Le sultan de Brunei : un amour pour la vitesse sous contrôle royal
Imaginer une collection de 5000 véhicules, dont une centaine de Bugatti, ça frise l'absurde. Pourtant, le sultan de Brunei, l'un des hommes les plus riches du monde, a transformé ses palais en musées à ciel ouvert. Ses garages, dispersés entre Bandar Seri Begawan et Beverly Hills, abritent des pièces comme la Bugatti EB110 Super Sport des années 1990 – acquise lors d'une vente aux enchères discrète – ou la Chiron Super Sport 300+, réservée dès sa présentation en 2019.
Ce qui intrigue, c'est son approche : il ne conduit presque jamais ses voitures. Pour lui, ces Bugatti sont des œuvres d'art. D'ailleurs, la plupart sont stockées sous verre, entretenues par une équipe de 200 mécaniciens. Son favori reste la Bugatti Royale Type 41, dont seuls six exemplaires existent. En 2010, il aurait même proposé 30 millions d'euros à un musée allemand pour en acquérir un, sans succès.
Ralph Lauren : quand la mode rejoint la mécanique
Contrairement au sultan, Ralph Lauren vit avec ses Bugatti. Son garage new-yorkais abrite 18 modèles, mais c'est la Type 57SC Atlantic de 1936 qui le hante depuis 1980. Acquise pour 40 000 dollars à l'époque – une somme déjà considérable –, elle vaut aujourd'hui près de 400 millions d'euros selon les experts. Pourquoi cette obsession ? « Ces voitures racontent l'histoire de l'ingénierie », expliquait-il dans un entretien, expliquant que chaque courbe de carrosserie l'a influencé dans ses créations de mode.
Une anecdote amusante : en 2015, il a refusé l'offre d'un milliardaire qatari prêt à lui verser 500 millions pour sa collection entière. Pour lui, ces voitures sont « des sculptures en mouvement ». À noter qu'il possède également une Bugatti Veyron Grand Sport, qu'il conduit régulièrement sur les routes de Long Island, malgré les protestations de ses assureurs.
Et les autres ? Des passionnés aux profils surprenants
Le sultan et Ralph dominent les classements, mais d'autres collectionneurs étonnants gravitent autour. Peter Mullin, magnat de l'assurance, possède 14 Bugatti, dont trois Type 55 des années 1930. Son musée à Santa Monica accueille même des prototypes jamais sortis des usines de Molsheim. Plus discret, un prince saoudien aurait récemment acquis une Bugatti Centodieci pour 9 millions d'euros, réglés en liquide.
Ce qui frappe, c'est la diversité des profils. Un entrepreneur russe, Viktor Khristenko, a préféré se concentrer sur les modèles modernes : il possède cinq Chiron différentes, dont une édition spéciale « Noir » personnalisée avec des inserts en obsidienne. Selon les rumeurs, il aurait même commandé une version amphibie à Bugatti – projet rejeté par la marque pour des raisons de sécurité.
Comment ces collectionneurs récoltent-ils leurs trésors ?
Les méthodes varient. Certains, comme le sultan, utilisent des intermédiaires anonymes lors des ventes aux enchères. En 2021, une Bugatti Type 59 Sports, estimée à 18 millions, a disparu des radars après un appel téléphonique mystérieux passé depuis un pays du Golfe. D'autres, comme Ralph Lauren, collaborent directement avec Bugatti pour des commandes sur mesure. La Chiron Super Sport 300+ dont il rêvait a été adaptée pour atteindre 532 km/h, avec un moteur W16 modifié.
Le marché noir des Bugatti est aussi un sujet tabou. Plusieurs experts soupçonnent certains collectionneurs de soudoyer des employés d'usine pour obtenir des numéros de série exclusifs. Bugatti, pour sa part, refuse de commenter, mais a renforcé la sécurité autour de ses dossiers clients depuis 2018. Une chose est claire : chaque Bugatti vendue crée instantanément une file d'attente de collectionneurs prêts à payer le triple.
Quel impact sur le marché de l'automobile de luxe ?
L'effet papillon est tangible. Depuis que ces superstars des collections automobiles ont investi, le prix moyen d'une Bugatti ancienne a augmenté de 300% en dix ans. Une Type 41 Royale, vendue 15 millions en 2010, se négocie aujourd'hui près de 50 millions. Même les modèles modernes, comme l'EB110, ont vu leur valeur exploser après une vente discrète chez un collectionneur allemand en 2022.
Ce phénomène a aussi des revers. De nombreux passionnés lambda ne peuvent plus espérer acheter une Bugatti classique, désormais réservée aux 0,001% les plus riches. Bugatti a d'ailleurs instauré un « système de parrainage » pour les nouveaux acquéreurs, exigeant des justificatifs de participation à des événements historiques liés à la marque. Une façon élégante de filtrer les candidatures.
Une tendance durable ou éphémère ?
Difficile à dire. Les collectionneurs comme le sultan de Brunei continuent d'investir, mais de nouveaux acteurs émergent. Récemment, le fondateur d'une cryptomonnaie a fait sensation en achetant une Bugatti Divo pour 5,8 millions d'euros, payés en Bitcoin. Cette ouverture aux nouvelles fortunes pourrait redéfinir les règles du jeu. Bugatti, quant à elle, prévoit de limiter les productions à 300 exemplaires par an d'ici 2025, accentuant encore le mythe.
En conclusion, posséder une Bugatti n'est plus seulement un luxe, mais un statut symbolique. Que vous soyez un monarque du pétrole ou un designer légendaire, chaque voiture raconte une histoire d'ambition – et parfois d'excès. La prochaine fois que vous croiserez une Chiron sur la route, souvenez-vous : elle pourrait appartenir à l'une de ces figures extraordinaires, ou peut-être à un nouveau venu prêt à tout pour entrer dans le cercle très fermé des maîtres de Molsheim.
