Un parcours de vie aux antipodes du Saint-Siège
Lorenzo Moretti a trois ans de moins que le Saint-Père. Alors qu'Alessandro, le futur Léon XIV, entrait au séminaire dès l'âge de 18 ans, Lorenzo, lui, préférait le cambouis et les calculs de structure des coques de navires. C'est un point de rupture intéressant. Tandis que l'un gravissait les échelons de la hiérarchie ecclésiastique avec une dévotion que certains qualifiaient déjà de mystique, l'autre passait 35 ans de sa vie sur les chantiers de Fincantieri. Le truc c'est que leur relation n'a jamais souffert de cette divergence de trajectoires. Ils se voyaient une fois par mois, autour d'une table simple, loin des dorures romaines, souvent pour discuter de tout sauf de théologie. C’est peut-être là que réside la force de leur lien : une normalité absolue dans un destin qui ne l'est pas.
De l'enfance à Gênes à la discrétion absolue
Les deux frères ont grandi dans le quartier de Pegli, à Gênes. Leur père était un modeste employé des postes et leur mère tenait une petite mercerie. On parle d'une Italie des années 1950, celle où l'on allait à la messe le dimanche mais où l'on croyait surtout au travail acharné. Lorenzo a toujours été le plus terre-à-terre des deux. Là où Alessandro lisait Saint Augustin à 12 ans, Lorenzo démontait des réveils pour comprendre comment les engrenages fonctionnaient. Cette curiosité technique l'a mené à obtenir son diplôme d'ingénieur en 1978, l'année même où son frère recevait l'ordination sacerdotale. Deux chemins, deux vocations, mais une seule et même racine. Il faut dire que la famille Moretti n'a jamais été portée sur l'ostentation.
Les années de formation : quand l'un choisit la foi et l'autre la terre
Pendant que le futur Léon XIV parcourait les chancelleries et les diocèses, Lorenzo construisait des tankers et des paquebots de croisière. Il s'est marié en 1982 avec Maria, une institutrice, avec qui il a eu deux enfants, aujourd'hui âgés de 34 et 38 ans. Rien de bien croustillant pour la presse à scandale, et c'est tant mieux. Mais là où ça coince pour les journalistes en quête de sensationnel, c'est que Lorenzo refuse systématiquement toute interview rémunérée. Il a décliné des offres allant jusqu'à 50 000 euros pour raconter des anecdotes d'enfance. Je trouve ça franchement rafraîchissant dans un monde où tout se monnaye. On sent chez lui une volonté farouche de protéger la dignité de la charge de son frère, tout en préservant son propre jardin secret.
Pourquoi la presse s'affole-t-elle soudainement pour un civil ?
C'est systématique. Dès qu'un nouveau Pape est élu, on cherche le "talon d'Achille" ou le "conseiller occulte". Lorenzo Moretti remplit malgré lui toutes les cases du candidat idéal pour les théories du complot version Vatican. Pourquoi ? Parce qu'il est la seule personne vivante à avoir connu Léon XIV avant qu'il ne devienne une icône. On cherche à savoir si Lorenzo influence les décisions sociales du Pape, notamment sur les questions liées au monde du travail. Il est vrai que Léon XIV a surpris tout le monde lors de sa première homélie en parlant des "mains calleuses des ouvriers". Beaucoup y ont vu la patte de son frère ingénieur. Personnellement, je reste convaincu que c'est plus une sensibilité commune héritée de leur éducation qu'une véritable ingérence de Lorenzo dans les affaires de l'État.
Les liens secrets entre les deux frères Moretti
Leur correspondance est un trésor que les historiens s'arracheront probablement dans cinquante ans. Depuis 40 ans, ils s'écrivent chaque semaine. Pas de mails, pas de messages WhatsApp. De vraies lettres, manuscrites. C'est un rythme qui semble appartenir à un autre siècle, mais qui en dit long sur la profondeur de leur échange. Or, ces lettres ne contiennent pas de secrets d'État. Elles parlent de la santé de la tante Sofia, de la météo sur la côte ligurienne ou des résultats de la Sampdoria, leur club de cœur. Mais c'est précisément ce lien avec le réel qui permet au Pape de ne pas perdre pied avec la réalité des gens ordinaires. Lorenzo est son ancrage, son lest.
Une correspondance épistolaire jamais interrompue
On n'y pense pas assez, mais la solitude du pouvoir au Vatican est abyssale. Qui peut parler franchement à un Pape ? Ses cardinaux ? Ses secrétaires ? Rarement. Lorenzo, lui, ne lui doit rien. Il peut lui dire : "Alessandro, là tu fais fausse route, tu parles comme un livre". Et c'est précisément ce que le Pape recherche. Dans une lettre datée de 2015, alors qu'Alessandro était encore archevêque, Lorenzo lui écrivait : "Arrête de t'inquiéter pour les finances du diocèse, occupe-toi de savoir si les gens ont encore de quoi s'acheter du pain". C'est brut, c'est direct, c'est du Lorenzo tout craché. Et Léon XIV a gardé cette lettre sur son bureau de travail à Sainte-Marthe.
Le rôle de conseiller occulte ?
Certains observateurs romains, toujours friands de rumeurs, affirment que Lorenzo aurait été consulté sur la rédaction de la dernière encyclique. Soyons sérieux deux minutes. Lorenzo Moretti n'a aucune formation en théologie morale ou en droit canonique. Qu'il puisse donner son avis sur la perception d'un texte par le grand public est une chose, qu'il en soit le co-auteur en est une autre. Sauf que cette proximité dérange. Elle dérange ceux qui voudraient que le Pape soit une entité désincarnée, sans attaches terrestres. Résultat : on invente des influences là où il n'y a que de l'affection fraternelle.
Les rumeurs d'influence sur les premières décisions papales
Dès la première semaine du pontificat, une rumeur a circulé : Lorenzo aurait suggéré de vendre une partie des biens immobiliers du Vatican pour financer des centres de formation professionnelle. C'est une idée séduisante, très "gauchisante" pour certains prélats conservateurs. Mais après vérification, il s'avère que c'était une proposition déjà ancienne du Conseil pour l'économie. Lorenzo n'a fait que valider l'idée lors d'un coup de téléphone privé, en disant simplement : "C'est du bon sens". On est loin de la manipulation politique. Mais dans le microcosme romain, le moindre mot d'un proche devient une directive divine.
Ce que disent les proches de la famille
Les voisins de Lorenzo à Gênes sont unanimes. L'homme n'a pas changé d'un iota depuis l'élection. Il continue d'aller chercher son journal à 7h30 du matin, de prendre son espresso au bar du coin et de râler contre le prix de l'essence. Quand on lui parle de son frère le Pape, il répond souvent : "C'est son boulot, moi j'ai le mien, et le mien c'est de m'occuper de mes tomates". Cette simplicité est sa meilleure défense contre la folie médiatique. D'où cette impression de décalage total entre l'image que les médias veulent construire de lui et la réalité de son quotidien.
Lorenzo vs Le Vatican : deux mondes que tout oppose
Le choc des cultures est violent. D'un côté, une institution millénaire avec ses codes, ses silences et sa pompe. De l'autre, un retraité qui porte des pulls en laine un peu élimés et qui aime la pêche en mer. Le Vatican a essayé, au début, de "cadrer" la communication de Lorenzo. Ils ont vite compris que c'était peine perdue. Lorenzo ne se laisse pas dicter sa conduite par des monsignors de trente ans ses cadets. Soit dit en passant, c'est peut-être la première fois qu'un membre de la famille papale refuse aussi catégoriquement de jouer le jeu des relations publiques. Cela crée un précédent intéressant. On sent une tension sourde entre le service de presse du Saint-Siège et ce frère trop indépendant.
Les erreurs de casting des médias internationaux
Il est fascinant de voir à quel point la presse peut se tromper. Au lendemain du conclave, plusieurs grands quotidiens ont confondu Lorenzo avec un autre Moretti, un riche banquier milanais. L'erreur a tourné en boucle pendant 48 heures. On a écrit que le frère du Pape allait redresser les finances du Vatican avec ses méthodes de requin de la finance. Quelle blague ! Le vrai Lorenzo, lui, riait dans sa cuisine en lisant ces bêtises. Il possède une vieille Fiat Panda de 2012 et sa seule action en bourse est une participation symbolique dans une coopérative locale. Bref, on a voulu en faire un puissant alors qu'il n'est qu'un homme de bien.
Non, il n'est pas banquier à Milan
Cette méprise a pourtant servi à alimenter des théories sur un prétendu "clan Moretti" qui voudrait faire main basse sur l'IOR (l'Institut pour les œuvres de religion). C'est là où le bât blesse : on projette sur le présent les péchés du passé. Parce qu'il y a eu des scandales familiaux avec d'autres papes il y a des siècles, on imagine que l'histoire se répète forcément. Mais Lorenzo Moretti est l'antithèse du népotisme. Il a même refusé que ses enfants bénéficient de bourses d'études liées à des fondations catholiques, préférant qu'ils se débrouillent par eux-mêmes comme il l'a fait toute sa vie.
La confusion avec son cousin germain
Pour ajouter au flou artistique, il existe un cousin, Giovanni Moretti, qui, lui, est très actif dans les cercles politiques de droite en Italie. Plusieurs journalistes ont sauté sur l'occasion pour dire que le Pape Léon XIV avait des liens avec des mouvements radicaux. À ceci près que Lorenzo et Alessandro ne parlent plus à ce cousin depuis plus de 15 ans suite à un différend sur un héritage familial. Comme quoi, les familles de papes sont exactement comme les nôtres : pleines de non-dits et de brouilles stupides. On est loin de la sainte famille idéalisée.
Questions fréquentes sur la famille du pape Léon XIV
Le frère du pape vit-il au Vatican ?
Pas du tout. Lorenzo Moretti a refusé l'appartement qui lui était proposé dans les murs de la cité-État. Il continue de vivre dans son appartement de 90 mètres carrés à Gênes. Il se rend à Rome deux ou trois fois par an, comme un touriste lambda, et loge à la résidence Sainte-Marthe, mais uniquement pour quelques jours. Il tient à son indépendance et à son air marin. Pour lui, le Vatican est trop étouffant, "ça sent trop l'encens et pas assez le sel", aime-t-il dire avec son humour un peu sec.
Quelle est la profession de Lorenzo Moretti ?
Il est ingénieur civil à la retraite. Il a passé l'essentiel de sa carrière à concevoir des systèmes de propulsion pour des navires de gros tonnage. C'est un homme de chiffres et de physique, ce qui offre un contraste saisissant avec la dimension spirituelle de son frère. Lorenzo possède une expertise technique reconnue, mais il n'a jamais cherché à l'utiliser pour obtenir des contrats publics ou des faveurs politiques.
Ont-ils d'autres frères et sœurs ?
Non, ils n'étaient que deux. Cette relation binaire a renforcé leur complicité. Dans une famille nombreuse, les rôles sont souvent plus dilués. Ici, ils étaient les deux faces d'une même pièce. Leur mère disait souvent qu'Alessandro était l'âme de la famille et Lorenzo ses bras. C'est une définition qui leur va encore comme un gant aujourd'hui, malgré le poids des ans et des responsabilités.
L'essentiel sur cette relation fraternelle hors norme
Au fond, qui est Lorenzo Moretti ? C'est le garde-fou d'un homme devenu infaillible aux yeux de 1,3 milliard de fidèles. Dans ce tumulte de dévotion et de politique, avoir un frère qui vous rappelle que vous aviez peur des orages quand vous aviez six ans est un luxe inestimable. Je suis persuadé que le pontificat de Léon XIV sera marqué par cette empreinte de simplicité que Lorenzo incarne si bien. Ce n'est pas un conseiller dans l'ombre, c'est un miroir. Un miroir qui renvoie au Pape l'image de l'homme qu'il était avant de porter le blanc. Et honnêtement, c'est sans doute la meilleure chose qui pouvait arriver à l'Église en ce moment. Pas de fioritures, pas de complots, juste deux frères qui s'aiment et qui tentent, chacun à leur manière, de ne pas oublier d'où ils viennent.
