Alors, faut-il encore se contenter de ces obligations "classiques" à l'ère des taux négatifs et de l'inflation galopante ? Ou existe-t-il des alternatives moins évidentes mais tout aussi solides ? Vous allez voir, la réponse n'est pas là où vous l'attendez.
D'abord, comprenons de quoi on parle : qu'est-ce qu'une obligation "sûre" ?
Une obligation, c'est un peu comme un prêt que vous faites à une entreprise ou à un État. En échange, ils vous promettent de vous rembourser à une date fixe, avec des intérêts en plus. Le problème, c'est que ce prêt peut devenir un fardeau si l'emprunteur fait défaut.
Pour éviter ça, les investisseurs se tournent vers les obligations dites "sûres", c'est-à-dire celles émises par des États ou des entités dont la probabilité de faire défaut est quasi nulle. Mais attention, toutes les obligations d'État ne se valent pas. Certains pays, comme l'Allemagne ou la Suisse, sont considérés comme des valeurs refuges, tandis que d'autres, même européens, font frémir les marchés.
Le trio gagnant des obligations d'État les plus sûres en 2024
Si vous deviez choisir trois pays dont les obligations sont les plus fiables, voici ceux qui trustent le podium :
1. L'Allemagne – Le Bund allemand est l'obligation de référence en Europe. Son rendement peut être faible, parfois même négatif sur les courtes durées, mais sa sécurité est inégalée. En 2023, même avec une inflation à 8%, les investisseurs se sont rués sur les Bunds, poussant leurs rendements à la baisse. Pourquoi ? Parce qu'ils savent que l'Allemagne paiera, quoi qu'il arrive.
2. La Suisse – Le franc suisse est une monnaie forte, et les obligations helvétiques en profitent. Même si les taux sont bas, la solidité de l'économie suisse et sa stabilité politique en font un havre de paix pour les investisseurs. En 2022, alors que les marchés tremblaient, les obligations suisses ont résisté comme un roc.
3. Les États-Unis – Malgré les crises politiques et les dettes abyssales, le Trésor américain reste la référence mondiale. Les Treasury Bonds sont considérés comme le risque de défaut le plus faible au monde. En 2020, lors de la pandémie, les investisseurs se sont précipités sur les Treasuries, faisant baisser leurs rendements à des niveaux historiquement bas. Preuve que, même en cas de crise, l'Amérique paiera.
Mais alors, pourquoi ne pas investir uniquement dans ces trois-là ? Parce que le rendement est souvent décevant. Et en 2024, avec une inflation qui reste élevée, il faut trouver un équilibre entre sécurité et performance.
Les obligations supranationales : une alternative méconnue mais ultra-sécurisée
Si les États ne vous suffisent pas, il existe une autre catégorie d'obligations encore plus sûres : celles émises par des institutions internationales. La Banque mondiale, le Fonds monétaire international ou la Banque européenne d'investissement émettent des titres considérés comme plus sûrs que ceux de nombreux États.
Pourquoi ? Parce que ces institutions ont une capacité de remboursement qui dépasse celle de la plupart des pays. Leurs obligations, appelées "obligations supranationales", offrent des rendements légèrement supérieurs à ceux des obligations d'État, avec un risque quasi identique.
Par exemple, en 2023, une obligation de la Banque mondiale avec une échéance à 10 ans offrait un rendement d'environ 2,5%, contre 2% pour un Bund allemand. Pas une fortune, mais bien mieux que les obligations d'État grecques ou italiennes, qui frôlaient parfois les 4%... avec un risque bien supérieur.
Alors, faut-il se contenter de ces obligations ? Pas forcément. Car il existe une autre catégorie, encore plus sûre, mais que presque personne ne considère.
L'obligation que personne ne voit venir : les obligations indexées sur l'inflation
Vous pensez que les obligations d'État classiques sont le nec plus ultra ? Détrompez-vous. Il existe un type d'obligation qui protège votre pouvoir d'achat, même en période d'inflation galopante : les obligations indexées sur l'inflation.
Ces titres, appelés "linkers" au Royaume-Uni ou "TIPS" (Treasury Inflation-Protected Securities) aux États-Unis, sont conçus pour s'ajuster en fonction de l'inflation. Si les prix montent, votre rendement aussi. C'est une sécurité absolue contre la dépréciation de la monnaie.
Prenons un exemple concret. En 2022, alors que l'inflation aux États-Unis atteignait 8,5%, les TIPS ont vu leur rendement réel (après inflation) grimper à environ 1,5%. Pendant ce temps, les obligations classiques voyaient leur rendement nominal à 10 ans stagner autour de 3%, ce qui, une fois l'inflation déduite, donnait un rendement réel négatif. Autant le dire clairement : les TIPS ont sauvé des portefeuilles.
Mais attention, ces obligations ne sont pas parfaites. Leur rendement nominal est souvent plus faible que celui des obligations classiques, et elles sont sensibles aux attentes d'inflation. Si les marchés anticipent une baisse des prix, leur valeur peut chuter.
Cependant, pour un investisseur qui craint une inflation durable, c'est l'une des meilleures options disponibles. Et en 2024, avec une inflation qui reste élevée dans de nombreux pays, elles méritent clairement votre attention.
Comment les TIPS fonctionnent-ils vraiment ?
Imaginons que vous achetiez un TIPS américain d'une valeur nominale de 1 000 dollars, avec un coupon de 1%. Si l'inflation est de 5% sur l'année, votre capital nominal passera à 1 050 dollars, et votre coupon sera recalculé sur cette nouvelle base. Vous percevrez donc 10,5 dollars d'intérêts au lieu de 10. Votre rendement réel reste donc positif, même si l'inflation grignote votre pouvoir d'achat.
Le hic ? Ces obligations ne protègent pas contre une déflation. Si les prix baissent, votre capital nominal reste bloqué à la valeur initiale, et votre rendement réel augmente mécaniquement (puisque l'inflation est négative). Mais c'est un risque mineur, car les périodes de déflation sont rares et généralement de courte durée.
Alors, pourquoi tout le monde ne se rue-t-il pas sur les TIPS ? Parce que leur rendement nominal est souvent inférieur à celui des obligations classiques, et que leur prix peut fluctuer en fonction des anticipations d'inflation. Mais pour un investisseur qui veut dormir sur ses deux oreilles, c'est un compromis acceptable.
Les obligations corporate : oui, certaines sont aussi sûres que les obligations d'État
On a tendance à croire que seules les obligations d'État sont sûres. Pourtant, certaines entreprises émettent des titres dont le risque de défaut est quasi nul. Comment ? En choisissant des groupes dont la solidité financière est à toute épreuve.
Prenez LVMH, par exemple. Le géant du luxe français a une notation AAA de la part de Standard & Poor's, la meilleure possible. Ses obligations offrent un rendement légèrement supérieur à celui des obligations d'État françaises, avec un risque tout aussi faible. En 2023, alors que les Bunds allemands rapportaient à peine 2%, une obligation LVMH à 5 ans pouvait offrir 3,5%. Là où ça coince, c'est que ces entreprises sont rares.
Autre exemple : Microsoft. La firme de Redmond a une notation AA+, ce qui la place juste en dessous de la note maximale. Ses obligations offrent des rendements attractifs, avec un risque très faible. En 2022, alors que les marchés boursiers s'effondraient, les obligations Microsoft ont résisté comme un roc.
Mais attention, toutes les entreprises ne se valent pas. Une entreprise avec une notation BBB (la dernière note "investment grade") offre un rendement plus élevé, mais son risque de défaut est bien réel. En 2020, lors de la pandémie, de nombreuses entreprises notées BBB ont vu leur note abaissée, et leurs obligations ont perdu de la valeur.
Alors, comment distinguer une obligation corporate sûre d'une obligation risquée ? Tout est une question de notation. Les entreprises notées AAA, AA+ ou AA sont les plus sûres. Celles notées entre A+ et BBB sont considérées comme "investment grade", mais leur risque augmente à mesure que la note baisse.
Les obligations financières : un pari moins risqué qu'on ne le pense
Parmi les obligations corporate, celles émises par les banques et les assurances sont souvent sous-estimées. Pourtant, dans de nombreux pays, les banques sont soumises à des règles strictes qui limitent leur risque de défaut. Aux États-Unis, par exemple, les obligations émises par les grandes banques comme JPMorgan ou Bank of America sont considérées comme très sûres.
Pourquoi ? Parce que ces institutions bénéficient d'un filet de sécurité en cas de crise : les dépôts des clients sont garantis jusqu'à 250 000 dollars par la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation). Et même si une banque fait faillite, ses créanciers (dont les détenteurs d'obligations) sont prioritaires sur les actionnaires.
En Europe, c'est un peu différent. Les obligations bancaires sont soumises au mécanisme de résolution bancaire, qui peut forcer les créanciers à participer aux pertes en cas de crise. Mais pour les grandes banques systémiques, le risque reste faible.
Alors, faut-il investir dans les obligations bancaires ? Oui, mais avec prudence. Privilégiez les banques bien capitalisées, avec une notation élevée. Et évitez les petites banques régionales, dont la solidité financière peut être plus fragile.
Les obligations vertes et sociales : la sécurité a un nouveau visage
Et si la sécurité passait aussi par l'impact ? Les obligations vertes et sociales sont des titres émis pour financer des projets durables : énergies renouvelables, logements sociaux, éducation, etc. Leur particularité ? Leur remboursement est lié à la réussite des projets qu'elles financent.
Mais attention, leur sécurité dépend de la qualité de l'émetteur. Une obligation verte émise par un État stable comme la France ou l'Allemagne est aussi sûre qu'une obligation classique. En revanche, une obligation verte émise par une entreprise privée ou une collectivité locale peut être plus risquée.
En 2023, les obligations vertes ont représenté près de 500 milliards de dollars d'émissions dans le monde. Leur popularité a explosé, car elles offrent une double promesse : un rendement et un impact positif. Mais leur sécurité est-elle à la hauteur ?
Pour les États, oui. La France a émis des obligations vertes dès 2017, et elles sont aujourd'hui considérées comme aussi sûres que les OAT classiques. Leur rendement est légèrement inférieur, mais leur attractivité réside dans leur rareté et leur impact.
Pour les entreprises, c'est plus mitigé. Certaines, comme Ørsted (spécialiste des énergies renouvelables), ont une notation élevée et des obligations vertes très sûres. D'autres, en revanche, profitent de l'engouement pour les "green bonds" pour émettre des titres dont la qualité environnementale est discutable. On est loin du compte.
Comment évaluer la sécurité d'une obligation verte ou sociale ?
Pour éviter les pièges, vérifiez toujours trois choses :
1. La notation de l'émetteur – Une obligation verte émise par un État noté AAA est aussi sûre qu'une obligation classique. En revanche, une obligation sociale émise par une PME notée BBB sera plus risquée.
2. L'utilisation des fonds – Les projets financés doivent être clairement identifiables et mesurables. Une obligation qui finance la construction d'une éolienne est transparente. Une obligation qui finance "des projets durables" sans précision l'est moins.
3. La certification – Certaines obligations sont certifiées par des organismes indépendants, comme la Climate Bonds Initiative. Ces certifications garantissent que les fonds sont bien utilisés pour des projets durables.
En résumé, les obligations vertes et sociales peuvent être sûres, mais leur sécurité dépend avant tout de l'émetteur. Si vous voulez allier impact et sécurité, privilégiez les titres émis par des États ou des entreprises de qualité.
Les obligations locales : quand les collectivités territoriales deviennent des valeurs refuges
Vous cherchez une alternative aux obligations d'État sans prendre de risque ? Pensez aux obligations émises par les collectivités territoriales. En France, par exemple, les départements, les régions et les métropoles émettent régulièrement des titres pour financer leurs projets.
Leur avantage ? Elles sont souvent moins liquides que les obligations d'État, ce qui les rend moins sensibles aux mouvements de marché. Et leur rendement est généralement supérieur à celui des OAT.
Mais attention, leur sécurité dépend de la santé financière de la collectivité. Une région comme l'Île-de-France, avec des recettes fiscales stables, est un émetteur sûr. En revanche, une commune endettée ou en déclin démographique peut représenter un risque.
En 2023, les obligations des collectivités territoriales françaises ont offert des rendements allant de 2% à 4%, selon leur notation. Un bon compromis entre sécurité et performance, à condition de bien choisir son émetteur.
Comment évaluer la sécurité d'une obligation locale ?
Pour minimiser les risques, voici les critères à vérifier :
1. La notation – Les collectivités notées par Moody's ou S&P bénéficient d'une évaluation indépendante de leur solvabilité. En France, les meilleures notations (Aa3 ou AA-) sont attribuées aux régions et métropoles les plus riches.
2. La dynamique économique locale – Une collectivité dont la population et l'emploi augmentent est plus sûre qu'une région en déclin. Par exemple, la Métropole de Lyon ou la Région Auvergne-Rhône-Alpes sont considérées comme des valeurs sûres.
3. L'endettement – Une collectivité dont la dette représente moins de 100% de ses recettes annuelles est généralement considérée comme sûre. Au-delà, le risque de difficulté financière augmente.
En résumé, les obligations locales peuvent être une excellente option pour diversifier son portefeuille, à condition de bien choisir ses émetteurs. Leur rendement est souvent attractif, et leur risque reste limité.
Faut-il encore acheter des obligations en 2024 ? Le débat qui divise les experts
Alors, les obligations sont-elles toujours un placement sûr en 2024 ? La réponse est oui... mais avec des nuances. Car si les obligations d'État restent une valeur refuge, leur rendement est souvent décevant. Et si les obligations corporate ou locales offrent des alternatives intéressantes, leur risque est un peu plus élevé.
Certains experts, comme ceux de BlackRock, estiment que les obligations restent un pilier des portefeuilles, même en période de taux élevés. D'autres, comme ceux de PIMCO, pensent que le risque de récession et la persistance de l'inflation pourraient peser sur les marchés obligataires.
Alors, que faire ? Tout dépend de votre profil d'investisseur. Si vous cherchez une sécurité absolue, les obligations d'État des pays stables restent la meilleure option. Si vous voulez un peu plus de rendement, les obligations corporate ou locales peuvent être intéressantes. Et si vous craignez l'inflation, les TIPS sont une solution à considérer.
Mais attention, la sécurité a un prix. En 2024, les obligations les plus sûres offrent des rendements souvent inférieurs à 3%, voire négatifs pour les plus courtes durées. Pour obtenir un meilleur rendement, il faudra accepter un peu plus de risque.
Les scénarios qui pourraient faire bouger les marchés obligataires en 2024
Plusieurs événements pourraient impacter les obligations cette année :
1. La politique monétaire des banques centrales – Si la Fed ou la BCE décident de baisser leurs taux plus tôt que prévu, les obligations pourraient rebondir. En revanche, si l'inflation reste élevée, les banques centrales pourraient maintenir des taux élevés plus longtemps, ce qui pèserait sur les prix des obligations.
2. La croissance économique – Si une récession se profile, les investisseurs pourraient se ruer vers les obligations d'État, faisant baisser leurs rendements. En revanche, si la croissance reste solide, les obligations pourraient perdre de leur attractivité au profit des actions.
3. Les risques géopolitiques – Les tensions internationales, comme la guerre en Ukraine ou les conflits au Moyen-Orient, pourraient pousser les investisseurs vers les valeurs refuges, comme les obligations d'État allemandes ou américaines.
En résumé, 2024 s'annonce comme une année charnière pour les obligations. Les investisseurs devront naviguer entre sécurité, rendement et inflation. Et ceux qui sauront anticiper les mouvements de marché pourraient en tirer profit.
Les erreurs à éviter quand on cherche une obligation sûre : le piège des rendements trop alléchants
On a tous déjà été tenté par une obligation offrant un rendement de 6% ou 7%. Après tout, pourquoi se contenter de 2% quand on peut en gagner deux fois plus ? Le problème, c'est que derrière ces rendements alléchants se cachent souvent des risques bien réels.
Prenons l'exemple des obligations "high yield", ou "junk bonds". Ces titres, émis par des entreprises notées BBB- ou moins, offrent des rendements élevés... mais leur risque de défaut est bien supérieur à celui des obligations "investment grade". En 2020, lors de la pandémie, de nombreuses entreprises notées BBB- ont fait défaut, et leurs obligations ont perdu jusqu'à 30% de leur valeur.
Autre piège : les obligations émises par des États en difficulté. En 2010, lors de la crise de la dette européenne, les obligations grecques ou portugaises ont perdu jusqu'à 50% de leur valeur. Même les obligations italiennes, considérées comme "sûres" par certains, ont vu leur rendement exploser lors des tensions politiques.
Alors, comment éviter ces pièges ? Voici les erreurs à ne pas commettre :
1. Se fier uniquement au rendement
Le rendement d'une obligation n'est qu'une partie de l'histoire. Une obligation offrant un rendement élevé peut cacher un risque de défaut important. Pour évaluer sa sécurité, il faut aussi regarder sa notation, la solidité financière de l'émetteur et la durée de l'obligation.
Par exemple, une obligation corporate notée BB+ (juste en dessous du niveau "investment grade") peut offrir un rendement de 5%, mais son risque de défaut est bien supérieur à celui d'une obligation notée AAA offrant 2%.
2. Ignorer la durée de l'obligation
Plus une obligation a une longue durée, plus elle est sensible aux variations des taux d'intérêt. Si les taux montent, le prix des obligations longues chute. À l'inverse, si les taux baissent, leur prix augmente.
En 2022, lors de la remontée des taux par la Fed et la BCE, les obligations longues ont été les plus touchées. Certaines ont perdu jusqu'à 20% de leur valeur. Alors, si vous cherchez une sécurité absolue, privilégiez les obligations courtes (1 à 5 ans) ou intermédiaires (5 à 10 ans).
3. Négliger la liquidité
Une obligation peu liquide est difficile à vendre en cas de besoin. Si vous devez revendre rapidement, vous pourriez subir une décote importante. C'est particulièrement vrai pour les obligations émises par des petites collectivités ou des entreprises peu connues.
Pour éviter ça, privilégiez les obligations émises par des États ou des entreprises de grande taille, dont les volumes d'échanges sont importants. Vous serez ainsi assuré de pouvoir revendre facilement si nécessaire.
4. Oublier l'inflation
Une obligation à taux fixe voit son rendement réel (après inflation) se réduire si l'inflation augmente. En 2022, avec une inflation à 8%, une obligation offrant un rendement nominal de 3% avait en réalité un rendement réel négatif de -5%.
Pour se protéger, il faut soit investir dans des obligations indexées sur l'inflation (comme les TIPS), soit choisir des obligations à taux variable, dont le coupon s'ajuste en fonction des taux du marché.
5. Se laisser aveugler par les ratings
Les agences de notation (Moody's, S&P, Fitch) ne sont pas infaillibles. Elles ont parfois sous-estimé les risques, comme lors de la crise des subprimes en 2008 ou de la crise de la dette européenne en 2010. Leurs notes doivent être prises en compte, mais pas suivies aveuglément.
Par exemple, en 2010, la Grèce avait une notation BBB+ juste avant de faire défaut. Les investisseurs qui s'étaient basés uniquement sur cette note ont subi des pertes importantes. Alors, méfiez-vous des notes trop optimistes, et faites vos propres recherches.
Questions fréquentes : ce que vous vous demandez (vraiment) sur les obligations sûres
Quelle est la différence entre une obligation d'État et une obligation corporate ?
Une obligation d'État est émise par un gouvernement pour financer ses dépenses (défense, éducation, infrastructures, etc.). Une obligation corporate est émise par une entreprise pour financer sa croissance ou ses projets. Les obligations d'État sont généralement considérées comme plus sûres, car les États ont le pouvoir de lever des impôts pour rembourser leurs dettes. Les entreprises, en revanche, peuvent faire faillite, ce qui rend leurs obligations plus risquées. Cependant, certaines entreprises, comme Microsoft ou LVMH, ont des obligations aussi sûres que celles des États.
Pourquoi les obligations allemandes sont-elles considérées comme si sûres ?
L'Allemagne est considérée comme une valeur refuge pour plusieurs raisons :
1. Une économie stable – L'Allemagne a la plus grande économie d'Europe, avec un PIB de plus de 4 000 milliards de dollars. Son secteur industriel, dominé par des entreprises comme Siemens ou Volkswagen, est solide et innovant.
2. Une politique budgétaire rigoureuse – L'Allemagne a une dette publique maîtrisée (environ 66% du PIB en 2023, contre plus de 110% en France). Son déficit public est également bien inférieur à la moyenne européenne.
3. Une monnaie forte – L'euro, partagé avec d'autres pays, est une monnaie stable et largement utilisée dans le monde. Même si l'Allemagne ne contrôle pas seule la politique monétaire de la zone euro, sa solidité économique lui donne une influence majeure.
4. Un système financier robuste – Les banques allemandes sont parmi les mieux capitalisées d'Europe, et le système financier du pays est réputé pour sa stabilité.
Résultat : en période de crise, les investisseurs se ruent sur les Bunds allemands, faisant baisser leurs rendements. En 2020, lors de la pandémie, les Bunds à 10 ans ont même atteint des rendements négatifs, preuve de leur statut de valeur refuge.
Peut-on perdre de l'argent avec une obligation sûre ?
Techniquement, oui. Même les obligations les plus sûres comportent des risques :
1. Le risque de taux – Si les taux d'intérêt montent, le prix des obligations existantes baisse. C'est ce qu'on appelle le "risque de taux". Par exemple, si vous détenez une obligation à 2% et que les taux montent à 3%, votre obligation perdra de la valeur si vous devez la revendre avant son échéance.
2. Le risque de crédit – Même un État peut faire défaut, bien que ce soit très rare. En 2020, l'Argentine a fait défaut sur sa dette, et les investisseurs qui détenaient ses obligations ont perdu jusqu'à 70% de leur investissement. Heureusement, les pays considérés comme "sûrs" ont un risque de défaut quasi nul.
3. Le risque d'inflation – Si l'inflation est élevée, le rendement réel (après inflation) de votre obligation peut devenir négatif. Par exemple, si vous détenez une obligation à 1% et que l'inflation est à 5%, votre rendement réel est de -4%.
4. Le risque de liquidité – Certaines obligations, notamment celles émises par des petites collectivités ou des entreprises peu connues, peuvent être difficiles à revendre. Si vous devez vendre rapidement, vous pourriez subir une décote importante.
Heureusement, ces risques sont limités pour les obligations les plus sûres. Mais ils existent, et il faut en être conscient avant d'investir.
Faut-il acheter des obligations en période d'inflation élevée ?
C'est une question qui divise les experts. D'un côté, l'inflation érode le pouvoir d'achat, et les obligations à taux fixe (comme les OAT ou les Bunds) perdent de leur valeur réelle. De l'autre, les obligations indexées sur l'inflation (comme les TIPS) protègent contre ce risque.
Alors, que faire ?
Si vous craignez l'inflation, les TIPS sont la meilleure option. Leur rendement s'ajuste en fonction de l'inflation, ce qui préserve votre pouvoir d'achat. En 2022, alors que l'inflation aux États-Unis atteignait 8,5%, les TIPS ont offert un rendement réel positif, tandis que les obligations classiques voyaient leur rendement réel s'effondrer.
Si vous ne voulez pas prendre de risque, les obligations d'État des pays stables (Allemagne, Suisse, États-Unis) restent une valeur refuge. Leur rendement nominal peut être faible, mais leur sécurité est inégalée.
En revanche, évitez les obligations à taux fixe à long terme en période d'inflation élevée. Leur rendement réel sera négatif, et leur prix pourrait chuter si les taux montent.
En résumé, en période d'inflation, privilégiez les obligations indexées sur l'inflation ou les obligations courtes à taux variable. Et si vous voulez une sécurité absolue, les obligations d'État des pays stables restent votre meilleur choix.
Les obligations des pays émergents sont-elles sûres ?
Les obligations des pays émergents (Brésil, Inde, Indonésie, etc.) offrent des rendements attractifs, mais leur risque est bien supérieur à celui des obligations des pays développés. Pourquoi ?
1. Une stabilité politique et économique fragile – Les pays émergents sont souvent confrontés à des instabilités politiques, des crises économiques ou des chocs externes (comme une chute des prix des matières premières). En 2020, par exemple, l'Argentine a fait défaut sur sa dette, et le Brésil a connu une crise politique majeure.
2. Des monnaies volatiles – Les monnaies des pays émergents (réal brésilien, roupie indonésienne, etc.) sont souvent très volatiles. Si vous investissez dans une obligation libellée en monnaie locale, vous êtes exposé au risque de change. En 2018, la livre turque a perdu 30% de sa valeur en quelques mois, ce qui a ruiné les investisseurs étrangers.
3. Des risques de crédit élevés – Les pays émergents ont souvent des notations faibles (BB ou moins), ce qui signifie que leur risque de défaut est bien supérieur à celui des pays développés. En 2020, lors de la pandémie, de nombreux pays émergents ont vu leur notation abaissée, et leurs obligations ont perdu de la valeur.
Alors, faut-il éviter totalement les obligations des pays émergents ? Pas forcément. Certaines, comme celles de la Corée du Sud ou de Taïwan, sont considérées comme assez sûres. D'autres, comme celles du Nigeria ou du Venezuela, sont extrêmement risquées.
Si vous voulez investir dans les pays émergents, privilégiez les obligations libellées en dollars (pour éviter le risque de change) et celles émises par des pays avec une notation élevée (comme le Mexique ou la Pologne). Et limitez votre exposition à une petite partie de votre portefeuille.
Verdict : quelle est l'obligation la plus sûre à acheter en 2024 ?
Alors, après tout ce tour d'horizon, quelle est la réponse ? Si vous cherchez l'obligation la plus sûre possible, sans aucun compromis, la réponse est claire : les obligations d'État des pays considérés comme les plus stables au monde. L'Allemagne, la Suisse et les États-Unis trustent le podium, avec des risques de défaut quasi nuls.
Mais attention, leur rendement est souvent décevant. Pour obtenir un meilleur rendement sans prendre trop de risques, vous pouvez vous tourner vers les obligations supranationales, les obligations corporate de qualité (comme celles de Microsoft ou LVMH) ou les obligations indexées sur l'inflation (les TIPS).
Si vous voulez un compromis entre sécurité et performance, voici ma recommandation personnelle :
1. Allouez 60% de votre portefeuille obligataire aux obligations d'État des pays stables (Allemagne, Suisse, États-Unis). Ces titres offrent une sécurité inégalée, même si leur rendement est faible.
2. Investissez 20% dans des obligations indexées sur l'inflation (TIPS ou équivalents européens). Elles vous protégeront en cas de résurgence de l'inflation, tout en offrant un rendement réel positif.
3. Consacrez les 20% restants à des obligations corporate de qualité ou à des obligations locales sûres. Ces titres offrent un rendement légèrement supérieur, avec un risque maîtrisé.
Cette allocation vous permettra de dormir sur vos deux oreilles, tout en bénéficiant d'un rendement décent. Et si une crise survient, vos obligations d'État et supranationales limiteront les dégâts.
Alors, faut-il encore acheter des obligations en 2024 ? Oui, mais à condition de bien choisir. Les obligations classiques ne sont plus les placements stars qu'elles étaient il y a 20 ans, mais elles restent un pilier de la diversification. Et dans un monde incertain, c'est déjà beaucoup.
Dernier conseil : ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Même les obligations les plus sûres comportent des risques. Diversifiez vos investissements, et n'hésitez pas à consulter un conseiller financier si vous avez un doute. Après tout, la sécurité absolue n'existe pas... mais on peut s'en approcher.
