Un passé colonial qui a laissé des traces profondes
L’arrivée des Français au Vietnam
On n’est pas encore dans une francophonie joyeuse hein, c’était plutôt par obligation : administration, écoles, tribunaux, tout passait par le français. Même les panneaux de rue à Hanoï ou Saïgon (aujourd’hui Hô Chi Minh-Ville) étaient en français.
Une langue de l’élite
Pendant la période coloniale, apprendre le français, c’était clairement un privilège. Seuls les Vietnamiens les plus riches ou les mieux placés pouvaient y accéder, souvent dans des écoles gérées par les missionnaires ou par l’administration.
Mon arrière-grand-père (côté maternel) a appris le français à Hanoï dans les années 30, juste pour pouvoir devenir fonctionnaire. Il m’a raconté qu’il devait écrire des dissertations entières sur Voltaire et les Droits de l’Homme alors qu’il n’avait jamais lu une ligne de littérature vietnamienne à l’école… assez fou, quand on y pense.
Le français au Vietnam après l’indépendance
Une langue en déclin… mais pas totalement oubliée
Quand le Vietnam récupère son indépendance en 1954, le français commence à reculer sévèrement. Les nouvelles autorités veulent remettre la langue vietnamienne au centre du jeu – logique, après des décennies d’oppression culturelle.
Mais le français reste là, en arrière-plan. Certaines familles le gardent comme langue d’élite ou de prestige. Il est toujours enseigné dans certaines écoles, surtout à Hanoï ou dans le sud, plus "ouvert" historiquement.
L’influence soviétique et anglophone
Dans les années 70-80, le russe gagne du terrain à cause des liens avec l’URSS. Et depuis les années 90, c’est l’anglais qui rafle tout : business, internet, tourisme… Le français ? Il se bat, gentiment.
Mais y a un truc curieux : le français au Vietnam ne meurt jamais vraiment. Il change de forme, il se cache un peu, mais il survit. Un peu comme ces vieilles chansons qu’on entend encore au fond d’un marché.
Le français aujourd’hui au Vietnam
Apprentissage dans les écoles
Aujourd’hui, environ 700 000 Vietnamiens parlent français (plus ou moins couramment). C’est peu comparé aux +100 millions d’habitants, mais c’est déjà ça. Il existe encore des lycées bilingues, des programmes universitaires, et pas mal de partenariats avec la France.
Et puis, certaines expressions françaises ont carrément intégré le quotidien : bánh mì (pain), cà phê sữa đá (café au lait glacé)… Tu trouves même des pâtisseries appelées “opéra” dans des boulangeries de Hô Chi Minh-Ville.
Un outil culturel et diplomatique
La France, elle, n’a pas lâché le morceau. Grâce à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), elle soutient des programmes d’enseignement, des festivals, des événements culturels… et même des bourses pour les étudiants vietnamiens qui veulent venir étudier à Paris, Toulouse ou Lyon.
Anecdotes d’un voyage au Vietnam
J’ai voyagé à Hanoï en 2019. Dans un petit café, le serveur (un monsieur de presque 70 ans) me sort un “Bonjour monsieur, vous êtes Français?” avec un accent hyper doux. Il m’a raconté qu’il avait appris le français dans sa jeunesse, “quand c’était encore bien vu” selon ses mots. Il ne parlait pas couramment, mais il connaissait des poèmes de Prévert par cœur. J’étais soufflé.
Un autre moment : dans une librairie près du lac Hoàn Kiếm, je tombe sur une étagère entière de romans français traduits en vietnamien. Zola, Duras, Camus… Impressionnant, non ?
Conclusion : le français au Vietnam, une langue discrète mais vivante
Alors pourquoi parle-t-on français au Vietnam ? Parce que l’histoire a laissé ses marques, tout simplement. Et malgré la montée de l’anglais, malgré les changements, le français garde une petite place symbolique dans la culture vietnamienne.
Ce n’est pas la langue du peuple. C’est la langue d’une mémoire, d’un certain raffinement, parfois d’un snobisme un peu dépassé… mais c’est surtout un pont entre deux mondes.
Et franchement, c’est beau.
