Le contexte de la débâcle française de 1940
En mai 1940, l'armée française, forte de 94 divisions et soutenue par les Britanniques, s'effondre en six semaines face à la Blitzkrieg allemande. Les chiffres sont accablants : 1,9 million de prisonniers, 92 000 morts, et Paris déclaré ville ouverte le 14 juin. Le gouvernement Reynaud démissionne, remplacé par Pétain, qui signe l'armistice le 22 juin à Rethondes, cédant 55 % du territoire à l'occupation et créant Vichy.
Ce contexte de capitulation française marque la fin de la Troisième République, née en 1870. Les élites militaires, traumatisées par Verdun, optent pour la paix à tout prix. De Gaulle, colonel méconnu, perçoit l'erreur : l'Allemagne n'est pas invincible, comme le prouve la bataille d'Angleterre à venir. Il quitte la France le 17 juin, atterrit à Londres, et prépare la riposte.
Pourquoi l'Appel du 18 juin 1940 a changé la donne
L'Appel du 18 juin, diffusé par la BBC, dure trois minutes et demie. De Gaulle y déclare : « La flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre. » Seulement 250 auditeurs immédiats, mais l'enregistrement, diffusé le 22, 23 et 30 juin, rallie 7 000 Français en Grande-Bretagne d'ici fin 1940. Ce discours, improvisé sans notes, pose de Gaulle comme unique alternative à Pétain, adulé par 80 % des Français via les sondages clandestins.
Factuellement, cet appel évite l'absorption totale de la France dans le Reich. Sans lui, la Résistance intérieure manque de figure symbolique. Les Allemands le qualifient de « général sans armée », ironie du sort quand on sait que ses forces culmineront à 400 000 hommes en 1944. Cette audace solitaire forge la légitimité post-Libération.
Comment de Gaulle a construit la France Libre en exil
De juin 1940 à 1943, de Gaulle édifie la France Libre depuis Londres puis Alger. Il crée le Comité national français en 1941, fusionnant gaullistes et pétainistes ralliés. Les chiffres : de 7 000 ralliés en 1940 à 70 000 en 1942, via des opérations comme Bir Hakeim (mai-juin 1942), où 3 700 Français libres sous Koenig bloquent Rommel pendant 14 jours, sauvant le moral allié.
Diplomatie agressive : négociations avec Churchill, qui verse 2 millions de livres sterling en 1941, et Roosevelt, réticent jusqu'en 1943. De Gaulle impose le ralliement des colonies : Tchad en août 1940 (1 million km²), Cameroun, Congo. Résultat : 90 % de l'empire français sous son contrôle d'ici 1942. Cette reconquête coloniale fournit bases et ressources pour la contre-offensive.
Une micro-digression : les querelles internes, comme avec Giraud en 1943, montrent que l'unité n'était pas innée, mais de Gaulle l'emporte par charisme pur.
Le rôle décisif de de Gaulle dans la Libération de la France
En 1944, les forces françaises libres, intégrées à la 2e DB de Leclerc, libèrent Paris le 25 août. De Gaulle entre aux Invalides sous les vivats de 2 millions de Parisiens, malgré les ordres alliés d'attendre Eisenhower. Ce choix symbolique – et risqué – restaure l'honneur national : les FTP communistes, forts de 100 000 hommes, reconnaissent son autorité via le CNR le 3 juin 1944.
Chiffres clés : 200 000 Français dans les armées alliées, contribuant à 20 % des combats en Normandie. De Gaulle forme le GPRF le 3 juin, épurant 10 000 collaborateurs dès septembre. Sans son retour, la France post-1944 sombre dans le chaos gauchiste ou l'occupation prolongée. Il stabilise : monnaie reconstituée en 10 jours, ravitaillement en un mois.
Opinion tranchée : cette Libération française n'est pas un cadeau américain, mais une conquête partagée, où de Gaulle négocie pied à pied la souveraineté.
Pourquoi la Quatrième République a échoué sans de Gaulle
De 1946 à 1958, la Quatrième République accumule 24 gouvernements en 12 ans, paralysée par le tripartisme PCF-SFIO-MRP. Crise de mai 1947 : grève générale de 2 millions d'ouvriers. Indochine : 92 000 morts français jusqu'en 1954, Diên Biên Phu comme point bas.
De Gaulle en retrait vote non à la Constitution de 1946, prédisant l'instabilité. Il fonde le RPF en 1947, mais abandonne en 1953 face au reflux. Algérie en 1958 : 500 000 soldats engagés, FLN à 30 000 combattants, mais putsch des généraux le rappelle. Sans son retour, la France perd l'Algérie et implose.
La création de la Cinquième République : le sauvetage institutionnel
Investi le 1er juin 1958, de Gaulle rédige la Constitution en trois mois, adoptée par 80 % des Français le 28 septembre. Clé : l'article 16 pour les crises, et le président élu au suffrage universel en 1962 (79 % d'approbation). Résultat : stabilité, 10 présidents en 65 ans contre 24 en 12 ans auparavant.
Économie : plan Pinay-Rueff de 1958-1960, dévaluation du franc de 17,5 %, croissance à 5,8 % annuel jusqu'en 1968. Nucléaire : première bombe en 1960 au Sahara. Cinquième République ancre la France comme puissance moyenne : force de frappe à 300 têtes en 1980, veto gaulliste à l'OTAN en 1966.
Les débats persistent : trop de pouvoir présidentiel ? Entre 1958 et 1969, il gouverne sans vrai Parlement, mais évite le pire.
Comparaison avec Pétain : pourquoi Vichy n'a pas sauvé la France
Pétain, héros de Verdun (277 jours de résistance en 1916), signe l'armistice : 1,5 million de prisonniers libérés en échange de 400 000 maintenus. Vichy collabore : 76 000 Juifs déportés, Milice de 30 000 tueurs. Popularité initiale à 85 %, chute à 20 % en 1944.
De Gaulle vs Pétain : l'un exile combatif, l'autre collaborationniste. Chiffres : France Libre libère 20 villes, Vichy livre 3 millions de travailleurs STO. Collaboration Pétain accélère l'asservissement ; de Gaulle, malgré 2 000 exécutions post-Libération, unit. Le mythe du « bouclier » pétainiste s'effondre face aux archives : Laval négocie plus que ne résiste Pétain.
Les erreurs courantes sur le mythe gaulliste
On exagère souvent : de Gaulle n'était pas seul, Combat de Jean Moulin rallia 100 000 résistants en 1943. Erreur numéro un : ignorer les communistes, 50 % de la Résistance armée. Deuxième : sous-estimer Alger 1943, où Giraud cède après négociations âpres.
Conseil : lisez les Mémoires de guerre (1954-1959), 3 tomes factuels. Évitez les hagiographies : il épura mais gracia Tillon en 1945. Limite : son intransigeance coûte 20 000 morts en Indochine avant départ. Ça dépend du prisme : sauveur pour 60 % des historiens français actuels, autoritaire pour les autres.
Phrase ironique : Pétain voulait « la terre et les morts » ; de Gaulle reprit la terre et enterra les morts dignement.
FAQ : questions clés sur comment de Gaulle a sauvé la France
Quel était le contenu exact de l'Appel du 18 juin ?
« Le dernier mot est-il dit ? L'armistice a été signé, mais la guerre n'est pas terminée. La France a un vaste empire. » Texte intégral : 400 mots, appel à la lutte sous la Croix de Lorraine.
Combien de temps a-t-il fallu pour libérer Paris grâce à de Gaulle ?
De l'Appel à la Libération : 49 mois. Forces françaises : 4 000 hommes de Leclerc entrent le 24 août, de Gaulle parade le 26 devant 4 millions.
Pourquoi la Cinquième République est-elle le legs majeur ?
80 ans de stabilité contre 12 ans de chaos. PIB multiplié par 12 depuis 1958, indépendance nucléaire affirmée.
Conclusion : l'héritage indélébile de de Gaulle
De Gaulle a sauvé la France par trois actes : résistance en 1940, Libération en 1944, refondation en 1958. Sans son Appel du 18 juin, pas de France Libre ; sans GPRF, chaos ; sans Vème République, déclin. Critiques valables – autoritarisme, guerre d'Algérie (300 000 morts) – mais bilan positif : souveraineté restaurée, de 20 % du territoire libre en 1940 à grande puissance en 1969. Son mot : « La France se sauvera toujours par l'excès. » Il en fut l'incarnation, pour le meilleur.
