Le tabac à l'écran, une signature visuelle indissociable de sa carrière
Il suffit de fermer les yeux pour revoir Meryl Streep, le regard acéré, manipulant une cigarette avec une dextérité qui laisse pantois. On se souvient tous de sa performance dans Le Diable s'habille en Prada, ou plus récemment dans Un été à Osage County. Dans ce dernier film, elle incarne Violet Weston, une matriarche dévastée par un cancer de la bouche qui, ironie tragique, ne cesse d'allumer cigarette sur cigarette. Le geste est fluide. Naturel. Presque trop. C'est précisément cette aisance qui a alimenté les rumeurs pendant des décennies. Est-ce qu'on peut vraiment simuler une telle addiction sans avoir soi-même succombé au plaisir de la nicotine ? Le truc c'est que Meryl Streep est sans doute l'une des meilleures techniciennes de l'histoire du cinéma. Elle travaille ses personnages jusqu'à la moelle. Si le personnage fume, elle fumera, mais avec une nuance de taille que le public ignore souvent.
De Kramer contre Kramer aux années 80
À ses débuts, à la fin des années 70, la donne était différente. On fumait partout. Dans les restaurants, dans les avions, et bien sûr, sur les plateaux de tournage. Dans Kramer contre Kramer (1979), le tabac fait partie du décorum social de l'époque. On n'y pense pas assez, mais à cette période, Meryl Streep était une jeune actrice en pleine ascension dans un New York où la cigarette était un accessoire de mode autant qu'un calmant nerveux. Des sources proches de ses premières productions suggèrent qu'elle a pu être une fumeuse occasionnelle durant sa jeunesse, comme 60 % de la population active de l'époque. Sauf que, contrairement à d'autres stars de sa génération qui ont traîné cette addiction comme un boulet pendant quarante ans, elle a très vite compris que sa voix était son outil de travail le plus précieux. Et la fumée, c'est l'ennemi juré des cordes vocales.
La gestuelle comme outil de caractérisation
Regardez attentivement la manière dont elle tient sa cigarette dans Sur la route de Madison. Ce n'est pas juste fumer. C'est une ponctuation. C'est une respiration. Pour une actrice de sa trempe, la cigarette est un accessoire de jeu au même titre qu'un chapeau ou une paire de lunettes. Elle l'utilise pour combler les silences, pour marquer une hésitation ou pour affirmer un pouvoir. Je trouve ça fascinant de voir comment elle parvient à rendre la fumée presque expressive. Mais attention, ne vous y trompez pas : la plupart du temps, ce que vous voyez brûler à l'écran n'est pas du tabac. On est loin du compte si l'on imagine qu'elle s'envoie deux paquets de Marlboro par jour de tournage.
L'astuce des cigarettes de substitution dans le milieu du cinéma
Le grand public ne le sait pas forcément, mais Hollywood a banni les vraies cigarettes des plateaux depuis pas mal de temps, surtout pour protéger les équipes techniques qui subissaient le tabagisme passif pendant des heures. Alors, comment font-ils ? Ils utilisent des cigarettes aux herbes. C'est un mélange de guimauve, de trèfle rouge et de pétales de rose. C'est infâme au goût, autant le dire clairement. Ça sent le feu de forêt et ça pique la gorge, mais ça ne contient ni nicotine ni tabac. Meryl Streep est une adepte de ces substituts depuis les années 90. C'est ce qui lui permet de fumer vingt prises de suite sans finir la journée avec une migraine carabinée ou les doigts jaunis.
Qu'est-ce que Meryl Streep inhale vraiment ?
Lorsqu'elle tournait Un été à Osage County en 2013, la production a dû commander des stocks massifs de ces cigarettes sans nicotine. Le problème, c'est que même ces versions "light" sont irritantes. Meryl a confié dans quelques interviews rares que fumer ces trucs était la partie la plus difficile du rôle. Imaginez devoir tousser de façon convaincante parce que votre personnage est malade, tout en inhalant réellement une fumée de plantes qui vous brûle les poumons. C'est là qu'on voit le professionnalisme. Elle ne se contente pas de faire semblant, elle subit l'inconfort pour la véracité de la scène. Mais dès que le réalisateur crie "Coupez !", la cigarette finit dans le cendrier et elle passe à autre chose.
La composition des herbes à fumer
Pour les curieux de la technique, ces cigarettes sont souvent de la marque Honeyrose ou Ecstacy. Elles sont conçues pour produire une fumée dense et blanche qui passe bien à la caméra. Le rendu visuel est identique à une cigarette classique, à ceci près que la combustion est parfois un peu plus irrégulière. Meryl Streep, avec son perfectionnisme légendaire, demande souvent à ce que le papier soit vieilli ou que le filtre soit modifié pour correspondre exactement à l'époque du film. C'est ce souci du détail qui nous fait croire qu'elle est une fumeuse invétérée alors qu'elle mène une vie saine à la campagne le reste de l'année.
Pourquoi on a longtemps cru que Meryl Streep fumait dans la vraie vie
L'illusion est si parfaite qu'elle finit par déborder du cadre. Le truc, c'est que Meryl Streep possède cette "vibe" de femme intellectuelle et sophistiquée des années 70, une image qui, dans l'inconscient collectif, est indissociable de la fumée de cigarette dans un café de Manhattan. Or, il n'existe quasiment aucune photo de paparazzi d'elle en train de fumer dans sa vie privée au cours des vingt dernières années. Rien. Nada. Pour une femme qui est traquée par les objectifs depuis 1975, c'est une preuve assez solide. Si elle fumait en cachette, on le saurait. Hollywood est un petit village où les secrets de polichinelle ne durent jamais longtemps.
Les paparazzi et les années 80
Si l'on fouille dans les archives très profondes, on peut tomber sur une ou deux photos floues prises à la sortie d'un théâtre dans les années 80 où elle semble tenir quelque chose qui ressemble à une cigarette. Mais était-ce la sienne ? Était-ce juste une habitude sociale de l'époque ? Difficile à dire. Ce qui est certain, c'est que dès que la science a commencé à être très claire sur les risques liés au tabac, Streep a pris ses distances. Elle a quatre enfants, et elle a toujours mis un point d'honneur à préserver son cadre familial de la toxicité du star-system. Fumer dans la cuisine entre deux répétitions de texte ? Très peu pour elle.
Un rôle qui a brouillé les pistes : Ironweed
En 1987, dans Ironweed, elle joue une femme sans-abri aux côtés de Jack Nicholson. Là, elle est méconnaissable. Elle fume, elle boit, elle est dévastée. La performance était si viscérale que beaucoup ont cru qu'elle avait adopté le style de vie de son personnage pour la méthode. C'est le piège classique des acteurs de génie : on finit par confondre l'interprète et la fonction. Nicholson, lui, fumait vraiment. Meryl, elle, faisait son job. Du coup, les gens ont projeté sur elle les vices de ses personnages les plus marquants.
L'hygiène de vie d'une icône de 75 ans
Regardons les faits. Meryl Streep a aujourd'hui 75 ans. Elle affiche une peau incroyablement bien conservée et une énergie qui ferait pâlir une trentenaire. On sait tous ce que le tabac fait à la peau : teint grisâtre, rides péribuccales marquées, perte d'élasticité. Meryl n'a rien de tout ça. Son secret réside plutôt dans une modération très "Nouvelle-Angleterre". Elle vit dans une ferme du Connecticut, elle nage tous les jours (elle fait ses 50 longueurs de piscine religieusement) et elle privilégie une alimentation biologique bien avant que ce soit à la mode. Je reste convaincu que si elle avait été une fumeuse régulière, sa voix n'aurait pas cette clarté cristalline qui lui permet encore de chanter dans des comédies musicales comme Mamma Mia! ou Into the Woods.
Le secret de sa longévité vocale
La voix est la première victime de la cigarette. Le timbre s'épaissit, devient rocailleux. Si Meryl Streep peut encore atteindre des notes complexes à son âge, c'est qu'elle a pris soin de son larynx. Elle utilise souvent des infusions de gingembre et de citron sur les plateaux pour apaiser sa gorge, surtout après avoir dû tourner des scènes où elle inhale de la fumée de substitution. C'est une discipline de fer. On est loin de l'image de la diva qui demande son cendrier entre deux prises. Là où ça coince pour les fumeurs, c'est la capacité pulmonaire. Essayez de courir et de chanter en même temps comme elle le fait dans certains films si vous fumez un paquet par jour. C'est physiquement impossible.
Hollywood vs Tabac : le changement radical de paradigme
Il faut aussi replacer Meryl Streep dans son contexte industriel. Disney a banni la cigarette de ses films en 2007. Warner et les autres ont suivi. Aujourd'hui, pour qu'un personnage fume à l'écran, il faut une justification artistique majeure. Streep, en tant que figure de proue du cinéma de qualité, s'est adaptée à cette évolution. Elle a souvent déclaré qu'elle n'aimait pas glorifier le tabagisme, mais qu'elle ne s'opposerait jamais à ce qu'un personnage fume si cela raconte quelque chose sur sa détresse ou sa classe sociale. C'est une approche pragmatique. Elle ne fait pas de morale, elle fait de l'art.
Les clauses contractuelles de Meryl
Certaines rumeurs indiquent que dans ses contrats récents, il est stipulé qu'elle ne doit pas être exposée à de la fumée de tabac réelle sur le plateau. C'est devenu une norme pour beaucoup de grands acteurs qui refusent de mettre leur santé en péril pour le confort d'un réalisateur un peu trop attaché au réalisme des années 50. Résultat : les techniciens s'activent pour créer des atmosphères brumeuses avec des machines à fumée à base d'eau plutôt que de laisser des cigarettes brûler dans les cendriers du décor.
Ce que disent ses collègues et les biographes
Si vous lisez les biographies de Meryl Streep, comme celle de Michael Schulman, le sujet du tabac n'est quasiment jamais abordé comme une habitude personnelle. On y parle de son travail acharné, de sa capacité à apprendre des accents en trois semaines, de son amour pour son mari Don Gummer, mais jamais d'une addiction à la nicotine. Ses collègues, de Robert De Niro à Anne Hathaway, décrivent une femme d'une discipline olympique. Hathaway a d'ailleurs raconté que sur le tournage du Diable s'habille en Prada, Meryl restait dans son personnage de Miranda Priestly (froide et distante), mais qu'elle ne partageait jamais les pauses "clopes" avec le reste de l'équipe technique.
Les témoignages de plateau
Un technicien ayant travaillé sur Un été à Osage County a un jour confié que Meryl semblait "détester chaque seconde" où elle devait tenir une cigarette. Elle se lavait les mains frénétiquement entre les prises pour enlever l'odeur des herbes brûlées. C'est un détail qui ne trompe pas. Un vrai fumeur apprécie l'odeur, ou du moins la tolère. Pour elle, c'était une corvée, une contrainte physique nécessaire pour servir l'histoire de cette femme brisée qu'est Violet Weston. Bref, elle subissait la fumée plus qu'elle ne l'appréciait.
Questions fréquentes sur les habitudes de l'actrice
Meryl Streep a-t-elle déjà fumé de la marijuana ?
Honnêtement, c'est flou. Elle a grandi dans les années 60 et 70, a fait ses études à Yale et a fréquenté les milieux artistiques de New York. Elle a déjà plaisanté sur l'époque hippie, mais elle n'a jamais confirmé avoir consommé de drogues. Vu sa personnalité très structurée et son besoin de contrôle sur son instrument de travail, il est peu probable qu'elle ait été une consommatrice régulière, même si elle a sans doute testé "comme tout le monde" à l'époque.
Pourquoi sa voix semble-t-elle parfois rauque ?
C'est une technique de jeu ! Meryl Streep est capable de modifier son placement vocal pour paraître fatiguée, alcoolisée ou fumeuse. C'est ce qu'on appelle le "vocal fry" ou le travail sur les résonateurs. Ce n'est pas une séquelle du tabac, mais une prouesse technique. Quand elle parle en son nom propre lors de discours aux Golden Globes ou aux Oscars, sa voix est claire, posée et parfaitement timbrée.
A-t-elle déjà fait de la publicité pour des cigarettes ?
Jamais. Contrairement à certains acteurs de sa génération qui ont pu apparaître dans des publicités japonaises ou européennes pour des marques de tabac dans les années 80, Meryl a toujours protégé son image de marque. Elle a toujours été très sélective dans ses contrats publicitaires, préférant rester l'image de causes humanitaires ou de grandes maisons de luxe qui n'ont rien à voir avec l'industrie du tabac.
L'essentiel : une actrice qui sait feindre l'addiction
Au final, le dossier est assez simple à boucler. Meryl Streep n'est pas fumeuse. Elle a sans doute flirté avec la cigarette dans sa jeunesse par conformisme social, mais elle a rapidement évacué cette habitude pour préserver sa carrière et sa santé. Sa capacité à nous faire croire le contraire à l'écran est simplement une preuve supplémentaire de son génie absolu. Elle utilise des cigarettes aux herbes, déteste l'odeur du tabac froid et mène une vie de saine paysanne dans le Connecticut quand elle ne tourne pas. Ne vous laissez pas berner par la fumée bleue qui entoure ses personnages : c'est du cinéma, rien que du cinéma. Et c'est précisément parce qu'elle ne fume pas dans la vraie vie qu'elle peut se permettre de le faire avec autant de conviction devant la caméra, sans que cela ne ruine sa santé ou sa longévité exceptionnelle dans une industrie pourtant si cruelle avec le temps qui passe.
