Ce que vous allez découvrir ici, ce n’est pas une théorie farfelue, mais l’analyse des preuves tangibles qui expliquent cette lacune. On va parler de manuscrits anciens, de décisions historiques et même de la psychologie des traducteurs. Alors, prêt à plonger dans les coulisses de la Bible ?
Le contexte : où se situe Matthieu 17:21 dans le texte biblique ?
Le passage en question : exorcisme et foi
Matthieu raconte l’histoire d’un père désespéré dont le fils est possédé par un démon qui le jette à terre, le fait grincer des dents et le consume. Jésus, après avoir réprimandé ses disciples pour leur manque de foi, chasse le démon. C’est dans cette scène que le verset 21 intervient, soulignant que certains démons ne partent que par la prière et le jeûne.
Or, si on ouvre une Bible moderne, on ne trouve rien à cet endroit. Pire : certains passages parallèles (Marc 9:29 et Luc 9:40) mentionnent bien la prière comme condition, mais sans le jeûne. Là où ça coince, c’est que Matthieu 17:21 est présent dans certains manuscrits anciens, mais pas tous. Et c’est précisément là que le débat commence.
Les manuscrits de la Bible ne sont pas des copies parfaites : ils diffèrent par des mots, des phrases, parfois des paragraphes entiers. Certains, comme le Codex Sinaiticus (IVe siècle), l’omettent. D’autres, comme le Codex Bezae (Ve siècle), l’incluent. La question n’est donc pas "pourquoi ce verset a-t-il disparu ?", mais "pourquoi a-t-il été ajouté dans certains manuscrits ?"
La tradition textuelle : deux familles de manuscrits
Les spécialistes distinguent deux grandes familles de manuscrits du Nouveau Testament : le Texte-type Byzantin (majoritaire dans les Bibles orthodoxes et protestantes) et le Texte-type Alexandrin (privilégié par les catholiques et les éditions modernes).
Le verset 21 apparaît dans le Texte-type Byzantin, mais pas dans l’Alexandrin. Or, ce dernier est considéré comme plus ancien et plus proche des originaux. Alors, faut-il en déduire que le verset est une interpolation ? Pas si vite. Car les choses ne sont jamais aussi simples.
D’un côté, on a des copies médiévales qui incluent le verset, de l’autre, des fragments du IIe siècle (comme Papyrus 45) qui l’omettent. Les deux camps ont des arguments solides. Et si le débat reste ouvert, une chose est sûre : Matthieu 17:21 n’a pas "disparu" du jour au lendemain. Il a été progressivement écarté par les éditeurs modernes, souvent sans explication.
Les hypothèses sur la disparition du verset : erreurs, choix ou censure ?
L’hypothèse de l’erreur de copie : un verset mal placé ?
Certains chercheurs suggèrent que le verset 21 est en réalité un ajout tardif, copié depuis un autre passage. En effet, Matthieu 17:22-23 parle déjà de la passion du Christ, et le verset 21 semble briser la continuité du récit. Peut-être un copiste distraite l’a-t-il inséré ici par erreur.
Mais attention : cette théorie suppose une négligence humaine, or les copistes étaient souvent des moines rigoristes, pas des étourdis. Et puis, Marc 9:29 (parallèle) mentionne la prière sans le jeûne, ce qui suggère que Matthieu a peut-être été "corrigé" pour harmoniser les Évangiles.
Autre piste : le verset pourrait venir de la Didachè, un texte chrétien du IIe siècle, où une phrase similaire apparaît. Mais là encore, les datations sont floues, et rien ne prouve un lien direct.
L’hypothèse théologique : pourquoi certains éditeurs l’ont-ils retiré ?
Certains théologiens estiment que le jeûne et la prière ne sont pas des conditions magiques pour chasser les démons, mais des signes de foi profonde. Inclure ce verset pourrait donner l’impression d’une recette spirituelle, ce qui va à l’encontre de la prédication de Jésus sur la grâce.
Et puis, il y a le problème de la cohérence : si la foi seule suffit (comme dans Matthieu 17:20, "rien ne vous sera impossible"), pourquoi ajouter une condition supplémentaire ? Certains éditeurs auraient donc jugé le verset théologiquement discutable et l’auraient supprimé.
Je trouve ça un peu exagéré, car le verset ne nie pas la foi, il l’approfondit. Mais bon, quand on a passé des siècles à lisser les textes bibliques pour éviter les contradictions, on finit par effacer des nuances.
L’hypothèse politique : la Réforme et la standardisation des textes
La Renaissance et la Réforme ont vu naître l’imprimerie, mais aussi une volonté de purger les textes des "ajouts douteux". Les réformateurs, comme Luther, ont rejeté les traditions qui n’avaient pas de base scripturaire solide. Matthieu 17:21, absent des manuscrits les plus anciens, pouvait être vu comme un de ces ajouts.
Le concile de Trente (XVIe siècle) a ensuite officialisé la Vulgate comme texte de référence pour l’Église catholique. Or, la Vulgate latine (Ve siècle) inclut le verset dans certains manuscrits, mais pas tous. Les éditeurs modernes ont donc souvent suivi le texte grec alexandrin, plus ancien, pour établir leurs versions.
Résultat ? Matthieu 17:21 a été relégué au rang de note de bas de page, voire carrément supprimé. La standardisation des textes bibliques a parfois rimé avec appauvrissement.
Les manuscrits anciens : qui inclut le verset et qui l’exclut ?
Les témoins en faveur du verset (Texte-type Byzantin)
Parmi les manuscrits qui incluent Matthieu 17:21, on trouve :
Le Codex Bezae (Ve siècle) – un manuscrit bilingue grec-latin, célèbre pour ses variantes.
Le Codex Washingtonianus (Ve siècle) – un autre manuscrit bilingue, conservé à la bibliothèque du Congrès.
La majorité des manuscrits médiévaux – y compris la Peshitta (version syriaque du IIe siècle) et la Vulgate dans certaines éditions.
Ces manuscrits montrent que le verset a circulé largement, mais ils ne sont pas tous d’accord sur sa formulation exacte. Certains ajoutent même des détails comme "et le jeûne" après "la prière", ce qui suggère une évolution du texte au fil des siècles.
Les témoins contre le verset (Texte-type Alexandrin)
Les manuscrits les plus anciens et les plus respectés excluent le verset :
Papyrus 45 (IIIe siècle) – l’un des plus anciens fragments des Évangiles.
Codex Sinaiticus (IVe siècle) – considéré comme l’un des quatre plus grands manuscrits, copié probablement en Égypte.
Codex Vaticanus (IVe siècle) – conservé au Vatican, il est la base de nombreuses traductions modernes.
Ces manuscrits sont souvent cités pour justifier l’omission du verset. Mais attention : leur ancienneté ne les rend pas infaillibles. Ils sont fragmentaires, et leur texte a parfois été "corrigé" par des copistes ultérieurs.
Le cas particulier de Matthieu 17:21 dans les versions anciennes
Dans certaines Bibles anciennes, le verset apparaît en marge ou entre crochets, indiquant un doute sur son authenticité. Par exemple, la Bible du roi Jacques (1611) l’inclut, mais avec une note en marge : "Ce verset est omis par certains manuscrits anciens."
Cette prudence montre que les traducteurs du XVIIe siècle étaient conscients du problème. Aujourd’hui, la plupart des éditions modernes (NEG, TOB, Louis Segond) l’omettent, sauf exceptions comme la Bible Ostervald (1744), encore utilisée en Suisse romande.
Les traductions modernes : pourquoi ce silence assourdissant ?
Les choix des éditeurs : entre fidélité et tradition
Les traducteurs modernes ont trois options face à Matthieu 17:21 :
- L’inclure, en le signalant comme une variante.
- L’omettre, car absent des meilleurs manuscrits.
- Le mentionner en note, sans l’intégrer au texte.
La plupart choisissent la deuxième option. Par exemple, la Bible de Jérusalem (1998) l’omet complètement, tandis que la TOB (Traduction œcuménique de la Bible) le place en note avec un commentaire sur son authenticité douteuse.
Ce choix s’explique par l’adoption du critère de la lectio brevior (le texte le plus court est souvent le plus ancien) et par la préférence pour les manuscrits alexandrins. Mais est-ce vraiment la meilleure approche ?
Les exceptions : les Bibles qui l’incluent
Quelques éditions résistent à la tendance :
La Bible King James (1611) – la version officielle des anglicans inclut le verset.
La Bible Ostervald – utilisée dans certaines Églises réformées francophones.
La Bible en français courant (1997) – elle l’inclut, avec une note explicative.
La Bible Segond 21 – elle le mentionne en note, mais pas dans le texte principal.
Pourquoi ces exceptions ? Parce que certains traducteurs estiment que le verset a une valeur spirituelle, même s’il n’est pas originel. Après tout, la prière et le jeûne font partie intégrante de la vie chrétienne. Autant dire que, pour eux, le texte est plus important que son authenticité absolue.
Le problème des notes de bas de page : une solution bancale
Certaines Bibles modernes, comme la NEG (Nouvelle Édition de Genève), mentionnent le verset en note, mais sans l’intégrer. Le problème ? Le lecteur moyen ne lit pas les notes. Résultat : le verset devient une relique oubliée, connu seulement des spécialistes.
Et puis, il y a le risque de confusion : si on explique que le verset est "douteux" ou "absent des meilleurs manuscrits", certains pourraient en déduire que la prière et le jeûne ne servent à rien. Alors que le message réel du verset est bien plus nuancé.
Comparaison avec les autres Évangiles : Marc 9:29 et Luc 9:40
Marc 9:29 : la prière comme seule condition
Dans l’Évangile de Marc, Jésus répond aux disciples : "Cette sorte de démon ne peut sortir que par la prière." Pas de mention du jeûne. Pourquoi cette différence ?
Certains exégètes y voient une simplification : Marc aurait condensé le message, tandis que Matthieu l’aurait enrichi. D’autres pensent que le jeûne a été ajouté pour donner plus de poids à l’enseignement sur la discipline spirituelle.
Or, si on compare les trois Évangiles synoptiques, on remarque que Matthieu est souvent le plus "juif" dans sa formulation. Le jeûne était une pratique centrale dans le judaïsme du Ier siècle, ce qui expliquerait son inclusion.
Luc 9:40 : une version intermédiaire
Luc, lui, écrit : "J’ai imploré tes disciples de le chasser, mais ils n’ont pas pu." Pas de mention explicite de la prière ou du jeûne. Pourtant, dans le passage parallèle (Luc 17:5-6), Jésus parle de la foi comme d’un grain de moutarde, ce qui suggère que la prière est implicite.
Cette variation montre que les Évangiles ne sont pas des copies l’un de l’autre, mais des témoignages indépendants. Matthieu 17:21 pourrait donc être une addition propre à son auteur, ou une interpolation tardive.
Pourquoi Matthieu est-il le seul à mentionner le jeûne ?
Plusieurs théories existent :
- Matthieu écrit pour un public juif, et le jeûne était une pratique courante dans le judaïsme (cf. les Pharisiens).
- Le jeûne symbolise l’ascèse chrétienne, une discipline spirituelle mise en avant par certains groupes (comme les Esséniens).
- C’est une tentative d’harmoniser Matthieu avec d’autres textes du Nouveau Testament où le jeûne est mentionné (Actes 13:2-3, 14:23).
Reste que, sans confirmation dans les manuscrits les plus anciens, cette addition reste suspecte. Mais elle a marqué la tradition chrétienne, au point que certains courants (comme les catholiques ou les orthodoxes) la considèrent comme inspirée.
Les arguments des partisans de l’inclusion du verset
L’argument de la tradition : la prière et le jeûne comme piliers de la vie chrétienne
Pour certains théologiens, Matthieu 17:21 est un trésor spirituel, même s’il n’est pas originel. La prière et le jeûne sont des pratiques centrales dans la vie des saints, des mystiques et des communautés chrétiennes.
Par exemple, dans l’Église orthodoxe, le jeûne est une discipline sacrée, et la prière est vue comme une arme contre les forces du mal. Pour eux, le verset résume une vérité théologique profonde : la lutte spirituelle exige des moyens spirituels.
Et puis, il y a l’argument pratique : si Jésus a dit que certains démons ne partent que par la prière et le jeûne, pourquoi le supprimer ? Même si le verset n’est pas authentique, il reflète une vérité vécue par des générations de croyants.
L’argument de l’équilibre : éviter une lecture trop simpliste
Certains exégètes estiment que Marc 9:29 (la prière seule) peut donner l’impression que la foi est une formule magique. Matthieu 17:21 ajoute une dimension de discipline et de sacrifice, ce qui équilibre le message.
Par exemple, dans l’histoire de l’Église, des figures comme saint François d’Assise ou mère Teresa ont combiné prière intense et ascèse pour accomplir des miracles. Le verset, même tardif, capture cette dynamique.
Je reste convaincu que c’est une erreur de le rejeter en bloc. Car même s’il n’est pas originel, il porte une vérité spirituelle qui mérite d’être méditée.
L’argument des manuscrits syriaques et latins
Les versions anciennes en syriaque (comme la Peshitta) et en latin (comme la Vulgate) incluent le verset. Pour les Églises qui utilisent ces traductions, son exclusion est une trahison de la tradition.
En Syrie, au IIe siècle, le christianisme s’est développé avec une forte emphase sur l’ascèse. Le jeûne y était une pratique courante, ce qui expliquerait pourquoi le verset a été ajouté dans les manuscrits syriaques.
Alors, faut-il suivre la tradition ou les manuscrits grecs ? La réponse dépend de ce qu’on considère comme "authentique" : le texte le plus ancien, ou le texte le plus répandu ?
Les arguments des opposants à l’inclusion du verset
L’argument de l’authenticité : les meilleurs manuscrits l’excluent
Les spécialistes du Nouveau Testament s’accordent généralement sur un principe : si un verset est absent des manuscrits les plus anciens et les plus fiables, il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’une interpolation.
Papyrus 45 (IIIe siècle), Codex Sinaiticus (IVe siècle) et Codex Vaticanus (IVe siècle) sont les témoins les plus proches des originaux. Leur accord pour omettre Matthieu 17:21 est un argument massue contre son authenticité.
Les partisans du verset rétorquent que ces manuscrits sont fragmentaires, mais c’est un argument faible. Car si un verset est absent dans tous les manuscrits anciens disponibles, il est raisonnable de douter de son origine.
L’argument théologique : la grâce prime sur les œuvres
Certains théologiens protestants estiment que Matthieu 17:21 introduit une logique de "merite spirituel" : si on jeûne et prie assez, le démon partira. Or, cela va à l’encontre de l’Évangile, qui enseigne que le salut est par la grâce, et non par les œuvres.
Par exemple, dans Éphésiens 2:8-9, Paul écrit : "C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi." Ajouter une condition comme le jeûne risque de brouiller ce message central.
C’est un argument solide, mais un peu trop radical. Car le jeûne et la prière ne sont pas des "œuvres" au sens paulinien, mais des moyens de se rapprocher de Dieu. La nuance est importante.
L’argument historique : une addition liée à des courants ascétiques
Plusieurs chercheurs, comme le Dr. Bart Ehrman, suggèrent que Matthieu 17:21 a été ajouté par des groupes chrétiens ascétiques au IIe ou IIIe siècle. Ces communautés mettaient l’accent sur le jeûne et la mortification pour combattre le mal.
Le problème ? Ces courants étaient parfois critiqués pour leur rigorisme. Par exemple, les Encratites (un groupe gnostique) rejetaient le mariage et la viande, et leur influence a été condamnée par l’Église primitive.
Alors, Matthieu 17:21 serait-il le fruit d’une dérive ascétique ? Rien n’est moins sûr, mais l’hypothèse mérite d’être considérée.
Les conséquences pour la théologie et la pratique chrétienne
Un impact sur la prière et la spiritualité
Si on suit les manuscrits alexandrins, la prière est suffisante pour chasser les démons. Mais si on inclut Matthieu 17:21, la spiritualité chrétienne devient plus exigeante : il faut aussi jeûner.
Cette différence a des conséquences pratiques. Par exemple, dans certaines Églises évangéliques, la prière est vue comme une "arme" magique contre les forces du mal. Dans d’autres, comme l’Église orthodoxe, le jeûne est un pilier de la lutte spirituelle.
Autant le dire clairement : les deux approches coexistent, mais elles ne produisent pas les mêmes résultats. L’une est plus accessible, l’autre plus exigeante.
Un débat qui divise encore aujourd’hui
Les catholiques et les orthodoxes : pour l’inclusion
Les deux grandes Églises historiques incluent le verset dans leurs lectionnaires. Pour elles, la prière et le jeûne sont indissociables de la vie chrétienne.
Par exemple, dans la liturgie orthodoxe, le jeûne est prescrit avant Pâques, et la prière est omniprésente. Matthieu 17:21 résume cette spiritualité.
Les protestants : pour l’exclusion
La plupart des dénominations protestantes (luthériennes, réformées, évangéliques) omettent le verset. Pour eux, il introduit une confusion entre la grâce et les œuvres.
Par exemple, dans les Églises baptistes ou pentecôtistes, la prière est souvent associée à une "puissance" immédiate, sans besoin de jeûne. Le verset serait donc un vestige d’une spiritualité trop ritualiste.
Ce clivage montre que le débat dépasse la simple question de l’authenticité : il touche à l’identité même du christianisme.
Les erreurs courantes à éviter sur ce sujet
Croire que le verset est "faux" ou "hérésie"
Certains lecteurs, en voyant que le verset est absent des manuscrits grecs, en déduisent qu’il s’agit d’une fraude. Mais une interpolation n’est pas nécessairement une hérésie : c’est souvent une tentative d’enrichir le texte.
Par exemple, le Comma Johanneum (1 Jean 5:7-8, ajouté au XVIe siècle) est une interpolation évidente, mais sans impact théologique majeur. Matthieu 17:21 est dans le même cas : il ne change pas le message central de l’Évangile.
Penser que les manuscrits byzantins sont "inférieurs"
Certains partisans du verset critiquent les éditeurs modernes pour avoir "rejeté" la tradition byzantine. Or, les manuscrits byzantins ne sont pas "inférieurs" : ils sont simplement plus tardifs et moins proches des originaux.
Le problème, c’est qu’ils incluent des centaines d’autres interpolations (comme la finale longue de Marc). Il faut donc les utiliser avec prudence, mais pas les rejeter en bloc.
Ignorer le contexte historique du jeûne et de la prière
Certains lecteurs modernes voient le jeûne comme une pratique extrême, voire malsaine. Mais au Ier siècle, c’était une pratique courante dans le judaïsme et le christianisme primitif.
Par exemple, les Esséniens jeûnaient régulièrement, et Jésus lui-même a jeûné 40 jours dans le désert (Matthieu 4:2). Le jeûne n’était pas une "supercherie", mais un moyen de se consacrer à Dieu.
Autant le dire clairement : mépriser le jeûne aujourd’hui, c’est risquer de passer à côté d’une dimension importante de la spiritualité biblique.
Questions fréquentes
Pourquoi ce verset est-il si important pour certains chrétiens ?
Pour les Églises qui insistent sur la discipline spirituelle (orthodoxes, catholiques, certaines communautés évangéliques), Matthieu 17:21 est un rappel que la lutte contre le mal exige des moyens spirituels puissants. La prière est nécessaire, mais pas suffisante : il faut aussi se priver, se consacrer, se sacrifier.
C’est un peu comme si le verset disait : "Oui, la foi sauve, mais la foi se travaille." Et ça change la donne pour beaucoup de croyants.
Peut-on encore trouver ce verset dans des Bibles aujourd’hui ?
Oui, mais c’est rare. En français, la Bible Ostervald et la Bible en français courant l’incluent. En anglais, la King James Version et la American Standard Version le gardent.
La plupart des éditions modernes (NEG, TOB, Jérusalem) l’omettent, mais certaines le mentionnent en note. Par exemple, la Bible Segond 21 indique : "Certains manuscrits ajoutent : 'et le jeûne'."
Si le verset n’est pas authentique, doit-on le supprimer des Bibles ?
C’est une question délicate. D’un côté, les éditeurs modernes ont raison de privilégier les manuscrits les plus anciens. De l’autre, supprimer un verset qui a inspiré des générations de croyants, c’est risquer de perdre une dimension spirituelle.
La solution ? Garder le verset en note, avec une explication claire sur son authenticité douteuse. Comme ça, les lecteurs peuvent en tirer profit sans tomber dans le dogmatisme.
Pourquoi Marc et Luc n’en parlent-ils pas ?
C’est une bonne question. Plusieurs explications sont possibles :
- Marc et Luc ont simplifié le récit, en omettant des détails jugés secondaires.
- Matthieu a ajouté ce verset pour insister sur l’ascèse, un thème important dans son Évangile.
- Le jeûne était une pratique si courante dans le judaïsme que Marc et Luc n’avaient pas besoin de le mentionner explicitement.
Reste que cette différence montre que les Évangiles ne sont pas des copies l’un de l’autre, mais des témoignages complémentaires.
Ce verset prouve-t-il que la Bible est "fausse" ?
Non, absolument pas. La Bible est un livre humain, écrit par des auteurs inspirés, mais pas infaillibles. Les variations entre manuscrits sont normales pour un texte ancien.
Par exemple, les différences entre les manuscrits de la Bible sont bien moins importantes que celles entre les manuscrits de l’Iliade ou de la République de Platon. Et personne ne rejette ces œuvres pour ces raisons.
L’important, c’est de reconnaître que la Bible est un texte vivant, qui évolue avec les époques. Matthieu 17:21 en est un exemple parfait.
Verdict : que faire de Matthieu 17:21 aujourd’hui ?
Alors, faut-il inclure ce verset dans nos Bibles ? La réponse est nuancée.
D’un côté, les preuves textuelles sont accablantes : le verset n’apparaît pas dans les manuscrits les plus anciens et les plus fiables. Il s’agit très probablement d’une interpolation tardive, ajoutée pour insister sur la discipline spirituelle. Dans ce cas, les éditeurs modernes ont raison de l’écarter du texte principal.
Mais de l’autre côté, le verset porte une vérité spirituelle qui mérite d’être méditée. La prière et le jeûne sont des pratiques centrales dans la vie de nombreux croyants, et leur omission dans les Bibles modernes est une perte pour la spiritualité chrétienne.
Alors, que faire ?
Si vous êtes un croyant cherchant la vérité textuelle, suivez les éditions modernes (TOB, Jérusalem) et acceptez que Matthieu 17:21 n’est pas originel. Mais étudiez-le en note, car il reste un texte inspirant.
Si vous êtes un chercheur ou un théologien, reconnaissez que le verset reflète une tradition spirituelle ancienne, même s’il n’est pas authentique. Il montre comment les premiers chrétiens luttaient contre le mal.
Si vous êtes un pasteur ou un leader spirituel, ne rejetez pas le verset, mais utilisez-le avec prudence. Expliquez à votre communauté que la prière est suffisante, mais que le jeûne peut l’approfondir.
En définitive, Matthieu 17:21 n’est pas un verset "maudit" ou "hérésie". C’est un texte qui a traversé les siècles, marqué des générations de croyants, et qui mérite d’être compris dans son contexte.
Alors, plutôt que de le voir comme un problème, voyons-le comme une opportunité : celle de redécouvrir une dimension oubliée de la spiritualité chrétienne.
Et qui sait ? Peut-être que, dans un futur proche, les éditions modernes réintégreront ce verset en note, pour le plus grand profit des lecteurs.
