennes – 1 million de rapatriés, accords d'Évian contestés –, ce régime survit aux cohabitations et assure 6 décennies de continuité. Leçons intemporelles : en crise profonde, le peuple plébiscite l'autorité forte, quitte à rogner les parlements. Aujourd'hui, avec instabilités budgétaires récurrentes (déficit à 5 % en 2023), l'héritage gaulliste pèse encore lourd.
