On ne va pas se mentir, le tableau est loin d'être rose. Lorsqu'Emmanuel Macron arrive à l'Élysée en mai 2017, il porte l'étiquette du "Mozart de la finance", celui qui allait enfin redresser les comptes de la nation grâce à une croissance retrouvée et une gestion rigoureuse. Sauf que la réalité a rattrapé les promesses de campagne. Entre les gilets jaunes, un virus mondial et une guerre en Ukraine, le quinquennat a pris des allures de gestionnaire de crises en série, avec un chéquier toujours ouvert.
L'héritage de 2017 et les premières ambitions de réduction du déficit
Au début du premier mandat, l'objectif était clair : ramener le déficit sous la barre des 3 % pour satisfaire Bruxelles et stabiliser la dette. Le pays sortait d'une période de croissance molle. La dette stagnait alors autour de 98 % du PIB. Le gouvernement Philippe a commencé par des mesures d'économie, parfois impopulaires, comme la baisse des APL de 5 euros, un détail qui a pourtant marqué les esprits. Mais très vite, la mécanique s'est enrayée.
La suppression de l'ISF et la politique de l'offre
C'est là que le bât blesse pour beaucoup d'observateurs. Dès 2018, la transformation de l'ISF en IFI et la mise en place de la "flat tax" sur les revenus du capital ont privé l'État de plusieurs milliards de recettes annuelles. L'idée ? Stimuler l'investissement. Le problème, c'est que le ruissellement promis n'a pas été immédiat. On a réduit les recettes avant même de réduire les dépenses. C'est un peu comme si vous décidiez de réduire votre temps de travail en espérant que votre patron vous augmente par miracle le mois suivant.
La crise des Gilets Jaunes et les premières concessions budgétaires
Fin 2018, la rue gronde. Pour calmer la colère sociale, Emmanuel Macron annonce un paquet de 10 milliards d'euros : prime d'activité, défiscalisation des heures supplémentaires, annulation de la hausse de la CSG pour certains retraités. Ces mesures de pouvoir d'achat ont été financées par la dette. À ce moment-là, le sérieux budgétaire commence déjà à vaciller, même si personne ne se doutait encore de l'onde de choc qui allait arriver de Chine quelques mois plus tard.
Le séisme du Covid-19 : l'ère du "Quoi qu'il en coûte"
Mars 2020. Le pays s'arrête. Pour éviter un effondrement total de l'économie, l'État décide de se substituer au marché. C'est le fameux "Quoi qu'il en coûte". En une seule année, la dette bondit de près de 15 points de PIB. C'est colossal. On parle de centaines de milliards injectés pour financer le chômage partiel, les fonds de solidarité pour les entreprises et les prêts garantis par l'État (PGE).
Le financement massif du chômage partiel
Honnêtement, c'est flou pour beaucoup de gens, mais le chômage partiel a coûté à lui seul plus de 30 milliards d'euros en 2020. L'État a payé les salaires du secteur privé. Une décision courageuse qui a sauvé des millions d'emplois, mais qui a laissé une ardoise monumentale. Le déficit public a atteint 9 % du PIB en 2020, un record absolu sous la Ve République. On n'avait jamais vu ça, même pendant la crise financière de 2008.
Le plan de relance et l'investissement post-pandémie
Après l'urgence est venu le temps de la relance. 100 milliards d'euros ont été mis sur la table, dont une partie financée par l'Union européenne. Mais l'autre partie ? Encore de la dette. L'idée était de "transformer" l'économie, de verdir l'industrie. Reste que la France a redémarré avec un boulet financier bien plus lourd qu'auparavant. Je reste convaincu que si cette relance était nécessaire, elle a aussi installé une forme d'habitude à la dépense publique illimitée dans l'esprit des décideurs.
La crise énergétique et le bouclier tarifaire de 2022
Alors qu'on pensait sortir de l'ornière, la guerre en Ukraine a provoqué une explosion des prix de l'énergie. Là encore, le gouvernement a choisi de protéger le portefeuille des Français. Le bouclier tarifaire sur le gaz et l'électricité a évité que les factures ne triplent pour les ménages. Mais le coût pour les finances publiques est exorbitant : environ 100 milliards d'euros sur deux ans. La France est l'un des pays européens qui a le plus subventionné l'énergie, au détriment de son solde budgétaire.
Le coût caché des aides aux entreprises énergivores
Il n'y a pas que les particuliers. Les boulangers, les industriels, les PME ont tous reçu des aides pour payer leurs factures d'électricité. C'était indispensable pour éviter les faillites en cascade, sauf que cela s'est ajouté à une dette déjà stratosphérique. Le problème, c'est que ces aides sont des dépenses de fonctionnement, pas de l'investissement. On a brûlé de l'argent pour maintenir la température, sans créer de valeur future.
Pourquoi la baisse des impôts n'a pas été compensée ?
C'est l'un des points de friction majeurs. Emmanuel Macron a fait de la baisse de la pression fiscale son cheval de bataille. Suppression de la taxe d'habitation pour tous, suppression de la CVAE (un impôt sur la production pour les entreprises), baisse de l'impôt sur les sociétés de 33 % à 25 %. Au total, ce sont plus de 50 milliards d'euros de baisses d'impôts par an. Mais là où ça coince, c'est que les dépenses publiques, elles, n'ont pas baissé dans les mêmes proportions.
L'absence de réformes structurelles sur la dépense
On n'y pense pas assez, mais la France détient le record mondial des dépenses publiques par rapport au PIB (environ 57 %). Malgré les discours sur la simplification, le nombre de fonctionnaires n'a pas diminué significativement et les transferts sociaux restent massifs. Le gouvernement a parié sur la croissance pour compenser les baisses d'impôts. C'est ce qu'on appelle la courbe de Laffer : moins d'impôts tuent l'impôt, donc on en baisse pour en récolter plus via l'activité. Sauf que la croissance française est restée trop faible pour que l'équation s'équilibre d'elle-même.
La suppression de la taxe d'habitation : un cadeau empoisonné pour l'État ?
La taxe d'habitation rapportait environ 20 milliards d'euros aux communes. Pour compenser cette perte pour les maires, l'État a dû piocher dans ses propres recettes (la TVA notamment). Résultat : les ménages ont gagné du pouvoir d'achat, mais l'État central s'est encore un peu plus appauvri. C'est un transfert de richesse de la sphère publique vers la sphère privée financé par l'emprunt.
Le retour de l'inflation et le piège des taux d'intérêt
Pendant des années, la dette ne coûtait presque rien car les taux d'intérêt étaient négatifs ou proches de zéro. On empruntait gratuitement. Mais depuis 2022, la donne a changé. L'inflation a forcé la Banque Centrale Européenne à remonter ses taux. La charge de la dette est devenue le deuxième poste de dépense de l'État, juste derrière l'Éducation nationale et devant la Défense. C'est vertigineux.
Le mécanisme des obligations indexées sur l'inflation
Peu de gens le savent, mais une partie de la dette française est indexée sur l'inflation. Quand les prix augmentent, le montant que la France doit rembourser augmente automatiquement. En 2022 et 2023, cela a coûté des dizaines de milliards d'euros supplémentaires. C'est un pur effet d'aubaine pour les créanciers et une catastrophe pour Bercy. Autant dire que la fête de l'argent gratuit est bel et bien terminée.
Le risque de dégradation par les agences de notation
Standard & Poor's, Moody's, Fitch... Ces noms font trembler le ministère des Finances. En 2024, S&P a fini par dégrader la note de la France de AA à AA-. Pourquoi ? Parce que la trajectoire de réduction du déficit n'est pas jugée crédible. Si la note baisse encore, les investisseurs demanderont des taux d'intérêt encore plus élevés pour nous prêter de l'argent. C'est le début d'un cercle vicieux dont il est très difficile de sortir.
France vs Allemagne : un décrochage budgétaire inquiétant
Si l'on regarde nos voisins, le constat est amer. Certes, tous les pays ont souffert du Covid. Mais l'Allemagne, par exemple, a maintenu une rigueur constitutionnelle (le frein à l'endettement). Résultat : leur dette est redescendue sous les 70 % du PIB, quand la nôtre s'installe durablement au-dessus de 110 %. L'écart de taux d'intérêt entre la France et l'Allemagne s'est creusé, signe d'une perte de confiance relative des marchés envers la signature française.
La spécificité du modèle social français
Il faut être honnête : si la dette est si haute, c'est aussi parce que nous refusons de toucher à notre modèle social. Santé, retraites, éducation... Tout cela coûte cher. En France, on préfère s'endetter plutôt que de réduire drastiquement les prestations. C'est un choix politique, souvent soutenu par la population, mais qui arrive aujourd'hui à ses limites financières. On ne peut pas avoir un État providence scandinave avec une fiscalité qui baisse et une croissance de pays en développement.
Idées reçues : la France est-elle vraiment en faillite ?
On entend souvent que la France est "en faillite". Je trouve ça surestimé, voire carrément faux techniquement. Un État qui lève l'impôt sur l'une des populations les plus riches du monde et qui possède un patrimoine public immense n'est pas en faillite. Le problème n'est pas la solvabilité immédiate, mais la soutenabilité à long terme. Est-ce qu'on pourra encore investir dans la transition écologique si chaque euro disponible sert à payer les intérêts de la dette passée ?
La dette appartient-elle aux Chinois ?
C'est une autre idée reçue tenace. En réalité, la dette française est détenue à environ 50 % par des investisseurs étrangers (fonds de pension, banques centrales), mais le reste appartient à des résidents français, via leur assurance-vie ou leurs livrets d'épargne. Nous sommes, d'une certaine manière, nos propres créanciers. Cela n'enlève rien au problème, mais cela relativise l'idée d'une mainmise étrangère totale sur nos décisions politiques.
Questions fréquentes sur la dette sous Macron
Qui a le plus creusé la dette, Macron ou ses prédécesseurs ?
En termes de montant brut, c'est Emmanuel Macron, avec près de 900 milliards d'euros supplémentaires. À titre de comparaison, sous Nicolas Sarkozy (crise de 2008), la dette avait augmenté d'environ 600 milliards. Sous François Hollande, de 350 milliards. Cependant, il faut pondérer ces chiffres par l'inflation et l'ampleur inédite de la récession de 2020, qui a été bien plus violente que celle de 2008.
La réforme des retraites va-t-elle réduire la dette ?
À court terme, non. À long terme, elle vise à équilibrer le système de retraite pour qu'il ne pèse plus sur le budget général de l'État. C'est un signal envoyé aux marchés financiers pour prouver que la France est capable de faire des réformes structurelles. Mais ce n'est pas cela qui remboursera les 3 100 milliards déjà accumulés. C'est une mesure de freinage, pas un remboursement.
L'inflation est-elle une bonne chose pour rembourser la dette ?
C'est un vieux débat d'économistes. En théorie, l'inflation réduit la valeur réelle de la dette. Si les prix et les salaires augmentent de 10 %, une dette de 100 euros paraît moins lourde. Sauf que dans le cas actuel, l'inflation fait aussi monter les taux d'intérêt et le coût des aides publiques (indexation du SMIC, des retraites). Au final, l'effet est quasi nul, voire négatif pour la France à cause des obligations indexées.
L'essentiel : un héritage financier sous haute tension
Le constat est sans appel : Emmanuel Macron laissera derrière lui une France bien plus endettée qu'il ne l'a trouvée. Si les crises extérieures ont bon dos, elles n'expliquent pas tout. La stratégie de baisser les impôts sans réduire la voilure de l'État a créé un déséquilibre structurel que la remontée des taux vient aujourd'hui sanctionner cruellement. Le prochain quinquennat sera inévitablement celui de l'austérité ou d'une remise à plat fiscale majeure.
Le truc, c'est que la marge de manœuvre est devenue quasi inexistante. Entre les besoins de financement pour les hôpitaux, l'armée (loi de programmation militaire) et la transition climatique, les dépenses ne demandent qu'à augmenter. Or, avec un déficit qui patine à 5,5 % du PIB en 2023 au lieu des 4,9 % prévus, le gouvernement semble avoir perdu le contrôle de sa propre trajectoire. On est loin du compte, et la question n'est plus de savoir si on va payer, mais qui va payer et quand. Bref, le réveil s'annonce douloureux pour les contribuables français.

