La dette publique américaine, un chiffre astronomique qui donne le vertige à la planète entière
On ne va pas se mentir, le montant de la dette fédérale américaine ressemble à un score de jeu vidéo dont les développeurs auraient oublié de coder la limite. À l'heure où j'écris ces lignes, le compteur du Trésor américain s'affole. Mais au-delà du chiffre brut, le vrai sujet, c'est la trajectoire. Washington vit au-dessus de ses moyens depuis des décennies, finançant son train de vie par des émissions massives de bons du Trésor que le monde entier s'arrachait jusqu'ici comme des petits pains. Résultat : le ratio dette/PIB frise désormais les 120 %. C'est colossal, surtout quand on sait qu'un pays comme l'Allemagne transpire dès qu'il dépasse les 60 %. Mais les États-Unis ont un joker que personne d'autre ne possède, à savoir le dollar, la monnaie de réserve mondiale, ce qui leur permet d'imprimer de la monnaie pour rembourser de la monnaie.
L'oncle Sam et son addiction incurable au déficit budgétaire chronique
Le truc c'est que le déficit budgétaire n'est plus une exception, c'est devenu la norme absolue au Capitole. Qu'il s'agisse de financer des baisses d'impôts massives ou des plans de relance post-pandémie, la machine à billets tourne à plein régime. Car, contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas uniquement les dépenses sociales qui creusent le trou, mais bien une combinaison de budgets militaires pharaoniques et d'une charge de la dette qui explose avec la remontée des taux d'intérêt. On est loin du compte si l'on imagine une réduction prochaine des dépenses. En réalité, le service de la dette coûte désormais plus cher aux contribuables américains que le budget de la défense, une première historique qui fait sérieusement grincer des dents les économistes les plus libéraux.
Le plafond de la dette ou la comédie dramatique préférée du Congrès
Sauf que ce spectacle de la dette a ses rituels, notamment celui du relèvement du plafond de la dette. C'est ce moment de théâtre politique pur où les républicains et les démocrates font mine de s'affronter au bord du précipice avant de signer, à la dernière minute, un chèque en blanc supplémentaire. Reste que ce petit jeu érode la confiance. Les agences de notation comme Fitch ou Moody's ne s'y trompent plus et commencent à dégrader la note de crédit du pays. D'où cette question qui taraude les marchés : jusqu'à quand les investisseurs étrangers, Japon et Chine en tête, accepteront-ils de financer le déficit d'une puissance qui semble avoir perdu tout sens de la mesure fiscale ?
L'opacité chinoise ou l'art de cacher la poussière sous le tapis de soie
Passons maintenant de l'autre côté du Pacifique. Pour savoir qui a le plus de dettes, la Chine ou les États-Unis, il faut devenir un détective financier tant les chiffres de Pékin sont, disons-le franchement, un joyeux bazar. Officiellement, la dette publique centrale de la Chine semble presque raisonnable, tournant autour de 50 % ou 60 % du PIB. Mais c'est là où ça coince. Ce chiffre est une illusion d'optique grossière. Le vrai danger réside dans la dette "cachée" des collectivités locales et de leurs véhicules de financement, les fameux LGFV. Ces structures ont emprunté des sommes folles pour construire des ponts vers nulle part et des villes fantômes, créant une bulle dont personne ne connaît exactement la circonférence.
Le cauchemar immobilier d'Evergrande et Country Garden comme révélateur
Honnêtement, c'est flou, mais une chose est sûre : le modèle de croissance chinois basé sur l'immobilier est en train de prendre l'eau de toutes parts. Quand le géant Evergrande s'est effondré sous le poids de 300 milliards de dollars d'obligations non remboursées, le monde a réalisé que le miracle chinois était dopé aux stéroïdes du crédit. On n'y pense pas assez, mais la dette totale de la Chine (publique et privée confondues) est estimée par certains experts à près de 300 % du PIB. C'est un niveau qui dépasse celui des États-Unis. La différence fondamentale, et elle est de taille, c'est que la dette chinoise est majoritairement domestique. Le Parti communiste peut, en théorie, forcer les banques d'État à éponger les pertes, ce qui évite un krach brutal mais condamne le pays à une croissance anémique façon "décennie perdue" à la japonaise.
Les collectivités locales, cette bombe à retardement que Pékin tente de désamorcer
Le problème des provinces chinoises est devenu le talon d'Achille de Xi Jinping. Ces régions, qui tirent l'essentiel de leurs revenus de la vente de terrains aux promoteurs, se retrouvent aujourd'hui avec des caisses vides puisque plus personne ne veut construire. Or, elles doivent continuer à rembourser des intérêts sur des projets qui ne rapportent rien. Résultat : Pékin est obligé de lancer des programmes de swap de dette pour transformer ces créances toxiques en obligations plus soutenables. Mais à force de déplacer la dette d'une poche à l'autre, on finit par se demander s'il reste encore du tissu solide dans le pantalon.
Comparer l'incomparable : pourquoi le montant brut ne dit pas tout
Comparer directement la dette américaine et la dette chinoise, c'est un peu comme comparer le poids d'un boxeur poids lourd avec celui d'un lutteur sumo ; la morphologie du risque est radicalement différente. D'un côté, nous avons une dette de marché, transparente, liquide, mais soumise aux humeurs des investisseurs mondiaux. De l'autre, une dette administrée, opaque, dont les flux sont contrôlés par un pouvoir central fort mais dont l'inefficacité structurelle menace de paralyser l'économie réelle. Autant le dire clairement, le risque de défaut est quasiment nul pour Washington tant que le dollar est roi, tandis que pour Pékin, le risque est celui d'une implosion sociale si le moteur du crédit s'arrête net.
La structure de la dette, le véritable juge de paix de la solvabilité
Mais alors, qui s'en sort le mieux ? La réponse divise les spécialistes car elle dépend de votre définition de la solidité. La dette des États-Unis est une dette de consommation et de fonctionnement de l'État, tandis que la dette chinoise est une dette d'investissement, censée (en théorie) créer de la valeur future. À ceci près que construire un énième gratte-ciel dans une ville de troisième zone n'est pas vraiment un investissement productif. Et c'est là que le bât blesse. Si la Chine a techniquement plus de dettes quand on inclut tout le secteur privé et les entreprises d'État, elle dispose d'une épargne domestique massive pour la soutenir. Les Américains, eux, dépendent de l'épargne des autres, ce qui est une vulnérabilité géopolitique majeure, même si le "privilège exorbitant" du dollar compense cette faiblesse.
L'impact des taux d'intérêt, ce nouveau paramètre qui change la donne
Depuis que les banques centrales ont sifflé la fin de l'argent gratuit, la donne a totalement changé pour nos deux protagonistes. Pour les États-Unis, chaque hausse de 1 % des taux directeurs rajoute des centaines de milliards de dollars au déficit annuel, un cercle vicieux qui semble sans fin. Pour la Chine, le défi est inverse : elle doit baisser les taux pour soutenir son économie chancelante, au risque de voir sa monnaie, le yuan, s'effondrer face au dollar et de provoquer une fuite des capitaux. On voit bien que les deux nations sont prises au piège de leur propre levier financier, l'une par excès de confiance dans sa monnaie, l'autre par une fuite en avant dans l'investissement physique improductif. Bref, personne n'est vraiment en position de donner des leçons de gestion à l'autre dans ce grand jeu de poker menteur budgétaire.
Les pièges de la comparaison brute entre la dette chinoise et américaine
Comparer le passif de Pékin et celui de Washington sans nuance revient à comparer un marathonien dopé à un sprinteur en surpoids. On croit souvent que le chiffre du Trésor américain, qui frôle les 34 000 milliards de dollars, clôt le débat. Sauf que cette lecture s'avère d'une paresse intellectuelle déconcertante. Le problème réside dans l'architecture même de ces économies.
Le mythe de la dette publique transparente en Chine
Le premier écueil consiste à ne regarder que la dette souveraine officielle. Si les États-Unis affichent un ratio dette/PIB supérieur à 120 %, la Chine, elle, dissimule une montagne sous le tapis. Le gouvernement central semble "propre", mais c'est une illusion d'optique. Car le véritable moteur du crédit chinois se trouve dans les LGFV (Local Government Financing Vehicles). Ces structures hors bilan ont permis aux provinces de construire des infrastructures colossales. Or, ces dettes cachées sont estimées à plus de 9 000 milliards de dollars par le FMI. Résultat : une fois ces cadavres sortis du placard, la dette totale réelle de la Chine (publique et privée) dépasse les 300 % du PIB. C’est colossal.
L'idée reçue du créancier unique
On entend souvent que la Chine détient les États-Unis parce qu'elle possède ses bons du Trésor. Mais c'est faux \! Les Chinois ont massivement réduit leur exposition, tombant sous la barre des 800 milliards de dollars récemment. À ceci près que le plus gros détenteur de la dette américaine, c’est... l’Amérique elle-même (via la Fed et les fonds de pension). Autant le dire : si la Chine vendait tout demain, elle se tirerait une balle dans le pied en dévaluant ses propres actifs. La dépendance est réciproque. C'est un pacte de non-agression financière où personne n'ose appuyer sur le bouton rouge.
La confusion entre dette brute et capacité de remboursement
Une dette de 100 000 euros n'a pas le même poids pour un smicard que pour un milliardaire. Pour savoir qui a le plus de dettes entre la Chine ou les États-Unis, il faut scruter les actifs. L'oncle Sam possède le dollar, la monnaie de réserve mondiale. Il imprime son propre oxygène. La Chine, elle, dispose de réserves de change massives, mais son capital est bloqué dans des infrastructures parfois improductives (des villes fantômes). Qui est le plus riche ? Celui qui doit beaucoup mais génère la croissance mondiale, ou celui qui cache ses pertes derrière des bilans opaques ?
La variable fantôme : l'opacité du secteur bancaire de l'ombre
Si vous voulez vraiment comprendre le risque systémique, oubliez les communiqués officiels de la Maison Blanche ou du Politburo. Le vrai danger, c'est le shadow banking chinois. On parle ici de produits de gestion de fortune et de prêts entre entreprises qui échappent totalement à la régulation. Et c'est là que le bât blesse. Alors que la dette américaine est scrutée par des milliers d'analystes chaque seconde, la dette chinoise est une boîte noire (une métaphore un peu usée, mais tellement juste). Mais saviez-vous que la majeure partie de la dette chinoise est interne ? Cela change tout. Pékin peut forcer ses banques d'État à éponger les pertes. Washington, lui, dépend du bon vouloir des marchés internationaux. C'est une force pour la Chine, jusqu'au jour où la confiance s'évapore.
Le conseil de l'expert : ne surveillez pas le montant, surveillez le coût
La question n'est pas de savoir qui a la plus grosse ardoise, mais qui paie le plus d'intérêts. Avec la hausse des taux de la Fed, le service de la dette américaine coûte désormais plus cher que le budget de la défense. C'est une première historique. Pour la Chine, le défi est démographique. Comment rembourser des dettes contractées pour des ponts vides alors que la population active fond comme neige au soleil ? Mon conseil est simple : surveillez le spread entre la croissance du PIB et le coût du capital. Si le coût dépasse la croissance pendant trois ans, le pays plonge. Pour l'instant, les États-Unis gardent un léger avantage grâce à leur dynamisme démographique et technologique.
Questions fréquentes sur l'endettement mondial
Est-ce que les États-Unis risquent réellement la faillite à cause de leur dette ?
Techniquement, un pays qui s'endette dans sa propre monnaie ne peut pas faire faillite puisqu'il peut imprimer les billets nécessaires. Cependant, le risque réel est l'hyperinflation ou la perte de confiance des investisseurs internationaux. Actuellement, la dette publique américaine dépasse 120 % du PIB, un niveau qui handicape la capacité de réaction budgétaire en cas de crise majeure. Le coût annuel des intérêts dépasse désormais les 1 000 milliards de dollars, ce qui grignote les investissements futurs. Reste que tant que le dollar domine les échanges de pétrole et de technologie, le système tiendra par pure nécessité mondiale.
Pourquoi la dette immobilière chinoise est-elle considérée comme une bombe à retardement ?
L'immobilier représente environ 25 % à 30 % du PIB chinois, une proportion aberrante par rapport aux standards mondiaux. Des géants comme Evergrande ou Country Garden ont accumulé des centaines de milliards de dollars de dettes sans pouvoir livrer les appartements vendus. Cette crise paralyse la consommation des ménages chinois, car 70 % de leur patrimoine est placé dans la pierre. Si les prix s'effondrent, c'est tout le système financier provincial qui explose. La Chine doit donc gérer un dégonflement lent et douloureux pour éviter une révolte sociale.
Quel pays possède la structure de dette la plus saine ?
Aucun des deux ne brille par sa vertu financière, mais la structure américaine est paradoxalement plus résiliente. La dette des États-Unis est liquide, transparente et négociée sur un marché ouvert, ce qui permet des ajustements brutaux mais visibles. À l'inverse, l'endettement chinois est "administré", ce qui signifie que l'État décide qui survit et qui meurt financièrement. Cette méthode évite le chaos immédiat, mais elle crée des "entreprises zombies" qui pèsent sur la productivité nationale. Le Japon a prouvé qu'on pouvait vivre avec une dette immense pendant trente ans, mais au prix d'une stagnation économique perpétuelle.
Le verdict financier : une victoire à la Pyrrhus pour l'oncle Sam
Tranchons sans trembler : la Chine est en réalité bien plus endettée que les États-Unis si l'on agrège les couches opaques de son économie locale. Le colosse aux pieds d'argile n'est plus une image d'Épinal, c'est une réalité comptable terrifiante. Les États-Unis affichent leur débauche de crédit avec une arrogance presque rassurante, tandis que Pékin joue au prestidigitateur avec ses bilans provinciaux. On peut mépriser la gestion budgétaire de Washington, mais leur système de marché permet au moins de purger les excès. La Chine, elle, s'enferme dans une spirale de refinancement de projets inutiles pour maintenir un semblant de croissance. À mon avis, le déclin américain est une fable, mais le miracle chinois est en train de s'étouffer sous son propre poids financier. Le vrai perdant ne sera pas celui qui doit le plus, mais celui qui ne peut plus cacher qu'il est insolvable.

