Attends, c’est pas censé faire plaisir ?
Bon, déjà, on va lever un gros malentendu : non, le sexe, c’est pas obligé de faire mal. Carrément pas. Et pourtant, plein de gens — surtout celles avec un vagin, soyons honnêtes — vivent ça comme une fatalité. « C’est peut-être parce que je suis trop serrée », « j’ai dû mal à me détendre », « il est trop gros, c’est tout »… Les excuses, on les connaît par cœur. Mais au fond, on se demande : pourquoi ? Pourquoi est-ce que ce moment censé être intime, doux, parfois explosif, devient une séance de torture ?
Le corps parle, même quand on veut pas l’entendre
Alors déjà, il faut l’admettre : le corps, il a ses propres règles. Même si ton cerveau dit « oui », ton corps peut répondre « nan, pas maintenant ». J’ai vécu ça l’année dernière. Je voyais quelqu’un de sympa, tout allait bien, mais chaque rapport était une souffrance. J’ai mis ça sur le compte du stress, de la fatigue… En vrai, c’était autre chose. Un truc que j’avais jamais entendu nommer : la vaginisme. Un mot compliqué pour dire que mes muscles pelviens se crispaient tout seuls, comme une porte blindée qui refuse de s’ouvrir. Et devine quoi ? C’est pas une faiblesse. C’est une réponse du corps à un truc qu’il perçoit comme une menace.
Enfin bref, j’ai consulté. Une gynéco pas du tout chiante, qui m’a parlé comme à une humaine, pas comme un dossier médical. Elle m’a dit : « Ton corps a le droit d’avoir peur, même si toi, tu veux dire oui. » Et là, j’ai pleuré. Pour de vrai. Parce que personne ne m’avait jamais dit que c’était normal d’avoir mal, que c’était pas ma faute, que je n’étais pas « trop coincée » ou « pas assez souple ».
Et si ce n’était pas qu’émotionnel ?
Bien sûr, le mental joue énormément. Mais parfois, c’est physique. Vraiment physique. Des trucs comme l’endométriose, par exemple — cette maladie sournoise où le tissu qui devrait rester dans l’utérus se balade ailleurs. J’ai une amie, Camille, diagnostiquée à 32 ans après des années de douleurs pendant les rapports. Elle disait : « Je pensais que c’était comme ça pour tout le monde. »
Ou alors, il y a les sécheresses vaginales. Pas sexy comme sujet, mais tellement courant. Surtout après l’accouchement, pendant la ménopause, ou à cause de certains traitements (antidépresseurs, pilule…). Du coup, pas assez de lubrification, frottements, douleur. Et là, tu te sens seule, tu penses que t’es « pas prête », alors que non : t’es prête, mais ton corps manque juste de glissant.
Et les mecs dans tout ça ?
Parce que oui, les hommes aussi peuvent avoir mal pendant l’amour. Problèmes d’érection, douleurs au pénis, infection, phimosis… Mais eux aussi, ils en parlent rarement. La pression sociale, tu connais ? « Un vrai mec, ça bande tout le temps, ça encaisse. » Alors ils serrent les dents, ils font semblant, ils évitent. J’ai un pote, Julien, qui m’a confié avoir eu des douleurs terribles pendant des mois à cause d’une infection urinaire non traitée. Il a attendu six mois avant d’aller voir quelqu’un. « J’avais pas envie qu’on me prenne pour une chochotte », qu’il m’a dit. Ben voilà. On est tous coincés dans nos silences.
Et les positions ? Sérieusement…
Du coup, j’ai testé plein de positions. Pas pour le fun, mais pour éviter la douleur. Certaines pénétrations, surtout en profondeur, me faisaient carrément grimacer. J’ai appris que certains angles, selon la morphologie de chacun, pouvaient toucher le col de l’utérus — ce qui, pour certaines, c’est le nirvana, pour d’autres, c’est comme un uppercut. Alors on a ajusté. On a ralenti. On a beaucoup utilisé de lubrifiant. Beaucoup. Du coup, je dis toujours ça maintenant : le lubrifiant, c’est comme le beurre dans la pâtisserie. Sans, ça colle, ça accroche, ça fout le bordel.
Au fait, j’ai découvert les bougies intimes. Je sais, ça fait un peu « soin de grand-mère », mais franchement ? Une bougie à l’huile de calendula, posée doucement, qui fond… c’est apaisant. Pas magique, mais ça aide. Surtout quand l’idée même du contact te tend.
Faut-il en parler à son partenaire ?
La vraie question, c’est : comment tu dis ça sans briser l’ambiance ? « Hé, ton sexe me fait mal » — pas simple à lancer entre deux baisers. J’ai essayé plein de façons. « Peut-être un peu moins profond ? » « Tu pourrais ralentir ? » « J’ai pas assez de lubrification, tu veux bien prendre le gel ? » Parfois, ça passe. Parfois, l’autre se braque, se sent attaqué. Une fois, un mec m’a dit : « T’es pas mignonne, t’étais super mouillée il y a deux minutes. » Merci. Très mature.
Mais bon, j’ai appris : si l’autre ne peut pas entendre ça sans se sentir diminué, c’est pas forcément toi le problème. C’est peut-être juste que le timing, ou la relation, n’est pas bon. Parce que parler de douleur, c’est déjà un acte de confiance. Et ça mérite d’être accueilli avec douceur.
Et si on arrêtait de souffrir en silence ?
Je pense qu’on a tous intégré cette idée bizarre : que le sexe, c’est obligé d’être parfait, fluide, sans accroc. Alors quand ça fait mal, on se sent en échec. On doute de soi. On se tait. Mais en vrai ? Le sexe, c’est comme la cuisine : parfois ça brûle, parfois il manque du sel, parfois faut recommencer. Et c’est normal.
Alors s’il te plaît, si tu vis ça, ne reste pas seule avec ta douleur. Parle. Consulte. Va voir un·e gynéco, un·e sexologue, un·e ostéo spécialisé·e dans le plancher pelvien. Parce que tu mérites du plaisir, pas de la souffrance. Point.
Et d’ailleurs, je me demande… est-ce que vous aussi, vous avez déjà eu mal pendant l’amour ? Vous en avez parlé ? Comment ? Je suis curieuse. Parce que plus on en parle, moins on souffre en silence. Enfin, c’est mon avis.
