La guerre des dalles : pourquoi l'OLED de LG n'est plus seul au monde
L'affrontement entre ces deux voisins de Séoul ressemble à une partie d'échecs sans fin. Pendant une décennie, les rôles étaient figés. D'un côté, LG Display fournissait la planète entière en dalles OLED, cette technologie où chaque pixel produit sa propre lumière, offrant des noirs d'une profondeur abyssale. De l'autre, Samsung jurait par le QLED, une amélioration du LCD classique utilisant des boîtes quantiques pour booster les couleurs. Le truc c'est que la situation a radicalement changé récemment. Samsung a fini par craquer et a lancé son propre OLED, le QD-OLED, qui vient chasser sur les terres de son rival historique avec une intensité colorimétrique assez bluffante.
Le noir infini, la signature historique de LG
Quand on parle de LG, on pense immédiatement au contraste. C'est physique. Puisque chaque pixel peut s'éteindre totalement, le taux de contraste est techniquement infini. Sur un film comme Interstellar ou The Batman, la différence saute aux yeux. Là où un écran classique laisse filtrer un halo grisâtre autour des objets lumineux, LG affiche une précision chirurgicale. Les modèles de la gamme C3 ou G4 sont devenus des références pour les cinéphiles qui ferment les volets avant chaque séance. Reste que cette technologie a longtemps souffert d'un manque de punch lumineux, un défaut que la marque tente de gommer avec ses nouvelles dalles MLA (Micro Lens Array) capables d'atteindre des sommets de brillance inédits.
Le QLED de Samsung ou l'art de dompter la lumière du salon
Samsung a pris un chemin différent. Son cheval de bataille, c'est la luminosité de crête. Dans un salon avec de grandes baies vitrées en plein après-midi, un téléviseur LG peut parfois sembler un peu terne, luttant contre les reflets. Le Neo QLED de Samsung, avec son rétroéclairage Mini-LED, envoie une puissance de feu qui peut dépasser les 2000 nits sur certains modèles haut de gamme. C'est énorme. On est loin du compte avec les OLED standards. Cette débauche de lumière permet de faire ressortir les détails dans les zones claires de l'image, même si, et c'est là que ça coince, on perd un peu en profondeur dans les scènes très sombres par rapport à son concurrent.
Le cas particulier du QD-OLED, le terrain d'entente inattendu
C'est la petite révolution de ces deux dernières années. Samsung a mixé le meilleur des deux mondes. En utilisant une couche de Quantum Dots sur une base OLED, la marque a réussi à produire des rouges et des verts d'une pureté que LG a du mal à égaler avec ses dalles WOLED traditionnelles. Le Samsung S95D, par exemple, est une bête de course. Mais attention, LG n'est pas resté les bras croisés. Leur nouvelle technologie de microlentilles sur la série G4 permet de rattraper ce retard de luminosité. Bref, le fossé technique se réduit, et c'est précisément là que le choix devient cornélien pour l'acheteur moyen qui ne veut pas passer un doctorat en colorimétrie.
Le match des gamers : input lag et connectique
Si vous possédez une PS5 ou une Xbox Series X, le choix de la marque est un sujet brûlant. Les joueurs sont exigeants. Ils veulent de la fluidité, de la réactivité et des ports qui ne brident pas leurs machines de guerre. Sur ce terrain, LG a pris une avance considérable il y a quelques années en étant le premier à proposer quatre ports HDMI 2.1 sur presque toute sa gamme. C'est un détail ? Pas du tout. Cela permet de brancher deux consoles, une barre de son en eARC et un PC sans jamais avoir à débrancher quoi que ce soit. Samsung a fini par s'aligner, mais LG garde une petite longueur d'avance sur l'interface logicielle dédiée au jeu.
Une réactivité qui frise la perfection
Le temps de réponse sur un OLED LG est quasiment instantané, autour de 0,1 ms. C'est imbattable. Pour les jeux de tir nerveux ou les simulations de course, la sensation de contrôle est totale. Samsung se défend très bien avec un input lag (le retard à l'affichage) extrêmement bas, souvent situé sous la barre des 10 millisecondes en mode jeu. Mais il y a un petit bémol. Samsung a tendance à saturer un peu trop les couleurs en mode jeu pour donner un aspect "flatteur" à l'image, ce qui peut déplaire aux puristes qui cherchent la fidélité avant tout. LG, de son côté, propose un mode Game Optimizer très sobre, très pro, qui respecte davantage la vision des développeurs.
Le support des technologies de rafraîchissement variable
G-Sync, FreeSync Premium Pro, VRR... Ces acronymes sont le quotidien des joueurs PC. Les deux marques les supportent, mais avec des nuances. Samsung pousse le bouchon jusqu'à 144Hz sur certains modèles, ce qui est un argument de poids pour ceux qui branchent un PC de compétition sur leur téléviseur de 65 pouces. Or, il faut bien avouer que pour 95% des utilisateurs, la différence entre 120Hz et 144Hz est imperceptible. On est dans le marketing pur, mais ça marche. Ce qui compte vraiment, c'est la stabilité de l'image, et là, les deux constructeurs font un sans-faute remarquable.
Luminosité et HDR : le point de rupture entre Dolby Vision et HDR10+
C'est le point qui m'agace le plus dans cette guerre industrielle. Nous sommes en 2024 et nous devons encore choisir notre camp pour le format HDR dynamique. C'est un peu comme si vous deviez choisir entre un lecteur qui lit les voyelles et un autre qui lit les consonnes. LG supporte le Dolby Vision, qui est le standard utilisé par Netflix, Disney+ et la majorité des Blu-ray 4K. Samsung, par pur orgueil industriel (ils ont aidé à créer le format concurrent), refuse catégoriquement d'intégrer le Dolby Vision et s'accroche au HDR10+.
Le problème ? Le HDR10+ est beaucoup moins répandu. Certes, Amazon Prime Video l'utilise, mais c'est à peu près tout. Si vous achetez un Samsung, votre téléviseur devra "convertir" les métadonnées Dolby Vision en HDR10 simple. Est-ce une catastrophe ? Non. L'image reste superbe. Mais pour un perfectionniste, savoir qu'on ne profite pas du format optimal pour lequel on a payé son abonnement de streaming, c'est frustrant. Je trouve ça franchement mesquin de la part de Samsung, surtout sur des écrans à 3000 euros. Là-dessus, LG gagne par K.O. technique pour quiconque consomme beaucoup de contenus en streaming haute qualité.
Tizen contre WebOS : l'ergonomie au banc d'essai
On n'y pense pas assez au moment de l'achat, mais on passe 100% de notre temps sur l'interface du téléviseur. Samsung utilise Tizen, un système qui est devenu très (trop ?) dense au fil des ans. C'est une usine à gaz. On y trouve tout, des applications de streaming au cloud gaming avec le Samsung Gaming Hub (qui permet de jouer à la Xbox sans console, juste avec une manette, ce qui est une sacrée prouesse). Mais la navigation est parfois chaotique, avec des menus qui s'empilent et des publicités pour des services dont on n'a que faire. Du coup, on s'y perd un peu.
WebOS chez LG est plus aéré, du moins il l'était. Les dernières versions ont malheureusement succombé à la mode du plein écran rempli de recommandations. Cependant, LG a un atout secret : la Magic Remote. Cette télécommande se manipule comme une souris d'ordinateur ou une manette de Wii. On pointe l'écran et on clique. C'est d'une efficacité redoutable pour taper un mot de passe ou naviguer dans des listes interminables. Une fois qu'on y a goûté, revenir aux flèches directionnelles d'une télécommande Samsung classique semble d'un archaïsme total. C'est un détail qui change la donne au quotidien.
Au-delà de l'image, l'objet déco et l'intégration
Un téléviseur, c'est aussi un gros rectangle noir qui trône au milieu du salon. Samsung a compris avant tout le monde que les gens détestent ça. Leur gamme "Lifestyle" est une réussite éclatante. Le modèle The Frame est un coup de génie : une fois éteint, il affiche des œuvres d'art avec une finition mate qui élimine presque tous les reflets, donnant vraiment l'illusion d'un tableau. J'ai vu des gens s'y tromper de près. Si l'esthétique de votre intérieur prime sur la performance pure (car la dalle du Frame n'est pas la meilleure du marché), Samsung gagne haut la main.
LG tente de répliquer avec sa série G (comme Gallery). Ces modèles sont conçus pour être fixés au mur sans aucun espace, comme une plaque de verre. C'est magnifique, très épuré, mais c'est moins "caméléon" que l'approche de Samsung. Par contre, LG a un avantage sur la finesse. Leurs dalles OLED sont d'une minceur presque effrayante, quelques millimètres seulement sur la partie supérieure. C'est un objet technologique fascinant, mais attention à la manipulation, on a toujours l'impression qu'on va le briser en deux en le sortant du carton.
Fiabilité et budget : là où le bât blesse parfois
Parlons d'argent et de durée de vie. On ne change pas de téléviseur tous les deux ans. Le grand épouvantail de l'OLED, c'est le marquage de dalle (burn-in). Si vous laissez une chaîne d'info en continu avec un logo statique pendant 15 heures par jour, l'image finira par s'imprimer définitivement. Les dalles LG modernes ont d'innombrables sécurités pour éviter cela, mais le risque n'est pas nul. Samsung, avec ses modèles QLED, est totalement immunisé contre ce problème. C'est une tranquillité d'esprit non négligeable pour ceux qui utilisent leur télé comme fond sonore ou pour jouer au même jeu pendant des centaines d'heures.
Côté prix, Samsung est souvent plus agressif. Ils produisent en masse et disposent d'une gamme tellement large qu'on trouve toujours une promotion quelque part. LG reste un peu plus premium sur ses tarifs OLED, même si la série B (l'entrée de gamme OLED) permet de s'équiper sans vendre un rein. Mais attention aux coûts cachés : les modèles LG série G sont livrés sans pied, uniquement avec un support mural. Si vous voulez le poser sur un meuble, il faut rajouter 150 euros. C'est le genre de détail qui énerve au moment de passer à la caisse.
Trois erreurs que tout le monde fait en achetant son téléviseur
La première erreur, c'est de choisir la taille en fonction de son ancien meuble. On regrette rarement d'avoir pris trop grand, mais on regrette toujours d'avoir pris trop petit. Avec la définition 4K actuelle, on peut s'asseoir à 2 mètres d'un écran de 65 pouces sans voir les pixels. N'ayez pas peur de voir grand. La deuxième erreur, c'est de se fier à l'image qu'on voit en magasin. Les réglages sont poussés au maximum, avec une luminosité agressive et des couleurs saturées pour attirer l'œil sous les néons. Une fois chez vous, dans la pénombre, cette image sera insupportable et fatiguante.
Enfin, la troisième erreur, c'est de négliger le son. Les téléviseurs sont devenus si fins qu'il n'y a plus de place pour les haut-parleurs. Que vous choisissiez Samsung ou LG, le son sera, au mieux, correct, au pire, catastrophique. Prévoyez systématiquement un budget pour une barre de son. Soit dit en passant, Samsung possède Harman Kardon et JBL, et leurs barres de son haut de gamme sont souvent mieux intégrées avec leurs téléviseurs grâce à la technologie Q-Symphony qui fait travailler les haut-parleurs de la télé et de la barre en même temps.
Questions fréquentes sur le duel Samsung/LG
Est-ce que l'OLED est vraiment mieux que le QLED ?
Pour le cinéma et les environnements sombres, oui, sans aucune hésitation. Le contraste de l'OLED offre une profondeur d'image que le QLED ne peut pas simuler parfaitement, malgré toutes les zones de rétroéclairage du monde. Cependant, dans une pièce très lumineuse, le QLED reprend l'avantage grâce à sa brillance supérieure et sa résistance aux reflets.
Quelle marque dure le plus longtemps ?
Les données manquent encore pour trancher sur les modèles sortis l'année dernière, mais statistiquement, le QLED de Samsung est plus robuste sur le long terme car il n'utilise pas de composants organiques sujets à la dégradation. Cela dit, un utilisateur "normal" de téléviseur OLED ne verra probablement aucun signe de fatigue avant 7 ou 8 ans, date à laquelle il aura sans doute envie de changer de modèle de toute façon.
Pourquoi Samsung ne propose pas de Dolby Vision ?
C'est une question de gros sous et de brevets. Dolby demande une redevance pour chaque appareil vendu. Samsung préfère promouvoir le HDR10+, qui est un standard ouvert et gratuit. C'est une guerre de formats qui pénalise malheureusement l'utilisateur final, un peu comme le duel entre le HD-DVD et le Blu-ray à l'époque.
Le système Tizen de Samsung est-il compatible avec tout ?
Oui, Samsung a l'avantage d'être le leader mondial, donc tous les développeurs d'applications (Netflix, Canal+, Disney, applications de fournisseurs internet comme Free ou Orange) sortent leurs versions sur Tizen en priorité. LG est juste derrière, mais Samsung a parfois quelques mois d'exclusivité sur certains services locaux.
Verdict : laquelle finit dans mon salon ?
Si je devais sortir ma carte bleue demain, mon choix serait tranché, mais il ne serait pas le même selon l'usage. Pour mon coin cinéma, là où je m'immerge dans un film le soir, je prendrais la LG G4. Son rendu organique et le support du Dolby Vision sont pour moi des arguments imbattables. On est dans l'émotion pure de l'image, sans artifice. C'est propre, c'est net, c'est le cinéma à la maison.
Par contre, si je devais équiper un salon familial très éclairé, où la télé tourne toute la journée entre les dessins animés des enfants, le JT et quelques sessions de jeu vidéo, j'opterais pour le Samsung QN90D. C'est le téléviseur tout-terrain par excellence. Il ne craint pas le soleil, il ne craint pas le marquage, et il offre une image percutante qui impressionne à chaque fois qu'on l'allume. Au fond, il n'y a pas de mauvaise marque entre les deux, il n'y a que des mauvais choix par rapport à votre pièce de vie. Prenez le temps d'évaluer la lumière de votre salon, c'est elle qui doit décider pour vous.
