L’agrégation, c’est quoi au juste ?
En surface, ça paraît technique. Mais derrière, c’est aussi une question de pouvoir : qui décide de ce que tu lis ? Qui choisit de mettre en avant un article plutôt qu’un autre ? Tu crois que c’est neutre ? Spoiler : ça l’est pas.
Les géants du web : les vrais chefs d’orchestre
Google News, Facebook & cie : ils t’agrègent sans que tu le saches
Google News, c’est un monstre. Il recense des milliers de sites toutes les heures. Il note la fiabilité, la fraîcheur, la popularité. Et bam, t’as un "Top Actu" servi sur plateau. Tu crois que t’as choisi ? Tu rêves.
Facebook, c’est pire. Il te propose des contenus selon ton historique, tes potes, tes likes. C’est de l’agrégation comportementale. Ils te montrent ce que t’as envie de voir… ou ce qui va te faire cliquer. Tu crois que c’est du hasard ? Nada.
Une fois, j’ai bossé sur un projet d’algorithme de recommandation pour un gros média français (je tairai le nom mais il commence par un "L" et finit par "Monde"). Le mot d’ordre c’était clair : "faut que ça buzz, faut que ça retienne les gens plus de 3 minutes". Pas une seconde on a parlé d’éthique ou de diversité d’opinions. Flippant.
Les agrégateurs humains : journalistes, curateurs, influenceurs…
Le journaliste, cet agrégateur à l’ancienne
Avant les machines, c’était le taf du journaliste. Il lisait, croisait ses sources, vérifiait. Il faisait sa propre tambouille pour te livrer un truc carré. Certains le font encore, hein, mais ils sont pressés comme des citrons. Temps, budget, pression des vues… C’est pas évident.
Et parfois, c’est carrément du copier-coller maquillé. Le fameux "selon une source proche du dossier", qui sent bon le recyclage d’AFP.
Les influenceurs & curateurs : les nouveaux prescripteurs
Et puis y’a ceux qui font ça en mode artisanal : newsletters, threads X (anciennement Twitter), chaînes Telegram. Ces gens-là, parfois passionnés, parfois payés sous la table, choisissent pour toi ce qui vaut le coup.
Un pote à moi gère une chaîne d’info crypto sur Discord. Il lit une dizaine de whitepapers par semaine, recoupe avec Reddit, écoute des podcasts ricains obscurs… Il poste ensuite 5 actus bien senties par jour. Il a 800 abonnés fidèles. Et pourtant, il n’a jamais mis les pieds dans une école de journalisme. Respect.
Pourquoi c’est pas neutre (et pourquoi ça pose question)
L’illusion du choix
Quand t’ouvres ton appli actu, tu crois que t’as accès à tout. Faux. Tu vois ce qu’un algo ou une équipe a décidé de te montrer. Tu vois le haut de l’iceberg. Le reste ? Enterré sous dix pages de résultats.
Biais, bulles et manipulations
Les agrégateurs peuvent avoir un biais idéologique, politique, économique. Ils peuvent choisir de ne pas relayer certaines voix. Et parfois, ils le font même sans s’en rendre compte.
Et puis y’a les bulles de filtres. Plus tu lis un type d’info, plus on t’en ressert. T’es dans ta bulle. Tu crois que tout le monde pense comme toi. C’est dangereux.
Alors... qui agrège pour toi ?
Bonne question, hein ? Est-ce que c’est un algorithme obscur ? Un rédacteur pressé ? Un passionné dans son salon ? Ou toi-même, avec tes propres outils (si t’en as) ?
La vérité, c’est que t’as rarement le contrôle. Et ça, ça fout un peu les boules.
Mais t’as quand même des leviers : diversifier tes sources, sortir des applis classiques, t’abonner à des newsletters de niche, suivre des gens qui bossent vraiment leurs sélections. Pas juste consommer. Choisir.
Et si t’es un peu curieux… tu peux même devenir ton propre agrégateur. Mais là, c’est une autre histoire.
