Pour comprendre pourquoi ce verset a été effacé des versions courantes comme la TOB ou la Segond 21, il faut remonter aux sources – littéralement. Et là, ça se complique. Parce que les réponses ne sont pas binaires. Elles oscillent entre rigueur scientifique et foi inébranlable, entre respect des traditions et exigence de vérité historique. Autant dire que le sujet fait grincer des dents depuis des siècles.
Matthieu 17:21, ce verset fantôme qui hante les Bibles
Dans les éditions traditionnelles du Nouveau Testament, Matthieu 17 raconte l'épisode où Jésus guérit un jeune garçon possédé par un démon que les disciples n'ont pas réussi à chasser. À la fin du chapitre, le verset 21 apparaît comme une conclusion logique : "Mais cette sorte de démon ne peut sortir que par la prière et le jeûne." Sauf que. Sauf que dans les Bibles contemporaines, ce verset a purement et simplement disparu. Ou plutôt, il a été relégué au rang de variante textuelle, comme un fantôme qui rôde entre les lignes.
Pourquoi un tel traitement ? La réponse tient en deux mots : manuscrits anciens. Les spécialistes s'appuient sur des copies du texte biblique datant des premiers siècles du christianisme, et là où les versions médiévales (comme le Textus Receptus) incluent Matthieu 17:21, les plus vieux parchemins – comme le Codex Vaticanus ou le Codex Sinaiticus – l'omettent. Résultat : les éditeurs modernes ont tranché. Mais cette décision ne fait pas l'unanimité. Loin de là.
Ce que dit vraiment le verset manquant
Quand on lit Matthieu 17:21 dans les Bibles qui l'incluent encore (comme la King James ou la Bible de Jérusalem en note), le passage semble anodin. Jésus explique simplement que certains démons particulièrement coriaces nécessitent une approche spirituelle plus intense. Rien de révolutionnaire, a priori. Sauf que cette phrase change tout dans la compréhension du récit.
Sans elle, l'échec des disciples reste inexpliqué. Avec elle, Jésus leur offre une clé : leur foi était peut-être sincère, mais insuffisamment préparée. Et c'est précisément là que le bât blesse pour certains croyants. Parce que si ce verset a été ajouté plus tard, cela signifie que des générations de chrétiens ont prié, jeûné et interprété leur foi à travers un texte qui n'était peut-être pas originel. Autant dire que ça ébranle des certitudes.
Les Bibles qui l'incluent encore (et pourquoi)
Toutes les Bibles ne rejettent pas Matthieu 17:21. La King James Version (KJV), par exemple, l'a conservé, tout comme certaines traductions catholiques ou orthodoxes. Le raisonnement ? Ces versions s'appuient sur le Textus Receptus, une compilation de manuscrits grecs réalisée au XVIe siècle par Érasme. Or, ce texte inclut le verset controversé.
Mais attention : le Textus Receptus n'est pas une source unique. Il s'agit d'un assemblage de copies médiévales, souvent tardives, qui ne font pas toujours autorité auprès des exégètes modernes. D'où ce paradoxe : des millions de chrétiens lisent encore aujourd'hui un verset que les spécialistes considèrent comme une addition ultérieure. Et le problème, c'est que cette divergence ne se limite pas à Matthieu 17:21. Elle concerne des dizaines d'autres passages du Nouveau Testament.
La critique textuelle, ou l'art de disséquer les manuscrits bibliques
Pour saisir pourquoi Matthieu 17:21 pose problème, il faut plonger dans l'univers de la critique textuelle. Cette discipline, à mi-chemin entre l'archéologie et la philologie, consiste à comparer les milliers de manuscrits du Nouveau Testament pour déterminer quels passages sont les plus fiables. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que le travail est titanesque.
Imaginez : plus de 5 800 manuscrits grecs, 10 000 manuscrits latins, et des dizaines de milliers de traductions anciennes. Tous ces textes ne disent pas toujours la même chose. Certains versets apparaissent ici, disparaissent là, ou sont formulés différemment. Face à ce puzzle, les spécialistes ont développé des méthodes pour évaluer l'authenticité des passages. Et Matthieu 17:21 en est un cas d'école.
Les critères qui font pencher la balance
Pour trancher entre inclusion et omission, les éditeurs s'appuient sur plusieurs critères. D'abord, l'âge des manuscrits. Plus un texte est ancien, plus il est considéré comme proche de l'original. Or, les deux plus vieux codex complets du Nouveau Testament – le Vaticanus (IVe siècle) et le Sinaiticus (IVe siècle également) – n'incluent pas Matthieu 17:21. Un argument de poids.
Ensuite, la diversité géographique. Si un verset apparaît dans des manuscrits provenant de régions différentes (Égypte, Syrie, Grèce), il gagne en crédibilité. Problème : Matthieu 17:21 est surtout présent dans des textes tardifs et localisés. Enfin, la cohérence interne. Un passage qui s'intègre mal dans le style ou la théologie de l'auteur peut être suspecté d'ajout. Et là, les avis divergent. Certains estiment que le verset s'harmonise avec d'autres enseignements de Jésus sur la prière. D'autres y voient une interpolation maladroite.
Pourquoi les copistes ajoutaient (ou supprimaient) des versets
Les scribes qui recopiaient les Évangiles n'étaient pas des robots. Ils étaient des hommes, avec leurs convictions, leurs doutes, et parfois leurs agendas théologiques. Résultat : ils modifiaient involontairement – ou volontairement – le texte. Les erreurs de copie (omissions, répétitions) sont fréquentes. Mais certaines modifications semblent délibérées.
Prenez Matthieu 17:21. Son contenu – l'importance de la prière et du jeûne – correspond parfaitement aux pratiques ascétiques des premiers moines chrétiens. Certains spécialistes suggèrent que des copistes, influencés par cette spiritualité, auraient ajouté le verset pour renforcer l'enseignement de Jésus. À l'inverse, d'autres passages ont été supprimés parce qu'ils semblaient trop durs (comme la malédiction du figuier en Marc 11:12-14, parfois omise). Bref, la transmission des textes sacrés n'a rien d'une science exacte.
Le débat théologique : un verset manquant remet-il en cause l'inspiration divine ?
Voilà la question qui fâche. Si Matthieu 17:21 n'est pas original, cela signifie-t-il que la Bible contient des erreurs ? Pour les fondamentalistes, la réponse est un non catégorique. Leur argument : le Saint-Esprit a guidé les copistes, et même les variantes reflètent une vérité spirituelle. Pour les libéraux, en revanche, ces différences prouvent que la Bible est un texte humain, avec ses limites et ses évolutions.
Et c'est là que ça coince. Parce que si on admet que certains versets ont été ajoutés, où s'arrête la liste ? Le célèbre passage de la femme adultère (Jean 7:53-8:11) est absent des plus anciens manuscrits. La fin de l'Évangile de Marc (16:9-20) est elle aussi suspecte. Autant dire que le débat dépasse largement Matthieu 17:21. Il touche à la nature même de l'Écriture.
Ce que disent les Églises aujourd'hui
Face à ces incertitudes, les grandes confessions chrétiennes ont adopté des positions variées. L'Église catholique, par exemple, reconnaît l'autorité des découvertes textuelles modernes, mais insiste sur le fait que l'essentiel du message reste inchangé. Le Catéchisme de l'Église catholique (n°107) affirme ainsi que les livres de la Bible "ont Dieu pour auteur", tout en admettant que les textes ont été rédigés par des hommes dans des contextes historiques précis.
Les protestants évangéliques, eux, sont plus divisés. Certains rejettent en bloc la critique textuelle, arguant que le Saint-Esprit a préservé le texte intact. D'autres, comme les tenants de la "théologie de l'inspiration plénière", acceptent que la Bible soit infaillible dans son message, mais pas nécessairement dans ses détails historiques ou linguistiques. Quant aux orthodoxes, ils accordent une grande importance à la tradition manuscrite byzantine, qui inclut Matthieu 17:21.
Faut-il croire à une conspiration ?
Sur Internet, certains sites complotistes affirment que les éditeurs modernes suppriment des versets pour affaiblir le christianisme. Une théorie séduisante, mais simpliste. La réalité est plus nuancée : les spécialistes ne "censurent" pas les textes, ils tentent de reconstituer ce qui s'approche le plus de l'original. Et honnêtement, c'est un travail de bénédictin.
Prenez le Codex Vaticanus. Ce manuscrit du IVe siècle est l'un des plus précieux au monde. Pourtant, il contient des erreurs évidentes (comme des répétitions de mots) et des corrections ultérieures. Preuve que même les textes les plus vénérés ont été altérés. Le vrai scandale, ce n'est pas que Matthieu 17:21 manque dans certaines Bibles. C'est que nous n'avons pas – et n'aurons jamais – le texte original de la main des apôtres. Et ça, c'est une pilule difficile à avaler pour beaucoup de croyants.
Comment les traducteurs gèrent-ils ces variantes ?
Face à ces incertitudes, les équipes de traduction ont développé des stratégies pour informer le lecteur sans le submerger. La plupart des Bibles modernes adoptent l'une de ces trois approches :
1. L'omission pure et simple (avec note explicative)
C'est le choix de la TOB (Traduction Œcuménique de la Bible) ou de la Segond 21. Matthieu 17:21 n'apparaît pas dans le texte principal, mais une note de bas de page signale son absence dans les manuscrits anciens. L'avantage ? La clarté. L'inconvénient ? Certains lecteurs peuvent avoir l'impression qu'on leur cache quelque chose.
2. L'inclusion entre crochets ou en italique
La Bible de Jérusalem et la Nouvelle Bible Segond optent pour cette solution. Le verset est présent, mais signalé comme douteux. Une façon de dire : "Ce passage existe, mais nous ne sommes pas sûrs qu'il soit original." Le problème, c'est que beaucoup de lecteurs ignorent la signification des crochets et lisent le texte comme s'il était authentique.
3. Le texte double (avec variantes en note)
Certaines éditions, comme la Bible d'étude Semeur, présentent les deux versions : le texte sans Matthieu 17:21, et une note indiquant la variante. Une approche honnête, mais qui peut sembler confuse pour les non-initiés. Et puis, il y a toujours le risque que le lecteur choisisse la version qui lui plaît, sans se soucier des preuves historiques.
Le dilemme des éditeurs : informer sans désorienter
Le vrai défi, pour les traducteurs, c'est de trouver un équilibre entre rigueur scientifique et accessibilité. Trop de notes techniques, et le lecteur se perd. Trop peu, et on tombe dans le dogmatisme. La solution idéale n'existe pas. D'autant que les enjeux dépassent la simple question de Matthieu 17:21.
Prenez l'exemple de la NIV (New International Version). En 2011, une révision de cette traduction populaire a suscité une polémique en modifiant certains termes jugés trop "genrés". Des milliers de chrétiens ont boycotté la nouvelle édition, accusant les éditeurs de céder à la pression politique. Preuve que les choix de traduction ne sont jamais neutres. Ils reflètent des débats théologiques, culturels, et parfois même idéologiques.
Matthieu 17:21 dans la pratique : ce que ça change pour les croyants
Au-delà des querelles d'experts, une question se pose : est-ce que l'absence de Matthieu 17:21 change quelque chose dans la vie des chrétiens ? Pour certains, la réponse est oui. Parce que ce verset a façonné des siècles de spiritualité.
Dans l'histoire de l'Église, Matthieu 17:21 a servi de fondement à des pratiques comme le jeûne exorcisme ou les prières de délivrance. Les moines du désert, les mystiques médiévaux, et même certains mouvements charismatiques modernes s'en sont inspirés. Sans ce verset, une partie de la tradition ascétique chrétienne perdrait son ancrage biblique. Autant dire que son omission n'est pas anodine.
Le jeûne et la prière : une pratique toujours d'actualité ?
Même sans Matthieu 17:21, l'idée que le jeûne et la prière renforcent la foi reste présente dans d'autres passages du Nouveau Testament. Jésus lui-même jeûne pendant 40 jours au désert (Matthieu 4:2). Les Actes des Apôtres mentionnent des jeûnes collectifs avant des décisions importantes (Actes 13:2-3). Et Paul évoque ses privations volontaires (2 Corinthiens 6:5).
Le problème, c'est que Matthieu 17:21 donnait à cette pratique une dimension presque magique : "Cette sorte de démon ne peut sortir que par la prière et le jeûne." Sans ce verset, l'accent se déplace. Le jeûne n'est plus une formule pour chasser les démons, mais un moyen de se rapprocher de Dieu. Une nuance subtile, mais qui change tout dans la façon dont on vit sa foi.
Et si le verset était authentique ? Les arguments des défenseurs
Malgré les preuves textuelles, certains spécialistes continuent de défendre l'authenticité de Matthieu 17:21. Leurs arguments ? D'abord, le verset apparaît dans des manuscrits anciens, même s'ils sont minoritaires. Ensuite, son contenu s'accorde avec d'autres enseignements de Jésus sur la puissance de la foi (comme en Matthieu 17:20, où il parle de déplacer des montagnes).
Enfin, il y a la question de la cohérence narrative. Sans Matthieu 17:21, l'épisode du jeune possédé semble incomplet. Les disciples échouent, Jésus les réprimande pour leur manque de foi, mais ne leur donne aucune solution. Le verset manquant comble ce vide en offrant une explication – et une méthode. Pour ses défenseurs, c'est la preuve qu'il faisait partie du texte original.
Les autres versets "disparus" : un phénomène plus courant qu'on ne le pense
Matthieu 17:21 n'est pas le seul passage à avoir disparu des Bibles modernes. D'autres versets, tout aussi célèbres, ont subi le même sort. En voici quelques-uns qui font débat :
1. La fin de l'Évangile de Marc (16:9-20)
Dans la plupart des Bibles contemporaines, l'Évangile de Marc se termine abruptement au verset 16:8, avec les femmes fuyant le tombeau vide par peur. Les versets 9 à 20, qui décrivent les apparitions de Jésus ressuscité, sont absents des plus anciens manuscrits. Pourtant, ils ont été lus et commentés pendant des siècles. Preuve que la tradition peut parfois l'emporter sur la critique textuelle.
2. La femme adultère (Jean 7:53-8:11)
Ce passage, où Jésus empêche la lapidation d'une femme prise en flagrant délit d'adultère, est absent des manuscrits les plus anciens. Pourtant, il est si célèbre que la plupart des Bibles le conservent, avec une note signalant son caractère douteux. Une exception qui confirme la règle : parfois, la piété populaire prime sur la rigueur historique.
3. Le baptême du sang (1 Jean 5:7-8)
Ce verset, qui mentionne explicitement la Trinité ("le Père, le Verbe et le Saint-Esprit"), est une addition médiévale. Pourtant, il a été utilisé pendant des siècles pour défendre la doctrine trinitaire. Son omission dans les Bibles modernes a provoqué des remous chez certains conservateurs, qui y voient une attaque contre l'orthodoxie.
Pourquoi ces versets ont-ils été ajoutés ?
Les raisons sont multiples. Parfois, il s'agit de clarifier un point de doctrine. Parfois, de combler une lacune narrative. Et parfois, tout simplement, d'harmoniser les Évangiles entre eux. Prenez Matthieu 17:21 : son contenu ressemble étrangement à Marc 9:29, où Jésus dit que "cette sorte de démon ne peut sortir que par la prière". Certains pensent que des copistes ont ajouté le verset dans Matthieu pour le faire correspondre à Marc.
Mais attention : toutes les variantes ne sont pas des ajouts. Certaines sont des omissions. Par exemple, le Codex Bezae, un manuscrit du Ve siècle, contient des passages supplémentaires dans les Actes des Apôtres. Des détails qui n'apparaissent nulle part ailleurs. Preuve que la transmission des textes est un processus chaotique, où chaque copie peut apporter son lot de surprises.
Faut-il réintégrer Matthieu 17:21 dans les Bibles ? Le débat qui n'en finit pas
La question divise même les spécialistes. D'un côté, les partisans de la rigueur historique estiment que les Bibles modernes ont raison d'exclure le verset. De l'autre, les défenseurs de la tradition arguent qu'il a été lu et médité pendant des siècles, et qu'il fait donc partie intégrante de l'héritage chrétien. Alors, qui a raison ?
L'argument des puristes : "Si ce n'est pas original, ça n'a pas sa place"
Pour les tenants de la critique textuelle, la réponse est claire : un verset absent des manuscrits les plus anciens n'a pas sa place dans le texte biblique. Point. Leur raisonnement ? Si on commence à réintégrer des passages douteux, où s'arrête-t-on ? La pente est glissante. Et puis, il y a cette idée que la vérité historique prime sur la tradition.
Le problème, c'est que cette approche peut donner l'impression d'une Bible aseptisée, expurgée de tout ce qui dérange. Comme si les éditeurs modernes jouaient aux apprentis sorciers, réécrivant le texte à leur guise. Et ça, beaucoup de croyants le vivent comme une trahison.
L'argument des traditionalistes : "La foi n'est pas une science exacte"
Pour les défenseurs de Matthieu 17:21, la question n'est pas tant de savoir si le verset est original, mais s'il est utile. Après tout, des générations de chrétiens ont trouvé inspiration et réconfort dans ces mots. Les supprimer, c'est comme effacer une partie de leur histoire spirituelle.
Certains vont même plus loin. Ils accusent les éditeurs modernes de céder à un rationalisme excessif, qui nie la dimension surnaturelle de la Bible. Pour eux, le Saint-Esprit a pu guider les copistes, même tardifs, pour préserver des vérités importantes. Et si Matthieu 17:21 avait été ajouté précisément parce qu'il était nécessaire ?
Un compromis impossible ?
Entre ces deux positions, le dialogue semble bloqué. Les uns brandissent des preuves archéologiques. Les autres invoquent la tradition. Et au milieu, les simples fidèles se demandent à qui faire confiance. Le vrai problème, c'est que ce débat révèle une tension plus profonde : celle entre foi et raison.
Car au fond, la question n'est pas seulement de savoir si Matthieu 17:21 est authentique. Elle est de savoir ce qu'on attend de la Bible. Un manuel d'histoire ? Un livre inspiré ? Les deux à la fois ? Et si la réponse était plus complexe qu'un simple oui ou non ?
Questions fréquentes : tout ce que vous n'avez jamais osé demander sur Matthieu 17:21
Pourquoi certaines Bibles ont-elles Matthieu 17:21 et d'autres non ?
Tout dépend du texte de base utilisé par les traducteurs. Les Bibles modernes (comme la TOB ou la Segond 21) s'appuient sur les manuscrits les plus anciens, qui omettent le verset. Les Bibles plus traditionnelles (comme la King James) utilisent des textes médiévaux qui l'incluent. C'est une question de choix éditorial, pas de complot.
Est-ce que l'absence de Matthieu 17:21 remet en cause l'inspiration divine de la Bible ?
Ça dépend de ce qu'on entend par "inspiration divine". Pour les fondamentalistes, oui : si un verset manque, c'est que la Bible n'est pas parfaite. Pour les modérés, non : l'inspiration porte sur le message global, pas sur chaque mot. Et pour les libéraux, la question ne se pose même pas : la Bible est un texte humain, avec ses forces et ses faiblesses.
Peut-on encore prier et jeûner pour chasser les démons sans ce verset ?
Bien sûr. Le jeûne et la prière sont mentionnés ailleurs dans la Bible (Matthieu 6:16-18, Actes 13:2-3). Matthieu 17:21 n'est pas le seul fondement de cette pratique. D'ailleurs, beaucoup de chrétiens jeûnent et prient sans même connaître ce verset. La vraie question, c'est : est-ce que ces pratiques sont efficaces ? Et là, les avis divergent.
Pourquoi les éditeurs ne mettent-ils pas simplement les deux versions côte à côte ?
Certaines Bibles le font, comme la Bible d'étude Semeur. Mais la plupart évitent cette solution, car elle peut prêter à confusion. Imaginez : un lecteur qui tombe sur deux versions d'un même passage sans savoir laquelle choisir. Le risque, c'est de semer le doute plutôt que d'éclairer. D'où le choix de privilégier une version, avec des notes explicatives.
Est-ce que d'autres versets vont disparaître à l'avenir ?
C'est possible. La recherche en critique textuelle avance, et de nouveaux manuscrits sont régulièrement découverts. Par exemple, les rouleaux de la mer Morte ont révolutionné notre connaissance de l'Ancien Testament. Pour le Nouveau Testament, les découvertes sont plus rares, mais pas impossibles. Un jour, peut-être, un manuscrit encore plus ancien que le Vaticanus ou le Sinaiticus sera exhumé. Et qui sait ? Il pourrait contenir – ou omettre – des versets que nous considérons aujourd'hui comme acquis.
Verdict : Matthieu 17:21, un verset de trop ou un enseignement indispensable ?
Alors, faut-il réintégrer Matthieu 17:21 dans les Bibles ? La réponse n'est pas simple. D'un point de vue strictement historique, les preuves penchent pour son omission. Les manuscrits les plus anciens et les plus fiables ne l'incluent pas, et son style diffère légèrement de celui de Matthieu. Autant dire que les éditeurs modernes ont probablement raison de le reléguer en note de bas de page.
Mais d'un point de vue spirituel, les choses sont plus nuancées. Ce verset a nourri la foi de millions de chrétiens pendant des siècles. Il a inspiré des pratiques ascétiques, des prières, des mouvements de réveil. Le supprimer, c'est comme effacer une partie de l'histoire du christianisme. Et ça, beaucoup de croyants ne sont pas prêts à l'accepter.
Le vrai problème, c'est que ce débat révèle une fracture plus profonde. Entre ceux qui voient la Bible comme un texte sacré, intouchable, et ceux qui la considèrent comme un document historique, perfectible. Entre la foi aveugle et la raison critique. Entre la tradition et la modernité.
Et si la solution était de vivre avec cette tension ? D'accepter que la Bible soit à la fois un livre inspiré et un texte humain, avec ses imperfections et ses ambiguïtés. Après tout, le christianisme n'a jamais été une religion de certitudes absolues. C'est une foi qui se vit dans le doute, la prière, et parfois, l'inconfort des questions sans réponses.
Alors oui, Matthieu 17:21 manque dans certaines Bibles. Et alors ? Ce qui compte, au fond, ce n'est pas tant la présence ou l'absence d'un verset, mais la façon dont on vit ce qu'il enseigne. Que ce soit par la prière, le jeûne, ou simplement l'amour du prochain. Parce qu'au final, c'est ça, la vraie foi : pas une liste de dogmes à réciter, mais une vie à transformer.
Et vous, dans tout ça ? Est-ce que l'absence de Matthieu 17:21 vous dérange ? Ou est-ce que ça ne change rien à votre façon de croire ? Une chose est sûre : ce débat n'est pas près de s'éteindre. Parce que quand il s'agit de la Bible, les passions sont toujours plus fortes que la raison.
