Pourquoi est-ce si difficile d'établir un classement définitif des souverains ?
Franchement, la première difficulté réside dans la définition même du mot "maîtresse". Est-ce seulement la favorite officielle, celle qui reçoit des titres, des appartements à Versailles et une pension substantielle ? Ou bien compte-t-on la femme rencontrée lors d'une campagne militaire, la dame de la cour qui n'a eu qu'une brève liaison, ou l'une des innombrables rencontres nocturnes dont on ne garde que le murmure dans les correspondances diplomatiques ? Je pense que la majorité des historiens s'accordent à dire que les chiffres que nous connaissons pour les grands monarques ne sont que la partie émergée de l'iceberg.
En fait, à certaines époques, avoir de nombreuses liaisons n'était pas seulement une question de plaisir personnel ; c'était presque une obligation symbolique. Cela prouvait la vigueur du roi, sa capacité à conquérir, et cela servait parfois à récompenser des familles nobles en leur offrant l'honneur d'avoir une fille ou une parente proche du souverain. Cela dit, les archives de l'Ancien Régime, bien que riches, sont souvent lacunaires sur les activités privées les moins officielles. Nous avons de bons comptes rendus des dépenses, des cadeaux, mais pas toujours des listes nominatives exhaustives de toutes les conquêtes éphémères.
Louis XIV : Le Roi-Soleil et son système de favorites
Quand on évoque les rois de France, Louis XIV est souvent cité. Il a géré ses relations avec une certaine théâtralité, ce qui nous a laissé plus de traces. Il a eu des favorites très influentes, comme Louise de La Vallière ou Madame de Montespan, qui ont été des figures politiques majeures. Si l'on s'en tient aux femmes qui ont eu une véritable position à la cour et qui ont eu des enfants reconnus, on arrive à un nombre relativement faible, peut-être une dizaine de noms importants sur son long règne de 72 ans. Mais je crois sincèrement qu'il y en avait beaucoup plus, des rencontres moins médiatisées, des dames de compagnie qui passaient par là.
Ce qui est intéressant chez Louis XIV, ce n'est pas tant le nombre brut, mais la façon dont il a institutionnalisé la présence de ces femmes. Elles étaient des pions dans son jeu de pouvoir. Elles recevaient des lettres, des biens somptueux, ce qui permet aux archivistes de reconstituer une partie de son activité galante. Cela contraste avec des souverains antérieurs où l'information était plus fragmentée, ou au contraire, avec des systèmes comme le harem ottoman où la quantité était centrale, mais les individus moins identifiables individuellement dans les chroniques européennes.
Les autres prétendants européens : Charles II et les chiffres qui interrogent
Si l'on regarde vers l'Angleterre, Charles II Stuart, revenu d'exil, avait une réputation sulfureuse qui pourrait le placer très haut dans ce classement officieux. Il était connu pour être, disons, très généreux de son temps et de ses attentions. Charles II a eu au moins 14 enfants illégitimes reconnus, ce qui est un chiffre colossal pour un roi européen de cette période. Chaque enfant implique, par définition, une mère. Et je pense que ce chiffre de 14 enfants reconnus est un plancher, pas un plafond, pour le nombre de ses maîtresses notables.
La différence avec Louis XIV, c'est que Charles II avait tendance à distribuer des titres de noblesse et des terres à ses fils illégitimes, les transformant en ducs et pairs. Cela rendait ses liaisons beaucoup plus visibles et "officielles" que celles de son cousin français, même si la nature de la relation était souvent la même : une faveur royale temporaire. Du coup, on a des chiffres plus faciles à suivre, mais cela ne garantit pas qu'il ait eu plus de liaisons passagères que Louis XIV ou d'autres, comme Pierre le Grand de Russie, dont la vie privée était notoirement turbulente.
Le cas des empires orientaux : où la quantité devient presque abstraite
Il faut absolument mentionner le contexte non-européen, car c'est là que les chiffres deviennent vertigineux et presque impossibles à vérifier pour un historien occidental. Pensez aux Sultans ottomans, comme Suleiman le Magnifique. Le Harem impérial, ce n'était pas juste un lieu de plaisirs, c'était une institution sociale et politique immense, gérée par la Valide Sultan (la mère du Sultan). Les femmes y vivaient, y naissaient, et le Sultan y avait accès à des centaines, voire des milliers de femmes au fil des décennies.
Bien sûr, on ne parle pas de "maîtresses" au sens où on l'entend pour Versailles. Ce sont des concubines, des esclaves, des favorites qui montent et descendent dans la hiérarchie. Mais si la question est "Quel roi a eu le plus de relations sexuelles régulières avec des femmes qui n'étaient pas son épouse légitime ?", alors les Sultans, avec leurs harems de plusieurs centaines de femmes disponibles en permanence, remportent sans aucun doute la palme. Cela dit, je trouve que la comparaison est un peu bancale, car le cadre légal et culturel est totalement différent de celui de l'Europe féodale ou monarchique classique.
Ce qu'on oublie : l'influence compte plus que le nombre brut
J'ai remarqué que souvent, les gens s'arrêtent à chercher le roi qui a eu le plus de coucheries. Mais en tant que passionné d'histoire, je trouve que les figures les plus marquantes sont celles dont les maîtresses ont eu un impact politique durable. Prenez Louis XV et Madame de Pompadour. Elle n'a peut-être pas été sa maîtresse la plus nombreuse, mais elle a dirigé la politique étrangère française pendant près de vingt ans, influençant des décisions majeures comme l'alliance avec l'Autriche. C'est une puissance d'action bien supérieure à celle de cinquante liaisons anonymes.
C'est une leçon importante : le pouvoir des favorites n'était pas linéaire. Une femme qui réussissait à s'immiscer dans la prise de décision, à obtenir des postes pour sa famille ou à influencer le choix des ministres, celle-là a laissé une empreinte bien plus profonde sur l'Histoire que celle qui n'a été qu'un moment agréable au Petit Trianon. Cela nous rappelle que derrière les chiffres bruts, il y a toujours une stratégie de cour.
Conclusion : Le vrai gagnant est l'Histoire, pleine de zones d'ombre
Alors, quel roi a eu le plus de maîtresses ? Si on cherche le record absolu, il faut probablement regarder vers les grands empires orientaux où le harem était une institution quantitative. Si on se limite aux cours européennes où l'on peut documenter un minimum de traces, Charles II d'Angleterre et Louis XIV sont de sérieux candidats pour les liaisons notables, avec des chiffres qui se comptent en dizaines. Mais, selon moi, la véritable réponse est que nous ne le saurons jamais avec certitude. Chaque roi ayant eu le pouvoir absolu a probablement eu plus d'aventures qu'il n'en a jamais avoué ou qu'il n'a jamais laissé de traces tangibles.
Ce qui est certain, c'est que cette quête de supériorité galante était souvent un reflet de leur autorité politique. Et c'est peut-être cela, l'aspect le plus intéressant de cette histoire, bien plus que le décompte final des cœurs brisés ou des nuits passées.

