Le truc c'est que la réponse courte tient en une poignée de noms célèbres comme Gunnar Garfors, Cassie De Pecol ou Lexie Alford, mais la réalité est bien plus nuancée. On estime que moins de gens ont visité tous les pays du monde que de gens sont allés dans l'espace, ce qui place ces voyageurs dans une élite statistique assez vertigineuse (et un peu absurde, si on y réfléchit deux secondes).
Définir la ligne d'arrivée : 193, 195 ou 197 nations ?
Avant de dresser la liste des noms, il faut s'arrêter sur le chiffre. Pourquoi 197 ? La base, ce sont les 193 États membres de l'Organisation des Nations Unies (ONU). C'est le socle dur, celui que personne ne conteste. Sauf que là où ça coince, c'est pour les États observateurs et les territoires à la souveraineté complexe. Le Vatican et la Palestine portent le total à 195. Si vous ajoutez Taïwan et le Kosovo, vous arrivez à 197. Certains clubs de voyageurs très sélects, comme le Travelers' Century Club, poussent le vice jusqu'à lister 330 "territoires" en incluant des îles isolées ou des enclaves. Mais pour le commun des mortels et les chasseurs de records officiels, le chiffre de 197 est devenu le Graal standard.
Le standard de l'ONU et ses limites
L'ONU est une boussole, mais une boussole politique. Pour un voyageur, ne pas compter Taïwan sous prétexte que Pékin fronce les sourcils semble totalement déconnecté de la réalité du terrain. Quand vous passez une douane, que vous changez de monnaie et que vous voyez un drapeau différent, votre cerveau vous dit que vous êtes dans un nouveau pays. Reste que pour le Guinness World Records, les critères sont stricts et se basent souvent sur une reconnaissance diplomatique large. C'est un casse-tête sans fin qui fait rage sur les forums spécialisés depuis des décennies.
Les zones grises diplomatiques qui compliquent la donne
Le Kosovo, par exemple, est reconnu par environ une centaine de pays. La Palestine, elle, est dans une situation encore plus délicate pour les voyageurs qui doivent souvent passer par des check-points israéliens. Visiter "tous les pays" implique donc de naviguer dans ces zones grises où le tampon sur le passeport peut parfois vous interdire l'entrée dans le pays voisin. C'est là que le voyage devient une partie d'échecs géopolitique.
Ces visages qui ont bouclé la boucle du monde
Parmi les figures de proue, Gunnar Garfors est sans doute l'un des plus respectés. Ce Norvégien a réussi l'exploit de visiter les 198 pays (selon sa propre liste) tout en gardant un emploi à plein temps. Il n'est pas le premier, mais il a médiatisé la chose avec une approche très "monsieur tout le monde". À l'opposé, on trouve des profils comme James Asquith, qui a détenu le record du plus jeune voyageur à 24 ans, après avoir dépensé une petite fortune accumulée grâce à des jobs d'été et des investissements précoces.
Mais le monde des records a été secoué par l'arrivée de Cassie De Pecol. En 2017, elle est devenue la première femme documentée à visiter tous les pays souverains en un temps record (18 mois et 26 jours). Son expédition, baptisée Expedition 196, a été une machine de guerre marketing. Or, son passage éclair dans certains pays a suscité des débats houleux : peut-on dire qu'on a "visité" le Yémen quand on y reste seulement quelques heures dans une zone sécurisée ? Je trouve ça personnellement un peu limite, mais les règles du record sont les règles.
Lexie Alford et la barre des 21 ans
Lexie Alford, connue sous le pseudonyme Lexie Limitless, a enfoncé le clou en terminant son tour du monde à l'âge de 21 ans. Issue d'une famille d'agents de voyage, elle baigne dans ce milieu depuis l'enfance. Son exploit est colossal, non pas seulement pour le voyage en soi, mais pour la logistique administrative qu'une telle entreprise impose à une jeune femme seule. Elle a dû prouver chaque passage de frontière avec des billets d'avion, des reçus d'hôtels et des témoins. C'est un travail de bureau autant qu'une aventure humaine.
Les pionniers de l'ombre avant l'ère Instagram
Il ne faut pas oublier ceux qui l'ont fait avant que le GPS ne soit dans toutes les poches. Des hommes comme Albert Podell ont mis 50 ans à terminer leur périple. À l'époque, pas de réservation en ligne. Il fallait parfois attendre des semaines un visa dans une ambassade poussiéreuse en Afrique centrale. Ces voyageurs-là ont une aura différente, une patience que les nouveaux recordmen, pressés par le flux de leurs réseaux sociaux, n'ont plus forcément le luxe de cultiver.
Le coût exorbitant d'une odyssée planétaire
Parlons d'argent, car c'est le nerf de la guerre. Visiter 197 pays n'est pas une mince affaire financière. Entre les billets d'avion, les visas (certains coûtent plusieurs centaines d'euros), les assurances et les hébergements, la facture grimpe vite. On estime qu'un tour du monde complet, fait de manière relativement rapide mais sécurisée, coûte entre 150 000 et 200 000 dollars. Certains s'en sortent pour moins en voyageant en stop ou en dormant chez l'habitant, mais pour les pays les plus fermés, il faut souvent passer par des agences obligatoires qui facturent des prix prohibitifs.
Le budget moyen d'un tour du monde total
Si vous voulez faire les 197 pays en deux ans, préparez-vous à un marathon financier. Le prix d'un visa pour l'Angola ou le Turkménistan peut être un choc thermique pour votre compte en banque. Sans compter les vols vers des îles perdues du Pacifique comme Nauru ou Tuvalu, où une seule compagnie opère avec des tarifs qui rappellent ceux de la classe affaire sur un Paris-New York. Résultat : beaucoup de ces voyageurs sont soit des retraités aisés, soit des jeunes ayant réussi à lever des fonds via des sponsors.
Le casse-tête des visas pour les pays difficiles
C'est là que le rêve se transforme souvent en cauchemar administratif. Obtenir un visa pour la Corée du Nord est paradoxalement plus facile que pour la Guinée Équatoriale ou l'Érythrée. Pour ces derniers, il faut parfois des lettres d'invitation certifiées, des preuves de vaccination improbables et une patience d'ange. Certains attendent des mois à la frontière qu'un fonctionnaire veuille bien tamponner leur précieux sésame. C'est précisément là que la distinction se fait entre le touriste et le collectionneur de pays.
Le cas de la Corée du Nord et du Turkménistan
Pour la Corée du Nord, vous êtes encadré, surveillé, mais vous entrez. Le Turkménistan, lui, refuse une part importante des demandes de visas de transit sans donner d'explication. Vous pouvez avoir tout votre itinéraire prêt et vous faire rejeter à la dernière minute. D'où l'importance d'avoir un plan B, ou des contacts bien placés. Soit dit en passant, posséder un passeport "fort" (comme le français, l'allemand ou le japonais) est un avantage injuste mais massif dans cette course.
Voyager ou collectionner des tampons : le grand débat
On arrive au point qui fâche. Est-ce que passer 24 heures à Mogadiscio dans un hôtel blindé signifie que vous avez "visité" la Somalie ? La communauté des voyageurs est profondément divisée. D'un côté, les puristes estiment qu'il faut passer au moins une nuit, manger local et interagir avec la population. De l'autre, les chasseurs de records considèrent que le simple fait de franchir légalement la frontière valide la case. Personnellement, je trouve cette course à la montre assez vaine si elle sacrifie la rencontre humaine sur l'autel de la statistique.
Bref, le voyage devient une marchandise. On ne va plus quelque part pour voir, on y va pour dire qu'on y a été. C'est une nuance subtile mais fondamentale. Pourtant, certains défenseurs de la méthode rapide affirment que même quelques heures dans un pays difficile offrent une perspective que 99 % de la population mondiale n'aura jamais. C'est un argument qui se tient, à ceci près qu'il frôle parfois le voyeurisme géopolitique.
Nomad Mania et TCC : qui valide les preuves ?
Pour éviter les mythomanes, car il y en a, des organisations ont vu le jour. Nomad Mania est sans doute la plus rigoureuse. Ils demandent des preuves visuelles, des récits, et divisent le monde en 1300 régions pour inciter à explorer la profondeur des pays plutôt que leur simple capitale. Le Travelers' Century Club (TCC), fondé en 1954, est plus traditionnel mais reste une référence pour les anciens. Pour être membre, il faut avoir visité au moins 100 pays.
Ces clubs servent de juges de paix. Ils vérifient les passeports, les dates et les photos. Car dans le petit monde des "globetrotters", la suspicion est monnaie courante. On a vu des influenceurs simuler des voyages avec des fonds verts ou des photos d'archives. La validation par les pairs est donc devenue une étape obligatoire pour quiconque veut être pris au sérieux dans cette quête des 197 pays.
Les dangers réels au-delà des frontières touristiques
On n'y pense pas assez, mais visiter tous les pays du monde, c'est aussi s'exposer à des risques majeurs. Entre les zones de guerre active et les risques de maladies tropicales, la santé et la sécurité sont constamment sur le fil. Voyager au Soudan du Sud ou en Afghanistan ne s'improvise pas. Il faut parfois louer les services de gardes armés ou négocier avec des chefs de guerre locaux pour traverser une région. Ce n'est plus du tourisme, c'est de l'exploration à haut risque.
Le problème, c'est que cette prise de risque est parfois banalisée par les réseaux sociaux. On voit une jolie photo devant un monument en ruine, mais on ne voit pas les trois jours de négociations et la peur au ventre qui ont précédé le cliché. Certains voyageurs ont fini en prison, accusés d'espionnage simplement parce qu'ils prenaient des photos au mauvais endroit. C'est une réalité brutale qui casse un peu le mythe du voyageur insouciant.
Pourquoi les femmes sont-elles moins nombreuses dans ce club ?
Sur les quelques centaines de personnes ayant bouclé le tour du monde, la proportion de femmes est historiquement basse, bien que cela change rapidement. Les raisons sont multiples et malheureusement prévisibles. Voyager seule dans certains pays patriarcaux est un défi supplémentaire. Le harcèlement, les restrictions de mouvement et les préjugés culturels rendent l'accès à certaines zones beaucoup plus complexe pour une femme.
Pourtant, celles qui réussissent, comme Lexie Alford ou Jessica Nabongo (la première femme noire à avoir visité tous les pays), apportent un regard différent. Elles prouvent que les barrières sont souvent plus mentales que physiques, même si elles admettent volontiers avoir dû redoubler de prudence. Leur succès a un impact énorme sur les nouvelles générations de voyageuses qui n'acceptent plus que certaines parties du monde leur soient tacitement interdites.
Questions fréquentes sur les voyageurs du monde entier
Combien de Français ont visité tous les pays ?
Honnêtement, c'est flou. On estime qu'ils sont moins d'une dizaine à avoir officiellement validé les 197 pays auprès d'organismes comme Nomad Mania. Les Français sont de grands voyageurs, mais ils privilégient souvent la profondeur (rester longtemps dans un pays) plutôt que la collection exhaustive de nations.
Quel est le pays le plus difficile à visiter ?
La réponse varie selon l'actualité, mais la Guinée Équatoriale et le Turkménistan reviennent systématiquement en tête à cause de l'opacité de leur système de visas. Le Yémen et la Libye sont également extrêmement complexes en raison de l'instabilité politique qui ferme les frontières aux touristes du jour au lendemain.
Peut-on visiter tous les pays avec un petit budget ?
C'est quasiment impossible pour les 197. Si vous pouvez traverser l'Europe et l'Asie centrale pour trois fois rien, les vols vers les micro-États insulaires et les visas des pays autoritaires exigent un capital minimum. On est loin du compte avec un simple sac à dos et 10 euros par jour.
Combien de temps faut-il pour réaliser cet exploit ?
Le record est de moins de deux ans, mais la plupart des gens mettent entre 10 et 20 ans pour le faire de manière organique. Voyager trop vite brûle les ailes et le portefeuille. Prendre son temps permet de lisser les coûts et surtout de ne pas finir en burn-out de l'aéroport.
Verdict : Une quête de sens ou un ego-trip moderne ?
Alors, faut-il envier ceux qui ont visité les 197 pays ? Je reste convaincu que la valeur d'un voyage ne se mesure pas au nombre de tampons, mais à l'intensité des souvenirs. Visiter chaque pays est une performance athlétique et logistique admirable, un peu comme courir un marathon sur chaque continent. C'est un exploit de persévérance qui force le respect, car il demande une connaissance fine de la géopolitique et une capacité d'adaptation hors du commun.
Sauf que le danger est de transformer le monde en une simple liste de courses. Si l'objectif devient la case cochée plutôt que la découverte, on perd l'essence même de ce qui nous pousse à partir. Le vrai voyageur n'est pas forcément celui qui a tout vu, mais celui qui sait s'arrêter là où il se sent bien, même s'il lui manque encore 50 pays au compteur. Au final, la quête des 197 pays est une aventure humaine fascinante, à condition de ne pas oublier que derrière les chiffres, il y a des peuples, des cultures et des histoires qui méritent plus qu'une escale de 24 heures.
