Une molécule pas comme les autres : retour sur l'invention
Le chlordécone, aussi connu sous le nom commercial de Kepone, est un pesticide organochloré développé dans les années 1950 aux États-Unis. Eh oui, au départ, c'était un « super produit » pour tuer les insectes dans les plantations de bananes.
Un labo américain dans le viseur
C’est l’entreprise Allied Chemical (devenue plus tard AlliedSignal) qui a commencé à produire le chlordécone. Ensuite, dans les années 1970, LifeSciences Products Company, une boîte plus petite basée en Virginie, a pris la relève.
Sauf que voilà… Les ouvriers de l’usine ont commencé à tomber malades. Et là, bim: en 1975, production stoppée aux USA. Trop toxique, même pour eux.
Et en France alors ? Comment c’est arrivé dans les Antilles ?
Ah, la fameuse question qui fâche.
L’homologation en toute discrétion
En 1981, la France a autorisé l’usage du chlordécone pour lutter contre le charançon du bananier, particulièrement en Guadeloupe et en Martinique. Le hic ? Le produit était déjà interdit aux États-Unis depuis 1976.
Mais bon, les producteurs de bananes (souvent les grands békés) faisaient pression pour maintenir les rendements. Résultat ? Le gouvernement a fermé les yeux (et les narines).
Qui l'importait ?
Officiellement, plusieurs sociétés françaises l’ont importé ou formulé, comme Ciba-Geigy ou Hoechst, sous différentes marques commerciales. Des noms de multinationales pharmaco-chimiques qu’on retrouve dans bien d’autres affaires.
Conséquences sanitaires et environnementales : une vraie bombe à retardement
Alors là, accroche-toi.
Le chlordécone est extrêmement persistant dans les sols, genre 600 à 7000 ans pour se dégrader. Un peu flippant, non ?
Contamination massive des nappes phréatiques, des poissons, du bétail...
Et les humains ? Presque toute la population adulte des Antilles aurait été exposée, avec des liens probables avec le cancer de la prostate, entre autres.
Anecdote : le sol de mon oncle à Goyave
Mon oncle cultivait quelques bananiers dans son jardin à Goyave. Un jour, dans les années 2000, il a voulu faire tester son sol. Résultat ? Taux de chlordécone 15 fois au-dessus de la norme. Il en revenait pas. « Même mon chien il doit briller dans le noir », il disait pour rire. Mais c’était pas drôle du tout en vrai.
Pourquoi on parle encore de “flou” autour de sa production ?
Parce qu’il y a eu des silences, des oublis, des rapports enterrés. Le rapport parlementaire de 2019 l’admet à demi-mot : on savait, mais on a laissé faire.
Et puis entre les producteurs, les importateurs, les distributeurs, les autorités sanitaires… tout le monde se renvoyait un peu la balle. Résultat ? Aucun responsable direct condamné à ce jour. Nada.
Conclusion : un scandale d’État à l’américaine sauce créole
Alors, qui produisait le chlordécone ? Techniquement : des labos américains. Mais ceux qui ont permis sa diffusion en France – et surtout dans les DOM – ont aussi leur part de responsabilité. Une histoire qui pue l’injustice, le néocolonialisme… et le pesticide.
