L'origine de la rumeur : ce fameux sprint contre la Real Sociedad
Tout est parti d'une soirée de Ligue des Champions en mars 2024. Kylian Mbappé, alors encore sous les couleurs du PSG, déclenche une accélération foudroyante sur l'aile gauche. Les caméras s'affolent, les algorithmes de la BBC et d'autres médias sportifs se mettent en branle pour calculer sa vélocité. Résultat : une estimation de 10,9 secondes sur une portion de terrain. Autant dire que les puristes de l'athlétisme ont failli s'étouffer avec leur chronomètre, car comparer une course lancée sur une pelouse avec un départ arrêté en blocs est un non-sens total.
Une estimation qui a enflammé les réseaux sociaux
Le chiffre a fait le tour du monde en quelques minutes. On a vu fleurir des graphiques comparant la foulée de l'attaquant français à celle de la légende Usain Bolt. Mais bon, ne nous emballons pas. Ces 10,9 secondes sont ce qu'on appelle une vitesse extrapolée. Cela signifie que si Kylian maintenait sa vitesse de pointe sur l'intégralité d'un 100 mètres sans jamais ralentir ni avoir à gérer le départ, il atteindrait ce chrono. Sauf que dans la réalité, un sprinteur passe les 30 premiers mètres à s'extraire de l'inertie, une phase où le footballeur, aussi explosif soit-il, perdrait énormément de temps.
Pourquoi 10,9 secondes n'est pas un record officiel
Il faut être clair : Kylian Mbappé n'a pas de record officiel au 100 mètres enregistré par la Fédération Française d'Athlétisme. Pour valider une telle performance, il faudrait des starting-blocks, un juge-arbitre, un pistolet de départ et surtout, une absence totale de ballon. En match, le Bondynois bénéficie souvent d'une "course lancée". Il est déjà en mouvement lorsqu'il atteint sa vitesse maximale. Or, le 100 mètres est une épreuve de résistance à la décélération autant qu'une épreuve de puissance initiale. Sans la technique spécifique du "drive phase" (la phase de poussée), Mbappé resterait probablement scotché sur les premiers mètres face à un sprinteur de niveau régional.
La science derrière la foulée : 38 km/h, est-ce vraiment exceptionnel ?
On parle souvent de la barre des 38 km/h franchie par le capitaine de l'équipe de France. C'est un chiffre qui frappe les esprits car il se rapproche des moyennes de vitesse des finalistes olympiques. Mais là encore, le diable se cache dans les détails. Atteindre 38 km/h en pointe pendant une fraction de seconde n'est pas la même chose que de maintenir 37 km/h de moyenne sur 10 secondes. Le problème, c'est que le grand public confond souvent vitesse instantanée et vitesse moyenne.
Vitesse de pointe vs endurance de sprint
Kylian possède une capacité d'accélération phénoménale, ce qu'on appelle dans le jargon le "burst". Il est capable de passer de 0 à 30 km/h en un temps record pour un footballeur. Reste que la physiologie humaine a ses limites. Sur un terrain, les sprints dépassent rarement les 30 ou 40 mètres. Maintenir cet effort sur 100 mètres demanderait une gestion de l'acide lactique et une technique de bras que Mbappé n'a jamais travaillée. Je reste convaincu que s'il s'essayait à l'exercice pur, il s'écroulerait littéralement dans les 20 derniers mètres, là où les poumons brûlent et où la foulée doit rester parfaitement haute.
Le rôle des capteurs GPS STATSports
Aujourd'hui, chaque joueur porte une brassière équipée d'un capteur GPS entre les omoplates. Ces petits boîtiers enregistrent tout : le nombre de sprints, la distance parcourue et, bien sûr, la vitesse maximale. Les données récoltées montrent que Mbappé flirte régulièrement avec les 36,7 km/h. C'est une performance athlétique de haut vol, surtout quand on sait qu'il doit gérer ses appuis pour ne pas perdre le ballon. À titre de comparaison, un homme moyen court à environ 24 km/h en sprintant pour ne pas rater son bus. On est donc sur une autre planète, mais pas encore dans la galaxie des sprinteurs professionnels.
Mbappé face à Usain Bolt : le duel impossible
C'est la comparaison qui revient à chaque fois que Kylian dépose un défenseur de Ligue 1. Pourtant, mettre les deux hommes sur la même ligne de départ serait presque cruel pour le footballeur. Usain Bolt, lors de son record du monde en 2009 à Berlin (9,58 secondes), a atteint une vitesse de pointe de 44,72 km/h. On parle d'un écart de près de 7 km/h avec Mbappé. Dans le monde du sprint, c'est un gouffre, une éternité. C'est un peu comme comparer une GT3 avec une Formule 1 : les deux vont vite, mais elles ne boxent pas dans la même catégorie.
Les premiers 30 mètres, là où le footballeur brille
Là où Kylian pourrait surprendre, c'est sur les 20 ou 30 premiers mètres. Grâce à son centre de gravité relativement bas et une puissance de poussée horizontale développée pour les changements de direction, il pourrait presque tenir tête à certains athlètes sur une mise en action très courte. Mais dès que la phase de transition commence, la mécanique de course de Bolt prendrait le dessus. Le sprinteur utilise ses fibres rapides pour allonger la foulée tout en restant relâché. Mbappé, lui, court avec une tension musculaire propre au footballeur qui doit être prêt à crocheter à tout moment.
La phase de décélération que Kylian ne connaît pas
Saviez-vous que même Usain Bolt ralentit à la fin d'un 100 mètres ? Personne n'accélère pendant 10 secondes. Le secret des champions, c'est de ralentir moins vite que les autres. Kylian, habitué à des efforts fractionnés de 3 à 5 secondes, n'a pas cette "caisse" spécifique. S'il courait un 100 mètres demain, sa courbe de vitesse s'effondrerait probablement après 60 mètres de course. Résultat : son chrono final serait sans doute plus proche des 11,2 ou 11,3 secondes s'il devait partir des blocs de départ sans entraînement spécifique.
Pourquoi les footballeurs ne feraient pas de bons sprinteurs olympiques
On entend souvent dire que si Mbappé s'était mis à l'athlétisme, il serait aujourd'hui en finale des JO. C'est une affirmation que je trouve très surestimée. Le football demande une explosivité multidirectionnelle. Un footballeur doit être capable de sprinter, de s'arrêter net, de repartir à 45 degrés et de sauter pour un duel aérien. Cette polyvalence musculaire est l'ennemie de la spécialisation extrême requise pour le 100 mètres. Les muscles des jambes d'un footballeur sont plus denses, moins "élastiques" que ceux d'un sprinteur pur.
Le poids des crampons et la nature du sol
Il y a aussi une question de matériel. Courir avec des crampons sur une pelouse qui s'enfonce de quelques millimètres à chaque appui consomme une énergie folle. Les chaussures d'athlétisme, avec leurs pointes en acier et leur plaque de carbone rigide, sont conçues pour renvoyer l'énergie du sol comme un ressort. Si l'on mettait Kylian sur une piste avec des pointes, il gagnerait sans doute quelques dixièmes, mais sa technique de course "rasante" — typique des joueurs de foot qui veulent rester proches du sol pour changer de direction — le limiterait rapidement.
L'agilité latérale, l'ennemie de la ligne droite
Un sprinteur est une machine à produire de la force verticale et horizontale dans un seul axe. Kylian, lui, a passé des milliers d'heures à entraîner ses adducteurs et ses rotateurs de hanche pour le dribble. Ces muscles ajoutent du poids et de la friction qui ne servent à rien sur une ligne droite de 100 mètres. Bref, il est bâti pour le chaos du terrain, pas pour la pureté de la ligne droite. Et c'est tant mieux pour le spectacle, car voir Kylian dribbler trois défenseurs est bien plus excitant que de le voir courir seul contre un chrono.
Les autres fusées du football mondial : Kylian est-il encore le plus rapide ?
Pendant longtemps, Mbappé a régné sans partage sur les classements de vitesse. Mais le football moderne est devenu une usine à athlètes et la concurrence pousse fort. Aujourd'hui, d'autres noms sortent du lot et certains dépassent même les pointes de vitesse du Français. On n'y pense pas assez, mais la Premier League est devenue le véritable laboratoire de la vitesse mondiale.
Micky van de Ven et la surprise de la Premier League
Le défenseur central de Tottenham, Micky van de Ven, a été flashé à 37,38 km/h lors de la saison 2023-2024. C'est plus que le record personnel de Mbappé sur cette même période. Voir un joueur de près d'un mètre quatre-vingt-treize courir aussi vite est terrifiant pour les attaquants. Cela prouve que la vitesse n'est plus l'apanage des petits gabarits vifs. Des joueurs comme Kyle Walker continuent aussi de défier le temps, prouvant que la vitesse de pointe peut se maintenir même après 30 ans.
Kyle Walker, le garde-chiourme de Manchester City
S'il y a bien un joueur qui a réussi à "éteindre" Mbappé physiquement lors de leurs confrontations, c'est Kyle Walker. L'Anglais possède une vitesse de pointe de 37,3 km/h. Ce qui est fascinant avec Walker, c'est sa capacité à répéter ces sprints à haute intensité sans baisser de régime. Là où Mbappé cherche le moment opportun pour exploser, Walker est dans une réaction permanente. C'est peut-être le seul joueur au monde capable de rattraper Kylian s'il lui laisse deux mètres d'avance.
Ce que disent les préparateurs physiques de haut niveau
Interrogés sur le cas Mbappé, la plupart des spécialistes de la performance sont unanimes : son plus grand atout n'est pas sa vitesse maximale, mais sa vitesse de décision. Courir vite est une chose, mais courir vite avec un ballon dans les pieds tout en analysant le placement du gardien en est une autre. C'est ce qu'on appelle la vitesse cognitive. Un sprinteur n'a pas à réfléchir, il doit exécuter un programme moteur appris par cœur. Kylian, lui, doit improviser à 36 km/h. C'est cette dissociation entre le bas du corps qui sprinte et le haut du corps qui reste lucide qui fait de lui un extraterrestre.
Certains coachs estiment que s'il se consacrait uniquement au 100 mètres pendant deux ans, il pourrait descendre sous les 10,50 secondes. Mais quel intérêt ? Il perdrait sa masse musculaire nécessaire pour résister aux charges des défenseurs centraux de 90 kilos. Le compromis actuel de Mbappé est parfait pour son sport. Il est suffisamment rapide pour créer la panique, mais assez costaud pour tenir sur ses jambes après un contact. Honnêtement, c'est ce mélange qui est rare, bien plus qu'un simple chrono sur une piste.
Idées reçues sur la vitesse sur un terrain de foot
Il est temps de casser quelques mythes. Non, courir vite ne signifie pas forcément être un bon joueur de profondeur. La vitesse sans le timing n'est que de l'agitation. Le problème avec les statistiques de vitesse de pointe, c'est qu'elles ne disent rien de l'intelligence de course. Mbappé est redoutable parce qu'il sait quand déclencher son appel. Il utilise souvent ce qu'on appelle le "contre-appel" : il fait mine de venir demander le ballon dans les pieds pour aspirer le défenseur, puis plonge dans son dos. À ce moment-là, même s'il courait à 30 km/h, il serait déjà intenable.
Une autre erreur classique consiste à croire que les joueurs les plus rapides sont les plus petits. C'est faux. Les plus grandes vitesses de pointe sont souvent atteintes par des joueurs de taille moyenne à grande (entre 1m80 et 1m90) car leur amplitude de foulée est supérieure. Kylian, avec son 1m78, compense par une fréquence de jambes incroyable. Il fait plus de pas par seconde que la plupart de ses adversaires, ce qui lui donne cette impression de "flou" visuel quand il accélère. C'est un peu comme un moteur qui monte très haut dans les tours.
Questions fréquentes sur la pointe de vitesse de Mbappé
Kylian Mbappé est-il plus rapide qu'Erling Haaland ?
Sur une accélération pure et sur les premiers mètres, Mbappé est généralement devant. Haaland possède une vitesse de pointe impressionnante une fois lancé (environ 36,2 km/h), mais il ressemble plus à un train à grande vitesse qui a besoin de temps pour monter en régime. Mbappé est une supercar : l'accélération est instantanée.
Quel est le joueur le plus rapide de l'histoire du football ?
C'est une question complexe car les mesures fiables n'existent que depuis une quinzaine d'années. Cependant, Arjen Robben a été flashé à 37 km/h lors du Mondial 2014 contre l'Espagne. Gareth Bale a également atteint des sommets similaires. Mbappé fait partie du top 5 historique, mais il n'est pas seul sur le trône.
Est-ce que Mbappé s'entraîne spécifiquement pour le sprint ?
Oui et non. Il ne fait pas de séances d'athlétisme pur, mais son travail de musculation est axé sur la puissance explosive. Il utilise beaucoup la pliométrie (sauts, rebonds) pour améliorer la réactivité de ses fibres musculaires. Mais l'essentiel de sa vitesse vient d'un don génétique exceptionnel combiné à une coordination hors norme.
Verdict : un athlète hors norme, mais pas un sprinteur
Au final, quel est le véritable temps de Mbappé au 100 mètres ? Si l'on veut être honnête et réaliste, sans fantasme médiatique, on peut l'estimer entre 11,00 et 11,20 secondes dans des conditions réelles de compétition d'athlétisme. C'est une performance qui lui permettrait de gagner des championnats départementaux, voire régionaux, mais il resterait à quai lors des grandes compétitions nationales. Le comparer à Usain Bolt est une erreur de perspective : l'un est un prédateur des surfaces, l'autre était une machine de foire conçue pour la ligne droite.
Reste que cette vitesse est son arme absolue. Elle oblige les blocs adverses à jouer plus bas, elle crée des espaces pour ses coéquipiers et elle terrorise les gardiens. Qu'il mette 10,9 ou 11,5 secondes importe peu au Real Madrid ou en équipe de France. Ce qui compte, c'est qu'il est le joueur le plus rapide avec le ballon, et dans le football moderne, c'est la seule statistique qui fait gagner des titres. Kylian Mbappé n'est pas un sprinteur égaré sur un terrain, c'est un footballeur qui a compris que la vitesse était le raccourci le plus court vers la gloire.
