Les États-Unis, quand même…
Franchement, si on fait un classement à la loyale, les USA, ils ont un peu tout raflé dans les 50. Après la guerre, tout le monde était K.-O., mais eux ? Intacts. Leurs usines, leurs villes, tout était debout. Et pendant que l’Europe se relevait les coudes en sang, eux, ils roulaient en Cadillac, mangeaient des hamburgers géants et regardaient I Love Lucy en slip sur leur canapé en skaï.
Leur économie ? Explosive. Le rêve américain ? Vendu comme un produit au rayon bonheur. La classe moyenne ? En pleine expansion. Tu achetais ta maison à crédit, ta voiture au comptant, et t’avais la télé — c’est dire ! D’ailleurs, ma grand-mère, Yvonne, elle me racontait que son premier poste, c’était un Philco noir et blanc, et qu’elle restait des heures collée là-dessus, même quand y avait rien. « C’était déjà magique », qu’elle disait.
Mais bon… Et les autres ?
Parce que pendant ce temps, en France, en Allemagne, en Italie, on reconstruisait. Brique par brique. Et honnêtement, on peut dire que l’Europe, elle a gagné la reconstruction. Surtout avec le plan Marshall, qui, bon, venait des Américains, mais bon, c’est pas pour autant qu’on va leur faire un chèque de remerciement, hein.
En France, on a eu les Trente Glorieuses qui ont démarré là, pile dans les 50. Le fric a commencé à couler, les usines ont tourné, les vacances au bord de la mer sont devenues possibles. Ma tante Solange, elle m’a dit qu’en 1958, c’était la première fois qu’elle prenait le train pour la Côte d’Azur. Avec son mari, en 2e classe, sandwichs au jambon dans la musette. Elle dit que c’était « comme un voyage sur la lune ». Tu vois le truc ?
Et côté culture ? Là, c’est autre chose…
Les Américains ont inondé le monde avec leur rock’n’roll. Elvis, Chuck Berry, Little Richard… Tu mettais un disque, et hop, toute la jeunesse devenait folle. Mais attends deux secondes. Parce que pendant ce temps, en France, on avait Édith Piaf, Juliette Gréco, Boris Vian — et bordel, c’était pas mal non plus. Le café, le jazz, les bouquinistes, les nuits blanches à discuter de Sartre… Moi, franchement, j’aurais bien aimé traîner au L’existential café à Saint-Germain-des-Prés, même si j’sais pas si j’aurais tenu au café noir et aux idées sombres.
Et puis, la mode ! Ne me parle pas de la mode des années 50 sans mentionner Dior. Le « New Look », ce truc avec la taille marquée, les jupes larges… C’était classe, un peu guindé, mais classe. Ma mère, elle a une photo de ma grand-mère en robe fleurie, talons, chapeau, et on dirait une actrice de film. Aujourd’hui, si tu sors comme ça, on te prend pour une cosplayeuse. Mais à l’époque ? C’était la norme.
Et les perdants, alors ?
Parce que bon, faut pas se mentir : pendant que certains faisaient la fête dans les banlieues américaines, d’autres galéraient. En URSS, par exemple. Staline meurt en 1953, mais après, c’est pas tout rose non plus. Le bloc soviétique, c’est le mur de Berlin qui arrive en 1961 — mais les tensions, elles, elles montent déjà là, dans les 50. La guerre froide, les espions, les films d’espionnage… Tu vivais avec la peur du nucléaire. Tu dormais avec un sac de riz sous le lit, au cas où.
Et puis, les colonies… Parce que pendant que l’Occident dansait sur du rock, l’Algérie se battait pour son indépendance. Le Vietnam aussi. Et en Afrique, plein de pays se sont libérés. Donc non, les années 50, c’est pas qu’un gros rêve américain. C’est aussi des guerres sales, des indépendances dures, des gens qui crient « liberté » dans des pays qu’on oublie trop souvent.
Et nous, aujourd’hui ? On a gagné quoi ?
Je me pose la question, comme ça, entre deux gorgées de café. Parce que quand on regarde les années 50 avec nostalgie, on oublie souvent le racisme, le machisme, les inégalités. Faut pas idéaliser. Mais bon, on peut reconnaître qu’ils ont construit des choses. Des routes, des maisons, une idée de progrès. Aujourd’hui, on a le numérique, les réseaux, mais on a perdu un peu ce sentiment de « on avance ensemble ».
Vous savez quoi ? Parfois, je me dis que les 50, c’était l’âge d’or de l’optimisme. Même si c’était pas vrai pour tout le monde. Même si c’était construit sur des mensonges. Mais y’avait un espoir. Une croyance que demain, ce serait mieux. Et franchement… on en aurait bien besoin, un peu de ça, non ?
Enfin bref. Qui a gagné dans les 50 ? Les USA, oui. L’Europe, en partie. La culture, carrément. Mais aussi, peut-être, ceux qui ont osé rêver. Même petit. Même en cachette.
Et toi, tu penses à qui, quand tu penses aux années 50 ?
