Pourquoi l’hydratation devient un casse-tête pendant les traitements
Les oncologues le répètent comme un mantra : boire 1,5 à 2 litres par jour. Sauf que, entre les diarrhées post-chimiothérapie et les aphtes qui transforment chaque gorgée en supplice, ce simple conseil prend des allures de mission impossible. Et puis, il y a cette question qui fâche : toutes les boissons se valent-elles vraiment ?
La déshydratation, chez un patient sous traitement, n’est pas qu’un inconfort passager. Elle peut aggraver la toxicité des médicaments, ralentir la récupération et, dans les cas extrêmes, conduire à une hospitalisation. Or, quand on a la bouche en feu ou l’estomac en vrac, avaler de l’eau devient un parcours du combattant. D’où l’idée de varier les plaisirs – mais avec quelles limites ?
Les pièges de l’hydratation "maison"
On croit bien faire en se préparant des infusions maison ou en pressant des fruits frais. Pourtant, certaines plantes interagissent avec les traitements – le millepertuis, par exemple, réduit l’efficacité de plusieurs chimiothérapies. Quant aux agrumes, leur acidité peut irriter les muqueuses déjà abîmées. Le problème, c’est que ces interactions ne sont pas toujours documentées : les études manquent, et les recommandations varient d’un hôpital à l’autre.
Autre écueil : les boissons trop sucrées. Un soda de temps en temps, pourquoi pas ? Sauf que le sucre favorise l’inflammation, et que certains cancers (comme ceux du sein ou du côlon) y sont particulièrement sensibles. Résultat : ce qui soulage sur le moment peut, à long terme, compliquer les choses.
L’eau, oui, mais pas n’importe comment
L’eau plate, minérale ou du robinet, reste la base. Mais même là, il y a des nuances. Les eaux riches en sodium, par exemple, sont à éviter en cas d’hypertension ou de rétention d’eau – deux effets secondaires fréquents des corticoïdes. À l’inverse, les eaux faiblement minéralisées (type Mont Roucous ou Volvic) conviennent à presque tout le monde.
Et puis, il y a la température. Une eau trop froide peut déclencher des spasmes gastriques, surtout après une séance de chimio. Trop chaude, elle risque d’irriter les muqueuses. Le juste milieu ? Tiède ou à température ambiante. Un détail qui change tout quand on a la gorge en feu.
Les alternatives à l’eau plate (quand on en a marre)
Boire 2 litres d’eau par jour, c’est comme manger 5 fruits et légumes : en théorie, c’est simple. En pratique, c’est une autre paire de manches. Heureusement, il existe des options pour varier sans prendre de risques.
Les eaux aromatisées maison : quelques rondelles de concombre ou une feuille de menthe dans une carafe d’eau. Ça n’a l’air de rien, mais ça peut rendre l’hydratation moins monotone. Attention, en revanche, aux versions industrielles : elles regorgent souvent de sucres ou d’édulcorants, dont certains (comme l’aspartame) sont suspectés d’être pro-inflammatoires.
Les bouillons de légumes : riches en électrolytes, ils aident à compenser les pertes liées aux vomissements ou aux diarrhées. Le bouillon d’os, en particulier, est plébiscité par certains patients pour son apport en collagène – même si les preuves scientifiques manquent encore. Le piège ? Les versions industrielles, trop salées. Mieux vaut les préparer soi-même, avec des légumes bio et peu de sel.
Les boissons à éviter absolument (même si on en a très envie)
Certaines envies sont trompeuses. Un café serré pour se réveiller ? Une bière fraîche pour décompresser ? Un jus d’orange pressé pour le moral ? Autant de tentations qui peuvent aggraver les effets secondaires ou interférer avec les traitements.
Le café : ami ou ennemi ?
Le café, c’est compliqué. D’un côté, il peut aider à lutter contre la fatigue – un effet secondaire majeur des traitements. De l’autre, il déshydrate, irrite l’estomac et, dans certains cas, potentialise les effets de la chimiothérapie (notamment avec le 5-FU). Sans compter que la caféine peut perturber le sommeil, déjà souvent mis à mal par les corticoïdes.
Si on ne peut vraiment pas s’en passer, mieux vaut limiter à une tasse par jour, de préférence le matin, et éviter les versions trop fortes. Le décaféiné est une option, mais attention : certains procédés de décaféination utilisent des solvants chimiques. Mieux vaut opter pour un décaféiné à l’eau (type Swiss Water).
L’alcool : une fausse bonne idée
Un verre de vin pour se détendre ? Une bière pour retrouver l’appétit ? Mauvaise idée. L’alcool, même en petite quantité, affaiblit le système immunitaire – déjà malmené par les traitements. Il peut aussi interagir avec certains médicaments (comme le méthotrexate) et aggraver les nausées. Sans compter qu’il déshydrate, ce qui est exactement l’inverse de ce dont le corps a besoin.
Certains médecins autorisent un verre occasionnel, mais la plupart déconseillent formellement. Et puis, honnêtement : quand on a déjà du mal à garder un verre d’eau, ajouter de l’alcool dans l’équation, c’est jouer avec le feu.
Les jus de fruits : attention à l’acidité et au sucre
Un jus d’orange pressé, c’est plein de vitamine C, non ? Oui, mais c’est aussi très acide, ce qui peut irriter les muqueuses déjà fragilisées. Sans compter que les jus industriels sont souvent bourrés de sucres ajoutés – un vrai problème quand on sait que le sucre favorise la prolifération de certaines cellules cancéreuses.
Si on tient vraiment à un jus, mieux vaut le diluer avec de l’eau (moitié-moitié) et choisir des versions sans sucre ajouté. Les jus de légumes (carotte, betterave) sont une alternative, mais ils doivent être pasteurisés pour éviter tout risque d’infection – les défenses immunitaires étant souvent affaiblies pendant les traitements.
Les boissons qui font du bien (et celles qui divisent)
Certaines boissons sont plébiscitées par les patients, mais les avis des médecins divergent. Entre les infusions "miracle" et les boissons énergisantes, où mettre le curseur ?
Le thé vert : un allié controversé
Le thé vert est souvent présenté comme une boisson anticancer, grâce à ses polyphénols (notamment l’EGCG). Certaines études suggèrent qu’il pourrait ralentir la croissance tumorale, mais les preuves restent limitées. Le problème, c’est que le thé vert contient aussi de la caféine, et qu’il peut réduire l’absorption du fer – un minéral déjà souvent en déficit pendant les traitements.
Si on en boit, mieux vaut limiter à une tasse par jour, et éviter de le consommer en même temps que les repas (pour ne pas gêner l’absorption des nutriments). Le thé vert décaféiné est une option, mais il perd une partie de ses antioxydants lors du processus.
Le kombucha : la boisson tendance qui fait débat
Le kombucha, cette boisson fermentée à base de thé, est devenu un incontournable des rayons bio. Ses adeptes lui prêtent des vertus détoxifiantes et immunostimulantes. Le problème ? Il contient de l’alcool (en petite quantité), des probiotiques (qui peuvent être problématiques en cas de neutropénie, un effet secondaire fréquent de la chimio), et son acidité peut irriter les muqueuses.
Les oncologues sont divisés : certains l’autorisent avec modération, d’autres le déconseillent formellement. Si on veut essayer, mieux vaut choisir une version pasteurisée (pour éviter les bactéries) et en boire petites quantités pour tester la tolérance.
Les smoothies : une fausse bonne idée ?
Un smoothie maison, c’est plein de vitamines, non ? Oui, mais c’est aussi très sucré, même si on utilise des fruits naturels. Et puis, les fibres des fruits entiers peuvent être difficiles à digérer quand on a l’estomac fragile. Sans compter que certains fruits (comme les ananas) contiennent des enzymes qui peuvent interagir avec les médicaments.
Si on en prépare, mieux vaut privilégier les versions à base de légumes (épinards, concombre) avec un peu de fruit pour adoucir le goût. Et éviter d’en boire plus d’un par jour.
Les boissons qui soulagent vraiment (selon les patients)
Certaines boissons sont devenues des incontournables pour les patients en traitement. Pas parce qu’elles ont des vertus miraculeuses, mais parce qu’elles apaisent les symptômes et rendent l’hydratation moins pénible.
Le lait d’or (golden milk) : l’anti-inflammatoire naturel
Ce mélange de lait (végétal ou animal), curcuma, gingembre et poivre est plébiscité pour ses propriétés anti-inflammatoires. Le curcuma, en particulier, contient de la curcumine, une molécule étudiée pour son potentiel anticancer. Mais attention : le curcuma peut interagir avec certains anticoagulants, et le poivre (qui potentialise ses effets) peut irriter l’estomac.
Pour le préparer, on mélange une cuillère à café de curcuma en poudre, une pincée de poivre, un peu de gingembre râpé et du lait chaud. On peut ajouter une touche de miel pour adoucir – mais sans excès, car le sucre reste un ennemi.
L’eau de coco : l’hydratation tropicale
L’eau de coco est riche en électrolytes, ce qui en fait une boisson idéale pour compenser les pertes liées aux vomissements ou aux diarrhées. Elle est aussi peu acide, ce qui la rend douce pour les muqueuses. Le seul bémol : elle est assez sucrée, donc mieux vaut ne pas en abuser.
On peut la boire nature ou l’utiliser pour diluer des jus de fruits trop acides. À éviter : les versions industrielles, souvent additionnées de sucre.
Les tisanes de gingembre : contre les nausées
Le gingembre est l’un des rares remèdes naturels validés par la science pour lutter contre les nausées induites par la chimiothérapie. Une étude publiée dans le Journal of Clinical Oncology a montré qu’il était aussi efficace que certains médicaments anti-nauséeux, sans les effets secondaires.
Pour préparer une tisane, on fait infuser quelques rondelles de gingembre frais dans de l’eau chaude pendant 10 minutes. On peut ajouter un peu de citron (si l’acidité est tolérée) ou de miel. Attention : le gingembre peut fluidifier le sang, donc à éviter en cas de traitement anticoagulant.
Les erreurs qui aggravent les choses (sans qu’on s’en rende compte)
Certaines habitudes, bien ancrées, peuvent empirer les effets secondaires sans qu’on en ait conscience. En voici quelques-unes, souvent sous-estimées.
Boire trop pendant les repas
Boire un grand verre d’eau pendant le repas, c’est une habitude saine… sauf quand on a l’estomac fragile. Le problème ? Ça dilue les sucs gastriques, ce qui peut ralentir la digestion et aggraver les nausées. Mieux vaut boire 30 minutes avant ou après le repas, par petites gorgées.
Se fier aux "remèdes naturels" sans vérifier
Un ami vous a conseillé une infusion de pépins de pamplemousse pour booster l’immunité ? Un naturopathe vous a recommandé du jus de noni pour "détoxifier" ? Méfiance. Certaines plantes ou fruits peuvent interférer avec les traitements, soit en réduisant leur efficacité, soit en augmentant leur toxicité. Le pamplemousse, par exemple, inhibe une enzyme qui métabolise de nombreux médicaments – dont certains anticancéreux.
Avant de tester un nouveau remède, mieux vaut en parler à son oncologue. Même les produits "naturels" peuvent être dangereux.
Négliger la température des boissons
Une boisson trop chaude peut brûler les muqueuses, déjà fragilisées par les traitements. Trop froide, elle peut provoquer des spasmes gastriques. Le juste milieu ? Tiède ou à température ambiante. Un détail qui fait toute la différence quand on a la bouche en feu.
Questions fréquentes (celles qu’on n’ose pas toujours poser)
Puis-je boire du lait pendant une chimiothérapie ?
Ça dépend. Le lait peut être difficile à digérer, surtout en cas de mucite (inflammation des muqueuses). Certains patients le tolèrent bien, d’autres non. Le lait végétal (amande, soja, avoine) est souvent une meilleure option, car moins irritant. Si on tient au lait animal, mieux vaut choisir une version sans lactose et le boire en petites quantités.
Les boissons énergisantes sont-elles autorisées ?
Non. Les boissons énergisantes (type Red Bull) sont bourrées de caféine, de sucre et d’additifs. Elles déshydratent, perturbent le sommeil et peuvent interagir avec les médicaments. Sans compter qu’elles contiennent souvent des doses élevées de vitamine B6, qui peut aggraver les neuropathies (un effet secondaire fréquent de la chimio).
Si on a besoin d’un coup de boost, mieux vaut opter pour une infusion de gingembre ou un smoothie maison.
Puis-je boire de la soupe en remplacement de l’eau ?
Oui, à condition qu’elle ne soit pas trop salée. Les soupes maison (sans cubes industriels) sont une excellente source d’hydratation et de nutriments. Le piège ? Les versions industrielles, souvent trop riches en sodium, qui favorisent la rétention d’eau. Mieux vaut les préparer soi-même, avec des légumes frais et peu de sel.
Le Coca est-il vraiment efficace contre les nausées ?
C’est un remède de grand-mère qui marche… parfois. Le Coca (surtout dégazéifié et tiède) peut aider à calmer les nausées grâce à son sucre et à ses bulles. Mais attention : c’est aussi très acide, ce qui peut irriter l’estomac. Et puis, le sucre en excès n’est pas idéal. Si on veut essayer, mieux vaut en boire petites quantités et privilégier la version sans caféine.
Verdict : quelle boisson choisir en priorité ?
Si on devait résumer en une phrase : l’eau plate reste la meilleure option, mais avec des nuances. Parce que, soyons honnêtes, boire 2 litres d’eau par jour quand on a la bouche en feu, c’est un défi. Alors, voici ce qu’il faut retenir.
Pour l’hydratation de base : eau plate, tiède ou à température ambiante. On peut l’aromatiser avec des rondelles de concombre ou de la menthe pour varier les plaisirs. En cas de nausées, tisane de gingembre ou eau de coco sont les meilleures alternatives. Pour les bouillons, maison et peu salés – les versions industrielles sont à éviter.
Côté interdits : alcool, café en excès, jus de fruits acides et boissons énergisantes. Même si l’envie est forte, mieux vaut s’abstenir. Quant aux remèdes "naturels", toujours vérifier avec son oncologue avant de les tester.
Et puis, il y a cette vérité qui dérange : aucune boisson ne guérit le cancer. Certaines peuvent soulager, d’autres aggraver, mais aucune ne remplace les traitements. Alors oui, un golden milk ou une tisane de gingembre peuvent faire du bien – mais ils ne feront pas disparaître la maladie. L’essentiel, c’est de trouver ce qui nous aide à tenir, sans prendre de risques inutiles.
Alors, la prochaine fois que vous aurez envie d’un jus d’orange ou d’un café serré, demandez-vous : est-ce que ça va vraiment me faire du bien ? Ou est-ce que je cherche juste un peu de réconfort dans un verre ? Parce que, au fond, c’est aussi ça, la bataille contre le cancer : apprendre à écouter son corps, même quand il réclame des choses qui ne lui font pas du bien.
