Alors, comment s’y retrouver sans finir en PLS grammaticale ? On va décortiquer les règles, les exceptions, et surtout, les réflexes à adopter pour que vos accords deviennent aussi naturels que respirer. (Enfin, presque.)
Pourquoi l’accord dans une phrase est-il si souvent malmené ?
Parce que le français est une langue de traîtres, voilà pourquoi. Prenez cette phrase : "Les enfants, ravis de leur sortie, sont partis en courant." Tout semble simple, non ? Sauf que si vous écrivez "Les enfants, ravi de leur sortie, sont partis en courant", vous venez de commettre un crime contre la grammaire. Et personne ne vous préviendra. Les gens souriront poliment en hochant la tête, mais dans leur tête, ils seront en train de vous juger. Durement.
Le problème, c’est que l’accord repose sur des règles qui semblent logiques… jusqu’à ce qu’elles ne le soient plus. Le sujet commande le verbe, d’accord. Mais quand le sujet est un pronom relatif ("ceux qui"), un collectif ("la majorité des"), ou pire, un nom propre pluriel ("Les Misérables sont un roman"), là, les choses se corsent. Et c’est sans parler des participes passés, ces petits monstres qui changent de forme selon l’auxiliaire, le COD, et parfois même l’humeur du rédacteur.
Reste que la plupart des erreurs viennent d’un manque d’attention, pas d’un manque de connaissances. On écrit trop vite, on relit trop peu, et hop – "les pommes que j’ai mangé" s’invite dans notre prose. (Spoiler : c’est "mangées". Toujours.)
Les trois ennemis jurés de l’accord
Premier ennemi : la précipitation. Quand on tape un message à 2h du mat’ ou qu’on rédige un mail en cinq minutes, le cerveau passe en mode "survie linguistique". Résultat : les accords passent à la trappe. Deuxième ennemi : les automatismes. On a appris une règle à l’école, on l’applique sans réfléchir, et on oublie qu’elle a des exceptions. Exemple ? "Après que" est suivi de l’indicatif, pas du subjonctif. Pourtant, combien de fois lit-on "après qu’il soit parti" ? (C’est "après qu’il est parti". Oui, ça grince.)
Et puis il y a le troisième ennemi, le plus sournois : la peur de se tromper. Parfois, on hésite tellement qu’on finit par écrire n’importe quoi, juste pour en finir. "Les informations que j’ai reçues" devient "les informations que j’ai reçu", par prudence. Sauf que la prudence, ici, c’est l’ennemi de la justesse.
L’accord sujet-verbe : la base (qui n’est pas si basique)
Commençons par le B.A.-BA : le sujet s’accorde avec le verbe. "Je mange", "tu manges", "il mange". Jusqu’ici, tout va bien. Mais dès qu’on sort des pronoms personnels, ça se complique. Prenez "la plupart des gens". Singulier ou pluriel ? Réponse : pluriel. "La plupart des gens sont d’accord." Pourtant, "la majorité" peut être les deux : "La majorité est pour" (si on parle de la majorité comme un bloc) ou "La majorité des votants sont pour" (si on insiste sur les individus).
Et que dire des sujets inversés ? "Où sont les clés ?" Personne ne se trompe ici. Mais "Voilà les clés qui manquent" devient souvent "Voilà les clés qui manque" à l’oral. À l’écrit, c’est une faute. Toujours.
Les cas qui font trébucher même les pros
Les noms collectifs. "Une foule de manifestants a envahi la place" ou "une foule de manifestants ont envahi la place" ? Les deux sont corrects, mais pas interchangeables. Le singulier insiste sur l’ensemble, le pluriel sur les individus. Même chose pour "une dizaine de", "une centaine de" : "Une dizaine de personnes est venue" (on parle du groupe) ou "Une dizaine de personnes sont venues" (on parle des individus).
Les sujets coordonnés. "Le chat et le chien dorment" : accord au pluriel. "Le chat ou le chien dort" : accord au singulier. Logique. Mais "ni l’un ni l’autre ne viendra" ? Singulier. Parce que "ni… ni" est exclusif. Et "soit l’un soit l’autre sera choisi" ? Là encore, singulier. Sauf que si les deux sujets sont au pluriel, on met le verbe au pluriel : "Soit les chats soit les chiens seront adoptés."
Et puis il y a les sujets séparés par des virgules ou des incises. "Mon frère, ainsi que mes parents, viendra" : le verbe s’accorde avec "mon frère", pas avec "mes parents". Parce que "ainsi que" n’est pas une conjonction de coordination. En revanche, "Mon frère, mes parents et moi viendrons" : pluriel, parce que "et" lie les sujets.
Le piège des pronoms relatifs
"C’est moi qui ai raison" ou "c’est moi qui a raison" ? La réponse est simple : "ai". Parce que le verbe s’accorde avec le pronom qui précède "qui". "C’est toi qui as tort", "c’est nous qui avons gagné". Même logique avec "ceux qui" : "Ceux qui veulent partir peuvent le faire." Pas "ceux qui veut".
Mais attention aux pièges. "L’un des hommes qui ont survécu" : pluriel, parce que "qui" renvoie à "hommes". En revanche, "L’un des hommes qui a survécu" : singulier, si on parle d’un seul homme en particulier. La nuance est subtile, mais elle change tout.
L’accord de l’adjectif : quand le genre et le nombre jouent à cache-cache
Un adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il qualifie. "Une robe bleue", "des robes bleues". Simple. Sauf que. Sauf que quand le nom est masculin et féminin à la fois, on met l’adjectif au masculin pluriel. "Un homme et une femme heureux." Pas "heureux et heureuses". Le masculin l’emporte, comme on nous l’a seriné à l’école. (Et oui, c’est sexiste. Mais c’est la règle.)
Mais là où ça se corse, c’est avec les noms de couleur. "Des robes bleu clair" : pas de trait d’union, et "clair" reste invariable. Parce que "bleu clair" est une nuance, pas une couleur simple. En revanche, "des robes bleues" : accord. "Des robes orange" : pas d’accord, parce que "orange" est un nom de fruit qui désigne une couleur. "Des robes marron" : même chose. Sauf que "rose", "mauve" et "pourpre" s’accordent. Pourquoi ? Parce que le français aime bien nous embrouiller, voilà pourquoi.
Les adjectifs de relation et les participes présents
Certains adjectifs ne s’accordent pas, même s’ils semblent qualifier un nom. Ce sont les adjectifs de relation, qui indiquent une appartenance ou une origine. "Une solution gouvernementale" : pas d’accord, parce que la solution n’est pas "gouvernée", elle est liée au gouvernement. Même chose pour "une décision ministérielle".
Les participes présents, eux, sont invariables. "Les enfants, jouant dans le jardin, ne m’ont pas entendu." Pas "jouants". Pourtant, on a envie d’accorder, parce que "jouant" ressemble à un adjectif. Mais non. C’est un participe présent, donc invariable. (Sauf quand il est employé comme adjectif : "des enfants obéissants". Là, on accorde.)
Le participe passé : le casse-tête qui fait trembler les rédacteurs
Ah, le participe passé. Celui qui fait pleurer les élèves et transpirer les correcteurs. La règle de base est simple : avec "être", on accorde avec le sujet. "Elle est partie." Avec "avoir", on n’accorde pas… sauf si le COD est placé avant le verbe. "Les fleurs que j’ai cueillies." Mais si le COD est après, pas d’accord : "J’ai cueilli des fleurs."
Sauf que. Sauf que quand le COD est "en", on n’accorde généralement pas. "Des pommes, j’en ai mangé." Pas "mangées". Sauf que si "en" représente une quantité précise, certains accordent. "Des trois pommes, j’en ai mangé deux." Là, on peut écrire "mangées". (Mais c’est controversé. Bref, évitez le piège.)
Les verbes pronominaux : l’enfer des accords
Les verbes pronominaux, c’est une autre paire de manches. "Elle s’est lavée" : accord, parce que "se" est COD. "Elle s’est lavé les mains" : pas d’accord, parce que "les mains" est COD. "Ils se sont parlé" : pas d’accord, parce que "se" est COI. "Ils se sont succédé" : même chose. Mais "Ils se sont plu" : accord, parce que "se" est COD.
Et puis il y a les verbes essentiellement pronominaux, comme "s’enfuir" ou "s’évanouir". Là, on accorde toujours avec le sujet. "Elle s’est évanouie." Pas le choix. En revanche, "se rendre compte" ne s’accorde pas. "Elle s’est rendu compte de son erreur." Parce que "compte" est COD, et "se" est COI.
Les pièges des auxiliaires et des temps composés
Avec "être", c’est simple : accord avec le sujet. "Ils sont partis." Avec "avoir", c’est plus vicieux. "Les efforts qu’il a faits" : accord, parce que "qu’" (COD) est avant le verbe. Mais "Il a fait des efforts" : pas d’accord. Et si le COD est un infinitif ? "Les chansons que j’ai entendu chanter" : pas d’accord, parce que "chanter" est le COD réel. En revanche, "Les chansons que j’ai entendues" : accord, si "chansons" est COD.
Et puis il y a les temps surcomposés, ces monstres grammaticaux qu’on utilise sans y penser. "Quand il a eu fini" : pas d’accord. "Quand il a eu fini ses devoirs" : même chose. Mais "Les devoirs qu’il a eu finis" : accord, parce que "qu’" (COD) est avant le verbe.
Les accords du verbe avec les nombres : quand le pluriel fait de la résistance
Un, deux, trois… et après ? "Vingt et un élèves sont présents" ou "vingt et un élèves est présent" ? Les deux sont corrects, mais le pluriel est plus courant. En revanche, "cent un" ou "mille un" prennent le pluriel : "Cent un dalmatiens". Sauf que "un" reste singulier : "Vingt et un pour cent des élèves sont absents."
Et les fractions ? "Un tiers des élèves a réussi" ou "un tiers des élèves ont réussi" ? Là encore, les deux sont possibles. Le singulier insiste sur la proportion, le pluriel sur les individus. Même logique pour "la moitié", "la majorité", etc.
Les nombres écrits en lettres : les exceptions qui tuent
"Quatre-vingts" prend un "s" : "quatre-vingts euros". Mais "quatre-vingt-un" n’en prend pas. "Cent" prend un "s" quand il est multiplié et non suivi d’un autre nombre : "deux cents euros". Mais "deux cent un euros". "Mille" est invariable : "deux mille euros".
Et "zéro" ? "Zéro faute" ou "zéro fautes" ? Les deux existent, mais le singulier est plus courant. Parce que "zéro", c’est l’absence de quelque chose. Donc logiquement, singulier. (Même si le pluriel se défend.)
Les accords dans les phrases complexes : quand la subordonnée s’en mêle
Dans une phrase complexe, l’accord peut dépendre de la subordonnée. "C’est toi qui as raison" : accord avec "toi". "Ce sont eux qui ont tort" : accord avec "eux". Mais "C’est nous qui partons" : accord avec "nous". Logique, mais pas toujours évident à l’oreille.
Et quand le sujet est une proposition infinitive ? "Entendre les oiseaux chanter me plaît." Pas d’accord, parce que "les oiseaux chanter" est une proposition infinitive, pas un COD. En revanche, "Les oiseaux que j’ai entendus chanter" : accord, parce que "que" (COD) est avant le verbe.
Les incises et les parenthèses : attention à la cohérence
Une incise ou une parenthèse ne change pas l’accord. "Les enfants (et leurs parents) sont invités." Pas "sont invité". Même si la parenthèse semble isoler "leurs parents", le sujet reste "les enfants". En revanche, si la parenthèse contient un sujet à part, on accorde avec ce sujet. "L’enfant (et ses jouets) est sage." Pas "sont sages", parce que le sujet principal est "l’enfant".
Les erreurs d’accord les plus courantes (et comment les éviter)
1. "Les gens sont" vs "les gens est"
"Les gens" est toujours pluriel. "Les gens sont contents." Pas "les gens est content". Même si "gens" vient du latin "gens" (singulier), en français moderne, c’est un pluriel. (Et oui, ça énerve les puristes.)
2. "Après que" + subjonctif
On entend souvent "après qu’il soit parti". C’est une faute. "Après que" est suivi de l’indicatif : "après qu’il est parti". Parce que "après que" exprime un fait accompli, pas une hypothèse. (Le subjonctif, lui, exprime le doute ou l’incertitude.)
3. "Le peu de" + accord
"Le peu de courage qu’il a montré" ou "le peu de courage qu’il a montrés" ? Les deux sont possibles, mais pas avec le même sens. "Montré" (singulier) : on insiste sur le manque de courage. "Montrés" (pluriel) : on insiste sur les actes de courage, malgré leur rareté.
4. "Ça m’a plu" vs "ça m’a plus"
Une faute d’orthographe qui change tout. "Ça m’a plu" : du verbe "plaire". "Ça m’a plus" : du verbe "plaire" aussi, mais au sens de "ajouter". (Et c’est rare.) La plupart du temps, c’est "plu".
Questions fréquentes sur les accords (et leurs réponses qui dérangent)
Pourquoi le masculin l’emporte-t-il sur le féminin ?
Parce que le français est une langue patriarcale, tout simplement. Au XVIIe siècle, les grammairiens ont décidé que le masculin était "plus noble" que le féminin, et hop – la règle était née. Aujourd’hui, certains militent pour l’accord de proximité ("les hommes et les femmes sont belles"), mais la règle officielle reste le masculin pluriel. (Et non, ce n’est pas près de changer.)
Faut-il accorder "dû" avec "avoir" ?
Oui, mais seulement si le COD est placé avant le verbe. "Les efforts qu’il a dûs fournir" : accord. "Il a dû fournir des efforts" : pas d’accord. Sauf que "dû" prend un accent circonflexe uniquement au masculin singulier. "Dû", "due", "dus", "dues". (Et oui, c’est chiant.)
Comment accorder "possible" dans "le plus de… possible" ?
C’est l’un des rares cas où un adjectif reste invariable. "Le plus de pommes possible." Pas "possibles". Parce que "possible" qualifie ici l’idée de quantité, pas les pommes elles-mêmes. En revanche, "les solutions les plus possibles" : accord, parce que "possible" qualifie "solutions".
Pourquoi "des fois" prend-il un "s" alors que "parfois" n’en prend pas ?
Parce que le français adore les exceptions. "Des fois" est une locution adverbiale qui signifie "parfois", mais elle s’écrit avec un "s". "Parfois", lui, est un adverbe invariable. (Et non, il n’y a pas de logique. C’est comme ça.)
Verdict : l’accord dans une phrase, c’est comme le vélo… sauf que le vélo ne change pas de règles tous les trois mots
Accorder correctement dans une phrase, c’est un mélange de règles, d’exceptions, et de bon sens. Le truc, c’est de ne pas paniquer. Quand vous hésitez, relisez à voix haute. Si ça sonne faux, c’est probablement faux. Et si vous bloquez, reformulez. "Les fleurs que j’ai cueillies" devient "J’ai cueilli des fleurs" – et hop, plus de problème d’accord.
Le français n’est pas une science exacte, et c’est ce qui le rend à la fois exaspérant et fascinant. Une langue où "cent" prend un "s" mais "quatre-vingt-un" n’en prend pas, où "plaire" donne "plu" mais "pleuvoir" donne "plu" aussi, et où "un million de personnes" est singulier mais "un millier de personnes" est pluriel… bref, une langue qui demande de l’attention, de la patience, et surtout, beaucoup d’indulgence envers soi-même.
Alors la prochaine fois que vous écrivez "les informations que j’ai reçues", félicitez-vous. Vous venez de gagner une bataille contre la grammaire. Et si vous écrivez "les informations que j’ai reçu", consolez-vous : même les meilleurs se trompent. (Mais relisez quand même.)
