Le contexte explosif de la crise algérienne en 1958
La IVe République, née en 1946, cumule 24 gouvernements en 12 ans, un record d'instabilité dû à un exécutif faible face à un Parlement omnipotent. En mai 1958, la guerre d'Algérie s'enlise : 400 000 soldats français engagés, 25 000 morts depuis 1954, et un soulèvement à Alger le 13 mai précipite la chute du gouvernement Pflimlin, investi seulement 17 jours plus tôt.
Les généraux Massu et Salan proclament un Comité de salut public, exigeant le retour de De Gaulle, absent du pouvoir depuis 1946. René Coty, président de la République sortant, appelle l'Assemblée à se ressaisir, mais le blocage parlementaire – socialistes et communistes contre les gaullistes – rend impossible toute solution classique. Cette paralysie révèle les failles structurelles : article 49-3 inutilisable, motion de censure trop aisée.
Alger devient le cœur du séisme politique. Les parachutistes occupent la Corse le 24 mai, menaçant Paris. Coty rédige une lettre ouverte le 27 mai : « Français, aidez-moi à empêcher le pire. » Le 29 mai, il rencontre De Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises. L'événement bascule : De Gaulle forme un gouvernement le 31 mai.
Comment Charles de Gaulle accède-t-il au pouvoir le 1er juin 1958 ?
Charles de Gaulle entre à Matignon le 1er juin 1958, nommé par Coty sans vote préalable, grâce à l'article 50 de la Constitution de 1946 autorisant le président à choisir un président du Conseil en cas de vacance. Le discours de De Gaulle à l'Assemblée le 1er juin est un ultimatum : « Je suis venu pour essayer de vous donner une chance. »
Le 2 juin, investiture historique : 329 voix pour, dont 187 UNR naissantes, contre 224 contre (SFIO et PCF). Il obtient ensuite les pouvoirs constituants pour six mois, prorogeables, par 350 voix. Ce vote, adopté en 17 minutes, enterre la IVe République sans effusion de sang, mais avec 17,5 millions d'électeurs mobilisés en urgence.
De Gaulle dissout l'Assemblée le 9 juin, convoque des élections législatives au suffrage universel pour novembre. Sa légitimité ? 80 % d'opinions favorables dans les sondages IFOP de juin, un raz-de-marée face aux 15 % pour Guy Mollet.
Les pouvoirs exceptionnels : la clé du retour gaulliste en 1958
Les fameuses lois des pouvoirs spéciaux, votées le 3 juin, autorisent De Gaulle à gouverner par ordonnances jusqu'au 10 juin 1959 si nécessaire, et à préparer une nouvelle Constitution. Budget 1958 adopté par décret, nationalisations gelées, état d'urgence prolongé en Algérie. Précisément, 42 ordonnances signées entre juin et décembre, couvrant 1 200 pages de mesures.
Cette délégation massive, justifiée par l'article 37 bis ajouté à la hâte, dépasse les précédents comme ceux de Poincaré en 1926 (six mois maximum). De Gaulle consulte un comité restreint : Chaban-Delmas, Soustelle, Delbecque. Résultat : réforme électorale en octobre, passage au scrutin majoritaire uninominal, qui portera les gaullistes à 42 % des sièges en novembre.
Critique récurrente : ce fut un coup d'État légal, selon le juriste Burdeau. Pourtant, sans violence, contrairement à 1940. De Gaulle assume : « La légalité ne suffit pas, il faut la légitimité. »
René Coty : le président qui passe le flambeau en 1958
René Coty, élu en décembre 1953 avec 477 voix après 13 tours, incarne la fin laborieuse de la IVe. Âgé de 73 ans en 1958, il refuse la démission de Pflimlin le 15 mai, nommant d'abord Pleven en intérim. Son appel du 27 mai sauve l'unité républicaine, évitant l'insurrection.
En cédant à De Gaulle, Coty évite le chaos : Alger menace Paris, l'armée divisée. Il démissionne le 22 décembre 1958, après validation de la Constitution. Successeur indirect : De Gaulle, élu au collège électoral élargi le 21 décembre avec 62 % des voix (444 sur 720).
Coty, modéré centriste, paie l'instabilité : six cohabitations en cinq ans. Son rôle pivot ? Faciliter la transition sans rupture, un équilibre rare.
Pourquoi la IVe République s'effondre-t-elle si vite en 1958 ?
Instabilité chronique : 21 gouvernements en 11 ans et demi, durée moyenne de 194 jours. Causes structurelles – parlementarisme pur, bicaméralisme faible au Conseil de la République, partis fragmentés (15 principaux en 1951). La guerre d'Indochine (1954, 92 000 morts) et Algérie épuisent les finances : déficit budgétaire à 1 200 milliards francs en 1958.
Partis bloqués : SFIO divisée, MRP affaibli, radicaux inconsistants. Le 13 mai 1958, 500 000 manifestants à Alger contre 200 000 à Paris pro-Pflimlin. Comparé à la IIIe (45 gouvernements en 65 ans), la IVe accélère le déclin : 30 % de motions de censure réussies sur tentatives.
Une micro-digression : les constitutionnalistes comme Michel Debré dénoncent dès 1946 ce « régime des partis ». Ils ont raison, mais personne n'écoute jusqu'au gouffre.
Le référendum constitutionnel du 28 septembre : 82,6 % pour la Ve République
Projet rédigé en secret à Badinter par Debré : présidence forte (sept ans, dissolution, référendum direct), gouvernement responsable devant lui, Assemblée limitée. Campagne intense : De Gaulle parcourt 15 000 km, 350 discours. Abstention à 20 %, record bas ; Oui à 17,6 millions de voix contre 4,6 millions de Non (PCF et Mendès-France).
Par départements : 95 % en Algérie française, 70 % en métropole. Ratification par l'Assemblée le 1er octobre (350 pour). Coût : 50 millions francs. Sans ce plébiscite, pas de Ve République : De Gaulle l'avait promis le 19 septembre à Bayeux.
Critiques : suffrage universel tronqué en Algérie (seuls Européens votent pleinement). Pourtant, 79 % des Français l'approuvent en sondages post-vote.
Comparaison : De Gaulle face aux précédents chefs de gouvernement de 1958
Pflimlin (mai 1958) : 13 jours, renversé par 306 voix. Bourgès-Maunoury (1957) : 152 jours, censure sur Algérie. Guy Mollet (1956-57) : 17 mois, mais guerre s'aggrave (recrutement 300 000 hommes). De Gaulle ? Dix-huit mois jusqu'à la présidence, avec 95 % de popularité en octobre.
Différence chiffrée : investitures précédentes autour de 300-350 voix ; De Gaulle passe avec marge identique mais contexte insurrectionnel. Poincaré 1926 obtient pouvoirs similaires, mais pour finances (stabilisation du franc en 20 mois). De Gaulle va plus loin : refonte totale.
En clair, aucun n'a cette légitimité plébiscitaire : De Gaulle domine par 40 points d'avance sur Mollet en popularité.
Erreurs courantes et mythes sur qui dirigeait la France en 1958
Mythe numéro un : De Gaulle était déjà président en juin 1958. Faux – il l'est élu le 21 décembre, Coty intérim jusqu'au 8 janvier 1959. Deuxième : putsch militaire réussit. Non, Massu et Salan restent subordonnés ; De Gaulle les marginalise vite.
Troisième erreur : la Ve République née le 1er juin. Réalité : 4 octobre 1958, promulgation constitutionnelle ; investiture De Gaulle le 8 janvier. Attention aux raccourcis : les ordonnances de 1958 (42 au total) portent déjà l'empreinte gaulliste, mais légalement, c'est la IVe jusqu'au bout. Et l'ironie du sort : les communistes, 25 % en 1946, tombent à 2 % en 1958 aux législatives.
Pour éviter ces pièges, croisez sources primaires : Journal Officiel, discours originaux. Ça dépend du curseur historique choisi.
FAQ : Questions fréquentes sur le pouvoir en France 1958
Qui était le président de la République en France en 1958 ?
René Coty jusqu'au 8 janvier 1959. Pouvoirs cérémoniels limités ; il nomme De Gaulle mais ne gouverne pas. Transition fluide : Coty signe 1 200 décrets en 1958.
Quel gouvernement dirigeait la France mi-1958 ?
Gouvernement De Gaulle I : 23 ministres, Chaban-Delmas à l'Intérieur, Guillaumat aux Armées. Pleins pouvoirs dès le 3 juin ; Soustelle à l'Information propage le message gaulliste.
Combien de temps De Gaulle reste-t-il président du Conseil en 1958 ?
Du 1er juin 1958 au 8 janvier 1959, soit sept mois. Période décisive : élections de novembre (UNR 18,8 %, 189 sièges), Algérie pacifiée en principe.
En synthèse, qui est au pouvoir en France en 1958 ? Charles de Gaulle, de facto dès juin, instaure la Ve République par génie politique et contexte forcé. Cette transition, entre légalité et légitimité, évite la guerre civile – 400 000 soldats en jeu – et pose les bases d'une stabilité inédite : un seul gouvernement en 1962. Les chiffres parlent : 82 % au référendum, 62 % à l'élection présidentielle. Sans exagérer, 1958 redéfinit le pouvoir exécutif français, fort d'un président élu au suffrage direct dès 1962. Les débats persistent sur le « coup d'État constitutionnel », mais les faits l'emportent : De Gaulle sauve la République en la réinventant.
