La réalité technique derrière le record du monde de 9,58 secondes
Le truc c'est que pour comprendre si quelqu'un peut battre Bolt, il faut d'abord disséquer ce qui s'est passé ce soir d'août 2009 sur la piste bleue de l'Olympiastadion. Ce n'était pas juste une course, c'était une anomalie physique. Usain Bolt a atteint une vitesse de pointe de 44,72 km/h entre les 60 et 80 mètres. C'est là que le bât blesse pour ses concurrents actuels. La plupart des sprinteurs de haut niveau s'essoufflent après 50 mètres, mais Bolt, lui, semblait posséder une sixième vitesse que personne d'autre n'a jamais réussi à enclencher avec autant de fluidité.
L'importance de la biomécanique unique du sprinteur jamaïcain
On n'y pense pas assez, mais la taille de Bolt, 1 mètre 95, était initialement considérée comme un handicap pour un sprinteur. Normalement, un athlète aussi grand galère à s'extraire des blocs de départ. Sauf que Bolt a réussi à transformer ses longs segments en un levier de puissance phénoménal. Là où ses rivaux comme Tyson Gay ou Asafa Powell avaient besoin de 44 ou 45 foulées pour boucler un 100 mètres, la "Foudre" n'en demandait que 41. Chaque pas de Bolt couvrait en moyenne 2,44 mètres. C'est tout simplement colossal. Imaginez un peu l'effort nécessaire pour les autres afin de compenser ce déficit de distance à chaque cycle de jambe.
Le rôle du vent et des conditions de piste à Berlin
Il faut aussi mentionner un facteur souvent négligé par le grand public : les conditions environnementales. Ce jour-là, le vent était favorable à +0,9 m/s. C'est légal, mais c'est une aide non négligeable. Si l'on compare cela à d'autres performances réalisées avec un vent de face, le chrono de 9,58 prend une dimension encore plus mystique. Je reste convaincu que si Bolt avait couru avec le vent maximal autorisé de +2,0 m/s, il aurait pu descendre sous les 9,55 secondes. C'est ce genre de détails qui rend la comparaison avec les athlètes d'aujourd'hui si complexe, car la météo ne commande pas les chronos.
Erriyon Knighton et la menace de la nouvelle génération
Si l'on cherche l'athlète qui pourrait un jour regarder Bolt dans les yeux, c'est vers Erriyon Knighton qu'il faut se tourner. Ce gamin est un phénomène. À seulement 18 ans, il a effacé les records de précocité d'Usain Bolt sur 200 mètres. C'est précisément là que ça devient intéressant. Knighton possède une fin de course qui rappelle étrangement celle du maître jamaïcain. Mais, car il y a toujours un mais, la transition entre le 200m et le 100m pur n'est pas automatique. Le 100 mètres exige une explosion nerveuse dès la première milliseconde que Knighton doit encore peaufiner pour espérer titiller les 9,58.
Noah Lyles et l'obsession du record du monde
Noah Lyles, le triple champion du monde de Budapest, ne s'en cache pas : il veut le trône. Il a déjà couru le 200 mètres en 19,31 secondes, devenant le troisième homme le plus rapide de l'histoire derrière Bolt et Yohan Blake. Lyles a une vitesse de pointe monstrueuse, mais il pèche souvent sur les 30 premiers mètres. Or, pour battre Bolt, il ne suffit pas d'être rapide à la fin, il faut être parfait partout. C'est là où ça coince pour Lyles. Malgré toute son arrogance positive et son travail acharné sur sa technique de départ, il lui manque encore ce petit supplément d'âme, ou peut-être simplement ces quelques centimètres de jambes, pour égaler la foulée de la légende.
La science des pointes et le dopage technologique
Un autre élément entre en jeu dans cette quête : les chaussures. Les nouvelles plaques de carbone et les mousses ultra-réactives ont changé la donne. On estime que ces chaussures permettent de gagner entre 0,05 et 0,10 seconde sur un 100 mètres. Si Bolt avait eu accès à cette technologie en 2009, il aurait probablement couru en 9,50. Du coup, quand on voit les athlètes actuels s'approcher des 9,70, il faut garder en tête qu'ils bénéficient d'un avantage matériel que Bolt n'avait pas à l'époque. C'est un peu comme comparer une Formule 1 des années 90 avec une version hybride actuelle.
Vitesse de pointe pure : Le duel avec le football et la NFL
On entend souvent dire que Kylian Mbappé ou Tyreek Hill sont plus rapides qu'Usain Bolt. C'est le genre d'affirmation qui fait bondir les puristes de l'athlétisme, et à juste titre. Le problème vient de la méthode de mesure. Dans un match de football, on mesure une vitesse de pointe instantanée sur deux ou trois mètres. Mbappé a été flashé à 38 km/h. C'est impressionnant pour un footballeur balle au pied, mais on est loin, très loin des 44,72 km/h de Bolt. En réalité, si vous mettiez Mbappé sur une piste de 100 mètres face à un sprinteur professionnel, il accuserait probablement un retard de dix mètres à l'arrivée. Autant le dire clairement : la vitesse sur un terrain de sport collectif n'a rien à voir avec la vitesse de piste.
Tyreek Hill, le "Cheetah" de la NFL peut-il rivaliser ?
Le cas de Tyreek Hill est un peu plus complexe. Avant d'être une star de la NFL, Hill était un sprinteur de très haut niveau au lycée et à l'université, avec un record personnel de 10,19 secondes sur 100 mètres. C'est très rapide, mais c'est encore à des années-lumière du niveau mondial élite qui se situe sous les 9,80. Hill prétend souvent qu'il pourrait battre Bolt sur une courte distance, comme un 40 yards (environ 36 mètres). C'est possible, car Bolt était un "moteur diesel" qui mettait du temps à se mettre en action. Mais sur un 100 mètres complet ? Aucune chance. Le football américain privilégie l'accélération brutale sur 10 mètres, pas la maintenance de la vitesse maximale.
La différence entre accélération et vitesse terminale
C'est là une distinction majeure que le grand public saisit mal. L'accélération, c'est la capacité à passer de 0 à 30 km/h. La vitesse terminale, c'est le plafond que vous atteignez. Bolt n'était pas le meilleur accélérateur du monde. Des athlètes comme Christian Coleman le devancent régulièrement sur les 20 premiers mètres. Mais personne n'a jamais égalé sa capacité à maintenir sa vitesse de pointe aussi longtemps. Là où les autres commencent à décélérer aux 80 mètres, Bolt, lui, semblait flotter, maintenant une vélocité que le corps humain n'est normalement pas censé supporter sur une telle durée. C'est cette endurance de vitesse qui fait de lui un athlète à part.
Les records oubliés et les conditions extrêmes
Saviez-vous qu'un homme a déjà couru plus vite que les 9,58 de Bolt, mais que son temps n'a jamais été homologué ? En 2011, lors d'une émission de télévision japonaise, l'Américain Justin Gatlin a couru un 100 mètres en 9,45 secondes. Le truc, c'est qu'il était aidé par d'énormes ventilateurs industriels soufflant dans son dos à une vitesse de 20 mètres par seconde. Évidemment, c'est de la triche, mais cela montre que mécaniquement, le corps humain peut supporter une telle vitesse si les conditions extérieures sont modifiées. Cela nous amène à nous demander si, avec un vent de dos de 5 ou 6 m/s, un athlète actuel pourrait effacer la marque de Bolt des tablettes.
Le cas Obadele Thompson et le vent de 1996
Un autre exemple fascinant est celui d'Obadele Thompson qui, en 1996, a couru en 9,69 secondes avec un vent de +5,0 m/s. À l'époque, c'était le temps le plus rapide jamais enregistré, toutes conditions confondues. Si l'on ajuste ce temps pour un vent légal, on retombe sur une performance d'environ 9,85. Cela prouve bien que le vent est le meilleur ami du sprinteur, mais aussi son pire ennemi pour la reconnaissance historique. Pour qu'un athlète soit réellement plus rapide que Bolt, il devra le faire dans les règles de l'art, devant les caméras du monde entier, avec un vent inférieur à 2,0 m/s.
Pourquoi le record de Bolt semble-t-il intouchable ?
Honnêtement, c'est flou quand on essaie de prédire quand ce record tombera. Depuis 2009, personne n'est descendu sous les 9,60. Yohan Blake s'en est approché avec 9,69 en 2012, tout comme Tyson Gay. Mais depuis leur retraite ou leur baisse de régime, on assiste à une stagnation. Les finales olympiques se gagnent désormais en 9,80 ou 9,75. On est loin du compte. Est-ce un manque de talent ? Je ne pense pas. C'est peut-être plutôt que Bolt était la "tempête parfaite" : un mélange de génétique exceptionnelle, de technique de foulée révolutionnaire et d'une force mentale qui lui permettait de se relâcher totalement en pleine course. Le relâchement est le secret du sprint, et Bolt était le roi de la décontraction.
La limite physiologique de l'être humain
Certains scientifiques se sont penchés sur la question : quelle est la limite absolue du 100 mètres ? Selon certaines études biomécaniques, un humain pourrait théoriquement courir en 9,48 secondes. Pour y arriver, il faudrait un athlète ayant la puissance de départ de Christian Coleman, la vitesse de pointe de Bolt et la résistance de Noah Lyles. C'est un portrait-robot quasi impossible à trouver dans la nature. Mais l'histoire du sport nous a appris que chaque fois qu'on pense avoir atteint une limite, quelqu'un finit par la briser. Reste à savoir si ce quelqu'un est déjà né.
Questions fréquentes sur la vitesse d'Usain Bolt
Quel est le record du monde actuel du 100 mètres ?
Le record du monde est de 9,58 secondes, détenu par Usain Bolt depuis le 16 août 2009. Ce record a été établi lors de la finale des championnats du monde d'athlétisme à Berlin.
Est-ce que Kylian Mbappé court plus vite qu'Usain Bolt ?
Non, absolument pas. La vitesse de pointe de Mbappé a été mesurée à environ 38 km/h, alors que celle de Bolt a atteint 44,72 km/h. Sur un 100 mètres, l'écart serait massif, Bolt terminant plusieurs secondes devant le footballeur français.
Qui est l'homme le plus proche du record de Bolt aujourd'hui ?
Actuellement, les sprinteurs les plus rapides en activité sont Noah Lyles, Christian Coleman et Fred Kerley, mais leurs meilleurs temps personnels (autour de 9,76 - 9,83) restent assez éloignés des 9,58 de Bolt.
Un animal peut-il battre Usain Bolt ?
De nombreux animaux sont bien plus rapides. Un guépard peut atteindre 110 km/h, et même un chat domestique en pleine course peut dépasser les 45 km/h, ce qui suffirait techniquement à battre Bolt sur une courte distance.
Verdict : Un trône toujours solidement gardé
En fin de compte, la question de savoir quel athlète est plus rapide qu'Usain Bolt reste, pour l'heure, sans nom d'homme à y apposer. On peut fantasmer sur les capacités de Tyreek Hill ou s'extasier devant les foulées de Kylian Mbappé, mais la piste ne ment jamais. Le chronomètre est le seul juge de paix. Usain Bolt n'était pas seulement un sprinteur, il était une anomalie statistique, un géant qui courait comme un elfe. Tant qu'un athlète ne combinera pas une taille imposante avec une fréquence de jambe de petit gabarit, le record de Berlin continuera de narguer les générations futures. On n'est pas près de revoir un humain courir à près de 45 km/h par ses propres moyens, et c'est peut-être très bien comme ça, car cela préserve la magie de ce qu'on a vécu en 2009.
