Un point sur le front, mais pas que
Le bindi, c’est ce petit point qu’on met au milieu du front, souvent entre les deux yeux. Traditionnellement, chez les femmes indiennes, surtout hindoues, c’est rouge, rond, parfois décoré, parfois tout simple. Moi, la première fois que j’en ai mis un, c’était pas pour une cérémonie ni rien. C’était… au mariage de ma cousine Priya, à Lyon. Je devais être en robe traditionnelle — saari rose pétant, merci maman — et elle me dit : “Tu mets pas de bindi ?” Là, j’ai fait ma rebelle : “Bah non, c’est pas trop mon truc.” Et elle, elle me regarde, un peu choquée : “Mais t’es à moitié indienne, faut assumer !”
Alors je l’ai mis. Et franchement ? J’ai adoré. Pas parce que ça me rendait “plus indienne” ou je sais pas quoi, mais parce que ça me donnait une sensation bizarre… comme si j’étais un peu plus moi. Tu vois ce que je veux dire ? Un peu comme quand tu mets une paire de baskets préférée et que tu te sens invincible.
Une origine spirituelle, pas juste un accessoire
Bon, en vrai, le bindi, il vient de loin. Très loin. Dans l’hindouisme, ce point entre les yeux, c’est censé être l’emplacement du “troisième œil”, le chakra du front, celui de l’intuition, de la sagesse, de la conscience. Enfin, c’est ce qu’on m’a toujours dit. Moi, je suis pas super croyante, hein. Je prie jamais, je vais pas au temple, mais j’aime bien l’idée. Comme un rappel, tu vois ? Genre : “Hé, réfléchis avant d’agir, écoute ton instinct.”
Avant, les femmes mariées mettaient un bindi rouge pour symboliser leur union. C’était comme une sorte de “je suis prise”, mais sacrée, pas ringard. Aujourd’hui, c’est plus systématique. Beaucoup de femmes célibataires le portent aussi, par tradition, par culture, ou juste parce que ça fait joli. Et puis, il y a les hommes aussi parfois — surtout les sadhus, les moines, ou pendant les prières.
Mais attends, c’est pas volé à la culture ?
Ah, là, tu me touches un point sensible. Parce que bon, j’ai vu des meufs à Coachella, en 2017 ou je sais plus quand, avec un bindi strassé sur le front, et franchement, ça me foutait un peu les nerfs. Pas parce que c’est moche — après, chacun fait ce qu’il veut — mais parce que c’était clairement du “cool hunting”. Un truc pris sans comprendre, juste pour faire “exotique”. Tu vois le genre ? Du coup, j’ai longtemps hésité à en porter moi-même, par peur de faire pareil : une caricature.
Mais bon, au final, je me suis dit : attends, si c’est dans mes racines, si c’est en lien avec mon histoire, pourquoi je me priverais ? C’est pas pareil que d’adopter un symbole sans lien personnel. Après, je respecte que d’autres ne comprennent pas, ou trouvent ça déplacé. Moi, je fais ça en conscience. Et puis, je le mets pas tous les jours non plus, hein. Juste quand j’en ai envie. Quand je me sens connectée, ou quand j’ai besoin d’un petit rappel à mes origines.
Et maintenant, c’est aussi mode
Bon, faut être honnête : le bindi, il a fait son chemin dans la mode. Tu le trouves dans les boutiques ethniques, sur Etsy, en version pailletée, cœur, étoile, avec des pierres… Moi, j’ai un copain, Julien, qui en a mis un au mariage de sa sœur, “pour rigoler”. Et franchement, il était plutôt stylé. Mais attention, y a une nuance. Porter un bindi en tant que personne de culture indienne, c’est une chose. Le porter comme accessoire de fête sans aucune connexion, c’est… délicat.
D’ailleurs, j’ai une amie belge, Léa, qui m’a demandé si elle pouvait en mettre un pour un shooting photo. Elle était super respectueuse, elle m’a tout expliqué, elle voulait rendre hommage à l’esthétique indienne, pas se moquer. Du coup, je lui ai dit oui, avec les bonnes intentions, pourquoi pas ? Mais j’aurais pas dit oui à n’importe qui.
Et pour toi, ça veut dire quoi ?
En fait, c’est ça la vraie question. Parce que le bindi, il n’a pas qu’une seule signification. Pour certaines, c’est religieux. Pour d’autres, c’est culturel. Pour d’autres encore, c’est juste joli. Moi, c’est un mélange. Un petit clin d’œil à ma grand-mère, qui en mettait un tous les matins, sans faute. Un geste vers mes racines, alors que je suis née à Marseille, que je parle mal le hindi, et que je préfère le pastis au chai.
Je me souviens, une fois, dans le métro, une vieille dame m’a dit : “Vous êtes belle avec ce petit point.” J’ai souri, j’ai dit merci. Et après, je me suis sentie… reconnue. Pas comme une étrangère, ni comme une beurette, ni comme une beurette indienne — non. Juste comme quelqu’un qui existe, entre deux mondes, avec un truc qui fait sens.
Alors, pourquoi je le mets ?
Parce que ça me plaît. Parce que ça me relie. Parce que c’est mon histoire, même si je la vis à ma sauce. Parce que c’est plus qu’un sticker, plus qu’un symbole. C’est un geste doux, discret, mais fort. Un peu comme un tatouage invisible, sauf que tout le monde le voit.
Après, si toi tu veux en mettre un, je te juge pas. Mais pose-toi la question : pourquoi ? Par jeu ? Par curiosité ? Par respect ? Par envie ? Parce que tu trouves ça joli ? Toutes les raisons peuvent être valables… tant qu’elles viennent du bon endroit.
Et puis bon, franchement, on n’a pas besoin d’avoir toutes les réponses. Des fois, on porte un truc juste parce que ça nous fait du bien. Et c’est déjà pas mal, non ?
