On parle de quoi, déjà ?
Parce que quand on dit « matière première en Afrique », bon… on pense coltan, pétrole, diamants. Les trucs qu’on voit dans les reportages avec des enfants dans les mines et des multinationales qui s’engraissent. Et ouais, ça existe. Mais c’est pas toute l’histoire. Pas du tout.
Le truc, c’est qu’on regarde toujours l’Afrique avec les yeux d’en haut. Comme si elle était juste une réserve de matières brutes à extraire. Mais en vrai, les matières premières, c’est aussi ce que tu cultives, ce que tu transformes, ce que tu consommes localement. Et là, mon pote, tu changes complètement de planète.
J’ai vu ça à Kédougou
L’an dernier, j’suis allé au Sénégal, près de la frontière malienne. Un projet de filière arachidière. Bon, l’arachide… on imagine le sac, le camion, le port, et puis ciao. Mais là-bas ? Ils font de l’huile. De l’huile de première pression, bio, vendue en France dans des petites boutiques bio à 18€ le litre. Et tu sais quoi de plus ? Ils font aussi du tourteau pour le bétail, du savon artisanal, et même un truc en cosmétique qu’ils testent avec une start-up de Dakar.
Et là, je me dis : mais en fait, la matière première, elle est là, dans le grain, oui… mais aussi dans la transformation. Dans le savoir-faire. Dans le fait que quelqu’un décide : « J’vais pas juste vendre mon arachide au prix du marché mondial. J’vais en faire quelque chose. »
Et le cacao ?
Allez, parlons du cacao. Côte d’Ivoire, Ghana… on produit 60 % du cacao mondial. Mais 80 % des chocolats, ils sont fabriqués en Europe. On nous achète le fèves, on les transforme, et on nous le revend trois fois le prix. Bon, c’est pas nouveau. Mais là, j’ai vu un truc à Abidjan : une coopérative de femmes qui font leur propre chocolat. À base de cacao local, torréfié à la main, emballé avec du papier recyclé. Et vendu… dans les hôtels de luxe. Tu crois que c’est marginal ? Peut-être. Mais c’est là que ça commence.
Franchement, quelle matière première en Afrique ? Celle qu’on extrait… ou celle qu’on invente ?
Le problème, c’est pas les ressources
Non, le vrai problème, c’est le modèle. On continue à penser qu’il faut exporter brut pour gagner de la devise. Mais du coup, on se retrouve avec des pays super riches en sous-sol… et pauvres en emplois, en industrie, en valeur ajoutée.
J’ai discuté avec un type à Lomé, un ancien ingénieur des mines, aujourd’hui dans le recyclage. Il m’a dit : « Nous, on a du lithium, du cobalt, du manganèse… mais on n’a pas une seule batterie fabriquée ici. » Tu vois le délire ? On fournit la matière pour les voitures électriques, mais on n’a pas les usines, pas les compétences, pas les politiques pour aller plus loin.
Mais ça bouge quand même
Enfin bref, c’est pas tout noir. Il y a des trucs qui poussent. Comme au Maroc, avec les usines de batteries pour les véhicules électriques. Ou au Kenya, où ils transforment la géothermie en énergie propre. Ou encore au Rwanda, où ils veulent devenir un hub technologique… à base de minerais locaux transformés.
Et puis, y’a les jeunes. Beaucoup de jeunes. Et ceux-là, ils veulent pas juste vendre du minerai. Ils veulent créer. Produire. Exporter des produits finis. J’en ai rencontré un à Kampala, il faisait des sacs en cuir à partir de peaux locales, tannées sans chrome. Vendus en ligne, livrés à Berlin. Tu crois que c’est de la matière première ? Pour moi, oui. Mais pas celle qu’on croit.
Alors, quelle matière première en Afrique ?
Je dirais : la matière première, c’est peut-être l’audace. C’est la capacité à dire : « On a les ressources, mais on veut aussi la valeur. » C’est pas facile. Il y a les lobbies, les dettes, les dépendances. Mais il y a aussi des gens qui osent. Qui montent des ateliers, des coopératives, des usines artisanales.
Et puis, y’a un truc qu’on oublie : l’eau. La terre. Le soleil. Le vent. Le savoir ancestral. Tu crois que c’est pas des matières premières ? Moi je te dis que si. Parce que c’est avec ça qu’on peut tout reconstruire.
Alors, la prochaine fois que tu entends « matière première en Afrique », pense pas juste aux mines. Pense aux mains qui travaillent. Aux têtes qui imaginent. Aux terres qui nourrissent. Parce que le vrai trésor, il est là. Pas sous le sol. Mais dedans, entre les doigts, dans les idées.
Et au fait… tu connais quelqu’un qui bosse dans une filière locale en Afrique ? Raconte-moi. J’suis curieux, moi.
