Le vrai défi, c’est de savoir si vous êtes prêt à jouer contre la montre – littéralement. Car dans l’aviation, l’âge n’est pas qu’un chiffre : c’est une équation complexe où chaque année compte double. Alors, avant de claquer vos économies dans une formation, plongeons dans ce qui vous attend vraiment.
Pourquoi 35 ans est-il considéré comme un cap critique ?
L’aviation commerciale adore les jeunes. Pas par snobisme, mais parce que le modèle économique des compagnies repose sur une logique implacable : former un pilote coûte cher, alors autant en tirer le maximum d’années de service. Un candidat de 20 ans, c’est 40 ans de carrière potentielle. À 35 ans ? La moitié. Et ça, les recruteurs le voient comme un risque.
Mais ce n’est pas qu’une question de rentabilité. Les tests médicaux, notamment ceux de la classe 1 (obligatoire pour piloter en ligne), deviennent plus sélectifs avec l’âge. La vue, l’audition, la tension artérielle – tout est passé au crible. Or, à 35 ans, certains marqueurs physiologiques commencent à fléchir, même chez les sportifs. (Un détail qui fait grincer des dents plus d’un candidat.)
Le mythe de l’âge "trop tard"
Pourtant, réduire 35 ans à une date de péremption serait une erreur. L’aviation n’est pas un sport de haut niveau où la retraite sonne à 30 ans. Des pilotes de ligne volent jusqu’à 65 ans, voire au-delà dans certains pays. La vraie question n’est donc pas "suis-je trop vieux ?", mais "suis-je prêt à accepter les compromis ?".
Car c’est là que ça se corse. Un trentenaire qui se lance devra souvent faire des concessions : salaires moins élevés, postes moins prestigieux, ou même des détours par des compagnies régionales avant d’espérer intégrer un gros porteur. Et ça, personne ne vous le dit en école de pilotage.
Les exceptions qui donnent de l’espoir
Il y a des contre-exemples qui font rêver. Prenez le cas de Jean-Luc, 38 ans, ancien ingénieur reconverti chez Air France après cinq ans de formation et de petits boulots dans l’aviation générale. Ou encore Sophie, 36 ans, passée par les vols cargo avant de décrocher un poste chez EasyJet. Leurs parcours ? Des montagnes russes, mais pas impossibles.
Leur secret ? Une préparation méthodique, un réseau solide, et surtout, une tolérance à l’incertitude financière. Parce que oui, devenir pilote à 35 ans, c’est aussi accepter de vivre avec 1500 euros par mois pendant des années. (Autant le dire clairement : si vous avez un prêt immobilier et deux enfants, réfléchissez-y à deux fois.)
Les trois voies pour devenir pilote après 35 ans (et leurs pièges)
Il n’existe pas une seule façon de devenir pilote, mais trois chemins principaux, chacun avec ses avantages, ses coûts, et ses chausse-trappes. Le choix dépendra de votre situation financière, de votre tolérance au risque, et de votre appétence pour l’aventure. (Ou de votre désespoir, selon les cas.)
1. La voie royale : l’intégrée en école de pilotage
C’est la Rolls-Royce des formations. En 18 à 24 mois, vous sortez avec une licence de pilote de ligne (ATPL) en poche, prêt à postuler chez les compagnies. Le problème ? Le prix : entre 80 000 et 100 000 euros. Et à 35 ans, les banques ne vous feront pas de cadeaux.
Les écoles comme ENAC, CAE Oxford ou FlightSafety International proposent des formations intensives, avec un rythme soutenu. Mais attention : elles privilégient souvent les jeunes candidats. À 35 ans, vous devrez compenser par une expérience préalable (vol à voile, ULM, instructeur) ou un profil atypique (ancien militaire, ingénieur aéronautique).
Et puis, il y a la question du retour sur investissement. Avec 100 000 euros de dette, vous mettrez des années à rembourser, même avec un salaire de copilote (environ 3000 euros net en début de carrière). Alors, est-ce que ça vaut le coup ? Ça dépend. Si vous visez une compagnie low-cost en Europe, peut-être. Si vous rêvez d’Air France, préparez-vous à une longue attente.
Les écoles qui acceptent (parfois) les plus de 35 ans
Certaines écoles ont des quotas ou des critères moins stricts. C’est le cas de l’ESMA à Montpellier, qui forme des pilotes jusqu’à 40 ans, ou de la L3Harris Flight Academy aux États-Unis, plus flexible sur l’âge. Mais dans tous les cas, vous devrez prouver que vous avez les épaules pour suivre le rythme.
Un conseil : évitez les écoles qui promettent des formations "rapides et pas chères". Dans l’aviation, le cheap se paie cash – souvent par des heures de vol insuffisantes ou des instructeurs sous-qualifiés. (Et croyez-moi, vous ne voulez pas découvrir ça en plein atterrissage forcé.)
2. La voie alternative : le modularisé (ou "la débrouille")
Si vous n’avez pas 100 000 euros à investir, le modularisé est une option. L’idée ? Passer vos licences une par une, à votre rythme, en accumulant les heures de vol petit à petit. C’est long, c’est incertain, mais c’est moins cher : comptez entre 50 000 et 70 000 euros au total.
Le parcours type ? Commencez par le PPL (Private Pilot License), puis le CPL (Commercial Pilot License), avant de passer l’IR (Instrument Rating) et enfin l’ATPL théorique. Chaque étape coûte entre 5000 et 15 000 euros, et vous devrez cumuler au moins 150 heures de vol avant de pouvoir postuler en compagnie.
L’avantage ? Vous gardez un pied dans la vie active. Beaucoup de candidats en modularisé travaillent à côté (instructeur, pilote de ligne pour des petits avions, ou même dans un autre secteur). L’inconvénient ? Ça peut prendre 5 ans, voire plus. Et à 40 ans, vous serez toujours en train de postuler pour des postes de copilote.
Un exemple concret : Thomas, 37 ans, a mis 6 ans à obtenir son ATPL en modularisé. Il a commencé comme instructeur, puis a enchaîné les petits boulots (pilote de taxi aérien, largueur de parachutistes) avant de décrocher un poste chez Ryanair. "C’était dur, mais je n’avais pas le choix. À 35 ans, personne ne m’aurait financé une intégrée."
3. La voie militaire : le raccourci (si vous êtes prêt à tout)
L’armée de l’air recrute des pilotes jusqu’à 27 ans en France. Mais dans certains pays, comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, les portes restent ouvertes plus longtemps. Aux États-Unis, par exemple, vous pouvez intégrer l’Air Force jusqu’à 33 ans, et la Navy jusqu’à 28 ans. (Oui, c’est jeune, mais c’est la règle.)
Pourquoi cette voie ? Parce que l’armée prend en charge toute la formation, et vous garantit un poste à la sortie. En échange, vous signez pour 10 ans de service. Le salaire est modeste (environ 2000 euros net en début de carrière), mais vous accumulez des heures de vol sur des avions de chasse ou des transporteurs militaires – une expérience qui fait rêver les compagnies civiles.
Le problème ? La sélection est ultra-compétitive. En France, l’armée de l’air reçoit 10 000 candidatures par an pour seulement 50 places. Et à 35 ans, même si vous êtes en parfaite santé, vous serez en concurrence avec des candidats de 20 ans. (Autant dire que vos chances sont minces.)
Une alternative : les compagnies aériennes militaires, comme la Belgian Air Force ou la Royal Air Force britannique, qui recrutent parfois des pilotes expérimentés pour des postes de transport. Mais là encore, il faut être prêt à déménager et à accepter un salaire bien inférieur à celui du civil.
Les critères qui font la différence (et ceux qui ne comptent pas)
À 35 ans, vous n’êtes plus un jeune premier. Alors, qu’est-ce qui va jouer en votre faveur ? Et qu’est-ce qui va vous desservir ? Voici le décryptage.
Ce qui compte vraiment
1. **Votre expérience préalable** : Si vous avez déjà volé (ULM, planeur, instructeur), vous partez avec une longueur d’avance. Les compagnies aiment les candidats qui ont "du temps de vol dans les doigts". Même 50 heures en ULM peuvent faire la différence.
2. **Votre réseau** : Dans l’aviation, tout se joue par recommandation. Un ancien instructeur, un pilote en poste, un recruteur rencontré en salon – ces contacts peuvent vous ouvrir des portes. (Et non, LinkedIn ne suffit pas. Il faut serrer des mains, boire des cafés, et parfois accepter de travailler gratuitement pour se faire connaître.)
3. **Votre flexibilité géographique** : À 35 ans, vous avez peut-être une famille, un prêt, des attaches. Sauf que les compagnies recrutent là où elles ont besoin de pilotes – et ce n’est pas toujours en France. Les pays du Golfe, l’Asie, ou même l’Afrique offrent des opportunités, mais à condition de tout quitter. Êtes-vous prêt à partir à Dubaï ou à Singapour pour 5 ans ?
4. **Votre santé** : C’est le critère le plus discriminant. Un candidat de 35 ans en parfaite santé passera mieux qu’un jeune de 20 ans en surpoids ou avec des problèmes de tension. Faites un check-up complet avant de vous lancer, et corrigez ce qui peut l’être (myopie, cholestérol, etc.).
Ce qui ne compte pas (ou presque)
1. **Votre diplôme initial** : Que vous soyez ingénieur, médecin ou ancien caissier, ça n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est votre licence de pilote. (Même si un diplôme scientifique peut aider pour les tests théoriques.)
2. **Votre âge exact** : 35 ans, 38 ans, 40 ans – la différence est minime. Ce qui compte, c’est votre état d’esprit. Les compagnies cherchent des candidats matures, stables, et capables de gérer le stress. À 35 ans, vous avez l’avantage de l’expérience. (À condition de ne pas jouer les "je sais tout".)
3. **Votre passé professionnel** : Sauf si vous avez travaillé dans l’aéronautique, votre ancien métier n’intéresse personne. Un ancien banquier n’a pas plus de chances qu’un ancien boulanger. (Et non, piloter un avion n’a rien à voir avec gérer un portefeuille d’actions.)
Les coûts réels : combien ça coûte vraiment de devenir pilote à 35 ans ?
Parlons peu, parlons chiffres. Parce que c’est bien beau de rêver, mais si vous n’avez pas les moyens, autant le savoir tout de suite.
Le budget minimal (modularisé, en France)
Voici une estimation réaliste pour un parcours en modularisé, en partant de zéro :
- PPL (Private Pilot License) : 8 000 à 10 000 € (45 heures de vol + théorie)
- CPL (Commercial Pilot License) : 15 000 à 20 000 € (150 heures de vol + théorie)
- IR (Instrument Rating) : 10 000 à 12 000 € (40 heures de simulateur + vol)
- ATPL théorique : 3 000 à 5 000 € (14 examens à passer)
- MCC (Multi-Crew Cooperation) : 3 000 à 5 000 € (formation en équipage)
- Type Rating (qualification sur un avion spécifique) : 20 000 à 30 000 € (obligatoire pour postuler en compagnie)
Total : **59 000 à 82 000 €**. Et ça, c’est sans compter les frais annexes : logement, transport, matériel (casque, cartes, logiciels de préparation), et les éventuels rattrapages d’examens.
Un détail qui fait mal : ces prix sont valables pour la France. Si vous partez à l’étranger (Espagne, Portugal, États-Unis), vous pouvez économiser 20 à 30%, mais il faudra ajouter les frais de visa, de logement, et de transport.
Les aides financières : mythe ou réalité ?
En théorie, il existe des aides : le CPF (Compte Personnel de Formation), les bourses des fédérations aéronautiques, ou même des prêts bancaires spécialisés. En pratique, c’est plus compliqué.
Le CPF ne couvre qu’une petite partie de la formation (environ 5 000 €). Les bourses sont rares et réservées aux jeunes. Quant aux prêts bancaires, les taux sont élevés (4 à 6%), et les banques demandent souvent des garanties solides. (Un CDI dans l’aviation, ça n’existe pas encore quand vous commencez.)
La solution la plus courante ? Le financement personnel. Beaucoup de candidats vendent leur maison, empruntent à leur famille, ou cumulent plusieurs jobs. (Un ancien élève m’a confié avoir travaillé comme livreur de pizzas le soir pour payer ses heures de vol. "Au moins, je savais que chaque pizza me rapprochait de mon rêve.")
Le retour sur investissement : combien de temps pour rentabiliser ?
Admettons que vous dépensiez 70 000 € pour votre formation. Combien de temps mettrez-vous à les rembourser ?
En Europe, un copilote gagne entre 2 500 et 4 000 € net par mois en début de carrière. Si vous mettez 1 000 € de côté chaque mois, il vous faudra **70 mois** – soit presque 6 ans – pour rembourser votre formation. Et ça, c’est dans le meilleur des cas.
Dans les compagnies low-cost, les salaires sont plus bas (1 800 à 2 500 € net), et les conditions de travail plus difficiles. Résultat : certains pilotes mettent 10 ans à rembourser leur formation. (Et encore, à condition de ne pas avoir de coup dur : licenciement, problème de santé, etc.)
La bonne nouvelle ? Après 5 ans, les salaires augmentent. Un commandant de bord chez Air France peut gagner 10 000 € net par mois. Mais pour en arriver là, il faut survivre aux premières années.
Les réalités du marché : où et comment postuler après 35 ans ?
Une fois votre licence en poche, reste à trouver un emploi. Et là, les choses se corsent. Parce que le marché de l’emploi pour les pilotes n’est pas un long fleuve tranquille.
Les compagnies qui recrutent (et celles qui vous ignoreront)
Toutes les compagnies ne se valent pas. Voici un classement des employeurs, du plus accessible au plus sélectif :
1. Les compagnies low-cost (Ryanair, EasyJet, Wizz Air)
Elles recrutent massivement, et sont moins regardantes sur l’âge. Leur critère principal ? Votre nombre d’heures de vol et votre flexibilité. (Elles adorent les candidats prêts à déménager du jour au lendemain.)
Le salaire est modeste (2 000 à 3 000 € net en début de carrière), mais vous accumulerez des heures de vol rapidement. Et dans l’aviation, les heures de vol, c’est de l’or.
Le piège ? Les conditions de travail. Rotations serrées, salaires gelés, pression constante. Beaucoup de pilotes quittent ces compagnies après quelques années, épuisés.
2. Les compagnies régionales (Hop!, Air Corsica, Chalair)
Elles recrutent des pilotes pour des avions plus petits (ATR, Dash 8), avec des salaires légèrement supérieurs aux low-cost (2 500 à 3 500 € net). L’avantage ? Vous restez en France, et vous avez plus de chances de devenir commandant de bord rapidement.
L’inconvénient ? Les perspectives d’évolution sont limitées. Beaucoup de pilotes régionaux stagnent pendant des années avant de pouvoir postuler dans une grande compagnie.
3. Les compagnies cargo (FedEx, DHL, UPS)
Elles recrutent des pilotes expérimentés, souvent avec 1 500 heures de vol minimum. Les salaires sont attractifs (4 000 à 6 000 € net en début de carrière), et les conditions de travail sont meilleures que dans le low-cost.
Le problème ? Elles privilégient les candidats avec une expérience militaire ou sur gros porteurs. À 35 ans, avec une licence toute fraîche, vous partirez avec un handicap.
4. Les compagnies long-courriers (Air France, Emirates, Qatar Airways)
C’est le Graal. Salaires élevés (5 000 à 10 000 € net), conditions de travail premium, et la possibilité de voler sur des avions comme l’A380 ou le B787.
Mais c’est aussi le marché le plus compétitif. Air France, par exemple, reçoit 10 000 candidatures par an pour seulement 200 postes. Et à 35 ans, vous serez en concurrence avec des candidats de 25 ans, plus jeunes, moins chers, et souvent mieux formés.
Votre seule chance ? Avoir un profil exceptionnel : expérience militaire, heures de vol sur gros porteurs, ou une spécialisation rare (pilote d’essai, instructeur sur A320). Sans ça, vous devrez passer par les compagnies régionales ou low-cost avant d’espérer postuler.
Les pays où les portes s’ouvrent plus facilement
Si vous êtes prêt à quitter la France, certains pays recrutent plus facilement :
**Les États-Unis** : Le marché est énorme, et les salaires sont élevés (6 000 à 10 000 $ par mois pour un commandant de bord). Mais il faut obtenir une licence FAA, ce qui prend du temps et coûte cher. (Comptez 10 000 $ supplémentaires.)
**Le Moyen-Orient** : Emirates, Qatar Airways et Etihad recrutent massivement. Les salaires sont attractifs (5 000 à 8 000 € net), et les conditions de travail sont bonnes. Mais il faut accepter de vivre à Dubaï ou à Doha, et de travailler dans un environnement très hiérarchisé.
**L’Asie** : La Chine, l’Inde et l’Indonésie ont un besoin énorme de pilotes. Les salaires sont corrects (3 000 à 5 000 € net), mais les conditions de vie peuvent être difficiles. (Pollution, barrière linguistique, etc.)
**L’Afrique** : Des compagnies comme Ethiopian Airlines ou South African Airways recrutent des pilotes expérimentés. Les salaires sont modestes (2 000 à 3 000 € net), mais c’est une bonne façon d’accumuler des heures de vol.
Les erreurs qui tuent une candidature à 35 ans
Vous avez votre licence, vous postulez, et… silence radio. Pourquoi ? Parce que vous avez commis une (ou plusieurs) de ces erreurs classiques.
1. Sous-estimer l’importance du réseau
Dans l’aviation, 80% des embauches se font par recommandation. Si vous envoyez votre CV en ligne sans avoir de contact dans la compagnie, vous avez 90% de chances de finir à la poubelle.
Comment faire ? Participez aux salons aéronautiques, rejoignez des groupes Facebook de pilotes, et surtout, allez boire des cafés avec des gens du métier. (Un ancien instructeur m’a dit un jour : "Un CV, c’est bien. Une bière avec un recruteur, c’est mieux.")
2. Négliger les tests psychotechniques
Les compagnies ne recrutent pas que sur les compétences techniques. Elles veulent des pilotes stables, capables de gérer le stress, et de travailler en équipe. Les tests psychotechniques (comme ceux de la DGAC ou de l’EASA) sont conçus pour évaluer ces qualités.
Problème : beaucoup de candidats de 35 ans échouent à ces tests, non pas par manque de compétences, mais parce qu’ils sont trop sûrs d’eux. (Un recruteur m’a confié : "À 35 ans, les candidats ont souvent un ego surdimensionné. Ils pensent tout savoir, et ça se voit.")
La solution ? Entraînez-vous. Il existe des livres et des logiciels pour préparer ces tests. Et surtout, restez humble. Un pilote, c’est avant tout un membre d’équipage, pas un cow-boy des airs.
3. Oublier de se vendre
Votre CV doit mettre en avant vos atouts. À 35 ans, vous avez forcément des expériences qui peuvent faire la différence : gestion de projet, travail en équipe, résistance au stress. Ne les cachez pas sous prétexte que ce n’est pas "aéronautique".
Un exemple : un ancien commercial a décroché un poste chez EasyJet en mettant en avant ses compétences en négociation et en gestion des conflits. "Dans un cockpit, savoir désamorcer une tension, c’est aussi important que de savoir atterrir", m’a-t-il expliqué.
4. Se focaliser sur une seule compagnie
Beaucoup de candidats rêvent d’Air France et ne postulent nulle part ailleurs. Résultat : ils attendent des années pour un poste qui ne viendra peut-être jamais.
La stratégie gagnante ? Postulez partout. Les low-cost, les régionales, les cargo – même si ce n’est pas votre premier choix. Une fois que vous avez un pied dans le métier, vous pourrez évoluer.
Questions fréquentes : ce que tout le monde se demande (mais n’ose pas demander)
Est-ce que je peux devenir pilote de ligne sans diplôme ?
Oui. Le diplôme n’est pas obligatoire pour devenir pilote de ligne. Ce qui compte, c’est votre licence (ATPL) et vos heures de vol. En revanche, certaines compagnies (comme Air France) exigent un bac+2 pour les candidats en formation intégrée. Mais dans le modularisé, vous pouvez tout à fait devenir pilote sans diplôme.
Cela dit, un diplôme scientifique (maths, physique) peut vous aider à réussir les tests théoriques. Et si vous visez une reconversion, un diplôme en gestion ou en logistique peut être un plus pour évoluer vers des postes de management.
Combien d’heures de vol faut-il pour postuler en compagnie ?
En Europe, le minimum légal est de 150 heures de vol pour obtenir le CPL. Mais pour postuler en compagnie, il vous faudra au moins 200 heures, et idéalement 500 heures pour avoir une chance.
Pourquoi cette différence ? Parce que les compagnies veulent des pilotes expérimentés, capables de gérer des situations complexes. 150 heures, c’est juste assez pour maîtriser les bases. 500 heures, c’est le seuil où vous commencez à être vraiment à l’aise en vol.
Un conseil : accumulez des heures en tant qu’instructeur, pilote de taxi aérien, ou largueur de parachutistes. Ces expériences comptent double, car elles vous confrontent à des situations variées.
Est-ce que je peux devenir pilote si je porte des lunettes ?
Oui, mais avec des restrictions. Pour obtenir une licence de pilote professionnel (CPL), votre vue doit être corrigée à 10/10, avec ou sans lunettes. En revanche, pour une licence de pilote de ligne (ATPL), les critères sont plus stricts :
- Votre myopie ne doit pas dépasser -6 dioptries.
- Votre hypermétropie ne doit pas dépasser +5 dioptries.
- Votre astigmatisme ne doit pas dépasser 2 dioptries.
De plus, vous devrez passer un test de vision des couleurs (le test d’Ishihara), et prouver que votre vue est stable depuis au moins 2 ans.
Si vous portez des lunettes, prévoyez un budget supplémentaire : les montures et verres "aviation" coûtent cher (200 à 500 €), et vous devrez en avoir une paire de rechange.
Est-ce que l’âge joue vraiment contre moi ?
Oui et non. Oui, parce que les compagnies privilégient les jeunes candidats, plus "rentables" sur le long terme. Non, parce qu’à 35 ans, vous avez des atouts que les jeunes n’ont pas : maturité, expérience professionnelle, et souvent, une meilleure résistance au stress.
Le vrai problème, ce n’est pas votre âge en soi, mais le temps qu’il vous reste avant la retraite. En Europe, l’âge légal de départ à la retraite pour les pilotes est de 65 ans. Si vous commencez à 35 ans, vous n’aurez "que" 30 ans de carrière devant vous. C’est moins qu’un candidat de 20 ans, mais c’est suffisant pour rentabiliser votre formation.
Un recruteur m’a dit un jour : "À 35 ans, on ne cherche pas un pilote, on cherche un investissement. Si vous pouvez nous prouver que vous allez rester 20 ans, on vous prendra."
Est-ce que je peux devenir pilote si je suis daltonien ?
C’est compliqué. Le daltonisme est un critère d’exclusion pour les licences de pilote professionnel (CPL et ATPL). En revanche, vous pouvez obtenir une licence de pilote privé (PPL) si votre daltonisme est léger.
Pourquoi cette restriction ? Parce que les pilotes doivent distinguer les couleurs des feux de signalisation, des cartes aéronautiques, et des instruments de bord. Un daltonien pourrait confondre le rouge et le vert, ce qui est dangereux en vol.
Si vous êtes daltonien, vous pouvez tenter de passer le test d’Ishihara avec des lunettes spéciales (comme les EnChroma), mais les résultats ne sont pas garantis. Et même si vous réussissez le test, certaines compagnies (comme Air France) refuseront votre candidature.
Verdict : alors, pilote à 35 ans, oui ou non ?
La réponse n’est pas binaire. Oui, vous pouvez devenir pilote à 35 ans. Non, ce ne sera pas facile. Et surtout, ce ne sera pas comme vous l’imaginez.
Si vous avez les moyens financiers, une santé de fer, et une tolérance au risque élevée, foncez. Mais soyez conscient que le parcours sera long, semé d’embûches, et que vous devrez peut-être faire des compromis (salaire, lieu de vie, type d’avion).
Si vous cherchez une reconversion rapide et lucrative, passez votre chemin. L’aviation n’est pas un métier comme les autres : c’est une passion, un mode de vie, et parfois, un sacerdoce. (Et non, vous ne deviendrez pas commandant de bord en 2 ans.)
Le meilleur conseil que je puisse vous donner ? Parlez à des pilotes. Pas à ceux qui viennent de sortir de l’école, mais à ceux qui ont 10 ou 15 ans de métier. Demandez-leur ce qu’ils feraient différemment, ce qu’ils regrettent, et ce qu’ils ne vous disent pas dans les brochures des écoles. Leurs réponses vous éclaireront bien plus que n’importe quel article.
Et si, après tout ça, vous êtes toujours déterminé ? Alors accrochez-vous. Parce que le plus dur n’est pas d’obtenir votre licence, mais de survivre aux premières années. Mais une fois que vous aurez votre place dans un cockpit, vous oublierez toutes les galères. (Enfin, presque toutes.)
Alors, prêt à décoller ?
