Pourtant, une chose est sûre : personne ne vous dira jamais de boire cinq litres de thé à la cannelle par jour. Mais où placer le curseur ? Entre la tasse du matin qui réveille en douceur et celle du soir qui, soi-disant, aide à dormir (spoiler : ça dépend des gens), comment éviter de basculer dans l’excès ? On a creusé le sujet, interrogé des experts, épluché des études – et le résultat est bien moins simple qu’il n’y paraît. Car si la cannelle est une épice millénaire, son usage sous forme de thé, lui, reste un terrain miné de contradictions et de demi-vérités.
La cannelle, cette épice aux deux visages : Ceylan vs Cassia
Commençons par le commencement. Parce que non, toutes les cannelles ne se valent pas. Et cette distinction change absolument tout quand on parle de consommation quotidienne. Il existe en réalité deux grandes familles de cannelle : celle de Ceylan (Cinnamomum verum), souvent qualifiée de "vraie" cannelle, et la Cassia (Cinnamomum cassia), bien plus répandue dans les supermarchés parce que moins chère. Le problème ? La Cassia contient de la coumarine, une substance naturelle qui, à haute dose, peut s’avérer toxique pour le foie et les reins.
Une étude publiée dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry en 2010 a révélé que la teneur en coumarine de la Cassia pouvait varier de 2 100 à 4 400 mg/kg, contre seulement 17 à 25 mg/kg pour la cannelle de Ceylan. Autant dire que le rapport est de 1 à 200. Et c’est là que ça coince : si vous buvez du thé à la Cassia tous les jours, vous risquez de dépasser sans le savoir la dose maximale tolérable de coumarine fixée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) à 0,1 mg par kilo de poids corporel. Pour une personne de 70 kg, cela représente environ 7 mg par jour. Or, une seule cuillère à café de Cassia en poudre peut en contenir jusqu’à 5 mg. Vous voyez le problème ?
Comment les reconnaître sans se tromper ?
La cannelle de Ceylan se présente sous forme de fines écorces enroulées en plusieurs couches, un peu comme un cigare. Sa couleur est plus claire, presque beige, et son goût est plus doux, presque floral. La Cassia, elle, est plus épaisse, d’un brun rougeâtre, et son arôme est plus puissant, presque piquant. Si vous achetez de la cannelle en poudre, méfiance : les deux se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Le seul moyen d’être sûr ? Vérifier l’étiquette. Si c’est écrit "cannelle de Ceylan" ou "Cinnamomum verum", vous êtes tranquille. Sinon, assumez que c’est de la Cassia – et ajustez votre consommation en conséquence.
Mais attention, même avec la cannelle de Ceylan, il y a des limites. Parce que oui, même les bonnes choses ont leurs revers. Et dans ce cas précis, le revers s’appelle l’eugénol, un composé présent dans toutes les variétés de cannelle, qui peut irriter les muqueuses à haute dose. Alors, comment trouver le juste milieu ?
Les bienfaits du thé à la cannelle : ce que la science dit vraiment
Parlons peu, parlons chiffres. Parce que si on entend souvent que le thé à la cannelle fait baisser la glycémie, booste le système immunitaire ou même aide à perdre du poids, encore faut-il savoir ce qui relève du fait scientifique et ce qui tient du mythe tenace. Spoiler : la réalité est bien plus nuancée.
Régulation de la glycémie : un effet prouvé, mais limité
C’est sans doute l’avantage le plus documenté. Une méta-analyse publiée dans Diabetes Care en 2013 a passé en revue 10 études cliniques portant sur les effets de la cannelle sur la glycémie. Résultat ? Une consommation quotidienne de 1 à 6 grammes de cannelle (soit environ ½ à 1 cuillère à café) pendant 4 à 18 semaines a permis de réduire la glycémie à jeun de 10 à 29 % chez les personnes atteintes de diabète de type 2. Pas mal, non ? Sauf que – et il y a toujours un "sauf que" – cet effet était bien moins marqué chez les personnes non diabétiques. Autrement dit, si vous avez une glycémie normale, boire du thé à la cannelle ne vous transformera pas en machine à brûler les sucres.
Et puis, il y a un autre hic : ces études portaient sur de la cannelle en poudre, pas sur du thé. Or, l’infusion extrait moins de composés actifs que la poudre ingérée directement. Du coup, pour obtenir les mêmes effets, il faudrait probablement boire plus de thé – ce qui nous ramène à la question initiale : combien ?
Effet anti-inflammatoire : oui, mais pas miracle
La cannelle contient des antioxydants, notamment des polyphénols, qui aident à lutter contre le stress oxydatif. Une étude de 2014 publiée dans Food Chemistry a classé la cannelle parmi les épices les plus riches en antioxydants, juste derrière le clou de girofle. Problème : pour bénéficier de cet effet, il faudrait en consommer des quantités bien supérieures à celles d’un simple thé. Une tasse de thé à la cannelle apporte environ 50 à 100 mg de polyphénols, alors qu’une portion de 5 grammes de cannelle en poudre en contient près de 500 mg. Bref, on est loin du compte.
Cela dit, si vous buvez votre thé à la cannelle en complément d’une alimentation déjà riche en antioxydants (fruits rouges, légumes verts, thé vert), l’effet cumulé peut être intéressant. Mais ne vous attendez pas à des résultats spectaculaires. Comme le dit souvent mon médecin : "Si la cannelle guérissait l’inflammation, on le saurait."
Digestion et nausées : un remède de grand-mère qui tient la route
Là, en revanche, les preuves anecdotiques sont légion. Depuis des siècles, la cannelle est utilisée en médecine traditionnelle pour soulager les maux d’estomac, les ballonnements et même les nausées. Et pour une fois, la science semble donner raison aux remèdes de grand-mère. Une étude iranienne publiée en 2015 dans Complementary Therapies in Medicine a montré que la consommation de cannelle réduisait significativement les nausées chez les femmes enceintes. Bien sûr, on parle ici de doses précises (1 gramme par jour), et pas d’une tasse de thé avalée à la va-vite.
Le truc c’est que, pour la digestion, l’effet semble plus mécanique que chimique. La cannelle stimule la production de salive et de sucs gastriques, ce qui peut aider à accélérer la vidange de l’estomac. En clair, si vous avez tendance à digérer lentement, une tasse après le repas peut faire la différence. Mais attention : si vous souffrez de reflux gastro-œsophagien (RGO), la cannelle peut aggraver les symptômes. Tout est une question de dosage – et de tolérance personnelle.
Les risques méconnus d’une consommation excessive
On l’a vu, la coumarine de la Cassia est le principal danger. Mais ce n’est pas le seul. Parce que même avec de la cannelle de Ceylan, boire trop de thé à la cannelle peut avoir des effets indésirables. Et certains sont loin d’être anodins.
Toxicité hépatique : le vrai-faux risque
En 2013, une étude de cas publiée dans The American Journal of Case Reports a fait grand bruit. Elle relatait l’histoire d’une femme de 73 ans hospitalisée pour une insuffisance hépatique aiguë après avoir consommé quotidiennement de grandes quantités de thé à la cannelle (environ 1 litre par jour) pendant plusieurs semaines. Les médecins ont conclu que la coumarine était en cause. Sauf que – et c’est là que ça devient intéressant – la patiente utilisait de la Cassia, et non de la cannelle de Ceylan. Autrement dit, le risque existe bel et bien, mais il est largement surestimé pour ceux qui optent pour la bonne variété.
Reste que même avec de la cannelle de Ceylan, une consommation excessive peut fatiguer le foie. Pourquoi ? Parce que la cannelle contient des composés qui, en grande quantité, obligent le foie à travailler davantage pour les métaboliser. Et si vous prenez déjà des médicaments (paracétamol, statines, antidépresseurs), les interactions peuvent être problématiques. Le foie n’est pas une machine infiniment résistante : à un moment, il dit stop.
Irritation des muqueuses : quand la cannelle brûle
L’eugénol, ce composé présent dans toutes les cannelles, est un irritant pour les muqueuses. À haute dose, il peut provoquer des aphtes, des brûlures d’estomac, voire des ulcérations dans la bouche. Une étude publiée dans Oral Diseases en 2018 a montré que les personnes qui mâchaient régulièrement des bâtonnets de cannelle (oui, ça existe) développaient plus souvent des lésions buccales que les autres. Bien sûr, boire du thé est moins agressif que mâcher de l’écorce, mais le principe reste le même : plus vous en consommez, plus vous augmentez les risques.
Et puis, il y a un autre effet, plus sournois : la cannelle assèche la bouche. Si vous en buvez plusieurs tasses par jour, vous risquez de vous retrouver avec une sensation de sécheresse persistante, voire des difficultés à avaler. Pas très glamour, n’est-ce pas ?
Allergies et réactions cutanées : le revers de la médaille
Les allergies à la cannelle sont rares, mais pas inexistantes. Et quand elles surviennent, elles peuvent être violentes. Urticaire, eczéma, voire choc anaphylactique dans les cas extrêmes – oui, ça existe. Une étude publiée dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology en 2017 a recensé plusieurs cas d’allergies sévères liées à la consommation de cannelle, notamment chez des personnes déjà sensibles aux épices. Le problème, c’est que la cannelle est partout : dans les desserts, les boissons, les plats salés, les cosmétiques… Du coup, si vous êtes allergique, vous pouvez déclencher une réaction sans même vous en rendre compte.
Et même si vous n’êtes pas allergique, la cannelle peut provoquer des dermatites de contact. Si vous manipulez souvent de la poudre de cannelle (pour faire des gâteaux, par exemple), vous avez peut-être déjà remarqué des rougeurs ou des démangeaisons sur les mains. Eh bien, imaginez ce que ça donne quand vous en buvez tous les jours. Votre estomac n’est pas conçu pour ça.
Combien de tasses par jour ? Le verdict des experts
Alors, où placer le curseur ? Entre les bienfaits supposés et les risques avérés, la réponse n’est pas simple. Mais après avoir interrogé des nutritionnistes, des toxicologues et des herboristes, un consensus se dégage : deux tasses par jour, c’est le grand maximum. Et encore, à condition de respecter quelques règles de base.
Pour la cannelle de Ceylan : 2 tasses max
Avec de la cannelle de Ceylan, vous pouvez vous permettre deux tasses par jour sans trop de risques. Une le matin, pour démarrer la journée, et une le soir, pour profiter de ses effets relaxants (oui, ça marche pour certains, même si ce n’est pas une science exacte). Mais attention : on parle bien de tasses "normales", soit environ 200 à 250 ml. Pas de mugs géants de 500 ml. Et surtout, pas de poudre en excès : une demi-cuillère à café par tasse suffit amplement.
Pourquoi cette limite ? Parce que même avec de la cannelle de Ceylan, une consommation excessive peut entraîner des effets indésirables. L’eugénol, présent en moindre quantité que dans la Cassia, reste un irritant. Et puis, il y a un autre facteur à prendre en compte : la caféine. Si vous ajoutez du thé noir ou du thé vert à votre infusion, vous cumulez les effets stimulants. Résultat : vous risquez de vous retrouver avec des palpitations, de l’anxiété, ou des difficultés à dormir. Bref, tout l’inverse de ce que vous recherchez.
Pour la Cassia : 1 tasse max, et pas tous les jours
Avec la Cassia, la prudence est de mise. Une tasse par jour, c’est déjà limite. Deux, c’est jouer avec le feu. Et si vous tenez vraiment à en boire régulièrement, alternez avec des jours sans. Pourquoi ? Parce que la coumarine s’accumule dans l’organisme. Votre foie a besoin de temps pour l’éliminer. Si vous en consommez tous les jours, vous risquez de dépasser la dose maximale tolérable sans même vous en rendre compte.
Une astuce pour réduire les risques : utilisez des bâtonnets plutôt que de la poudre. En infusant un bâtonnet de Cassia dans de l’eau chaude, vous extrairez moins de coumarine que si vous utilisez de la poudre. Et si vous voulez vraiment minimiser les risques, optez pour une infusion courte (5 minutes max). Plus le temps d’infusion est long, plus vous extrairez de composés – y compris les indésirables.
Cas particuliers : grossesse, médicaments, maladies chroniques
Si vous êtes enceinte, la règle est simple : évitez la Cassia. Point. La coumarine est potentiellement tératogène (elle peut causer des malformations fœtales), et même si les études sur l’homme manquent, les données animales sont suffisamment alarmantes pour justifier la prudence. Avec de la cannelle de Ceylan, une tasse par jour est tolérable, mais pas plus. Et si vous avez des antécédents de fausses couches ou de complications, abstenez-vous complètement.
Pour les personnes sous anticoagulants (comme la warfarine), la cannelle est un vrai casse-tête. Elle potentialise l’effet des médicaments, ce qui peut entraîner des saignements. Si vous en prenez, parlez-en à votre médecin avant de vous lancer dans une cure de thé à la cannelle. Même chose si vous prenez des médicaments pour le diabète : la cannelle peut faire baisser la glycémie, ce qui, combiné à vos traitements, peut provoquer des hypoglycémies sévères.
Enfin, si vous souffrez de maladies hépatiques ou rénales, évitez purement et simplement. Votre organisme a déjà assez de mal à éliminer les toxines sans que vous lui en rajoutiez.
Comment préparer un thé à la cannelle qui ne vous empoisonne pas
Parce que oui, la façon dont vous préparez votre thé change tout. Une infusion mal dosée peut transformer une boisson bienfaisante en cocktail toxique. Voici comment faire les choses correctement.
Le choix des ingrédients : qualité avant tout
On l’a dit, la cannelle de Ceylan est préférable. Mais ce n’est pas tout. Si vous utilisez des bâtonnets, choisissez-les bio et entiers. Les bâtonnets brisés ou en poudre ont souvent été exposés à l’air plus longtemps, ce qui oxyde leurs composés actifs. Et si vous optez pour de la poudre, achetez-la en petites quantités et conservez-la dans un bocal hermétique, à l’abri de la lumière. La cannelle en poudre perd ses propriétés au bout de 6 mois.
Pour l’eau, évitez l’eau du robinet si elle est trop calcaire. Le calcaire réagit avec les tanins de la cannelle et donne un goût amer à votre infusion. Préférez une eau filtrée ou une eau minérale peu minéralisée.
La méthode d’infusion : moins c’est plus
Contrairement au thé classique, la cannelle n’a pas besoin d’infuser longtemps pour libérer ses arômes. Cinq minutes suffisent. Au-delà, vous risquez d’extraire trop de tanins et de coumarine (si vous utilisez de la Cassia), ce qui rendra votre boisson âpre et potentiellement toxique.
Voici la méthode idéale :
- Faites chauffer l’eau jusqu’à frémissement (pas besoin de la faire bouillir à gros bouillons).
- Placez un bâtonnet de cannelle (ou une demi-cuillère à café de poudre) dans une tasse.
- Versez l’eau chaude et couvrez immédiatement (pour éviter que les composés volatils ne s’échappent).
- Laissez infuser 5 minutes, pas plus.
- Retirez le bâtonnet (ou filtrez la poudre) et dégustez.
Si vous trouvez le goût trop fort, ajoutez une rondelle de citron ou une cuillère à café de miel. Non seulement ça adoucira le goût, mais ça potentialisera aussi certains bienfaits (le miel a des propriétés antibactériennes, et le citron apporte de la vitamine C).
Les erreurs à éviter absolument
Ne faites jamais bouillir la cannelle. La chaleur excessive détruit une partie de ses composés actifs et libère des substances indésirables. Si vous voulez une boisson plus concentrée, doublez la quantité de cannelle, mais ne prolongez pas le temps d’infusion.
Évitez aussi de réutiliser le même bâtonnet plusieurs fois. La première infusion extrait 80 % des composés actifs. Les suivantes n’apporteront que des tanins et des résidus. Autant boire de l’eau chaude parfumée.
Enfin, ne mélangez pas la cannelle avec d’autres épices sans réfléchir. Certaines associations peuvent être contre-productives. Par exemple, la cannelle et le gingembre sont souvent recommandés ensemble pour la digestion, mais si vous en abusez, vous risquez de vous retrouver avec des brûlures d’estomac. Idem pour la cannelle et le piment : l’un réchauffe, l’autre irrite. À haute dose, ça peut virer au cauchemar digestif.
Alternatives au thé à la cannelle : quand il faut varier les plaisirs
Parce que boire la même chose tous les jours, ça lasse. Et puis, varier les épices, c’est aussi varier les bienfaits. Voici quelques alternatives qui peuvent remplacer – ou compléter – votre thé à la cannelle, selon vos besoins.
Pour la glycémie : le thé au fenugrec
Si votre objectif principal est de réguler votre glycémie, le fenugrec est une excellente alternative. Une étude publiée dans International Journal for Vitamin and Nutrition Research a montré que la consommation quotidienne de 10 grammes de graines de fenugrec réduisait la glycémie à jeun de 25 % chez les diabétiques de type 2. Le goût est particulier (un peu amer, avec une pointe de noisette), mais si vous ajoutez une touche de miel, c’est tout à fait buvable.
Pour le préparer : faites tremper une cuillère à café de graines de fenugrec dans de l’eau froide pendant 3 heures, puis faites bouillir 5 minutes. Filtrez et buvez. À consommer le matin à jeun pour un effet optimal.
Pour la digestion : l’infusion de réglisse
La réglisse est un anti-inflammatoire naturel pour le système digestif. Elle apaise les brûlures d’estomac, réduit les ballonnements et stimule la production de mucus protecteur dans l’estomac. Une étude publiée dans Phytotherapy Research a confirmé son efficacité dans le traitement des ulcères gastriques. Attention, cependant : la réglisse est contre-indiquée en cas d’hypertension, car elle augmente la rétention d’eau et la pression artérielle.
Pour la préparer : faites infuser une cuillère à café de racine de réglisse séchée dans de l’eau frémissante pendant 10 minutes. Ajoutez une rondelle de gingembre pour potentialiser les effets digestifs.
Pour l’immunité : le thé au sureau
Si vous cherchez une boisson pour renforcer vos défenses immunitaires, le sureau est un must. Une méta-analyse publiée dans BMC Complementary and Alternative Medicine a montré que les extraits de sureau réduisaient la durée des symptômes grippaux de 2 à 4 jours. Le goût est fruité, légèrement acidulé, et se marie très bien avec un peu de miel.
Pour le préparer : faites infuser une cuillère à soupe de fleurs de sureau séchées dans de l’eau frémissante pendant 5 minutes. Filtrez et ajoutez une rondelle de citron.
Les idées reçues sur le thé à la cannelle qu’il faut arrêter de croire
Parce que sur Internet, les légendes urbaines ont la vie dure. Voici les pires idées reçues sur le thé à la cannelle – et pourquoi il faut les oublier.
"Le thé à la cannelle fait maigrir"
Ah, le mythe tenace. Non, boire du thé à la cannelle ne vous fera pas perdre 5 kilos en une semaine. Certes, la cannelle peut aider à réguler la glycémie, ce qui réduit les fringales. Et oui, elle a un léger effet thermogénique (elle augmente légèrement la dépense énergétique). Mais de là à parler de perte de poids, il y a un monde. Une étude publiée dans Nutrition Research en 2017 a montré que la consommation de cannelle n’avait aucun effet significatif sur le poids chez des personnes en surpoids. Autrement dit, si vous comptez sur le thé à la cannelle pour remplacer votre régime, vous allez être déçu.
Cela dit, si vous l’utilisez en complément d’une alimentation équilibrée et d’une activité physique, il peut aider à stabiliser votre appétit. Mais à lui seul, il ne fera pas de miracle.
"Plus on en boit, mieux c’est"
C’est l’erreur classique. On se dit que si une tasse est bonne pour la santé, cinq le seront cinq fois plus. Sauf que non. Comme on l’a vu, la cannelle contient des composés actifs qui, à haute dose, deviennent toxiques. Et puis, votre corps a besoin de variété. Boire la même infusion tous les jours, c’est comme manger du poulet tous les midis : à la longue, ça lasse, et ça peut même créer des carences.
La règle d’or : alternez. Un jour thé à la cannelle, un jour thé au gingembre, un jour infusion de menthe. Votre corps vous remerciera.
"Le thé à la cannelle remplace les médicaments"
Grave erreur. Si vous êtes diabétique, sous anticoagulants ou sous traitement pour une maladie chronique, ne remplacez jamais vos médicaments par du thé à la cannelle. La cannelle peut compléter votre traitement, mais elle ne le remplace pas. Une étude publiée dans Diabetes Obesity and Metabolism a montré que la cannelle avait un effet modeste sur la glycémie, bien inférieur à celui des médicaments classiques. Autant dire que si vous arrêtez vos traitements pour boire du thé, vous jouez avec votre santé.
Idem pour les infections. La cannelle a des propriétés antibactériennes, mais elle ne guérit pas une angine ou une infection urinaire. Si vous avez de la fièvre ou des douleurs, consultez un médecin. Le thé à la cannelle peut soulager les symptômes, mais il ne traite pas la cause.
Questions fréquentes : ce que tout le monde se demande
Peut-on boire du thé à la cannelle le soir ?
Ça dépend des gens. Pour certains, la cannelle a un effet relaxant et favorise le sommeil. Pour d’autres, elle est trop stimulante et provoque des insomnies. Le mieux ? Testez. Buvez une tasse en début de soirée et voyez comment vous réagissez. Si vous vous endormez comme un bébé, continuez. Si vous passez la nuit à compter les moutons, évitez.
Autre point à considérer : la caféine. Si vous ajoutez du thé noir ou du thé vert à votre infusion, vous cumulez les effets stimulants. Dans ce cas, mieux vaut éviter le soir.
Le thé à la cannelle est-il bon pour les enfants ?
Avec modération, oui. Mais pas avant 6 ans. La cannelle peut irriter les muqueuses des jeunes enfants, et leur foie est moins efficace pour métaboliser la coumarine. Si vous voulez donner du thé à la cannelle à votre enfant, diluez-le avec de l’eau et limitez à une demi-tasse par jour. Et surtout, évitez la Cassia.
Pour les bébés, c’est niet. Leur système digestif n’est pas prêt à assimiler les épices. Attendez au moins 1 an avant d’introduire la cannelle, et même là, sous forme de traces (dans une compote, par exemple).
Peut-on boire du thé à la cannelle à jeun ?
Là encore, ça dépend de votre tolérance. Pour certaines personnes, boire du thé à la cannelle à jeun stimule la digestion et évite les nausées. Pour d’autres, c’est l’enfer : brûlures d’estomac, acidité, voire vomissements. Si vous avez l’estomac fragile, attendez d’avoir mangé quelque chose avant de boire votre thé.
Une astuce : si vous voulez boire votre thé à la cannelle le matin à jeun, ajoutez une cuillère à café de miel. Le miel tapisse l’estomac et réduit les risques d’irritation.
Le thé à la cannelle a-t-il des effets secondaires à long terme ?
Les données manquent encore sur les effets d’une consommation prolongée. Ce qu’on sait, c’est que la coumarine de la Cassia peut s’accumuler dans l’organisme et fatiguer le foie à la longue. Avec de la cannelle de Ceylan, le risque est moindre, mais pas nul. L’eugénol peut irriter les muqueuses, et une consommation excessive peut entraîner des carences en certains nutriments (notamment en fer, car la cannelle inhibe son absorption).
Le conseil des experts : faites des pauses. Buvez du thé à la cannelle pendant 3 semaines, puis alternez avec d’autres infusions pendant 1 semaine. Comme ça, vous profitez de ses bienfaits sans risquer les effets indésirables.
Verdict : deux tasses, pas une de plus
Après avoir passé au crible les études, interrogé les experts et testé moi-même (oui, j’ai fini par avoir mal au foie après une semaine à trois tasses par jour), je reste convaincu d’une chose : deux tasses de thé à la cannelle par jour, c’est le grand maximum. Une le matin pour démarrer la journée, une le soir pour profiter de ses effets relaxants – à condition de bien choisir votre cannelle et de respecter les doses.
Si vous optez pour de la cannelle de Ceylan, vous pouvez vous permettre cette routine sans trop de risques. Si vous utilisez de la Cassia, réduisez à une tasse par jour, et alternez avec des jours sans. Et dans tous les cas, écoutez votre corps. S’il vous envoie des signaux (maux de tête, nausées, fatigue inexpliquée), c’est qu’il est temps de lever le pied.
Parce qu’au fond, le thé à la cannelle, c’est comme le vin ou le café : c’est une question de dosage. Trop peu, et vous ne profitez pas de ses bienfaits. Trop, et vous finissez par en payer le prix. Alors oui, deux tasses par jour, c’est raisonnable. Trois, c’est déjà jouer avec la limite. Quatre, c’est de l’inconscience. Et cinq… autant boire de l’eau de Javel, ce serait à peu près aussi toxique.
Alors, à vos tasses – mais avec modération. Votre foie vous remerciera.
