Alors, qui a vraiment "le plus de femmes" ? La question mérite qu'on s'y attarde, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi certains systèmes l'autorisent, d'autres la tolèrent, et la plupart l'interdisent. (Spoiler : ce n'est presque jamais une question de désir, mais bien de pouvoir, d'économie ou de religion.)
La polygynie à travers les âges : quand le mariage devient stratégie
Les rois et empereurs : des harems aux alliances politiques
Moulay Ismaïl n'est pas une exception. Bien avant lui, les souverains de l'Antiquité et du Moyen Âge utilisaient le mariage comme outil diplomatique. Ramsès II, pharaon d'Égypte, aurait eu plus de 200 épouses et concubines – un chiffre modeste comparé aux 3 000 femmes attribuées à certains empereurs chinois. Mais attention : ces nombres relèvent souvent plus du mythe que de la réalité. Les chroniques exagéraient volontiers pour magnifier le pouvoir d'un dirigeant. (Et puis, entretenir 3 000 femmes, même symboliquement, ça doit coûter une fortune en soie et en bijoux.)
Chez les Ottomans, le harem impérial fonctionnait comme une véritable institution. Le sultan Soliman le Magnifique, par exemple, épousa officiellement une seule femme, Hürrem Sultan, mais eut des dizaines de concubines. La différence ? Une épouse officielle donnait naissance à des héritiers légitimes, tandis que les concubines servaient davantage de monnaie d'échange politique. Le mariage, ici, n'avait rien d'une romance : c'était un contrat, avec des clauses précises et des enjeux territoriaux.
Les sociétés traditionnelles : polygynie et équilibre social
Dans certaines cultures africaines, la polygynie n'était pas un luxe, mais une nécessité. Chez les Zoulous, un homme pouvait épouser plusieurs femmes pour assurer la survie du clan. Chaque épouse gérait sa propre parcelle de terre, élevait ses enfants et contribuait à l'économie familiale. Résultat : plus une famille avait de femmes, plus elle était prospère. (Et non, ce n'était pas une question de virilité, mais bien de main-d'œuvre et de sécurité alimentaire.)
Les Mormons fondamentalistes, eux, pratiquent encore aujourd'hui la polygynie pour des raisons religieuses. Warren Jeffs, ancien dirigeant de la secte FLDS, aurait eu près de 80 épouses – dont certaines mineures. Là, le système bascule dans l'abus de pouvoir, et c'est précisément ce qui a conduit à l'interdiction de la polygamie aux États-Unis en 1890. Reste que dans certains États, comme l'Utah, la pratique persiste dans l'illégalité, avec des conséquences dramatiques pour les femmes et les enfants.
Les records modernes : qui bat encore des records aujourd'hui ?
Les chefs religieux et les gourous : quand la polygynie devient secte
Si Moulay Ismaïl détient le record historique, certains hommes contemporains s'en approchent dangereusement. Ziona Chana, chef d'une secte chrétienne en Inde, avait 39 épouses, 94 enfants et 33 petits-enfants au moment de sa mort en 2021. Sa famille vivait dans une maison de 100 pièces, spécialement construite pour accueillir tout ce monde. Le plus surprenant ? Aucune de ses épouses ne semblait s'en plaindre – du moins en public. (On imagine mal une telle organisation sans une hiérarchie très stricte, où chaque femme a un rôle précis.)
Aux États-Unis, des figures comme Winston Blackmore, leader d'une communauté mormone dissidente, ont été condamnées pour polygamie. Blackmore, lui, revendiquait 24 épouses et plus de 140 enfants. Le problème, c'est que ces unions sont souvent forcées, avec des jeunes filles mariées à des hommes bien plus âgés. Autant dire que le "record" prend ici une tout autre dimension : celle de l'exploitation.
Les pays où la polygynie reste légale (et ceux qui l'interdisent)
Dans une quarantaine de pays, principalement en Afrique et au Moyen-Orient, la polygynie est légale. En Arabie saoudite, un homme peut épouser jusqu'à quatre femmes, à condition de les traiter "équitablement". (Un critère subjectif, pour le moins.) En Afrique du Sud, la polygynie est autorisée depuis 1998, mais soumise à des règles strictes : l'homme doit prouver qu'il peut subvenir aux besoins de toutes ses épouses, et obtenir leur consentement. Résultat : moins de 2 % des mariages sont polygames.
En Europe et en Amérique du Nord, la polygamie est illégale, mais certains pays ferment les yeux. Au Canada, par exemple, la loi interdit la polygamie, mais aucune poursuite n'a été engagée depuis des décennies. En France, le mariage polygame est interdit, mais des milliers de familles vivent dans cette configuration, notamment dans les communautés africaines. Le paradoxe ? Ces familles sont souvent invisibles aux yeux de l'État, ce qui pose des problèmes en matière de droits sociaux et d'héritage.
Pourquoi certains hommes ont-ils autant de femmes ? Les raisons cachées
Le pouvoir, bien sûr, mais pas seulement
On pourrait croire que la polygynie est une question de désir masculin. Or, c'est rarement le cas. Dans les sociétés traditionnelles, un homme avec plusieurs épouses était souvent un homme riche – ou du moins, un homme capable de nourrir plusieurs foyers. Chez les Bédouins, par exemple, un chef de tribu pouvait épouser plusieurs femmes pour sceller des alliances avec d'autres clans. (Et accessoirement, pour avoir plus de bras pour garder les troupeaux.)
Dans les monarchies, la polygynie servait à assurer une descendance nombreuse. Plus un roi avait d'enfants, plus il avait de chances de voir son lignage se perpétuer. Mais attention : ces unions n'étaient pas toujours heureuses. Les épouses étaient souvent choisies pour leur statut social, pas pour leur personnalité. (Imaginez épouser quelqu'un parce que son père possède des terres stratégiques – pas vraiment le scénario d'un conte de fées.)
L'économie de la polygynie : un système qui coûte cher
Entretenir plusieurs épouses, ça ne se fait pas avec des clopinettes. Au Maroc, où la polygynie est légale mais peu pratiquée, un homme doit prouver qu'il peut subvenir aux besoins de toutes ses femmes. En 2020, une étude a révélé que moins de 0,3 % des mariages étaient polygames – un chiffre qui s'explique en partie par le coût exorbitant. (Un mariage traditionnel marocain coûte en moyenne 20 000 euros. Multipliez ça par quatre, et vous obtenez une somme qui ferait réfléchir même les plus riches.)
En Indonésie, où la polygynie est autorisée pour les musulmans, le gouvernement a tenté de la limiter en imposant des conditions strictes : l'homme doit obtenir l'accord de sa première épouse, prouver qu'il peut subvenir aux besoins de toutes, et justifier d'une "raison valable" – comme l'infertilité de la première femme. Résultat : la pratique reste marginale, avec moins de 1 % des mariages concernés.
Les femmes dans tout ça ? Le revers de la médaille
Quand la polygynie devient oppression
Derrière les chiffres et les records, il y a des vies de femmes. Et souvent, ces vies ne sont pas roses. Dans les sociétés où la polygynie est courante, les femmes n'ont pas toujours leur mot à dire. Au Yémen, par exemple, une femme peut être répudiée du jour au lendemain si son mari décide d'en épouser une autre. (Et sans pension alimentaire, bien sûr.)
En Ouganda, où la polygynie est légale, les femmes sont souvent mariées très jeunes, sans éducation, et doivent partager leur mari avec d'autres. Le pire ? Dans certains cas, elles sont forcées d'accepter la situation sous peine d'être rejetées par leur famille. (Honnêtement, on est loin du fantasme hollywoodien du sultan entouré de beautés consentantes.)
Les femmes qui choisissent la polygynie : un phénomène méconnu
Pourtant, toutes les femmes ne subissent pas la polygynie. Certaines la choisissent, par conviction religieuse ou par pragmatisme. Aux États-Unis, des communautés mormones fondamentalistes vivent en polygynie par choix, avec des femmes qui défendent farouchement leur mode de vie. "Je préfère partager un homme bon que d'être seule avec un homme mauvais", explique une épouse polygame dans un documentaire. (Un argument qui en laissera plus d'un sceptique, mais qui montre que la réalité est plus nuancée qu'il n'y paraît.)
En Afrique du Sud, certaines femmes voient la polygynie comme une solution à la solitude. Dans un pays où les hommes sont moins nombreux que les femmes (en raison du VIH et des violences), épouser un homme déjà marié peut être une façon de fonder une famille. "Je savais qu'il avait une autre femme, mais au moins, j'ai un toit et des enfants", confie une Sud-Africaine dans une interview. Le choix est discutable, mais c'est un choix – et c'est là toute la complexité du sujet.
Polygynie vs polyandrie : pourquoi les femmes n'ont-elles pas plusieurs maris ?
La polyandrie, une exception rarissime
Si la polygynie est répandue, la polyandrie (une femme, plusieurs hommes) est extrêmement rare. On la trouve dans quelques sociétés himalayennes, comme chez les Nyinba du Népal, où une femme peut épouser plusieurs frères. Pourquoi cette différence ? Parce que dans la plupart des cultures, la filiation se fait par le père. Une femme avec plusieurs maris poserait des problèmes de paternité – et donc, d'héritage. (Et puis, avouons-le : les hommes n'ont jamais vraiment brillé par leur capacité à partager.)
Chez les Mosuo, en Chine, la polyandrie existe sous une forme particulière : les femmes choisissent leurs partenaires librement, sans mariage officiel. Les enfants sont élevés par la famille maternelle, et les hommes n'ont aucune autorité sur eux. Un système qui fait rêver les féministes, mais qui reste marginal.
Pourquoi la polygynie domine-t-elle ? Une question de biologie et de pouvoir
Les anthropologues ont longtemps débattu de cette question. Certains avancent que la polygynie est une stratégie reproductive : un homme peut avoir des centaines d'enfants, tandis qu'une femme est limitée par sa fertilité. (Un argument qui sent bon le XIXe siècle, mais qui reste cité.) D'autres soulignent que la polygynie est avant tout une question de pouvoir : dans les sociétés patriarcales, les hommes utilisent le mariage pour contrôler les femmes et les ressources.
Reste que la monogamie est devenue la norme dans la plupart des pays. Pourquoi ? Parce que les sociétés modernes privilégient l'égalité des sexes et la stabilité familiale. (Et aussi parce que gérer plusieurs conjoints, c'est un casse-tête administratif.) Mais dans les pays où la polygynie persiste, le débat reste vif : faut-il l'interdire au nom des droits des femmes, ou la tolérer au nom de la liberté religieuse ?
Les idées reçues sur la polygynie : démêlons le vrai du faux
"La polygynie, c'est une question de religion"
Faux. Si l'islam autorise la polygynie (avec des limites), toutes les religions ne la pratiquent pas. Le christianisme l'a interdite dès le Moyen Âge, et le judaïsme la tolère seulement dans des cas très spécifiques. (Comme pour le lévirat, où un homme épouse la veuve de son frère pour lui assurer une protection.) En réalité, la polygynie est bien plus liée à des facteurs culturels et économiques qu'à la religion. (Preuve en est : des sociétés non religieuses, comme certaines tribus amérindiennes, la pratiquaient aussi.)
"Les hommes polygames sont plus heureux"
Pas si simple. Une étude menée en Afrique du Sud a révélé que les hommes polygames étaient plus stressés que les hommes monogames. Pourquoi ? Parce que gérer plusieurs foyers, c'est épuisant – financièrement et émotionnellement. (Imaginez devoir contenter plusieurs femmes, chacune avec ses attentes et ses exigences. Autant dire que le "harem" ressemble davantage à un champ de mines qu'à un paradis.)
"La polygynie est en déclin"
Vrai et faux. Dans les pays où elle est légale, la polygynie recule, en raison de son coût et des pressions féministes. Mais dans les pays où elle est illégale, elle persiste dans l'ombre, notamment dans les communautés religieuses. Aux États-Unis, par exemple, on estime que 50 000 à 100 000 personnes vivent en polygynie, malgré l'interdiction. (Et ce chiffre est probablement sous-estimé.)
Questions fréquentes : tout ce que vous n'osez pas demander
Est-ce que la polygynie est légale en France ?
Non. La polygamie est interdite en France depuis 1993, et les mariages polygames contractés à l'étranger ne sont pas reconnus. Pourtant, des milliers de familles vivent dans cette configuration, notamment dans les communautés africaines. Le problème ? Ces familles sont souvent invisibles aux yeux de l'État, ce qui pose des problèmes en matière de droits sociaux. (Par exemple, une deuxième épouse n'a pas droit aux allocations familiales.)
Combien d'hommes ont plusieurs femmes aujourd'hui ?
Difficile à dire, car les données manquent. Dans les pays où la polygynie est légale, comme l'Arabie saoudite ou l'Afrique du Sud, elle concerne moins de 5 % des mariages. Dans les pays où elle est illégale, comme les États-Unis ou la France, les chiffres sont encore plus flous. (Mais on sait que des milliers de personnes vivent en polygynie, malgré les risques juridiques.)
Est-ce que les femmes peuvent avoir plusieurs maris ?
Techniquement, oui, mais c'est extrêmement rare. La polyandrie existe dans quelques sociétés himalayennes, comme chez les Nyinba du Népal, où une femme peut épouser plusieurs frères. Mais dans la plupart des cultures, la polyandrie est taboue, car elle remet en cause la filiation paternelle. (Et puis, avouons-le : les hommes ont du mal à partager.)
Pourquoi l'islam autorise-t-il la polygynie ?
Dans l'islam, la polygynie est autorisée sous certaines conditions : l'homme doit traiter toutes ses épouses équitablement, et ne peut en épouser plus de quatre. Mais attention : cette permission est encadrée par des règles strictes, et de nombreux pays musulmans l'ont interdite ou limitée. (Comme la Tunisie, qui l'a abolie en 1956.) En réalité, la polygynie dans l'islam est bien plus une tolérance qu'une obligation – et de nombreux musulmans la rejettent.
Verdict : qui a vraiment "le plus de femmes" ?
Si on parle de records historiques, Moulay Ismaïl reste le champion incontesté, avec ses 500 épouses. Mais si on regarde la réalité contemporaine, les chiffres sont bien plus modestes : quelques dizaines d'épouses pour les chefs religieux, et moins de 1 % des mariages dans les pays où la polygynie est légale. (Autant dire que le "harem" est bien plus un fantasme qu'une réalité.)
Le vrai débat, ce n'est pas de savoir qui a le plus de femmes, mais pourquoi certaines sociétés l'autorisent encore. Entre tradition, religion et pouvoir, la polygynie est un sujet bien plus complexe qu'il n'y paraît. Et si on veut vraiment comprendre, il faut arrêter de compter les épouses et commencer à écouter les femmes qui les vivent – qu'elles les aient choisies ou subies.
Alors, qui a le plus de femmes aujourd'hui ? Probablement un chef de secte anonyme, quelque part dans le monde, avec une dizaine d'épouses et une armée d'avocats pour le protéger. Mais le vrai record, c'est celui de la résilience : celle des femmes qui, dans l'ombre, font tenir ces familles ensemble. (Et ça, aucun chiffre ne pourra jamais le mesurer.)
