L'héritage de 2017 et le basculement vers l'endettement massif
Quand Emmanuel Macron arrive à l'Élysée, il hérite d'une situation déjà fragile, mais pas encore alarmante par rapport à ses voisins. La dette flotte autour des 98 % du PIB. Le candidat d'alors promettait de la stabiliser, voire de la réduire. Or, le truc c'est que la réalité politique a vite rattrapé les tableurs Excel de Bercy. Entre les premières baisses d'impôts destinées à relancer l'investissement et la crise des Gilets Jaunes, le premier quinquennat a démarré sur un pari risqué : celui de la croissance par l'offre. On se souvient tous de la suppression de l'ISF, transformé en IFI, une mesure qui devait injecter de l'argent frais dans l'économie réelle mais dont l'efficacité reste encore aujourd'hui largement débattue par les économistes.
Le premier quinquennat ou la fin de l'orthodoxie budgétaire
Dès 2018, la trajectoire prévue dévie. Mais c'est véritablement en 2019, avec les annonces faites suite au Grand Débat National, que les vannes commencent à s'ouvrir sérieusement. Environ 17 milliards d'euros ont été injectés pour calmer la colère sociale. À ce moment-là, personne n'imaginait que ce n'était que le début d'une longue série de chèques. Le problème, c'est que la France n'a jamais profité des années de croissance modérée pour se constituer un matelas de sécurité, contrairement à nos voisins d'outre-Rhin. Résultat : on est entrés dans la tempête suivante avec des poches déjà percées.
La bascule psychologique du déficit public
Il y a eu un avant et un après 2020. Avant, dépasser les 3 % de déficit était un drame national. Après, c'est devenu une simple variable d'ajustement. Je reste convaincu que cette période a brisé un tabou psychologique chez nos dirigeants. On a commencé à traiter des milliards comme si c'étaient des centimes, sous prétexte que les taux d'intérêt étaient négatifs. Sauf que les taux négatifs, c'est comme le beau temps en Bretagne : ça ne dure jamais éternellement (pardon pour le cliché, mais l'image est parlante).
Le "Quoi qu'il en coûte" : un bouclier au prix fort
C'est ici que le compteur s'emballe vraiment. La pandémie de COVID-19 a forcé l'État à devenir l'assureur de dernier ressort de toute la nation. Le plan de relance de 100 milliards d'euros, les prêts garantis par l'État (PGE) et le chômage partiel massif ont sauvé l'économie d'un effondrement total, c'est indéniable. Mais à quel prix ? Environ 165 milliards d'euros de dette supplémentaire sont directement imputables à la gestion de la crise sanitaire. Là où ça coince, c'est dans la durée de ces aides. On a eu du mal à sevrer l'économie française de cette perfusion d'argent public, créant une forme de dépendance qui pèse aujourd'hui sur les comptes.
L'amortissement de la dette COVID
Le gouvernement a fait le choix de cantonner la dette COVID à la CADES (Caisse d'amortissement de la dette sociale). L'idée était de dire : "Regardez, cette dette est exceptionnelle, on va la rembourser à part". C'est une pirouette comptable assez élégante, mais pour les marchés financiers, la dette reste de la dette, peu importe l'étiquette qu'on colle dessus. Le remboursement est prévu jusqu'en 2033, ce qui signifie que vos enfants paieront encore pour les masques et les vaccins de 2021 pendant une bonne décennie. On est loin du compte si l'on pense que le problème est derrière nous.
La crise énergétique et le bouclier tarifaire
À peine sortis du tunnel sanitaire, nous avons percuté la guerre en Ukraine. Pour éviter une explosion sociale face à la hausse des prix de l'électricité et du gaz, le gouvernement a dégainé le bouclier tarifaire. Coût de l'opération : plusieurs dizaines de milliards d'euros supplémentaires. C'était nécessaire pour le pouvoir d'achat, certes, mais cela illustre parfaitement la méthode Macron : répondre à chaque crise par une dépense publique massive plutôt que par des réformes structurelles de fond. On éteint les incendies avec des billets de banque, mais on ne change pas les installations électriques défectueuses.
La stratégie de l'offre et les recettes qui manquent à l'appel
L'une des grandes critiques adressées à Emmanuel Macron concerne la baisse de la pression fiscale sur les entreprises. La suppression de la CVAE (Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) et la baisse de l'impôt sur les sociétés de 33 % à 25 % visaient à rendre la France plus attractive. L'attractivité a progressé, la France est d'ailleurs restée première au classement européen des investissements étrangers pendant plusieurs années consécutives. Mais le manque à gagner pour les caisses de l'État se chiffre en dizaines de milliards chaque année. Et c'est précisément là que le bât blesse : les recettes fiscales ne compensent pas les cadeaux faits aux entreprises.
L'illusion de la courbe de Laffer
Les conseillers de l'Élysée ont longtemps parié sur le fait que "trop d'impôt tue l'impôt" et qu'en baissant les taxes, on stimulerait tellement l'activité que les recettes finiraient par augmenter. Dans les faits, ça ne s'est pas produit de manière flagrante. On a réduit les recettes de manière pérenne sans réduire les dépenses publiques de manière équivalente. Le déficit s'est donc structurellement creusé. Pour dire les choses clairement, on a réduit le prix du menu sans changer le train de vie du restaurant. Forcément, à la fin du mois, le gérant doit emprunter pour payer ses fournisseurs.
Le poids des exonérations de cotisations
Un point technique souvent ignoré par le grand public est le montant astronomique des exonérations de cotisations sociales. On parle de plus de 70 milliards d'euros par an. Ces dispositifs, censés soutenir l'emploi peu qualifié, sont devenus des trappes à bas salaires et coûtent une fortune au budget de l'État qui doit compenser le manque à gagner pour la Sécurité sociale. C'est un cercle vicieux dont il est très difficile de sortir sans casser la dynamique de l'emploi.
La fiscalité du capital et son impact réel
La mise en place de la "flat tax" sur les revenus du capital visait à simplifier la vie des investisseurs. Si cela a simplifié les choses, l'impact sur l'investissement productif réel reste, selon plusieurs rapports de France Stratégie, assez flou. On a surtout assisté à une hausse des dividendes versés. Est-ce que cet argent a ruisselé vers l'innovation et l'industrie ? Pas autant qu'espéré. Mais bon, une fois que la réforme est passée, revenir en arrière est politiquement coûteux.
France vs Allemagne : pourquoi l'écart de dette se creuse-t-il autant ?
La comparaison fait mal. En 2017, l'écart de dette entre la France et l'Allemagne était déjà présent, mais il est devenu abyssal sous Macron. Alors que Berlin a réussi à ramener son ratio d'endettement vers les 60 % avant la crise et à le maintenir autour de 65 % après, la France s'est envolée vers les 110 %. Pourquoi une telle différence ? Le problème ne vient pas seulement des recettes, mais surtout de la structure de la dépense. La France dépense plus de 55 % de son PIB en dépenses publiques, un record mondial ou presque. L'Allemagne, elle, tourne autour de 48 %.
Le dogme de la dépense publique à la française
En France, dès qu'un problème surgit, on crée une agence, un comité ou une nouvelle aide. On n'y pense pas assez, mais la bureaucratie a un coût fixe colossal. Sous Macron, malgré les promesses de suppression de postes de fonctionnaires, les effectifs globaux n'ont pas baissé. Au contraire, ils ont légèrement augmenté dans certains secteurs régaliens. Je ne dis pas qu'il faut couper partout, mais la gestion française manque de cette agilité qui permet de réallouer les ressources là où elles sont vraiment utiles. On empile les couches de lasagnes administratives et on s'étonne que le plat soit trop lourd.
La charge de la dette : le réveil brutal
Pendant des années, on nous a expliqué que la dette n'était pas un problème puisque les taux étaient bas. "L'argent est gratuit", entendait-on dans les couloirs de l'Assemblée. Sauf que depuis 2022, les taux remontent. La charge de la dette — c'est-à-dire les intérêts que nous payons chaque année — est en train de devenir le premier poste de dépense de l'État, devant l'Éducation nationale ou la Défense. Plus de 50 milliards d'euros partent en fumée chaque année uniquement pour payer les intérêts. C'est autant d'argent qui ne va pas dans nos hôpitaux ou nos écoles. Là, on ne parle plus de théorie économique, on parle de services publics qui se dégradent faute de moyens, car tout passe dans le remboursement des créanciers.
Les idées reçues sur la dette sous l'ère Macron
On entend souvent que c'est uniquement la faute du COVID. C'est faux. Si la pandémie a bon dos, elle n'explique qu'environ un tiers de l'augmentation totale de la dette depuis 2017. Le reste provient d'un déficit structurel que l'on n'arrive pas à résorber. Une autre idée reçue est que "nous nous endettons auprès de nous-mêmes". C'est de moins en moins vrai. Une grande partie de la dette française est détenue par des investisseurs étrangers (fonds de pension américains, banques asiatiques). Cela nous rend vulnérables aux humeurs des marchés internationaux. Si demain les investisseurs perdent confiance en la signature de la France, les taux pourraient exploser, et là, ce serait le scénario à la grecque.
La dette est-elle un investissement pour l'avenir ?
C'est l'argument préféré du gouvernement. On s'endette pour financer la transition écologique, la numérisation, l'armée de demain. Soit. Mais quand on regarde de près, une part immense de la dette sert en réalité à financer du fonctionnement courant : payer les salaires, les retraites, les frais de gestion. S'endetter pour construire une ligne de train ou une centrale nucléaire est une chose ; s'endetter pour payer le chauffage des ministères en est une autre. À mon avis, on a confondu investissement et train de vie.
Le rôle caché de l'inflation
On dit souvent que l'inflation réduit la dette. C'est vrai, mécaniquement, le poids de la dette passée diminue par rapport au PIB nominal. Mais il y a un piège. Une partie de la dette française est indexée sur l'inflation. Quand les prix grimpent, le montant à rembourser pour ces titres spécifiques grimpe aussi automatiquement. Résultat : l'inflation n'a pas été le cadeau espéré par Bercy, elle a même alourdi la facture de plusieurs milliards en 2023.
Questions fréquentes sur la gestion financière de l'Élysée
Est-ce que la France est en faillite ?
Techniquement, non. Un État ne fait pas faillite tant qu'il trouve quelqu'un pour lui prêter de l'argent. Et la France trouve toujours preneur car elle reste une puissance économique majeure avec une population qui paie ses impôts. Cependant, nous sommes dans une zone orange. La dégradation de la note de la France par des agences comme Fitch ou S&P est un signal d'alarme sérieux. On n'est pas au bord du précipice, mais on s'en rapproche avec un sac à dos de plus en plus lourd.
Qui va payer la dette Macron ?
Il n'y a pas de miracle : ce sera soit par les impôts, soit par l'inflation, soit par une réduction drastique des prestations sociales. On peut aussi espérer une croissance miraculeuse qui "écraserait" la dette, mais avec une productivité qui stagne, c'est un peu un vœu pieux. La réalité, c'est que le poids fiscal va rester très élevé en France pour les vingt prochaines années, limitant d'autant plus les marges de manœuvre pour de nouveaux projets.
La dette a-t-elle vraiment servi à protéger les Français ?
Oui, en partie. Le bouclier tarifaire et le chômage partiel ont évité une explosion de la pauvreté et des faillites en série. Mais il y a eu un effet d'aubaine. On a distribué des aides parfois sans discernement, à des entreprises qui n'en avaient pas forcément besoin ou à des secteurs qui auraient dû se transformer plus tôt. On a acheté une paix sociale temporaire au prix d'une fragilité financière durable. C'est un arbitrage politique, mais le curseur a peut-être été poussé un peu trop loin vers la dépense facile.
Le bilan de l'ardoise Macron : un héritage empoisonné ?
Au final, la dette créée sous Emmanuel Macron n'est pas le fruit d'un seul facteur mais d'une combinaison de malchance (les crises) et d'une stratégie de "pari sur la croissance" qui n'a pas tenu toutes ses promesses. On se retrouve avec une dette à 112 % du PIB et un déficit qui refuse de repasser sous la barre des 5 %. Le plus inquiétant n'est pas tant le chiffre brut, bien qu'il soit impressionnant, mais l'absence de trajectoire crédible pour inverser la tendance. Chaque année, on nous promet un retour à la normale, et chaque année, un nouvel imprévu ou une nouvelle promesse électorale vient faire dérailler le plan.
L'essentiel à retenir, c'est que la France a perdu sa marge de manœuvre. En cas de nouveau choc majeur — qu'il soit climatique, géopolitique ou financier — nous n'aurons plus les moyens de dégainer un nouveau "quoi qu'il en coûte". C'est sans doute là le plus grand risque de cet endettement massif : nous avons brûlé nos munitions en période de calme relatif ou pour gérer des crises passées, nous laissant désarmés pour le futur. Réduire la dette ne sera plus une option ou un débat idéologique, mais une nécessité vitale pour conserver un semblant de contrôle sur notre destin national. Et ça, c'est un sacré défi pour celui ou celle qui succédera à l'actuel locataire de l'Élysée.
