Quand le bienfait devient obsession
Alors, écoute, je dis pas que le sport c’est nul. Courir, nager, boxer, danser sur du Kavinsky un samedi soir, tout ça peut être super. Mais y’a un moment où ça bascule. Du coup, j’ai commencé à creuser. J’ai parlé à des potes, lu des trucs, discuté avec une kiné — ma sœur, justement, qui bosse à l’AP-HP. Et là, bam : elle me sort que 60 % des blessures sportives viennent de la surconsommation. Oui, oui, surconsommation. Comme le sucre. Sauf que là, c’est ton corps qui trinque.
Prends mon pote Julien. Ancien rugbyman, 38 piges, il a dû se faire opérer trois fois du genou. Aujourd’hui, il boite légèrement, et il me dit : “Le sport m’a pourri la vie.” Tu t’attends pas à ça quand t’es ado qui rêve de faire de la boxe thaï dans un club de banlieue, hein ?
Le côté sombre de la performance
Et puis y’a cette pression, tu vois ? Instagram, TikTok, les influenceurs en legging qui font du HIIT à 5h du mat’. Corps parfait, peau parfaite, vie parfaite. Mais attends… t’es obligé de ressembler à ça pour être “en forme” ? Moi, j’ai commencé à me sentir nul parce que j’arrivais pas à faire 50 pompes d’affilée. Alors que j’avais jamais fait de sport avant. C’est devenu une compét’, pas un plaisir.
Enfin bref, j’ai lu une étude l’autre jour — je te jure, j’étais dans le RER, à côté d’un mec qui faisait du vélo stationnaire en regardant un écran, sérieux — qui disait que l’obsession du sport pouvait mener à des troubles du comportement alimentaire ou à de l’anxiété. Genre, t’arrêtes pas de penser à ton prochain entraînement, t’as peur de “perdre ta masse”, tu culpabilises si t’ouvres une bière le dimanche. Bon, la bière, c’est du niveau critique, je rigole… mais pas tant que ça.
Et les accidents, hein ?
D’ailleurs, parlons des trucs concrets. Tu sais combien d’accidents de vélo y’a chaque année en France ? Plus de 70 000. Dont une bonne partie à cause de la fatigue ou de l’excès. Même les marathoniens, certains tombent K.-O. en pleine course. Il y a deux ans à Paris, un type s’est effondré après le 38e kilomètre. Il s’en est sorti, mais bon… on joue pas avec ça.
Et puis, y’a les sports extrêmes. Parachute, trail en montagne, slackline sur des falaises… OK, c’est beau, c’est impressionnant. Mais tu risques ta peau. Pas pour sauver quelqu’un, pas pour nourrir ta famille. Pour un clip Instagram. C’est beau, mais est-ce que c’est sensé ?
Le business du bien-être
Au fait, t’as remarqué combien coûte un abonnement en salle maintenant ? 80 balles par mois, parfois plus. Sans compter les fringues techniques à 150€, les protéines en poudre, les montres connectées qui te surveillent comme un flic en civil. Le sport, c’est devenu une industrie. Et du coup, ils ont tout intérêt à te faire croire que t’en fais jamais assez. “Encore un effort”, “Tu peux aller plus loin”, “Repousse tes limites”… Bla bla bla. Mais mes limites, parfois, c’est de rester assis sur mon canapé à regarder un film sans me sentir coupable.
Et les marques ? Elles te vendent du rêve. “Sois fort. Sois rapide. Sois meilleur.” Mais meilleur que qui ? Que toi-même ? Possible. Mais souvent, c’est juste “meilleur que les autres”. Et ça, c’est toxique.
Et si on arrêtait de culpabiliser ?
Je dis pas qu’il faut tout lâcher. Moi, maintenant, je marche. Beaucoup. Je grimpe les escaliers. Je danse quand j’ai envie. Mais plus de planning, plus de chrono, plus de “je dois”. Parce que l’autre jour, j’étais avec ma nièce de 6 ans, Lou. Elle jouait dans le parc, courait, tombait, riait, s’arrêtait pour regarder une fourmi. Et là, je me suis dit : voilà, le vrai sport, c’est ça. Pas du HIIT, pas du cross-training. C’est bouger quand t’en as envie, sans règle, sans pression.
Franchement, on devrait tous un peu ralentir. Le sport, c’est pas une obligation. C’est une option. Parfois agréable, parfois utile. Mais pas une vérité absolue. Parce que tu peux être en bonne santé sans faire de sport. Tu peux être heureux sans suer. Et tu peux très bien aller bien… en restant tranquille.
Alors, du coup, la prochaine fois que t’entends “le sport, c’est la vie”, tu pourrais peut-être répondre : “Ouais… mais parfois, la vie, c’est aussi de ne rien faire.”
