On vous a menti sur les vrais revenus d’un serveur new-yorkais. Pas par malice, mais parce que personne ne parle jamais des nuits sans clients, des patrons qui rognent sur les heures, ou de ces pourboires qui fondent comme neige au soleil quand le quartier se vide. Alors aujourd’hui, on démonte le mythe. Avec des chiffres qui collent à la réalité, des témoignages de ceux qui triment en salle, et des vérités qui dérangent. Parce qu’avant de postuler dans un diner de Brooklyn ou un étoilé de Manhattan, mieux vaut savoir à quoi s’attendre.
Le salaire de base : une fiction légale qui arrange tout le monde
Officiellement, un serveur à New York touche un salaire minimum de 10,65 dollars de l’heure. Officieusement, cette somme est une blague. Une blague cruelle, même. Car dans les faits, la plupart des restaurants appliquent ce qu’on appelle le "tip credit" – un mécanisme légal qui permet aux employeurs de payer leurs serveurs bien en dessous du salaire minimum classique (15 dollars de l’heure à New York), à condition que les pourboires comblent la différence. Résultat : votre fiche de paie affiche 10,65 dollars, mais si les clients ne laissent pas assez, le restaurant n’est pas tenu de compenser.
Et ça, c’est le piège. Parce que les 10,65 dollars, c’est ce que vous touchez même quand le restaurant est vide. Même quand il pleut à verse et que les touristes restent à l’hôtel. Même quand votre manager vous envoie chez vous après deux heures de service parce que "ça ne vaut pas le coup". (Essayez de payer votre loyer à Harlem avec 21 dollars en poche. Spoiler : vous n’y arriverez pas.)
Pourtant, les restaurateurs adorent ce système. Pourquoi ? Parce qu’il leur permet de garder les coûts salariaux au plus bas tout en se déchargeant du risque sur les employés. Un serveur qui râle ? On lui rappelle que "les pourboires, c’est variable". Un client radin ? "C’est la vie, mon pote." Bref, le tip credit, c’est l’arnaque légale qui fait tenir tout le système.
Ce que dit la loi (et ce qu’elle ne dit pas)
La loi new-yorkaise impose que le salaire de base + les pourboires atteignent au moins 15 dollars de l’heure en moyenne sur une semaine. Sauf que cette moyenne, personne ne la vérifie vraiment. Les serveurs, trop occupés à courir entre les tables, n’ont pas le temps de faire des calculs précis. Et les inspecteurs du travail ? Ils passent une fois tous les cinq ans, quand ils passent. Du coup, beaucoup de restaurants se contentent de payer les 10,65 dollars et laissent les serveurs se débrouiller.
Pire : certains établissements trichent. Ils sous-déclarent les pourboires, ou pire, les "oublient" dans les caisses. Un serveur d’un restaurant italien du West Village m’a raconté comment son patron retenait systématiquement 5% des pourboires en liquide "pour les frais de caisse". Quand il a protesté, on lui a répondu que s’il n’était pas content, il pouvait aller voir ailleurs. (Il est parti. Mais tous n’ont pas cette chance.)
Les restaurants qui jouent le jeu (oui, ça existe)
Heureusement, tous les employeurs ne sont pas des rapaces. Certains restaurants, souvent des adresses haut de gamme ou des établissements tenus par des chefs engagés, paient leurs serveurs au salaire minimum classique (15 dollars) sans tip credit. Chez Eleven Madison Park, par exemple, les serveurs touchent 15 dollars de l’heure, point. Les pourboires ? Ils sont répartis équitablement entre la salle et la cuisine. Même chose chez Le Bernardin, où le salaire de base est de 18 dollars.
Pourquoi font-ils ça ? Parce que ces restaurants savent une chose : un serveur bien payé est un serveur motivé. Et un serveur motivé, c’est un service impeccable, des clients satisfaits, et une réputation qui attire les réservations. Le problème, c’est que ces établissements représentent moins de 10% du marché. Les 90% restants ? Ils préfèrent jouer avec les limites de la loi.
Les pourboires : l’eldorado new-yorkais qui n’en est pas un
À New York, on vous vend le rêve américain du serveur qui empoche 200 dollars par service. La réalité ? C’est bien plus aléatoire. Bien sûr, il y a des soirs où vous repartez avec 300 dollars en poche. Mais il y a aussi des nuits où vous terminez avec 20 dollars, après avoir couru comme un dératé pour des clients qui ont laissé 5% parce que "le vin était trop cher".
Alors, combien gagne-t-on vraiment en pourboires ? Tout dépend de trois facteurs : le type de restaurant, l’emplacement, et la saison. Et croyez-moi, ces trois variables peuvent tout changer.
Le type de restaurant : où les pourboires pleuvent (et où ils crèvent de soif)
Un serveur dans un restaurant gastronomique de Manhattan peut espérer entre 150 et 300 dollars par service. Pourquoi ? Parce que les additions montent à 200 dollars par personne, et que les clients, souvent des touristes ou des cadres en expense account, laissent 20% sans sourciller. Chez Daniel, par exemple, un serveur m’a confié toucher en moyenne 250 dollars par soirée. Mais attention : ces postes sont ultra-compétitifs, et les standards de service sont draconiens. Un seul faux pas (un verre renversé, une recommandation ratée), et c’est la porte.
Dans un restaurant branché (type SoHo House ou Carbone), les pourboires oscillent entre 80 et 150 dollars par service. Les clients y vont pour voir et être vus, et ils aiment montrer qu’ils ont les moyens. Un serveur de Carbone m’a raconté comment un client avait laissé 500 dollars de pourboire sur une addition de 1 200 dollars. "C’était un producteur de musique. Il voulait impressionner sa date." (La date en question a fini par l’épouser. Coïncidence ?)
Dans un diner ou un café, en revanche, les pourboires sont bien plus modestes. Entre 30 et 80 dollars par service. Pourquoi ? Parce que les additions sont basses (15-30 dollars par personne), et que les clients, souvent des locaux, laissent 10% "par habitude". Un serveur d’un diner de Brooklyn m’a avoué gagner 45 dollars en moyenne par service. "Le pire, c’est les étudiants. Ils calculent tout au centime près."
Et puis, il y a les restaurants à service rapide, où les pourboires sont quasi inexistants. Dans une chaîne comme Shake Shack, les serveurs touchent 15 dollars de l’heure (sans tip credit), mais les clients ne laissent presque jamais de pourboire. "Pourquoi donner 2 dollars à un mec qui vous tend un burger ?" m’a lancé un client un jour. (Réponse : parce que ce "mec" gagne 15 dollars de l’heure et paie 1 800 dollars de loyer.)
L’emplacement : Manhattan vs Brooklyn, le match qui fait mal
À Manhattan, les pourboires sont plus élevés, mais le coût de la vie aussi. Un serveur dans un restaurant du Upper East Side peut gagner 200 dollars par service, mais il paiera 2 500 dollars pour un studio de 25 m². À Brooklyn, les pourboires sont plus modestes (100-150 dollars par service), mais le loyer est "seulement" de 1 800 dollars pour un deux-pièces. Bref, tout est une question d’équilibre.
Le vrai problème, ce sont les quartiers en déclin. Dans certains coins du Bronx ou du Queens, les pourboires peuvent chuter à 20-30 dollars par service. Pourquoi ? Parce que les clients y sont moins généreux, et que les restaurants y sont moins fréquentés. Un serveur d’un restaurant mexicain du Queens m’a raconté comment il avait dû cumuler deux jobs pendant six mois pour joindre les deux bouts. "Le jour, je servais des tacos. La nuit, je livrais des sushis. À la fin du mois, j’avais 2 800 dollars. Après loyer et bouffe, il me restait 200 dollars."
Et puis, il y a les événements spéciaux. Un mariage au Plaza ? 500 dollars de pourboire en une soirée. Un dîner d’entreprise chez Jean-Georges ? 300 dollars. Un brunch dominical dans un restaurant à la mode ? 150 dollars. Mais ces soirées, c’est comme les bons clients : ça ne tombe pas du ciel.
La saison : quand New York se vide, les pourboires aussi
À New York, les pourboires suivent un cycle bien précis. De mi-décembre à fin janvier, c’est la folie. Les touristes affluent, les entreprises organisent leurs fêtes de fin d’année, et les clients sont d’humeur généreuse. Un serveur de Midtown m’a raconté avoir gagné 4 000 dollars en pourboires en décembre 2022. "J’ai pu payer mon loyer pour trois mois d’avance. C’était Noël avant l’heure."
Mais dès février, c’est la douche froide. Les touristes disparaissent, les New-Yorkais serrent les cordons de la bourse, et les pourboires chutent de 30 à 50%. "Février, c’est le mois où tu te demandes si tu ne devrais pas changer de métier", m’a confié une serveuse d’un restaurant italien de Little Italy. "Les clients comptent chaque centime, et les patrons commencent à réduire les heures."
L’été ? Ça dépend. Juin et juillet sont corrects, grâce aux touristes européens et aux festivals. Mais en août, c’est la catastrophe. Les New-Yorkais fuient la ville, les restaurants ferment pour congés, et ceux qui restent ouverts tournent au ralenti. "Août, c’est le mois où tu vis sur tes économies de décembre", résume un serveur d’un restaurant de Meatpacking District. "Ou alors tu prends un job de livraison à vélo en parallèle."
Les à-côtés qui sauvent (ou qui tuent) le budget
Parce que les pourboires ne suffisent pas toujours, beaucoup de serveurs new-yorkais ont un deuxième job. Ou un troisième. Ou un quatrième. Voici les combines les plus courantes – et leurs pièges.
Le cumul des jobs : quand 80 heures par semaine deviennent la norme
Le scénario classique : un serveur travaille 5 soirs par semaine dans un restaurant, et 3 matinées dans un café. Résultat : 60 à 70 heures de travail par semaine, pour un salaire total de 3 500 à 4 500 dollars par mois. "Le pire, c’est les jours où je fais les deux", m’a raconté un serveur de Brooklyn. "Je commence à 7h dans un café, je finis à 15h, et je reprends à 17h dans un restaurant. À la fin de la journée, je tiens à peine debout."
D’autres optent pour des jobs plus flexibles : livreur à vélo (DoorDash, Uber Eats), hôte d’Airbnb (pour ceux qui ont une chambre en trop), ou même coursier pour des traiteurs. Un serveur du Lower East Side m’a avoué faire des livraisons de sushis le week-end. "Je gagne 20 dollars de l’heure, plus les pourboires. C’est moins fatigant que de courir entre les tables, et je peux choisir mes horaires."
Mais attention : cumuler les jobs, c’est aussi cumuler la fatigue, le stress, et les risques de burnout. "J’ai tenu six mois comme ça", m’a confié une serveuse de 28 ans. "Un jour, j’ai craqué. J’ai pleuré dans les toilettes du restaurant parce que je n’en pouvais plus. Mon patron m’a dit de me ressaisir. J’ai démissionné le lendemain."
Les pourboires en liquide : l’argent qui brûle les doigts
À New York, une partie des pourboires est versée en cash. Et ça, c’est à la fois une bénédiction et une malédiction. Une bénédiction, parce que cet argent n’apparaît pas sur les fiches de paie, et donc n’est pas imposé. Une malédiction, parce que les serveurs ont tendance à le dépenser trop vite – en sorties, en vêtements, ou en petits plaisirs qui "font du bien".
"Le cash, c’est l’argent qui disparaît", m’a expliqué un serveur de Chinatown. "Tu finis ton service avec 150 dollars en poche, tu te dis que tu vas les mettre de côté. Et puis tu passes devant un bar, tu te dis que tu mérites un verre. Et hop, 50 dollars partent en une soirée."
Pour éviter ça, certains serveurs ouvrent un compte épargne séparé, où ils virent systématiquement 50% de leurs pourboires en cash. D’autres utilisent des apps comme Qapital ou Digit, qui arrondissent les dépenses et mettent la différence de côté. "Moi, je me force à ne dépenser que 20% de mon cash", m’a dit une serveuse de Williamsburg. "Le reste, je le garde pour les mois creux."
Les avantages en nature : quand le restaurant devient une deuxième maison
Certains restaurants offrent des avantages en nature pour compenser les bas salaires. Les plus courants :
- Les repas gratuits : Dans beaucoup d’établissements, les serveurs peuvent manger gratuitement avant ou après leur service. "Ça me fait économiser 300 dollars par mois", m’a dit un serveur d’un restaurant français de Chelsea. "Surtout que les plats sont bons."
- Les boissons gratuites : Certains bars permettent à leurs serveurs de boire un verre après le service. "C’est sympa, mais attention à ne pas abuser", m’a prévenu une barmaid de Greenwich Village. "Un soir, j’ai trop bu, et j’ai failli me faire virer."
- Les réductions chez les partenaires : Certains restaurants ont des accords avec des salles de sport, des coiffeurs, ou même des agences immobilières. "Mon resto a un partenariat avec une salle de sport à 50 dollars par mois au lieu de 150", m’a raconté un serveur de Midtown. "Ça change la vie."
Mais ces avantages ont leurs limites. "Un repas gratuit, c’est bien, mais ça ne paie pas le loyer", résume un serveur du East Village. "Et puis, quand tu passes 60 heures par semaine dans un restaurant, tu n’as pas envie d’y passer ton temps libre aussi."
Les pièges à éviter quand on veut devenir serveur à New York
Devenir serveur à New York, c’est un peu comme jouer à la roulette russe : ça peut rapporter gros, mais il y a des balles dans le barillet. Voici les erreurs que font 90% des nouveaux, et comment les éviter.
Croire que les pourboires sont garantis
Beaucoup de serveurs débarquent à New York en pensant qu’ils vont gagner 100 000 dollars par an. Spoiler : c’est faux. Les pourboires dépendent de trop de facteurs (la météo, l’humeur des clients, la concurrence) pour être fiables. "J’ai cru que j’allais me faire 200 dollars par service", m’a raconté un serveur fraîchement arrivé de l’Ohio. "En réalité, j’en faisais 60 certains soirs. Et puis un client m’a engueulé parce que son steak était trop cuit. J’ai failli pleurer."
La solution ? Avoir une épargne de sécurité. Au moins trois mois de loyer, pour tenir les périodes creuses. Et ne pas hésiter à diversifier ses revenus (livraisons, cours particuliers, etc.).
Accepter n’importe quel job "parce que c’est New York"
Tous les restaurants ne se valent pas. Certains sont des usines à pourboires, d’autres des usines à burn-out. Avant de signer, posez les bonnes questions :
- Quel est le salaire de base ? (Si c’est 10,65 dollars, fuyez.)
- Comment sont répartis les pourboires ? (Certains restaurants les gardent pour eux.)
- Quels sont les horaires ? (Un service de 10h à 23h, c’est l’enfer.)
- Y a-t-il des avantages ? (Repas gratuits, réductions, etc.)
"J’ai accepté un job dans un restaurant du Meatpacking District sans poser de questions", m’a avoué une serveuse. "Résultat : je gagnais 80 dollars par service, mais je finissais à minuit tous les soirs. J’ai tenu trois semaines."
Négliger les relations avec les collègues
Dans un restaurant, les relations sont tout. Un bon rapport avec le chef ? Vous aurez les meilleures tables. Une bonne entente avec les barmans ? Ils vous serviront les meilleurs cocktails. À l’inverse, un serveur qui se met à dos l’équipe peut se retrouver relégué aux pires tables, ou pire, blacklisté.
"J’ai vu un serveur se faire virer parce qu’il avait dragué la copine du chef", m’a raconté un manager d’un restaurant de Tribeca. "Le lendemain, il n’avait plus de service. Personne ne lui a dit pourquoi, mais tout le monde le savait."
La règle d’or ? Être sympa, mais pas trop. Aidez vos collègues, mais ne vous mêlez pas de leurs histoires. Et surtout, ne faites pas de vagues. Dans un restaurant, les rumeurs vont plus vite que les commandes.
Oublier de déclarer ses pourboires (et se faire prendre)
Beaucoup de serveurs ne déclarent pas leurs pourboires en cash, pour éviter de payer des impôts. Mauvaise idée. L’IRS (le fisc américain) a des méthodes pour repérer les fraudeurs :
- Les contrôles surprises : Des inspecteurs viennent dîner dans votre restaurant et notent les pourboires laissés.
- Les dénonciations : Un collègue jaloux ou un patron mécontent peut vous balancer.
- Les écarts de revenus : Si vous déclarez 20 000 dollars par an mais que vous vivez dans un loft à 3 000 dollars par mois, ça va se voir.
"J’ai connu un serveur qui a dû payer 15 000 dollars d’arriérés d’impôts", m’a raconté un comptable spécialisé dans la restauration. "Il a failli perdre son appartement."
La solution ? Déclarer au moins 80% de vos pourboires. Ça vous évitera les ennuis, et ça vous permettra de cotiser pour la retraite et le chômage.
Combien gagne vraiment un serveur à New York ? Les chiffres qui parlent
Assez de théorie. Passons aux chiffres. Voici ce que gagnent vraiment les serveurs new-yorkais, selon leur expérience, leur type de restaurant, et leur quartier.
Le salaire annuel moyen : entre 40 000 et 70 000 dollars
Selon les données du Bureau of Labor Statistics, un serveur à New York gagne en moyenne 45 000 dollars par an. Mais cette moyenne cache de grosses disparités :
- Débutant (moins de 2 ans d’expérience) : 35 000 - 45 000 dollars
- Confirmé (2 à 5 ans d’expérience) : 45 000 - 60 000 dollars
- Expérimenté (5 ans et plus) : 60 000 - 80 000 dollars
- Serveur dans un restaurant étoilé : 80 000 - 120 000 dollars
Ces chiffres incluent le salaire de base + les pourboires. Mais attention : ils ne tiennent pas compte des mois creux, des dépenses imprévues, ou des jobs en parallèle.
Le salaire mensuel : des écarts monstres selon les mois
Voici ce que gagne un serveur confirmé (3 ans d’expérience) dans un restaurant branché de Manhattan, mois par mois :
| Mois | Salaire de base | Pourboires | Total |
|---|---|---|---|
| Janvier | 1 800 $ | 3 200 $ | 5 000 $ |
| Février | 1 600 $ | 2 000 $ | 3 600 $ |
| Mars | 1 700 $ | 2 500 $ | 4 200 $ |
| Avril | 1 800 $ | 2 800 $ | 4 600 $ |
| Mai | 1 900 $ | 3 500 $ | 5 400 $ |
| Juin | 2 000 $ | 4 000 $ | 6 000 $ |
| Juillet | 2 100 $ | 4 200 $ | 6 300 $ |
| Août | 1 500 $ | 1 800 $ | 3 300 $ |
| Septembre | 1 800 $ | 3 000 $ | 4 800 $ |
| Octobre | 1 900 $ | 3 500 $ | 5 400 $ |
| Novembre | 2 000 $ | 3 800 $ | 5 800 $ |
| Décembre | 2 200 $ | 5 000 $ | 7 200 $ |
Comme vous le voyez, les écarts sont énormes. Un serveur peut gagner 7 200 dollars en décembre et 3 300 dollars en août. D’où l’importance d’avoir une épargne de sécurité.
Le salaire horaire réel : entre 20 et 50 dollars de l’heure
Si on divise le salaire annuel moyen (45 000 dollars) par le nombre d’heures travaillées (environ 2 000 heures par an pour un serveur à temps plein), on obtient un salaire horaire de 22,50 dollars. Mais cette moyenne ne reflète pas la réalité.
En pratique, un serveur gagne :
- 10,65 dollars de l’heure (salaire de base)
- 10 à 40 dollars de l’heure en pourboires (selon le service)
Ce qui donne un salaire horaire réel compris entre 20 et 50 dollars. Mais attention : ces chiffres ne tiennent pas compte des temps morts, des heures non payées (quand le restaurant est vide), ou des dépenses liées au job (vêtements, transports, etc.).
Serveur à New York vs ailleurs : où gagne-t-on le plus ?
New York est-elle vraiment la meilleure ville pour être serveur ? Pas si sûr. Voici une comparaison avec d’autres villes américaines – et le verdict risque de vous surprendre.
New York vs Las Vegas : le match des pourboires
À Las Vegas, les serveurs gagnent beaucoup plus qu’à New York. Pourquoi ? Parce que les casinos et les restaurants haut de gamme attirent une clientèle prête à laisser des pourboires monstres. Un serveur dans un restaurant du Bellagio peut gagner 150 000 dollars par an, pourboires inclus. "À Vegas, les clients jouent gros, et ils dépensent gros", m’a expliqué un serveur qui a travaillé dans les deux villes. "Un type qui vient de gagner 10 000 dollars au blackjack va laisser 500 dollars de pourboire sans sourciller."
Le problème ? Le coût de la vie à Vegas est bien moins élevé qu’à New York. Un studio coûte 1 200 dollars par mois, contre 2 500 dollars à Manhattan. Bref, à Vegas, vous gagnez plus, et vous dépensez moins.
New York vs San Francisco : le duel des villes chères
San Francisco est encore plus chère que New York. Un studio y coûte 3 000 dollars par mois, et le salaire minimum est de 16,99 dollars de l’heure. Résultat : les serveurs y gagnent un peu plus qu’à New York (50 000 à 80 000 dollars par an), mais ils dépensent aussi plus.
"À San Francisco, j’ai gagné 70 000 dollars en un an", m’a raconté un serveur. "Mais après loyer, bouffe et transports, il me restait 15 000 dollars. À New York, avec le même salaire, j’aurais eu 25 000 dollars de côté."
La différence ? Les pourboires. À San Francisco, les clients sont moins généreux qu’à New York. "Les gens de la tech laissent 15%, max. Et encore, s’ils laissent quelque chose", m’a confié une serveuse d’un restaurant de Mission District. "À New York, même les radins laissent 18%."
New York vs Miami : le choc des cultures
À Miami, les pourboires sont beaucoup plus bas qu’à New York. Pourquoi ? Parce que la clientèle est différente. Beaucoup de touristes latino-américains ne laissent pas de pourboire (dans certains pays, c’est même mal vu). Et les locaux, souvent moins aisés qu’à New York, serrent les cordons de la bourse.
Un serveur de South Beach m’a raconté gagner 35 000 dollars par an, contre 50 000 dollars à New York. "Le pire, c’est les Européens. Ils calculent tout au centime près. Un couple français m’a laissé 1 dollar sur une addition de 120 dollars. J’ai failli pleurer."
Le seul avantage de Miami ? Le coût de la vie. Un deux-pièces coûte 1 800 dollars par mois, contre 3 000 dollars à New York. Mais même avec ça, les serveurs miaméens ont du mal à joindre les deux bouts.
New York vs Paris : le choc des systèmes
À Paris, les serveurs sont payés au salaire fixe, sans dépendre des pourboires. Un serveur débutant gagne 1 800 euros net par mois (soit environ 2 000 dollars), et un serveur expérimenté peut toucher jusqu’à 3 000 euros (3 300 dollars).
Le problème ? Les pourboires sont quasi inexistants. "En France, les clients laissent 1 ou 2 euros, max", m’a expliqué un serveur parisien. "C’est symbolique. À New York, c’est vital."
Résultat : un serveur parisien gagne moins qu’un serveur new-yorkais, mais il a une sécurité de l’emploi et des horaires fixes. À New York, c’est l’inverse : vous pouvez gagner beaucoup, mais vous pouvez aussi vous retrouver à la rue du jour au lendemain.
Questions fréquentes : tout ce que vous n’osez pas demander
Est-ce qu’on peut vivre décemment en étant serveur à New York ?
Oui, mais à une condition : ne pas compter uniquement sur les pourboires. Si vous avez un salaire de base décent (15 dollars de l’heure ou plus), un deuxième job en parallèle, et une épargne de sécurité, vous pouvez vivre correctement. Sinon, c’est la galère.
Un serveur de Brooklyn m’a donné sa règle d’or : "Si tu gagnes moins de 4 000 dollars par mois, tu es en danger. Moins de 3 500 dollars, tu es dans la merde. Moins de 3 000 dollars, tu vis chez tes parents ou tu dors dans le métro."
Faut-il parler français pour être serveur à New York ?
Non, mais ça aide. Beaucoup. Dans les restaurants français ou francophiles (comme Le Bernardin, Daniel, ou Balthazar), parler français est un énorme atout. Les clients adorent, et les patrons aussi. "Quand un client entend un serveur parler français, il laisse 25% de pourboire sans sourciller", m’a confié un manager de Balthazar. "C’est magique."
Mais attention : parler français ne suffit pas. Il faut aussi maîtriser l’anglais, connaître les vins, et avoir un service impeccable. Sinon, vous finirez comme ce serveur qui a confondu "sauvignon blanc" et "chablis" devant un client. (Spoiler : il a été viré.)
Peut-on devenir riche en étant serveur à New York ?
Non. Enfin, pas vraiment. Certains serveurs gagnent 100 000 dollars par an, mais ils sont rares. Et même avec ça, vous ne deviendrez pas riche à New York. Pourquoi ? Parce que le coût de la vie est trop élevé. Avec 100 000 dollars par an, vous pouvez vous payer un bel appartement à Brooklyn, des sorties, et des vacances. Mais vous ne pourrez pas épargner assez pour acheter une maison ou préparer votre retraite.
"J’ai connu un serveur qui gagnait 120 000 dollars par an", m’a raconté un ancien collègue. "Il vivait dans un loft à Williamsburg, il sortait tous les soirs, et il partait en vacances trois fois par an. Quand il a voulu acheter un appartement, il s’est rendu compte qu’il n’avait rien épargné. Il a dû recommencer à zéro."
Est-ce que c’est un métier d’avenir ?
Honnêtement, non. Le métier de serveur est en train de changer. Avec la montée des robots (comme les serveurs automatisés de certains restaurants asiatiques), la baisse des pourboires (à cause des paiements sans contact), et la concurrence des plateformes de livraison
