Pourquoi les 38 km/h de Mbappé ne font pas de lui un Usain Bolt
Le truc, c'est que les chiffres balancés par les diffuseurs télé après un sprint de Kylian Mbappé sont souvent mal interprétés par le grand public. Quand on voit s'afficher "38 km/h" sur l'écran lors d'une contre-attaque fulgurante contre la Real Sociedad ou l'Argentine, on a tendance à comparer cela directement à la vitesse de pointe d'Usain Bolt, qui a atteint 44,72 km/h lors de son record du monde à Berlin en 2009. Sauf que la comparaison s'arrête là.
La différence entre vitesse de pointe et vitesse moyenne
En athlétisme, ce qui compte pour le chrono final, c'est la capacité à transformer une accélération brutale en une vitesse moyenne élevée sur toute la distance. Un sprinteur de haut niveau ne se contente pas d'une pointe éphémère. Il maintient une allure stratosphérique. Pour descendre sous les 10 secondes, il faut être capable de courir à plus de 36 km/h de moyenne sur l'intégralité des 100 mètres. Mbappé, lui, atteint ses 38 km/h sur une fraction de seconde, souvent lancé, sans avoir eu à gérer l'inertie d'un départ arrêté en starting-blocks. Là où ça coince, c'est que maintenir cet effort sans ballon, sur une piste en tartan, demande une résistance lactique que les footballeurs, même les plus affûtés, n'ont pas forcément développée de la même manière.
Le piège des radars de la Ligue 1
On n'y pense pas assez, mais les outils de mesure sur un terrain de football ne sont pas des instruments de précision certifiés par la Fédération Internationale d'Athlétisme. Les systèmes optiques ou les puces GPS insérées dans les brassières des joueurs ont une marge d'erreur non négligeable. Parfois, un simple mouvement de buste vers l'avant au moment du déclenchement du capteur peut fausser la donnée de quelques dixièmes de km/h. Résultat : on se retrouve avec des gros titres annonçant que Mbappé est plus rapide qu'un sprinteur olympique sur les premiers mètres. C'est flatteur, mais c'est techniquement discutable.
L'art du départ : là où le bât blesse pour un footballeur
Si vous posez Kylian Mbappé sur une ligne de départ à côté d'un sprinteur de niveau national, il se fera probablement distancer dès les vingt premiers mètres. Pourquoi ? Parce que le départ en athlétisme est une science complexe qui ne s'improvise pas, même avec tout le talent du monde.
L'absence de starting-blocks
Le footballeur court debout. Toujours. Ses appuis sont verticaux pour lui permettre de changer de direction à tout moment ou de contrôler un ballon. Un sprinteur, au contraire, utilise les blocs pour transformer une poussée horizontale en une explosion de puissance. Je reste convaincu que si on forçait Mbappé à utiliser des starting-blocks sans un entraînement de plusieurs mois, son temps de réaction et sa phase de poussée seraient médiocres. Il perdrait facilement deux à trois dixièmes de seconde rien que sur la mise en action. C'est un gouffre.
L'inclinaison du buste lors des 20 premiers mètres
Regardez attentivement Kylian lorsqu'il démarre. Son buste se redresse très vite pour qu'il puisse scanner le terrain et situer ses partenaires. En sprint, on reste "bas" le plus longtemps possible pour maximiser la phase d'accélération. Cette différence de posture change radicalement la biomécanique de la foulée. Le footballeur cherche l'efficacité immédiate pour gagner un duel, le sprinteur cherche l'efficacité mécanique pour construire sa vitesse maximale. Bref, ce sont deux métiers différents.
La coordination bras-jambes en l'absence de ballon
C'est un détail qui n'en est pas un. Un sprinteur utilise ses bras comme des pistons pour équilibrer la puissance dégagée par les jambes. Mbappé, même s'il a une gestuelle très dynamique, a tendance à avoir des bras plus "libres", prêts à parer un contact ou à s'équilibrer pour un tir. Sur une piste, cette déperdition d'énergie latérale se paie cash sur le chronomètre final.
Comparaison avec l'élite mondiale du sprint
Pour bien situer le niveau, il faut regarder les chiffres réels de l'athlétisme. Le record de France du 100 mètres est de 9,86 secondes, détenu par Jimmy Vicaut. Un athlète qui court en 10,50 secondes est déjà un excellent sprinteur de niveau national, mais il n'existe pas sur la scène internationale. Alors, où se situerait le capitaine de l'équipe de France ?
Bolt vs Mbappé : l'écart est un gouffre
Lors de son record du monde, Usain Bolt a parcouru les 100 mètres en 41 foulées, avec une amplitude moyenne de 2,44 mètres. Mbappé, bien que très véloce, a une foulée beaucoup plus courte, adaptée aux changements de direction fréquents sur gazon. Pour compenser, il doit augmenter sa fréquence, ce qui est extrêmement énergivore. On est loin du compte quand on imagine que Mbappé pourrait titiller les 10 secondes. À titre de comparaison, le sprinteur moyen du top 100 mondial court le 100m environ 1,5 seconde plus vite que ce que Mbappé pourrait espérer faire. Dans le monde du sprint, 1,5 seconde, c'est l'équivalent d'un kilomètre de retard.
Le cas de l'athlète amateur vs le pro du foot
Il arrive que des footballeurs se testent sur piste. On se souvient de l'époque où certains prétendaient que Cristiano Ronaldo pouvait rivaliser avec des sprinteurs. Les tests avaient montré qu'il était performant sur 20 ou 30 mètres, mais qu'il s'écroulait littéralement sur la fin de course. Mbappé subirait le même sort. Sa vitesse est une arme de rupture, pas une fin en soi. Je trouve d'ailleurs que l'on surestime souvent la capacité de transfert entre les sports. Courir vite sur un terrain de 100 mètres de long avec des crampons n'a rien à voir avec une ligne droite chronométrée au millième.
Ce que disent les spécialistes de la biomécanique
La science ne ment pas, ou du moins, elle offre un éclairage plus froid que les commentaires enflammés des réseaux sociaux. Pour comprendre la limite de Mbappé, il faut regarder ses muscles de plus près.
Fibres rapides et endurance de vitesse
Le corps humain possède deux grands types de fibres musculaires : les fibres lentes (type I) et les fibres rapides (type II). Les sprinteurs d'élite sont génétiquement dotés d'une proportion immense de fibres de type IIb, capables de contractions ultra-rapides mais qui s'épuisent en quelques secondes. Mbappé possède certainement ces fibres, mais son entraînement de footballeur l'oblige à garder une certaine polyvalence pour tenir 90 minutes. Il ne peut pas se permettre d'être une machine purement explosive qui "explose" après 10 secondes d'effort. Son métabolisme est hybride.
La gestion de l'acide lactique après 60 mètres
C'est là que le 100 mètres devient cruel. Entre 60 et 100 mètres, le corps bascule dans une phase où il ne peut plus produire d'énergie assez vite. C'est la phase de décélération. Les meilleurs sprinteurs sont ceux qui ralentissent le moins. Un footballeur, habitué à des sprints courts de 15 à 20 mètres, n'est pas programmé pour gérer cette agonie musculaire. Sur les 40 derniers mètres, Mbappé verrait sa vitesse chuter de manière drastique par rapport à un spécialiste de la ligne droite.
Les facteurs qui plombent le chrono d'un footballeur sur piste
Si demain on organisait un "Mbappé Challenge" sur 100 mètres, plusieurs éléments techniques viendraient plomber son temps final, bien au-delà de sa condition physique pure.
Le revêtement synthétique vs la pelouse
La piste d'athlétisme est conçue pour renvoyer l'énergie. Elle est dure. La pelouse, elle, absorbe une partie de la force d'impact. On pourrait croire que cela avantagerait Mbappé, mais c'est l'inverse. Ses articulations et ses tendons sont habitués à la souplesse de l'herbe. Sur du tartan, la violence des chocs à chaque foulée pourrait modifier sa technique de course et créer une fatigue prématurée. C'est un peu comme passer d'une conduite sur terre battue à un circuit de Formule 1 : les réglages ne sont plus les mêmes.
Les chaussures : crampons contre pointes
Les chaussures d'athlétisme n'ont aucun amorti au talon et possèdent des pointes à l'avant pour griffer la piste. Elles obligent à courir sur l'avant du pied en permanence. Mbappé, malgré sa technique de course très aérienne, utilise des chaussures de foot qui, bien que légères, restent des compromis. S'il chaussait des pointes sans transition, il risquerait une inflammation du tendon d'Achille en moins de 50 mètres. Et sans ces chaussures spécifiques, il perdrait une adhérence cruciale lors de la phase de poussée initiale.
Pourquoi on fantasme autant sur sa vitesse
Il est fascinant de voir à quel point la vitesse de Kylian Mbappé captive les foules. C'est probablement parce que c'est l'une des rares qualités athlétiques qui soit immédiatement visible à l'œil nu, même pour un néophyte. Quand il laisse sur place un défenseur de classe mondiale, l'impression visuelle est celle d'une supériorité physique totale. Mais il faut se méfier des apparences.
Le football est un sport de perception. Mbappé ne gagne pas seulement par sa vitesse pure, mais par son timing. Il déclenche sa course au moment exact où le défenseur est en phase de déséquilibre ou de pivot. Cela accentue l'impression de vitesse. Sur une piste, il n'y a pas de ruse, pas de timing, juste de la puissance brute. Et là, le "mirage" Mbappé prendrait un coup. On verrait qu'il est un athlète exceptionnel, certes, mais qu'il reste un humain soumis aux lois de la physique.
Questions fréquentes sur la vitesse de Kylian Mbappé
Mbappé est-il vraiment le joueur le plus rapide du monde ?
Pas forcément. Selon les saisons et les compétitions, des joueurs comme Alphonso Davies, Kyle Walker ou encore Mykhailo Mudryk ont enregistré des pointes de vitesse supérieures à celle du Français. Cependant, Mbappé se distingue par sa capacité à répéter ces sprints à haute intensité et à garder le contrôle du ballon à cette allure, ce qui est beaucoup plus rare.
Pourrait-il se qualifier pour des championnats de France d'athlétisme ?
Avec un temps estimé autour de 11 secondes, il pourrait probablement se qualifier pour des compétitions régionales ou interrégionales, mais il serait loin des finales nationales Elite. Pour donner un ordre d'idée, les meilleurs lycéens français spécialisés en athlétisme courent déjà régulièrement sous les 10,80 secondes.
Pourquoi ne fait-il pas un test officiel pour clore le débat ?
Honnêtement, c'est flou, mais il n'y a aucun intérêt pour lui à le faire. S'il réalise un temps moyen, cela casserait son image de "joueur le plus rapide". S'il se blesse, son club perdrait des millions d'euros. Le risque est bien trop grand par rapport au gain de prestige, qui reste de toute façon acquis dans le monde du football.
Quel serait son temps sur 60 mètres ?
C'est sans doute là qu'il serait le plus impressionnant. Sur 60 mètres, la différence entre un footballeur de son calibre et un sprinteur est moins marquée. On pourrait l'imaginer courir en 6,70 ou 6,80 secondes, ce qui est un niveau très solide, proche de certains standards internationaux en salle.
Verdict : un athlète hors norme, mais pas un sprinteur
Au final, la question n'est pas de savoir si Mbappé peut battre les sprinteurs, mais de réaliser à quel point sa vitesse est adaptée à son sport. Courir le 100 mètres en 11 secondes avec un ballon dans les pieds, ou après avoir déjà parcouru 8 kilomètres sur un terrain, c'est cela la véritable prouesse. Je reste convaincu que la fascination pour son chrono sur 100 mètres est un débat de bar qui ne rend pas justice à sa spécificité athlétique. Kylian Mbappé n'est pas un sprinteur contrarié, c'est un footballeur qui a poussé l'explosivité spécifique à son sport à son paroxysme. Et c'est déjà bien suffisant pour terroriser toutes les défenses d'Europe, sans avoir besoin d'un chrono officiel sous les 10 secondes pour le prouver.
