On en parle, cette histoire de retraite ?
Je te jure, y’a pas si longtemps, j’étais dans le même cas. Je bossais chez un éditeur de logiciels à Lyon, cadre confirmé sur le papier, salaire correct, tout semblait carré. Et un jour, ma copine – qui est DRH, donc un peu dans les tuyaux – me dit comme ça, en mangeant une part de tarte au citron : « Tu sais si t’es à l’Agirc-Arrco ou pas ? » Je l’ai regardée genre : « Hein ? C’est quoi ce truc ? Un nouveau yaourt bio ? »
Agirc-Arrco, Cnav, Carsat… c’est le bazar ?
Bon, alors, pour simplifier : en France, y’a pas une seule caisse de retraite. Non. Y’en a plein. Et selon ton statut, ton salaire, ton métier, t’es versé dans un panier ou un autre. Pour les cadres, c’est un peu spécial. On parle souvent d’Agirc-Arrco, même si depuis la fusion en 2019, c’est officiellement le régime général complémentaire des cadres, mais tout le monde continue à dire Agirc-Arrco. C’est comme le nom de l’ancienne copine qu’on oublie pas.
Si t’es cadre, normalement, t’es cotisant à ce régime-là, en plus de la Cnav (la Sécurité sociale). Mais « normalement », c’est justement le problème – parce que comment tu sais si c’est ton cas ?
Regarde ta fiche de paie, point barre
Franchement, la première chose à faire, c’est de sortir ta dernière fiche de paie. Pas celle d’il y a six mois, hein. La dernière. Celle avec le mois de juin ou juillet dessus. Et tu descends dans les « retenues salariales » ou « cotisations ». Tu vas y voir des trucs bizarres, genre :
- Retraite de base (Cnav ou Carsat)
- Retraite complémentaire (Arrco)
- Et parfois… Agirc
Si t’as Arrco + Agirc, bingo : t’es cadre cotisant au régime spécifique. Si t’as juste Arrco, là, tu te poses des questions. Parce que techniquement, les cadres ont des taux de cotisation différents, et surtout, ils cotisent sur une part de salaire plus élevée.
Je me souviens, chez mon pote Julien, à Bordeaux, il croyait être cadre, mais au final, sa boîte le déclarait comme « employé ». Du coup, il cotisait qu’à l’Arrco, pas à l’Agirc. Il s’en est rendu compte en voulant simuler sa retraite sur le site info-retraite.fr. Il a eu un choc. « J’ai perdu 15 ans de points », il disait, catastrophé. Bon, après, on a vérifié, c’était un peu exagéré, mais tu vois le genre.
Et si je suis en CDI, mais pas cadre ?
Oui, ça arrive. T’as un bon poste, tu gères une équipe, t’as la pression, mais sur ton contrat, c’est marqué « catégorie B » ou « agent de maîtrise ». Dans ce cas, t’es pas forcément dans le régime des cadres. Les cadres, c’est un statut conventionnel, pas un ressenti. Même si tu te sens cadre dans ta tête, si la convention collective de ton entreprise ne te reconnaît pas comme tel, bah… tu cotises comme un non-cadre.
Enfin bref, c’est un peu la galère, je te le cache pas. J’ai un collègue, Sophie, à Toulouse, qui a passé trois ans à se battre pour qu’on la requalifie. Elle envoyait des mails, citait la convention, menaçait de passer devant les prud’hommes. Et devine quoi ? Elle a finalement obtenu gain de cause. Et du coup, ses cotisations ont été recalculées. Elle a même eu un reliquat de points. Moralité : ne reste pas les bras croisés.
Où aller pour vérifier ?
Le plus simple, c’est de t’inscrire sur info-retraite.fr. C’est le site officiel, un peu lourd parfois, mais fiable. Tu t’identifies avec FranceConnect, et là, tu vois toutes tes périodes d’affiliation. Tu verras clairement si t’es rattaché à Agirc-Arrco.
Autre option : appeler directement l’Agirc-Arrco. Oui, je sais, appeler une administration, c’est un supplice. Mais parfois, un coup de fil avec un vrai humain, ça règle tout en dix minutes. J’ai fait ça l’année dernière. J’étais dans les choux avec mes points. J’ai appelé, j’ai attendu 20 minutes (bon, c’est long), mais la dame au bout du fil a tout expliqué. Elle m’a dit : « Vous êtes bien cadre, vos cotisations sont bien prises en compte depuis 2015. » J’étais soulagé. J’ai même souri à mon téléphone.
Et les indépendants ou dirigeants ?
Ah, là, c’est un autre bordel. Si t’es auto-entrepreneur, dirigeant de SAS, ou que tu t’es mis en portage, c’est plus flou. Les cadres dirigeants, eux, cotisent souvent au Régime Social des Indépendants (RSI), maintenant intégré à la Sécurité sociale, mais avec des règles propres. Et leur retraite complémentaire, c’est le régime Madelin, ou parfois le dispositif AGIRC-ARRCO pour les dirigeants assimilés salariés.
Si t’es dans ce cas, je te conseille de passer par un comptable ou un conseiller en gestion patrimoniale. Moi, j’ai un ami à Nantes, Thomas, qui est chef d’entreprise. Il a mis deux ans à comprendre qu’il cotisait mal. Depuis, il paie un expert juste pour ça. Il dit que c’est son meilleur investissement. « Même pas cher, en fait », il dit. « C’est 300 balles par an pour éviter de perdre 500 balles par mois à la retraite. »
Et si je me suis trompé pendant des années ?
Ben… c’est chaud. Mais pas foutu. Tu peux demander une revalorisation rétroactive, surtout si ton entreprise t’a mal classé. Prends contact avec les URSSAF ou la Carsat , et demande une vérification de ta situation. Parfois, avec les bons justificatifs (contrat, fiche de paie, convention collective), tu peux récupérer des points.
Mais attention : il y a des délais. En général, 3 ans maximum pour faire une réclamation. Donc si tu t’en rends compte aujourd’hui, c’est déjà bien. Ne traîne pas.
Pourquoi c’est important, ces points ?
Parce que chaque point Agirc-Arrco, ça vaut quelque chose. Aujourd’hui, un point, c’est environ 1,30 € par mois à la retraite. Et plus t’en as, plus tu touches. Et les cadres, ils cotisent sur une partie de salaire plus élevée, donc ils accumulent plus vite.
Je pense à mon oncle, Michel. Il a bossé 40 ans dans l’industrie, cadre technique. Il a pris sa retraite l’an dernier. Il touche 3 200 € net par mois. Dont presque 900 € viennent du complémentaire. Il me dit : « Si j’avais cotisé comme un non-cadre, j’aurais perdu au moins 300 balles. » Et là, tu te dis : putain, 300 €… c’est un loyer, une voiture, des vacances.
En résumé : comment savoir ?
Alors, pour faire simple :
- Tu regardes ta fiche de paie : tu cherches Agirc et Arrco.
- Tu vas sur info-retraite.fr pour voir ton historique.
- Tu vérifies ton statut sur ton contrat et dans la convention collective.
- Tu n’hésites pas à appeler ou écrire à Agirc-Arrco ou ta Carsat.
- Et si t’es dirigeant, tu parles à ton comptable.
Parce qu’on passe trente, quarante ans à bosser. Alors autant que ça serve à quelque chose après. Pas vrai ?
Vous savez quoi ? J’ai encore du mal avec tout ça, moi aussi. Je relis mes papiers, je me relis, je doute. Mais au moins, maintenant, je sais où chercher. Et toi, tu t’es déjà posé la question ? Tu as vérifié ? Parce que franchement, c’est pas compliqué… mais faut y penser.
