Le truc c'est que la FIFA ne s'est pas arrêtée là. Dans un élan de mondialisation frénétique (certains diront opportuniste), l'instance dirigeante a déjà tracé la route pour les éditions suivantes. En 2030, nous aurons droit à une sorte de puzzle intercontinental impliquant six pays, tandis qu'en 2034, c'est l'Arabie Saoudite qui prendra seule les commandes. On est loin du compte des tournois à taille humaine d'autrefois, et c'est précisément là que le bât blesse pour de nombreux puristes du football.
Le trio nord-américain pour 2026 : un défi logistique sans précédent
Oubliez les distances courtes de Doha où l'on pouvait voir deux matchs dans la même journée. En 2026, le supporter moyen va devoir se transformer en globe-trotter professionnel. On parle ici d'un territoire qui s'étend sur plus de 5 000 kilomètres entre Vancouver et Mexico. Le Mexique devient d'ailleurs le premier pays de l'histoire à accueillir la compétition pour la troisième fois, après les éditions mythiques de 1970 et 1986. C'est un record qui force le respect, même si le poids politique des États-Unis dans cette candidature commune reste prédominant avec 11 villes hôtes sur les 16 sélectionnées.
États-Unis, Mexique, Canada : la répartition stratégique des 16 villes hôtes
La sélection des villes n'a pas été une mince affaire. Le comité d'organisation a dû trancher entre des métropoles mondiales et des stades de pointe. Aux États-Unis, la côte Est sera représentée par New York (New Jersey), Boston, Philadelphie et Miami. À l'Ouest, Seattle, San Francisco et Los Angeles (avec le clinquant SoFi Stadium) seront de la partie. Le centre du pays n'est pas en reste avec Kansas City, Dallas, Houston et Atlanta. On sent bien que l'oncle Sam a voulu ratisser large pour maximiser les revenus de billetterie.
Côté mexicain, on retrouve les classiques : Mexico avec le stade Azteca, Guadalajara et Monterrey. Le Canada, lui, se contente de la portion congrue avec Toronto et Vancouver. Honnêtement, je trouve ça un peu chiche pour un pays de cette taille, mais le manque de stades répondant aux normes draconiennes de la FIFA a pesé lourd dans la balance. Résultat : la majorité des rencontres, et surtout la phase finale à partir des quarts de finale, se dérouleront exclusivement chez les Américains.
Le cas particulier du stade Azteca et de l'altitude
Jouer au Mexique n'est jamais une partie de plaisir pour les organismes. Le stade Azteca culmine à plus de 2 200 mètres d'altitude. C'est un facteur que les staffs médicaux commencent déjà à étudier de très près. Mais l'histoire qui transpire de ces murs compense largement le manque d'oxygène. C'est là que Pelé a soulevé le trophée en 70 et que Maradona a inscrit sa "Main de Dieu" en 86. Faire l'ouverture du tournoi dans ce temple est un symbole fort que la FIFA ne pouvait pas ignorer, malgré la modernité insolente des enceintes de la NFL.
48 équipes au lieu de 32 : pourquoi ce format change absolument tout
C’est le grand saut dans l’inconnu. On passe de 32 à 48 sélections nationales. Concrètement, cela signifie 104 matchs au total, contre 64 auparavant. C'est énorme. Trop ? Sans doute. La durée du tournoi va s'étaler sur près de 40 jours. On n'y pense pas assez, mais pour les joueurs qui sortent d'une saison européenne harassante, c'est un tunnel sans fin. La FIFA justifie ce choix par une volonté d'inclusion, permettant à davantage de nations africaines et asiatiques de participer à la fête. Or, on ne peut s'empêcher de penser que l'augmentation des droits TV et des revenus commerciaux est le véritable moteur de cette expansion.
Les groupes seront composés de quatre équipes, et les deux premiers de chaque groupe, ainsi que les huit meilleurs troisièmes, se qualifieront pour un seizième de finale inédit. Autant dire que la phase de poules risque de perdre un peu de son piquant dramatique. Reste que pour des pays qui ne voient jamais le Mondial, comme peut-être le Mali ou l'Ouzbékistan, cette ouverture est une aubaine historique. Soit dit en passant, le niveau global pourrait en pâtir lors des premiers jours de compétition.
2030 ou l'étrange puzzle de la FIFA sur trois continents
Si 2026 semble complexe, 2030 est un véritable casse-tête diplomatique. Pour célébrer le centenaire de la première Coupe du monde (1930 en Uruguay), la FIFA a pondu un concept qui laisse perplexe. Le tournoi sera officiellement accueilli par le Maroc, l'Espagne et le Portugal. Sauf que les trois premiers matchs de la compétition se joueront en Amérique du Sud : un en Uruguay, un en Argentine et un au Paraguay. Vous avez bien lu. Des équipes vont jouer un match à Montevideo ou Buenos Aires avant de s'envoler pour Madrid ou Casablanca.
Un centenaire célébré dans la douleur logistique
Je reste convaincu que cette décision est une aberration écologique totale. Comment peut-on parler de durabilité et de "Green Goal" quand on impose de tels trajets transatlantiques dès la première semaine ? L'idée de rendre hommage aux racines du foot est louable, mais la réalisation semble bricolée pour satisfaire tout le monde et éviter des guerres de candidatures. Le problème, c'est que les joueurs vont subir un décalage horaire brutal en plein tournoi. À ceci près que la FIFA promet un calendrier "aménagé" pour laisser du temps de récupération. On demande à voir.
Le bloc Maroc-Espagne-Portugal : le véritable cœur du tournoi
Une fois la parenthèse sud-américaine refermée, le gros de la compétition se jouera en Méditerranée. C'est une candidature qui, sur le papier, est magnifique. Le Maroc va enfin avoir sa Coupe du monde après avoir échoué cinq fois par le passé. C'est une juste récompense pour ce pays de football. Le stade de Benslimane, près de Casablanca, est prévu pour accueillir 115 000 spectateurs. Un monstre. L'Espagne, de son côté, s'appuiera sur ses cathédrales que sont le Santiago Bernabéu rénové et le Camp Nou. Le Portugal apportera sa touche de ferveur avec Lisbonne et Porto. C'est un axe Nord-Sud très intéressant qui lie l'Europe et l'Afrique, une première historique là aussi.
Arabie Saoudite 2034 : quand la diplomatie du sport l'emporte sur le reste
On ne va pas se mentir, le suspense n'a pas duré longtemps. Après le retrait de l'Australie, l'Arabie Saoudite s'est retrouvée seule en lice pour 2034. C'est une victoire par K.O. pour le royaume qui investit des milliards dans le sport pour transformer son image. Après avoir attiré Cristiano Ronaldo et consorts dans leur championnat, les Saoudiens s'offrent le joyau de la couronne. Mais là où ça coince, c'est que le scénario du Qatar risque de se répéter : un tournoi en hiver est quasiment inévitable à cause des températures estivales dépassant les 45 degrés.
D'un point de vue infrastructures, ils vont construire des villes entières. On parle de stades futuristes, notamment à Neom, cette cité linéaire sortie du désert. C'est de la science-fiction appliquée au football. Mais la question des droits de l'homme et du coût environnemental de tels chantiers reviendra forcément sur le tapis. Le foot devient un outil de soft power massif, et l'Arabie Saoudite l'a compris mieux que quiconque. Est-ce une bonne chose pour le sport ? La réponse dépend de si vous regardez le compte en banque de la FIFA ou l'âme du jeu.
Pourquoi le choix des pays hôtes divise autant les supporters aujourd'hui ?
Il y a une rupture de plus en plus nette entre les instances et la base des fans. Avant, accueillir la Coupe du monde était une fête nationale, un moment de communion. Aujourd'hui, c'est perçu comme un fardeau financier pour les contribuables ou un caprice de milliardaires. Les exigences de la FIFA sont devenues tellement délirantes qu'un pays seul, à part les géants comme la Chine ou les USA, ne peut plus assumer l'organisation. D'où cette multiplication des candidatures conjointes.
Le truc, c'est que l'identité du tournoi se dilue. Une Coupe du monde au Mexique avait une saveur, une odeur, une musique. Une Coupe du monde éparpillée entre Vancouver, New York et Mexico City risque de ressembler à une suite de matchs sans lien narratif fort. On perd cette unité de lieu qui faisait la magie des phases finales. Mais bon, le business du streaming et des fuseaux horaires prime désormais sur le folklore local. C'est un constat amer, mais lucide.
Coûts et infrastructures : le mirage de la Coupe du monde durable
On nous serine à chaque édition que le tournoi sera "carbone neutre". Soyons sérieux deux minutes. Construire ou rénover 16 stades, faire voler 48 équipes et des millions de fans à travers un continent, ce n'est pas écologique. Les États-Unis ont l'avantage d'avoir déjà les stades (ceux de la NFL), ce qui limite la casse niveau béton. Mais au Maroc ou en Arabie Saoudite, les chantiers sont pharaoniques. Le stade de Casablanca va coûter à lui seul près de 500 millions d'euros. C'est une somme colossale pour un pays qui a d'autres priorités sociales.
L'argument du "legacy" (l'héritage) est souvent mis en avant. On nous promet que les stades serviront après. Or, l'histoire nous a montré des "éléphants blancs" au Brésil ou en Afrique du Sud, ces enceintes magnifiques qui tombent en ruine faute de clubs résidents assez puissants. Heureusement, en 2026, le risque est moindre car le marché du sport US est déjà mature. Mais pour 2030 et 2034, le pari est bien plus risqué. On est loin du compte si l'on pense que le foot va sauver l'économie locale sur le long terme.
Trois idées reçues sur l'organisation des prochaines compétitions
Il circule beaucoup d'informations contradictoires sur ces futurs tournois. Il est temps de remettre l'église au milieu du village sur quelques points précis qui reviennent souvent dans les discussions de comptoir.
L'idée que les États-Unis organisent tout en 2026
C'est faux, même si c'est l'impression dominante. Le Mexique et le Canada ne sont pas des figurants. Le Mexique aura 10 matchs et le Canada 10 également. Certes, sur 104 rencontres, c'est peu. Mais les matchs d'ouverture se feront dans les trois pays simultanément. C'est une logistique de dingue pour coordonner les cérémonies. Ne dites pas à un Mexicain que c'est une "Coupe du monde américaine", il vous rira au nez (ou s'énervera, au choix).
L'idée que 2030 sera une Coupe du monde sud-américaine
Là aussi, attention au mirage. L'Uruguay, l'Argentine et le Paraguay n'accueillent qu'UN SEUL match chacun. C'est symbolique. C'est un os jeté par la FIFA pour calmer les revendications historiques. Le cœur du réacteur, les demi-finales et la finale, se joueront en Europe ou au Maroc. Les supporters sud-américains sont d'ailleurs assez furieux de ce traitement de faveur qui ressemble plus à une aumône qu'à un véritable hommage.
L'idée que les stades climatisés sont la norme
Après le Qatar, on pensait que tous les futurs stades seraient des frigos géants. Ce n'est pas le cas pour 2026. La plupart des stades américains sont ouverts ou disposent de toits rétractables, mais la climatisation intégrale des tribunes n'est pas généralisée. En revanche, pour 2034 en Arabie Saoudite, ils n'auront pas le choix. Même en hiver, les pics de chaleur peuvent être brutaux. La technologie sera leur seule issue pour éviter que les joueurs ne s'évanouissent sur le terrain.
Questions fréquentes sur les pays organisateurs de la Coupe du monde
Est-ce que la France est déjà qualifiée pour 2026 ?
Non, absolument pas. Contrairement aux pays hôtes (USA, Mexique, Canada) qui sont qualifiés d'office, les Bleus devront passer par les éliminatoires de la zone Europe qui débuteront en 2025. Avec le passage à 48 équipes, l'Europe aura 16 places au lieu de 13. Sauf catastrophe industrielle, on devrait y être, mais rien n'est acquis d'avance.
Où se jouera la finale de la Coupe du monde 2026 ?
Le suspense a pris fin récemment : c'est le MetLife Stadium de New York/New Jersey qui a été choisi pour accueillir la grande finale le 19 juillet 2026. Dallas était pressenti pour son toit fermé et sa modernité, mais le prestige de New York a finalement fait pencher la balance. C'est un choix très "business" pour plaire aux sponsors mondiaux.
Combien de stades seront utilisés en 2030 ?
Le chiffre n'est pas encore définitif car le Maroc pousse pour avoir un maximum de villes, mais on s'achemine vers une liste de 15 à 20 stades répartis sur les trois pays principaux (Espagne, Portugal, Maroc), plus les 3 stades sud-américains pour les matchs inauguraux. C'est une machine de guerre organisationnelle.
Verdict : le football s'éloigne-t-il de ses racines ?
Soyons clairs : le football de papa est mort. L'époque où l'on pouvait traverser le pays hôte en train pour suivre son équipe est révolue. Les prochaines Coupes du monde sont des produits globaux, pensés pour la télévision, les réseaux sociaux et les nouveaux marchés financiers. Le gigantisme de 2026, l'éparpillement de 2030 et la démesure de 2034 dessinent un futur où le supporter qui se déplace est presque un détail dans l'équation. Mais est-ce vraiment surprenant ?
Pourtant, malgré toutes ces critiques légitimes sur la logistique et l'éthique, la magie opère souvent dès que le coup d'envoi est donné. On râle, on peste contre la FIFA, mais on finit tous devant notre écran à vibrer pour un arrêt de gardien ou un but à la dernière minute. La Coupe du monde reste le seul événement capable de paralyser la planète. Que ce soit dans le désert saoudien, dans un stade climatisé du New Jersey ou sur les hauteurs de Mexico, la passion survit souvent à la bureaucratie. Reste à espérer que le jeu, lui, ne se noie pas dans cette course effrénée au profit.

