"Tu vas comprendre pourquoi la religion est tellement ancrée dans notre culture", m’a-t-il dit en souriant. À ce moment-là, je savais que l’Arménie était le premier pays à avoir adopté le christianisme comme religion d’État, mais je ne mesurais pas encore à quel point cette histoire était vivante.
L’Arménie, premier pays chrétien de l’histoire
L’Arménie a officiellement adopté le christianisme en 301 après J.-C., bien avant Rome, grâce à Saint Grégoire l’Illuminateur et au roi Tiridate III. Une décision qui n'était pas anodine, car elle marquait une rupture totale avec le paganisme et l’Empire romain voisin.
D’après les historiens, cette conversion a joué un rôle majeur dans la préservation de l’identité arménienne, surtout face aux invasions et dominations successives des empires byzantin, perse et ottoman. Même sous la domination soviétique, lorsque la religion était réprimée, les Arméniens ont continué à pratiquer leur foi en secret.
Mon ami m’a expliqué avec fierté que près de 97 % des Arméniens appartiennent aujourd’hui à l’Église apostolique arménienne, une branche du christianisme qui a ses propres traditions, différentes du catholicisme et de l’orthodoxie orientale.
Une foi profondément ancrée dans la culture
En arrivant à Etchmiadzin, la ville où se trouve le siège de l’Église apostolique arménienne, j’ai été frappé par la beauté simple mais imposante de la cathédrale. Construite en 303, c’est la plus ancienne cathédrale chrétienne du monde.
"Regarde autour de toi", m’a dit mon ami en pointant du doigt les familles venues prier. "Ici, la foi n'est pas juste une question de religion, c'est une part de notre identité."
Et il avait raison. J’ai vu des jeunes et des personnes âgées allumer des cierges avec une intensité presque méditative. Certains embrassaient les murs de pierre, d’autres chuchotaient des prières. Ce n'était pas une simple visite touristique, c'était une immersion dans l'âme arménienne.
L’Église apostolique arménienne : une branche unique du christianisme
Contrairement aux Églises catholique et orthodoxe, l'Église arménienne suit une tradition propre :
Un lien direct avec les premiers chrétiens – L’Arménie affirme avoir été évangélisée dès le 1er siècle par les apôtres Barthélemy et Thaddée, ce qui explique le terme "apostolique".
Un calendrier différent – Noël n'est pas célébré le 25 décembre, mais le 6 janvier, combiné avec l'Épiphanie.
Un rite liturgique unique – L’Église apostolique arménienne utilise une langue sacrée, le grabar, une forme ancienne de l’arménien qui n’est plus parlée aujourd’hui.
Un chef religieux influent – Le Catholicos de tous les Arméniens, basé à Etchmiadzin, est une figure spirituelle majeure pour le peuple arménien, un peu comme le Pape pour les catholiques.
D’autres religions présentes en Arménie
Si l’Église apostolique domine, d’autres confessions coexistent :
- Le catholicisme arménien est pratiqué par une minorité, surtout dans le nord du pays.
- L’orthodoxie russe est également présente, notamment parmi les Russes vivant en Arménie.
- L’islam, bien qu’historiquement lié aux conquêtes arabes et perses, est aujourd’hui marginal, l’Arménie étant l’un des rares pays de la région sans mosquée en activité.
J’ai rencontré un prêtre arménien-catholique lors d’un dîner, qui m’a expliqué que bien que les divisions existent, les Arméniens restent très attachés à leur culture commune. "Peu importe la branche du christianisme, ici, nous sommes avant tout arméniens."
La religion aujourd’hui : un pilier ou une tradition ?
Mais alors, l’Arménie est-elle toujours un pays profondément religieux ?
Les chiffres montrent que plus de 90 % des Arméniens se disent croyants, mais la pratique varie selon les générations.
- Les plus âgés restent très pratiquants et attachés aux traditions.
- Les jeunes, bien qu’attachés à leur héritage, sont souvent moins assidus à la messe dominicale.
- La diaspora arménienne, très importante, joue un rôle clé dans la transmission des valeurs religieuses à l’étranger.
En parlant avec un groupe de jeunes à Erevan, j’ai compris que la foi arménienne dépasse souvent la simple religion. "C’est plus qu’une croyance", m’a confié l’un d’eux. "C’est notre histoire, notre résistance face aux siècles d’épreuves."
Conclusion : La religion, un ciment identitaire
Alors, quelle est la religion de l’Arménie ?
Officiellement, c’est le christianisme apostolique arménien.
Historiquement, c’est un élément fondateur de l’identité nationale.
Socialement, c’est un mélange de foi et de culture, profondément ancré dans la vie des Arméniens.
Ce voyage en Arménie m’a appris une chose essentielle : la religion n’est pas juste une question de foi, c’est une histoire vivante. Que l’on soit croyant ou non, il est impossible de comprendre l’Arménie sans reconnaître le rôle central qu’a joué le christianisme dans son histoire.
Et si vous avez un jour la chance de visiter ce pays, je vous conseille de faire comme moi : allez à Etchmiadzin, observez, écoutez… et laissez-vous imprégner par la profondeur de cette foi millénaire.

