On en parle autour d’un café ?
Un métier essentiel, mais invisible
Alors déjà, pose-toi la question : tu sais combien gagne un AESH ? Moi, j’ai dû demander à une copine, Céline, qui travaille à Saint-Denis. Elle m’a dit : « Environ 1 000 balles net pour 24 heures par semaine. » 1 000 balles ! Pour un boulot qui, entre nous, est hyper exigeant. Elle suit un ado autiste, le matin, à midi, l’après-midi… Elle doit gérer les crises, les caprices, les angoisses, les parents stressés, les profs qui comprennent pas, et en plus, elle doit rien lâcher sur l’accompagnement pédagogique.
Elle m’a dit un truc qui m’a marqué : « Je me sens plus proche d’une mère que d’une fonctionnaire. » Et pourtant, elle est pas reconnue comme telle. Elle est payée au SMIC horaire, avec des contrats précaires. C’est fou, non ?
Le statut ? Un vrai casse-tête
Alors, pourquoi ils sont si mal payés ? Déjà, leur statut est… comment dire… flou. Ce sont pas des profs, pas des ATSEM, pas des éducateurs. Ils sont entre deux chaises. Ils sont recrutés par l’Éducation nationale, mais souvent avec des contrats aidés, CUI, CDD… Bref, du temporaire, du fragile.
Et du coup, même s’ils font ça depuis des années, ils touchent toujours le SMIC. Moi, je me suis renseigné un peu, et tu sais quoi ? Certains ont 15 ans d’ancienneté, mais pas d’augmentation de carrière. Rien. Nada. C’est comme si ton diplôme d’humain, tu le validais chaque jour, mais personne t’envoyait de reconnaissance officielle.
Un système qui repose sur le dévouement
C’est là que ça devient glauque : l’État, enfin, le système, il sait que ces gens sont motivés. Parce qu’ils aiment les enfants. Parce qu’ils croient en l’inclusion. Alors du coup, il compte sur leur cœur. Il compte sur leur altruisme. Et il les paie une misère, en se disant : « De toute façon, ils vont rester, ils sont engagés. »
Et c’est vrai. Beaucoup restent. Parce que quitte à partir, qui va s’occuper de Léa, qui a trouvé une stabilité grâce à son AESH ? Qui va rassurer Tom, qui ne parle pas mais qui sourit quand elle arrive ? Alors ils restent. Par humanité. Et on en profite.
Un salaire au rabais, pour un boulot à plein temps
Pour 24 heures de boulot officiel, ils font souvent 35 heures de boulot réel. Entre les réunions, les préparations, les échanges avec les familles, les imprévus… Céline, elle me disait : « Je suis jamais vraiment “en pause”. Même à 20h, je réponds aux messages des parents. »
Mais devine quoi ? Elle est pas payée pour ça. Et si elle tombe malade, pas de remplaçant. Le gamin, lui, il a toujours besoin d’aide. Donc soit elle vient quand même, soit c’est la galère pour tout le monde.
Et les diplômes dans tout ça ?
Un truc qui me fout en rogne : beaucoup d’AESH ont des diplômes. CAP, bac pro, voire licence dans le social. Moi, j’ai croisé une dame, Sophie, à Toulouse, qui a fait un master en psychologie. Elle bosse en AESH depuis 6 ans. À mi-temps. Pour 900 euros. Elle a abandonné ses rêves de travail en centre médico-social parce que les postes étaient pris… ou supprimés.
Alors oui, le métier ne demande pas forcément de diplôme, mais beaucoup se forment sur le tas, ou en dehors. Et eux, on les paie comme des débutants. Alors qu’ils savent souvent plus que certains éducateurs diplômés.
Et les promesses ?
Tu te souviens, en 2019, quand Macron a dit qu’il allait revaloriser les métiers de l’accompagnement ? Qu’il allait créer des postes statutaires ? On y a cru. Sérieusement. Les AESH ont cru que ça allait changer. Et puis… plus rien. Ou presque. Quelques postes ici, des promesses de revalorisation à l’horizon 2027… 2027 ! En attendant, ils vivent avec des fins de mois en pointillés.
Enfin bref, c’est un peu comme si on disait : « On valorise l’inclusion », mais en pratique, on oublie ceux qui la rendent possible.
Et toi, tu en penses quoi ?
Je pose la question comme ça, mais j’y tiens. Parce que moi, j’ai deux enfants à l’école, et je sais que si demain l’un d’eux avait un handicap, je voudrais un AESH compétent, stable, bienveillant. Pas quelqu’un qui galère pour payer son loyer.
Et franchement, tu trouverais normal qu’un infirmier scolaire soit payé au SMIC ? Non. Alors pourquoi un AESH, qui fait un boulot tout aussi crucial, serait traité comme une sous-fonctionnaire ?
Peut-être que tu connais un AESH. Peut-être que tu es AESH. Si c’est le cas, merci. Vraiment. Parce que tu fais un truc énorme, avec trop peu de reconnaissance. Et on devrait tous en parler plus. Autour d’un café, justement. Comme maintenant.
Parce que non, ce n’est pas normal. Et non, on ne peut plus fermer les yeux.
