Les chiffres ne mentent pas : la domination insolente de Samsung
On ne va pas se mentir, Samsung est un rouleau compresseur. Depuis 2006, la firme coréenne occupe le trône mondial sans jamais avoir été réellement inquiétée par ses poursuivants immédiats. Le truc c'est que leur force ne réside pas uniquement dans la qualité d'image, mais dans une capacité industrielle à inonder tous les segments de prix, du petit 32 pouces pour la cuisine jusqu'au monstre de 98 pouces qui coûte le prix d'une citadine d'occasion.
Samsung a réussi un coup de maître avec le terme QLED. C'est brillant. En déposant ce nom, ils ont créé une confusion volontaire avec l'OLED dans l'esprit du grand public. Or, le QLED reste techniquement un écran LCD rétroéclairé avec des points quantiques. C'est performant, certes, mais on est loin de la perfection du noir absolu. Pourtant, ça marche du tonnerre. Les gens demandent du QLED comme ils demandent un Frigidaire. Résultat : en 2023, ils ont écoulé plus de 8 millions d'unités sur cette seule gamme. C'est colossal.
La stratégie du volume face à la valeur
Mais là où ça coince un peu, c'est quand on regarde la rentabilité et l'innovation pure. Samsung vend beaucoup parce que Samsung est partout. Entrez dans n'importe quelle grande surface, vous serez accueilli par un mur de dalles coréennes ultra-lumineuses (souvent trop d'ailleurs, avec ce mode "Magasin" qui vous brûle la rétine). Ils ont compris avant tout le monde que le design comptait autant que la fiche technique. La gamme The Frame en est la preuve parfaite : un téléviseur qui se prend pour un tableau. Est-ce la meilleure image du marché ? Absolument pas. Est-ce que ça se vend comme des petits pains ? Oh que oui.
Pourquoi le QLED n'est pas la fin de l'histoire
Il faut bien comprendre que le QLED n'est qu'une étape. Aujourd'hui, Samsung essaie de reprendre la main sur le très haut de gamme avec le Neo QLED (qui utilise des Mini-LED pour un meilleur contraste) et surtout le QD-OLED. Et c'est précisément là que le marché devient passionnant. Après avoir crié sur tous les toits pendant dix ans que l'OLED n'était pas fiable, Samsung s'y est mis. Un revirement de situation qui prouve bien que même le numéro 1 doit s'incliner devant la supériorité technique de la concurrence quand le vent tourne.
LG et la révolution organique : le vrai patron de l'image ?
Si Samsung est le roi du volume, LG est le seigneur de l'OLED. Point barre. Pendant une décennie, LG Display (la branche fabrication) était la seule usine au monde capable de produire de grandes dalles OLED. Cela signifie que même si vous achetiez un téléviseur Sony, Panasonic ou Philips, vous regardiez en réalité un écran fabriqué par LG. C'est une situation de monopole technique assez unique dans l'histoire de l'électronique grand public.
Leur série "C" (C1, C2, C3 et maintenant C4) est devenue le mètre étalon pour tous les testeurs de la planète. Pourquoi ? Parce que le rapport entre le prix, la performance et les fonctionnalités est quasi imbattable. On est loin du compte avec les écrans LED classiques quand on a goûté une fois au contraste infini de l'OLED. Une fois qu'on a vu un vrai noir, un pixel éteint, on ne revient pas en arrière. C'est un peu comme passer du café soluble à un expresso de barista : le retour en arrière est douloureux.
Le pari risqué mais gagnant du contraste infini
Mais tout n'est pas rose chez LG. Pendant longtemps, on a reproché à leurs écrans un manque de luminosité par rapport aux dalles LCD. Dans une pièce baignée de lumière en plein après-midi, un OLED pouvait paraître un peu terne. Mais avec l'arrivée de la technologie MLA (Micro Lens Array) sur le modèle G3 et G4, ils ont envoyé la concurrence dans les cordes. On atteint désormais des pics de luminosité qui flirtent avec les 2000 nits. C'est violent, c'est précis, et ça règle définitivement le problème des reflets.
WebOS, une ergonomie qui divise les foules
Reste la question de l'interface. LG utilise WebOS. C'est fluide, c'est réactif, mais mon dieu que c'est devenu encombré de publicités et de recommandations dont on se fiche éperdument. La télécommande "Magic Remote" avec son pointeur gyroscopique est géniale pour certains, insupportable pour d'autres. Personnellement, je trouve que c'est un coup de main à prendre, mais je comprends ceux qui regrettent la simplicité d'antan. (Et non, mettre un bouton Netflix géant sur la télécommande n'est pas une révolution ergonomique, c'est juste du business).
Sony ou l'obsession maladive de la fidélité
Passons au cas Sony. Le constructeur japonais n'a pas les volumes de Samsung, ni les usines de dalles de LG. Pourtant, ils vendent des téléviseurs souvent 20 % ou 30 % plus chers que la concurrence à caractéristiques égales. Pourquoi ? Parce qu'ils ont le "cerveau". Le processeur de traitement d'image XR de Sony est, selon moi, le meilleur du marché actuel. Et c'est précisément là que se fait la différence entre une belle image et une image réaliste.
Là où un Samsung va saturer les couleurs pour vous en mettre plein la vue et où un LG va parfois lisser un peu trop les détails, Sony cherche la vérité. Si le réalisateur a voulu un grain de peau spécifique ou une brume légère, Sony le retranscrit avec une justesse chirurgicale. C'est la marque des puristes, de ceux qui ne jurent que par le format 24 images par seconde et qui détestent l'effet "caméscope" des compensations de mouvement mal réglées.
Le traitement d'image XR, un vrai plus ou du marketing ?
On pourrait croire que c'est du blabla de brochure, mais non. Le "Cognitive Processor XR" analyse l'image comme le ferait un œil humain. Il comprend où se situe le sujet principal et optimise la netteté sur cette zone précise. Résultat : l'image a une profondeur, une sorte de relief naturel que les autres ont du mal à reproduire. Mais bon, il faut accepter de payer la "taxe Sony". Est-ce que ça vaut 500 euros de plus ? Pour un cinéphile, sans hésiter. Pour regarder le journal télévisé et des dessins animés, clairement non.
La technologie Acoustic Surface
Un mot sur le son, car Sony a une longueur d'avance ici. Sur leurs modèles OLED, ils utilisent la dalle elle-même comme membrane de haut-parleur. Des actionneurs font vibrer le verre (de façon imperceptible, rassurez-vous) pour produire le son. C'est magique : la voix sort littéralement de la bouche de l'acteur, pas d'une petite grille située sous l'écran. C'est le seul constructeur à proposer une expérience sonore intégrée décente, même si une barre de son restera toujours supérieure.
L'ombre chinoise : TCL et Hisense bousculent la hiérarchie
Attention, le paysage change vite. Si vous m'aviez demandé mon avis il y a cinq ans, j'aurais probablement ricané en parlant de TCL ou Hisense. Aujourd'hui, je ne ris plus du tout. Ces deux géants chinois sont en train de faire aux Coréens ce que les Coréens ont fait aux Japonais il y a vingt ans : casser les prix avec une technologie qui n'a plus rien à envier aux leaders.
TCL est désormais le numéro 2 mondial en volume de vente, juste derrière Samsung, ayant doublé LG. Leur secret ? Ils possèdent leurs propres usines de dalles (CSOT). Ils maîtrisent la chaîne de A à Z. Et ils ont misé gros sur le Mini-LED. Quand vous voyez un téléviseur TCL de 85 pouces avec 2000 zones de local dimming pour le prix d'un 65 pouces chez Sony, on est obligé de se poser des questions. Le rapport qualité-prix est devenu indécent.
Le rapport qualité-prix qui fait mal aux leaders
Le problème, car il y en a un, c'est la partie logicielle et le contrôle qualité. On n'y pense pas assez au moment de l'achat, mais la fluidité des menus et la gestion des bugs comptent énormément sur la durée. TCL utilise Google TV, ce qui est une excellente chose, mais l'intégration n'est pas toujours aussi léchée que chez les ténors. Reste que pour le commun des mortels, la différence de qualité d'image ne justifie plus forcément l'écart de prix abyssal. On est loin du compte des produits "cheap" d'autrefois ; on est face à de vraies machines de guerre technologiques.
Ce que les marques ne vous disent pas sur la durée de vie
Honnêtement, c'est flou. On nous vend des écrans qui durent 100 000 heures, mais la réalité du terrain est souvent moins glorieuse. Entre les condensateurs qui lâchent juste après la garantie et les dalles OLED qui peuvent (théoriquement) marquer si on laisse la même chaîne d'info en continu pendant 12 heures par jour, la fiabilité est le grand non-dit de l'industrie.
Samsung et son QLED ont un avantage ici : pas de risque de marquage (burn-in). C'est leur argument massue. Mais les dalles LCD peuvent souffrir de "clouding", ces taches blanchâtres disgracieuses sur un fond noir. Bref, aucune technologie n'est parfaite. Je reste convaincu que la marque numéro 1 est aussi celle qui assure un suivi logiciel décent. À quoi bon avoir un écran magnifique si les applications Netflix ou Disney+ ne sont plus mises à jour après trois ans ? Sur ce point, LG et Samsung s'en sortent plutôt bien, Sony un peu moins sur ses modèles d'entrée de gamme.
Les 3 erreurs fatales lors de l'achat d'un téléviseur
Acheter une télé, c'est la jungle. On se laisse vite embobiner par des termes techniques qui ne veulent rien dire. Voici là où ça coince généralement pour l'acheteur moyen.
Se fier uniquement à la résolution 4K ou 8K
La 8K est une vaste blague marketing à l'heure actuelle. Il n'y a quasiment aucun contenu natif, et s'asseoir à 2 mètres d'un écran 8K ne vous apportera strictement rien de plus qu'une bonne 4K. Ne dépensez pas un centime de plus pour de la 8K, c'est de l'argent jeté par les fenêtres. Concentrez-vous plutôt sur la qualité du HDR (High Dynamic Range), c'est là que se joue la vraie révolution visuelle, avec des pics de luminosité et une richesse de couleurs qui changent la donne.
Oublier la partie sonore
C'est l'erreur classique. On achète un écran de 75 pouces ultra-fin et on se retrouve avec un son de boîte de conserve. Les lois de la physique sont têtues : pour faire du bon son, il faut du volume d'air. Les téléviseurs modernes sont trop fins pour intégrer des enceintes correctes. Prévoyez systématiquement un budget pour une barre de son, même une petite à 200 euros. Sans quoi, votre expérience sera amputée de moitié. (Sauf si vous prenez un haut de gamme Sony, comme mentionné plus haut).
Négliger l'environnement de la pièce
C'est précisément là que le choix de la marque intervient. Si votre salon ressemble à une serre avec des baies vitrées partout, acheter un OLED (même un LG G4) reste risqué à cause des reflets. Dans ce cas, un Samsung Neo QLED ou un Hisense haut de gamme avec son traitement antireflet sera bien plus confortable. À l'inverse, si vous regardez vos films dans le noir complet, le QLED vous paraîtra fade et grisâtre par rapport à l'OLED. Le contexte est roi.
Questions fréquentes
Quelle marque tombe le moins en panne ?
Les données manquent encore de transparence, mais les rapports de SAV (comme ceux de la Fnac ou de Consumer Reports) placent souvent Sony et Panasonic en tête de la fiabilité sur le long terme. Samsung, de par ses volumes de vente massifs, est statistiquement plus représenté dans les ateliers de réparation, ce qui ne veut pas dire qu'ils sont moins fiables, mais qu'il y en a simplement plus en circulation. Reste que la qualité de construction des modèles haut de gamme Sony est souvent un cran au-dessus.
Quelle est la meilleure marque pour le gaming ?
LG a pris une avance considérable sur ce terrain. Ils ont été les premiers à intégrer le HDMI 2.1 sur tous leurs ports, le G-Sync de Nvidia et le FreeSync d'AMD. Le temps de réponse de l'OLED (quasi instantané) est un bonheur pour les joueurs de PS5 ou Xbox Series X. Samsung suit de très près avec des modes jeux très complets, mais LG reste la référence pour la faible latence (input lag inférieur à 10ms).
Faut-il acheter une marque chinoise comme TCL ?
Si votre budget est serré, oui, mille fois oui. Vous aurez une technologie de pointe (Mini-LED) pour le prix d'un milieu de gamme chez les leaders. Mais soyez prêts à accepter une interface parfois un peu plus capricieuse et un design un peu moins raffiné. C'est un choix pragmatique qui se défend de plus en plus.
Verdict : Le trône est-il contesté ?
Alors, quelle est la marque numéro 1 ? Si l'on parle de puissance industrielle et d'omniprésence, Samsung reste le champion incontesté. Ils ont l'art de créer des produits qui plaisent au plus grand nombre, avec un design soigné et une image flatteuse qui flatte l'œil immédiatement. C'est le choix de la sécurité pour 80 % des gens.
Cependant, si l'on définit la "numéro 1" par l'excellence technologique et le respect de l'image, LG et Sony se partagent la couronne. LG pour sa maîtrise absolue de l'OLED et son interface taillée pour le futur, et Sony pour son traitement d'image qui reste, encore aujourd'hui, inégalé pour qui veut voir un film exactement comme le réalisateur l'a conçu.
Mon conseil personnel ? Ne soyez pas fidèle à une marque. Le marché bouge trop vite. Regardez votre environnement, déterminez si vous jouez beaucoup ou si vous êtes un pur cinéphile, et surtout, n'achetez pas un prix, achetez une technologie de dalle. Entre un mauvais OLED et un excellent LCD Mini-LED, le choix n'est pas toujours celui qu'on croit. Bref, le numéro 1 mondial est Samsung, mais le numéro 1 dans votre salon sera celui qui s'adapte à votre lumière et à vos usages, pas celui qui vend le plus de cartons.
