Pourquoi vouloir visiter tous les pays deux fois ? La folie des grandeurs
La première question qui vient à l’esprit, c’est : pourquoi ? Après tout, une fois devrait suffire, non ? Sauf que pour certains, une fois, c’est justement le problème. Graham Hughes, le premier homme à avoir visité tous les pays sans prendre l’avion, résume bien l’état d’esprit : "Une fois que tu as tout vu, tu réalises que tu n’as rien vu." Et c’est là que ça coince. Parce qu’un pays, ce n’est pas une case à cocher sur une liste. C’est une mosaïque de régions, de cultures, de climats, de saisons. Le Japon en été n’a rien à voir avec le Japon en hiver. Le Brésil sans le Carnaval, c’est comme Paris sans la Tour Eiffel – techniquement, c’est toujours le même endroit, mais l’expérience est radicalement différente.
Prenez l’exemple de Gunnar Garfors, ce Norvégien qui a visité tous les pays en un temps record. Il raconte que son premier passage en Mongolie se résumait à trois jours à Oulan-Bator, entre deux vols. "J’ai vu des buildings, des restaurants, et une statue de Gengis Khan. C’est tout." La deuxième fois, il a pris le train transsibérien, dormi chez l’habitant dans la steppe, et passé une semaine à suivre des nomades. "Là, j’ai compris ce qu’était vraiment la Mongolie." Autant dire que la première visite ne comptait pas vraiment à ses yeux.
Mais derrière cette quête, il y a aussi autre chose. Une forme de compétition malsaine, presque. Les voyageurs extrêmes se comparent entre eux, traquent les records, cherchent à se distinguer. Visiter tous les pays, c’est déjà un exploit. Le faire deux fois ? Ça change la donne. Sauf que les règles ne sont pas claires. Faut-il y passer au moins 24 heures à chaque fois ? Faut-il un tampon de passeport ? Faut-il prouver qu’on a vraiment "expérimenté" le pays, ou suffit-il d’y poser le pied ? Et c’est précisément là que les choses deviennent troubles.
Les motivations cachées : au-delà du simple voyage
Derrière l’exploit apparent, se cachent souvent des raisons moins avouables. Certains le font pour la gloire, d’autres pour fuir quelque chose. Le cas de Lexie Alford, la plus jeune personne à avoir visité tous les pays, est révélateur. À 21 ans, elle avait déjà tout vu. Mais au lieu de s’arrêter là, elle a continué, comme si le voyage était devenu une drogue. "Quand tu as tout fait, tu cherches autre chose. Le deuxième tour, c’est une façon de te prouver que tu peux encore repousser tes limites."
D’autres y voient une forme de rédemption. Après un échec personnel, une rupture, ou un licenciement, certains se lancent dans ces défis extrêmes pour se reconstruire. Le voyage devient alors une thérapie. Un moyen de se prouver qu’on est capable de quelque chose, même si ce quelque chose n’a aucun sens pour 99,9% de la population. Reste que cette quête obsessionnelle a un prix. Physique, d’abord : le corps s’use, les maladies tropicales laissent des traces, et les vols incessants finissent par user même les plus résistants. Psychologique, ensuite : l’isolement, la difficulté à se réintégrer dans une vie "normale", et cette question lancinante qui revient sans cesse – et après ?
Le coût humain : quand le voyage devient une prison
Visiter tous les pays deux fois, c’est un marathon sans ligne d’arrivée. Et comme tout marathon, il y a des abandons. Des voyageurs qui craquent, qui réalisent que la quête les consume, ou qui simplement n’en peuvent plus. Certains finissent par vendre leur maison, leur voiture, et tout ce qu’ils possèdent pour financer leurs déplacements. D’autres se retrouvent coincés dans des pays dangereux, sans argent, sans passeport, et sans moyen de rentrer.
Prenez l’histoire de ce Français, dont le nom circule dans les forums spécialisés. Il aurait visité 190 pays deux fois, mais personne ne sait vraiment où il est aujourd’hui. Certains disent qu’il a disparu en Syrie pendant la guerre. D’autres qu’il vit reclus dans un village reculé d’Asie du Sud-Est, incapable de s’arrêter. "Il avait tout coché, mais il continuait quand même. Comme s’il était accro." Le témoignage d’un ancien compagnon de voyage est glaçant : "Un jour, il m’a dit qu’il préférait mourir sur la route que de rentrer chez lui."
Et puis, il y a ceux qui trichent. Parce que oui, dans ce milieu, la triche existe. Certains s’inventent des voyages, achètent des tampons de passeport sur le marché noir, ou comptent des pays qui n’existent pas officiellement. D’autres minimisent les risques, mentent sur leurs itinéraires, ou se mettent en danger pour "cocher une case". Bref, le monde des voyageurs extrêmes est bien moins glamour qu’il n’y paraît.
Les règles du jeu : qui décide ce qui compte ?
Si personne n’a officiellement réussi l’exploit, c’est en grande partie à cause des règles. Ou plutôt, de leur absence. Parce qu’il n’existe aucun organisme officiel qui valide ces records. Pas de Guinness World Records pour "visite de tous les pays deux fois". Pas de fédération internationale des voyageurs extrêmes. Rien. Du coup, chacun y va de sa propre interprétation, et les débats font rage.
Les critères qui divisent : tampons, temps, et preuves
Premier point de discorde : le tampon de passeport. Pour certains, c’est la seule preuve valable. Sans tampon, le voyage ne compte pas. Sauf que dans la réalité, les tampons ne sont pas toujours apposés. Certains pays ne tamponnent pas (comme les États-Unis pour les voyageurs en ESTA), d’autres le font de manière aléatoire, et d’autres encore vendent des tampons "officiels" à la frontière. Résultat : des voyageurs passent des heures à négocier avec des douaniers pour obtenir un tampon, parfois en vain. "J’ai passé trois jours à la frontière entre le Tadjikistan et l’Ouzbékistan pour avoir ce foutu tampon. À la fin, le douanier m’a dit : 'Pourquoi tu insistes ? Personne ne vérifie.'"
Deuxième critère : le temps passé dans le pays. Faut-il y passer 24 heures ? Une semaine ? Un mois ? Certains voyageurs extrêmes considèrent qu’une escale de quelques heures dans un aéroport compte. D’autres exigent au moins une nuit sur place. Et puis, il y a ceux qui veulent "vraiment" visiter le pays, c’est-à-dire sortir de la capitale, rencontrer des locaux, et s’immerger dans la culture. "Si tu passes trois heures à l’aéroport de Pyongyang, est-ce que tu peux dire que tu as visité la Corée du Nord ?" La question divise.
Troisième point : les preuves. Photos, vidéos, témoignages, billets d’avion… Tout est bon pour prouver qu’on y était. Sauf que dans certains pays, prendre des photos est interdit. Dans d’autres, les billets d’avion sont falsifiables. Et les témoignages ? "Personne ne va vérifier si tu as vraiment dormi chez untel en Papouasie-Nouvelle-Guinée." Du coup, la confiance règne. Ou pas.
Les pays fantômes : quand la géopolitique s’en mêle
Et puis, il y a les pays qui n’existent pas officiellement. Ou du moins, pas pour tout le monde. Prenez Taïwan. Pour la Chine, c’est une province rebelle. Pour les États-Unis, c’est un État souverain. Pour l’ONU, c’est une zone grise. Résultat : certains voyageurs comptent Taïwan comme un pays, d’autres non. Même chose pour le Kosovo, la Palestine, ou le Sahara occidental. "Si tu comptes Taïwan, tu risques de te faire blacklister par la Chine. Si tu ne le comptes pas, les puristes te diront que tu triches."
Et que dire des micro-États ? Monaco, Saint-Marin, le Liechtenstein… Faut-il les compter ? Certains voyageurs les ignorent, arguant que ce sont des "pays jouets". D’autres les incluent, parce que techniquement, ce sont des nations souveraines. "Un jour, j’ai passé deux heures à chercher la frontière entre Saint-Marin et l’Italie. À la fin, j’ai réalisé que j’étais déjà dans le pays depuis une heure. Est-ce que ça compte ?"
Bref, les règles sont floues, les interprétations varient, et les débats sont sans fin. Ce qui est sûr, c’est que sans cadre officiel, personne ne peut prétendre avoir vraiment réussi l’exploit. Et c’est peut-être ça, le plus frustrant.
Les prétendants au titre : qui s’en approche le plus ?
Même si personne n’a officiellement réussi, quelques noms reviennent souvent dans les discussions. Des voyageurs qui s’en approchent, qui ont presque tout fait deux fois, ou qui en ont l’intention. Voici les principaux prétendants.
Gunnar Garfors : le Norvégien qui veut tout refaire
Gunnar Garfors est une légende dans le milieu. En 2014, il est devenu le plus jeune homme à visiter tous les pays du monde. Et aujourd’hui, il est en train de tout refaire. "Je veux voir comment les pays ont changé. Certains ont connu des guerres, d’autres des révolutions. Et puis, il y a des endroits que j’ai à peine effleurés la première fois."
Son approche est méthodique. Il ne se contente pas de cocher des cases. Il veut comprendre, comparer, analyser. "La première fois, j’étais pressé. Je voulais battre des records. Maintenant, je prends mon temps." Il a déjà refait 150 pays, et il compte bien terminer d’ici quelques années. "Le plus dur, ce ne sont pas les pays dangereux. Ce sont les pays ennuyeux. Ceux où il ne se passe rien, où tu n’as aucune raison de revenir."
Et puis, il y a les pays qui ont disparu. Ou plutôt, ceux qui ont changé de nom, de frontières, ou de régime. "La première fois, j’ai visité le Soudan. Maintenant, il y a le Soudan et le Soudan du Sud. Est-ce que ça compte comme deux pays ? Ou est-ce que le Soudan du Sud est une nouvelle case à cocher ?"
Lexie Alford : la jeune femme qui défie les limites
Lexie Alford, 26 ans, est la plus jeune personne à avoir visité tous les pays. Et elle ne compte pas s’arrêter là. "Je veux tout refaire, mais différemment. La première fois, j’ai pris l’avion partout. Cette fois, je veux voyager en train, en bus, en bateau. Je veux prendre mon temps."
Son approche est plus intuitive que celle de Garfors. Elle ne suit pas de plan précis. Elle se laisse porter par les rencontres, les opportunités, les coups de cœur. "La première fois, j’ai visité l’Afghanistan en trois jours. Cette fois, j’y ai passé un mois. Et c’est une expérience complètement différente."
Mais son plus grand défi, ce ne sont pas les pays dangereux. C’est le regard des autres. "Les gens ne comprennent pas. Ils me disent : 'Tu as déjà tout fait, pourquoi continuer ?' Mais c’est justement parce que j’ai tout fait que je veux continuer. Parce que je sais que je n’ai rien fait."
Les anonymes : ceux qui préfèrent rester dans l’ombre
Et puis, il y a ceux dont on ne parle jamais. Ceux qui voyagent sans faire de bruit, sans chercher la gloire, sans poster sur les réseaux sociaux. Des voyageurs qui ont peut-être déjà tout fait deux fois, mais qui n’en parlent à personne. "J’ai rencontré un type en Birmanie. Il m’a dit qu’il avait visité tous les pays deux fois. Il avait 70 ans, il voyageait avec un sac à dos, et il ne voulait pas que je prenne son nom en photo. Il m’a juste dit : 'Pourquoi est-ce que je ferais ça pour les autres ? Je le fais pour moi.'"
Ces voyageurs-là sont les plus fascinants. Parce qu’ils n’ont pas besoin de reconnaissance. Ils voyagent pour eux, point. Et c’est peut-être ça, la vraie liberté.
Les pays les plus difficiles à revisiter : où ça coince vraiment
Revisiter tous les pays, c’est une chose. Mais certains sont tellement compliqués, dangereux, ou simplement ennuyeux, que même les voyageurs les plus déterminés hésitent. Voici les pires cas.
La Corée du Nord : le pays où tout est contrôlé
La Corée du Nord est un cas à part. Parce que non seulement c’est un pays fermé, mais en plus, une fois que tu y es allé, tu es marqué à vie. "La première fois, j’ai été surveillé en permanence. J’ai dû suivre un itinéraire précis, parler à des guides officiels, et éviter tout contact avec les locaux. La deuxième fois, c’était encore pire. Ils m’ont fait signer une déclaration comme quoi je ne prendrais pas de photos 'inappropriées'. Et puis, ils m’ont demandé pourquoi je revenais. 'Vous n’avez pas aimé la première fois ?'"
Le problème, c’est que la Corée du Nord n’est pas un pays comme les autres. Tu ne peux pas y aller seul. Tu dois passer par une agence officielle, qui organise tout pour toi. Et une fois sur place, tu es constamment surveillé. "C’est comme visiter un décor de cinéma. Tout est faux, tout est contrôlé. Et le pire, c’est que tu ne peux même pas en parler librement une fois rentré."
Et puis, il y a la question de la sécurité. "Si tu dis quelque chose qu’ils n’aiment pas, tu peux finir en prison. Et personne ne viendra te chercher." Du coup, beaucoup de voyageurs extrêmes évitent d’y retourner. "Une fois, ça suffit. Deux fois, c’est de la folie."
L’Érythrée : le pays où le temps s’est arrêté
L’Érythrée est souvent décrite comme l’un des pays les plus fermés au monde. Pas de tourisme, pas de liberté de mouvement, et un gouvernement qui surveille tout. "La première fois, j’ai dû demander une autorisation spéciale pour sortir de la capitale. Et même là, j’ai été suivi en permanence. La deuxième fois, j’ai essayé de revenir, mais on m’a refusé l’entrée. 'Pourquoi voulez-vous revenir ? Il n’y a rien à voir ici.'"
Le problème, c’est que l’Érythrée n’a rien à offrir aux touristes. Pas de sites historiques majeurs, pas de paysages spectaculaires, pas de culture accessible. "C’est un pays où rien ne bouge. Les gens vivent comme il y a 50 ans. Et le gouvernement veut que ça reste comme ça." Du coup, même les voyageurs les plus déterminés hésitent. "Pourquoi perdre du temps et de l’argent pour un pays qui ne veut pas de toi ?"
Les pays en guerre : quand le voyage devient une question de vie ou de mort
Et puis, il y a les pays en guerre. La Syrie, le Yémen, l’Afghanistan, la Libye… Des endroits où la simple idée de revenir relève de l’inconscience. "La première fois, j’ai visité la Syrie en 2010. C’était un pays magnifique, avec des gens incroyablement accueillants. La deuxième fois, en 2018, c’était un champ de ruines. Et le pire, c’est que je n’ai même pas pu sortir de Damas. Les combats étaient trop proches."
Pour certains, ces pays sont une obsession. "Je veux voir comment ils se reconstruisent. Je veux aider, même si c’est juste en témoignant." Pour d’autres, c’est une ligne rouge. "Certains endroits, tu ne devrais jamais y retourner. Parce que tu risques de ne jamais en revenir."
Et puis, il y a la question morale. "Est-ce que c’est éthique de visiter un pays en guerre ? Est-ce que tu ne fais pas que nourrir une économie de la violence ?" La question divise. Certains voyageurs extrêmes refusent catégoriquement. D’autres y voient une forme de résistance. "Si personne ne témoigne, qui le fera ?"
Les alternatives : quand le voyage extrême devient trop extrême
Visiter tous les pays deux fois, c’est un défi de fou. Mais pour ceux qui veulent repousser leurs limites sans tomber dans l’obsession, il existe d’autres options. Des défis tout aussi impressionnants, mais peut-être un peu moins dangereux.
Les 193 pays + les territoires dépendants : le nouveau graal
Certains voyageurs ont décidé de viser plus haut. Non seulement les 193 pays reconnus par l’ONU, mais aussi tous les territoires dépendants. La Polynésie française, Porto Rico, le Groenland, Hong Kong… En tout, il y a plus de 200 territoires à visiter. "C’est un défi encore plus fou, parce que certains de ces endroits sont minuscules, inaccessibles, ou tout simplement oubliés."
Prenez l’île de Tristan da Cunha, dans l’Atlantique Sud. C’est l’endroit habité le plus isolé du monde. Pour y aller, il faut prendre un bateau depuis l’Afrique du Sud, et le voyage dure une semaine. "La première fois, j’ai mis six mois à organiser le voyage. La deuxième fois, j’ai dû attendre un an pour avoir une place sur le bateau." Et pour quoi ? Une île de 250 habitants, sans hôtel, sans restaurant, et sans rien à faire. "Mais c’est ça, le défi. Aller là où personne ne va."
Les pays en une seule visite : le défi de la profondeur
D’autres voyageurs ont choisi une approche radicalement différente. Au lieu de cocher des cases, ils veulent comprendre un pays en profondeur. Passer un mois dans chaque nation, apprendre la langue, vivre comme un local. "La première fois, j’ai visité le Népal en une semaine. J’ai vu Katmandou, Pokhara, et l’Everest de loin. La deuxième fois, j’y ai passé trois mois. J’ai vécu dans un village, appris le népalais, et gravi une montagne. Et c’est là que j’ai compris ce qu’était vraiment le Népal."
Cette approche a un avantage : elle permet de vraiment découvrir un pays, au lieu de juste y passer. Mais elle a aussi un inconvénient : elle prend du temps. Beaucoup de temps. "Si tu veux faire ça pour tous les pays, il te faudra une vie entière. Et encore, tu n’auras pas fini."
Les défis thématiques : quand le voyage devient une quête personnelle
Et puis, il y a ceux qui inventent leurs propres défis. Visiter tous les pays en train. Tous les pays sans prendre l’avion. Tous les pays en vélo. Tous les pays en autostop. "Le truc, c’est de trouver un défi qui te motive, qui te pousse à sortir de ta zone de confort. Parce que visiter tous les pays deux fois, c’est bien. Mais si tu ne retires rien de l’expérience, à quoi bon ?"
Prenez l’exemple de ce voyageur qui a décidé de visiter tous les pays en dormant chez l’habitant. "Au début, c’était juste une façon d’économiser de l’argent. Et puis, j’ai réalisé que c’était le meilleur moyen de vraiment rencontrer les gens. Parce que quand tu dors chez quelqu’un, tu partages sa vie. Tu manges avec lui, tu discutes, tu vis comme lui. Et c’est ça, le vrai voyage."
Les erreurs à éviter : quand le voyage extrême tourne au cauchemar
Visiter tous les pays deux fois, c’est un défi de malade. Mais c’est aussi un piège. Parce que plus tu avances, plus tu risques de perdre de vue l’essentiel. Voici les erreurs les plus courantes.
Se focaliser sur la liste plutôt que sur l’expérience
La pire erreur, c’est de transformer le voyage en une simple case à cocher. "J’ai rencontré des voyageurs qui passaient trois heures dans un pays juste pour avoir le tampon. Trois heures ! Ils ne sortaient même pas de l’aéroport. Et après, ils disaient qu’ils avaient visité le pays. C’est absurde."
Le problème, c’est que plus tu avances, plus tu risques de tomber dans ce piège. Parce que la liste devient une obsession. "Tu commences par te dire : 'Je veux juste voir le monde.' Et puis, un jour, tu réalises que tu ne voyages plus pour toi, mais pour la liste. Et là, tu as perdu."
Négliger sa santé physique et mentale
Le voyage extrême, c’est usant. Pour le corps, d’abord. Les vols incessants, les changements de climat, la nourriture parfois douteuse… "J’ai chopé trois maladies tropicales en six mois. Et le pire, c’est que je ne m’en suis même pas rendu compte tout de suite. J’étais tellement obsédé par mon défi que j’ai ignoré les symptômes."
Mais c’est surtout la santé mentale qui trinque. L’isolement, la pression, le sentiment de ne jamais en faire assez… "Un jour, je me suis retrouvé dans un hôtel au Kazakhstan, et j’ai réalisé que je n’avais parlé à personne depuis une semaine. Personne. Pas un mot. Et le pire, c’est que ça ne me dérangeait même pas. J’étais devenu une machine à voyager."
Et puis, il y a le retour. Parce que quand tu as tout vu, tout fait, que te reste-t-il ? "J’ai connu des voyageurs qui ont fait une dépression après avoir terminé leur défi. Parce que soudain, ils n’avaient plus de but. Plus de raison de se lever le matin. Et c’est ça, le vrai danger."
Sous-estimer le coût financier
Visiter tous les pays deux fois, ça coûte cher. Très cher. Billets d’avion, visas, hébergement, nourriture… "J’ai calculé que j’avais dépensé plus de 150 000 euros en cinq ans. Et je ne suis même pas à la moitié."
Le problème, c’est que plus tu avances, plus les coûts augmentent. Parce que les derniers pays sont souvent les plus chers, les plus difficiles d’accès, ou les deux. "La première fois, j’ai visité le Bhoutan pour 200 euros. La deuxième fois, j’ai dû payer 2 000 euros pour un visa spécial. Et encore, je n’ai pas pu sortir de la capitale."
Et puis, il y a les imprévus. Les vols annulés, les maladies, les vols… "Un jour, on m’a volé mon passeport au Venezuela. J’ai dû payer 500 dollars pour en avoir un nouveau. Et pendant ce temps, je perdais des jours de voyage."
Questions fréquentes : tout ce que vous avez toujours voulu savoir
Est-ce que quelqu’un a vraiment réussi à visiter tous les pays deux fois ?
Officiellement, non. Personne n’a jamais fourni de preuves suffisantes pour le prouver. Mais officieusement, certains voyageurs s’en approchent. Gunnar Garfors, par exemple, a déjà refait plus de 150 pays. Lexie Alford, elle, en est à une centaine. Mais personne n’a encore terminé. Et même si quelqu’un y arrivait, qui le croirait ? Parce que sans preuves tangibles, c’est juste une affirmation en l’air.
Combien de temps faut-il pour visiter tous les pays deux fois ?
Ça dépend. Si tu voyages à un rythme effréné, comme certains voyageurs extrêmes, tu peux y arriver en 10-15 ans. Mais à quel prix ? Parce que pour tenir ce rythme, il faut sacrifier beaucoup de choses. Ta santé, tes relations, ton argent… "J’ai rencontré un type qui avait tout fait en huit ans. Il avait 40 ans, il était célibataire, sans enfants, et sans attaches. Et il m’a dit : 'Si c’était à refaire, je ne le referais pas.'"
Si tu veux prendre ton temps, compter 20-30 ans. Voire plus. Parce que certains pays sont tellement difficiles d’accès que tu peux perdre des mois à organiser un seul voyage. "J’ai mis trois ans à retourner en Somalie. Parce que les vols étaient annulés, les visas refusés, et les conditions de sécurité trop instables."
Quel est le pays le plus facile à revisiter ?
Sans hésiter : la France. Parce que c’est un pays sûr, accessible, et avec une infrastructure touristique incroyable. "Tu peux y aller en avion, en train, en voiture, en bus… Et une fois sur place, tu as tout à portée de main. Des musées, des restaurants, des paysages variés… Et puis, tu parles la langue. C’est un luxe que beaucoup de voyageurs sous-estiment."
D’autres pays faciles : l’Italie, l’Espagne, la Thaïlande, le Japon… Des destinations touristiques, avec des aéroports internationaux, des transports efficaces, et une culture accueillante. "Le Japon, c’est le pays parfait pour les voyageurs extrêmes. Parce que tu peux y aller 10 fois, et chaque fois, tu découvriras quelque chose de nouveau."
Quel est le pays le plus dangereux à revisiter ?
La réponse varie selon les années, mais en 2024, le Yémen et la Syrie sont en tête de liste. Parce que ce sont des pays en guerre, avec des groupes armés, des gouvernements instables, et des conditions de sécurité catastrophiques. "La première fois, j’ai visité le Yémen en 2013. C’était un pays magnifique, avec des gens incroyablement accueillants. La deuxième fois, en 2022, c’était un champ de ruines. Et je n’ai même pas pu sortir de Sanaa."
D’autres pays dangereux : l’Afghanistan, la Libye, la Somalie, le Soudan du Sud… Des endroits où la simple idée de revenir relève de l’inconscience. "Si tu veux vraiment revisiter ces pays, prépare-toi à prendre des risques. Beaucoup de risques."
Verdict : un exploit impossible, mais pas inutile
Visiter tous les pays deux fois, c’est un défi qui relève de l’impossible. Pas seulement à cause des obstacles logistiques, mais aussi à cause des limites humaines. Parce que même si tu y arrives, qu’est-ce que ça t’apporte ? Une case cochée de plus sur une liste ? Un record personnel ? Une forme de gloire éphémère ?
Et pourtant, cette quête n’est pas totalement vaine. Parce qu’elle pousse les voyageurs à se dépasser, à sortir de leur zone de confort, à voir le monde différemment. "La première fois, tu voyages pour les autres. Pour les réseaux sociaux, pour les amis, pour la famille. La deuxième fois, tu voyages pour toi. Parce que tu as compris que le voyage, ce n’est pas une destination. C’est une façon de vivre."
Alors, est-ce que ça vaut le coup ? Honnêtement, je ne sais pas. Parce que ça dépend de ce que tu cherches. Si tu veux juste un record, alors non. Si tu veux une aventure qui te transforme, alors peut-être. Mais une chose est sûre : si tu te lances dans cette quête, prépare-toi à tout perdre. Ton temps, ton argent, tes illusions. Et peut-être même un peu de toi-même.
Parce qu’au final, le vrai voyage, ce n’est pas de visiter tous les pays deux fois. C’est de trouver ce qui te fait vibrer, et de t’y accrocher. Même si ça ne tient qu’à un fil.
