Ces Nuits où le "Predator" a dû s'incliner à l'UFC
Quand on parle de Ngannou, on pense immédiatement à cette force de frappe irréelle, ce genre de puissance qui, si elle touche, finit le combat instantanément. Du coup, ses défaites en MMA sont souvent scrutées sous l'angle de l'échec de cette puissance, mais je pense que c'est plus profond que ça. Il y a eu, bien sûr, la première grosse déception contre Stipe Miocic à l'UFC 220, en janvier 2018. Stipe, à l'époque, avait cette capacité incroyable à encaisser les coups les plus durs du monde et à répondre avec un volume de travail soutenu. Ngannou, je l'ai trouvé un peu trop confiant, peut-être, il a dépensé une énergie folle au premier round, et Miocic a méthodiquement gagné les rounds suivants en le fatiguant.
En fait, c'est souvent la gestion de l'effort sur cinq rounds qui a posé problème au début de sa carrière à l'UFC. Le combat contre Derrick Lewis, par exemple, en 2018 également, est un cas d'école de ce que je veux dire. Ce match était juste... étrange. Deux gars qui se respectaient trop ou qui avaient peur de se faire mettre KO, je ne sais plus trop, mais le rythme était incroyablement lent. Lewis a gagné aux points, mais je pense que Ngannou aurait pu forcer la décision s'il avait juste osé engager un peu plus son jeu. C'est une défaite qui, selon moi, est plus une faute de stratégie qu'une supériorité technique de Lewis.
Le Duel contre Gane : Quand la Puissance Ne Suffit Pas
Il y a un nom qui ressort toujours quand on parle des adversaires qui ont su neutraliser Ngannou sans le mettre KO : Ciryl Gane. C'était le combat pour la ceinture vacante, et Gane, avec son jeu de jambes fluide et sa distance parfaite, a réussi quelque chose que peu de gens croyaient possible : il a battu Francis aux points. J'ai revu ce combat plusieurs fois, et ce que j'ai remarqué, c'est que Gane n'a jamais vraiment paniqué face à la menace de KO. Il dansait, il touchait, il reculait, et surtout, il ne restait jamais dans le "pocket" où Ngannou est le plus dangereux.
Ce n'était pas une lutte de force brute, c'était une leçon de placement. Gane a prouvé que si vous ne permettez jamais à Ngannou de mettre son corps entier dans le coup, même la puissance légendaire peut être mise en sourdine. Cela dit, il faut reconnaître que Ngannou, depuis cette époque, a énormément travaillé son jeu de jambes et sa capacité à travailler en transition, il n'est plus le même combattant statique.
L'Affrontement avec Jon Jones : Une Défaite par la Carte
Le retour de Francis Ngannou à l'UFC pour affronter Jon Jones à l'UFC 295 était censé être le couronnement, le combat qui allait redéfinir sa carrière avant son départ. Malheureusement, ce fut un rappel brutal de la différence entre un striker d'élite et, disons, le meilleur combattant toutes catégories confondues. Jones, même après une longue pause, a su imposer son rythme.
La défaite est arrivée par soumission technique, une clé de bras au sol, ce qui est ironique quand on pense à la stature de Ngannou. Mais encore une fois, il faut regarder le déroulement : Jones a réussi à amener le combat au sol, ou du moins à le contrôler au corps à corps, ce qui épuise n'importe quel poids lourd. Je pense que Francis n'a pas eu le temps de trouver son rythme de frappe avant que Jones ne commence à imposer sa lutte. C'est une défaite qui n'est pas honteuse, mais qui montre que dans le top niveau, il faut maîtriser l'intégralité des facettes du combat, pas seulement la plus spectaculaire.
Et en Boxe, Qui a Réussi à le Dominer ? L'Épreuve Fury
Dernièrement, l'attention s'est portée sur sa carrière en boxe, et là, la réponse est claire : Tyson Fury. Le 28 octobre 2023, Ngannou a fait ses débuts contre le champion WBC, et bien que le résultat officiel soit une défaite par décision partagée (split decision), beaucoup de gens, moi y compris, ont trouvé que ce verdict était injuste. Je pense que Ngannou a surpris tout le monde, y compris Fury, par sa capacité à tenir la distance et à placer des coups lourds.
Ce qui est intéressant ici, ce n'est pas tant la défaite, mais le fait qu'il ait été si proche de créer l'une des plus grandes surprises de l'histoire du sport. Fury a été envoyé au tapis, ce qui est rare. Du coup, même si techniquement il a perdu, je trouve que cette performance en boxe prouve que sa notion de puissance est universelle. Il n'a pas été battu de manière écrasante, il a perdu d'un cheveu contre un poids lourd légendaire de la boxe pure.
Ce que ces Défaites Nous Apprennent sur l'Évolution de Ngannou
Si l'on met toutes ces défaites bout à bout, une tendance se dégage. Les hommes qui ont battu Ngannou — Miocic, Gane, Jones, et même Fury dans une certaine mesure — n'ont pas cherché à échanger coup pour coup en mode bourrin. Ils ont tous utilisé une forme de contrôle tactique.
Le dénominateur commun, c'est souvent la capacité à gérer l'énergie sur la durée ou à forcer le combat dans une zone où la force brute de Ngannou est moins efficace. Quand il était à l'UFC, c'était le grappling et l'endurance. En boxe, c'était la technique de jab et le jeu de jambes pour maintenir la distance. Je pense que Ngannou a toujours été un combattant qui doit dominer physiquement pour gagner ; quand l'adversaire parvient à ralentir le rythme ou à imposer son propre tempo, c'est là que ça devient compliqué pour lui. C'est une leçon que beaucoup de boxeurs ou de combattants de MMA ont du mal à assimiler lorsqu'ils font face à une telle force.
Conclusion : Un Bilan Honnête pour le Nouveau Chapitre
Alors, pour résumer, oui, Ngannou a perdu. Stipe Miocic, Derrick Lewis, Ciryl Gane, Jon Jones en MMA, et Tyson Fury en boxe. Mais si on regarde bien, ces défaites sont souvent le résultat de confrontations tactiques extrêmes contre des spécialistes dans leur discipline respective. Il n'a jamais été mis KO en MMA, et sa performance contre Fury est un témoignage de son potentiel. Je crois sincèrement que ces revers, loin de ternir son image, montrent à quel point il est ambitieux d'avoir cherché à affronter l'élite dans des domaines où il n'était pas le favori technique. Son parcours reste fascinant justement parce qu'il a osé se mesurer à tous ces défis.

