On a souvent tendance à croire que les sportifs de haut niveau ne vivent que pour leur discipline principale, sauf que Bale a brisé ce mythe avec une franchise qui frise parfois l'insolence. Ce n'est pas seulement qu'il aime frapper la balle blanche ; c'est qu'il semble trouver dans ce sport une paix intérieure que le tumulte des stades de 80 000 personnes ne lui a jamais offerte. Et c'est précisément là que l'histoire devient intéressante.
Pourquoi le golf est devenu bien plus qu'un simple passe-temps pour Bale
L'histoire d'amour entre Gareth Bale et le golf ne date pas d'hier, loin de là. Tout a commencé sur les terrains d'entraînement de Southampton, alors qu'il n'était qu'un jeune espoir du football. À l'époque, c'était un moyen de décompresser, une petite soupape de sécurité. Mais très vite, le truc c'est que la passion a pris une ampleur démesurée. Là où ses coéquipiers passaient leurs après-midis sur la console ou à faire la sieste, lui étudiait les swings des plus grands maîtres du circuit PGA.
Le rôle thérapeutique du swing face à la pression médiatique espagnole
Lorsqu'il débarque à Madrid en 2013 pour la somme record de 100 millions d'euros, la pression est monumentale. Chaque contrôle raté, chaque blessure est disséquée par une presse madrilène impitoyable. Dans ce contexte, le golf est devenu son sanctuaire. Sur un parcours, personne ne lui demande pourquoi il n'a pas fait de repli défensif la veille. C'est une bulle. Je reste convaincu que sans cette échappatoire, sa carrière au Real Madrid se serait terminée bien plus tôt, tant le climat était devenu toxique pour lui. Le golf lui offrait cette solitude choisie, un contraste violent avec l'exposition permanente du football professionnel.
Une rigueur technique qui frise le professionnalisme
Ce qui frappe chez Bale, c'est son niveau. On ne parle pas d'un amateur qui gratte le sol une fois sur deux. Son handicap, qui a fluctué entre 0,5 et 2 au fil des années, le place dans le haut du panier des joueurs non-professionnels. C'est un puriste. Il ne se contente pas de jouer ; il analyse la trajectoire de la balle, l'influence du vent, la texture de l'herbe. Cette minutie, il l'avait sur coup franc, mais il l'a transcendée dans son approche du golf. Résultat : il possède aujourd'hui un swing que beaucoup de pros lui envient, caractérisé par une puissance naturelle héritée de ses jambes d'athlète et une souplesse de buste remarquable.
Wales. Golf. Madrid. : Chronique d'un slogan qui a mis le feu aux poudres
Impossible d'évoquer la passion de Bale sans parler de cet épisode survenu en novembre 2019. Après une qualification du Pays de Galles pour l'Euro 2020, Bale et ses coéquipiers ont célébré derrière un drapeau arborant l'inscription devenue légendaire : Wales. Golf. Madrid. In that order. (Le Pays de Galles. Le Golf. Madrid. Dans cet ordre). Ce moment de dérision, né d'un chant de supporters gallois, a été perçu comme une insulte suprême par les socios madrilènes. Mais au-delà de la provocation, cela traduisait une honnêteté brutale sur ses priorités de vie.
La réaction glaciale du vestiaire madrilène et de Zinedine Zidane
Le problème, c'est que l'humour gallois passe mal sous le soleil de Castille. Zinedine Zidane, alors entraîneur, a dû gérer ce malaise en conférence de presse pendant des mois. Pour le club, c'était la preuve que Bale n'était plus investi. Pour Bale, c'était juste une mise au point : sa patrie et sa passion passaient avant un employeur qui, selon lui, ne le respectait pas à sa juste valeur. À ceci près que cette hiérarchie n'était pas un manque de professionnalisme sur le terrain, mais une réalité émotionnelle. Il faisait son travail à Madrid, mais il vivait pour le reste.
L'impact sur sa fin de carrière en club
Cette étiquette de "golfeur qui joue au foot par intermittence" l'a poursuivi jusqu'à son départ pour Los Angeles. Les supporters l'ont sifflé, les journaux comme Marca l'ont caricaturé en parasite. Pourtant, les chiffres sont là : 106 buts et 67 passes décisives en 258 matchs avec le Real. Pas mal pour quelqu'un qu'on disait plus intéressé par ses clubs de golf que par ses crampons. Mais le mal était fait. La perception avait pris le pas sur la réalité statistique, et le golf était devenu l'arme du crime.
Le niveau réel de Gareth Bale au golf : un amateur aux portes du professionnalisme ?
Honnêtement, c'est flou pour beaucoup de gens, mais le niveau de Bale est impressionnant. Il ne se contente pas de fréquenter les clubs huppés ; il participe à des tournois de haut rang. En février 2023, peu après l'annonce de sa retraite du football à l'âge de 33 ans, il a fait ses débuts officiels sur le circuit PGA lors de l'AT&T Pebble Beach Pro-Am. Jouer sur l'un des parcours les plus mythiques du monde, sous l'œil des caméras, n'est pas donné au premier venu. Et il n'a pas déçu.
Analyse de son handicap et de sa technique de swing
Le handicap de Bale est actuellement estimé autour de 0,5. Pour les néophytes, cela signifie qu'il joue presque chaque parcours dans le "par", soit le score théorique idéal. C'est une performance que moins de 1 % des golfeurs mondiaux atteignent. Sa force réside dans son grand jeu. Grâce à sa puissance physique, il peut envoyer des drives à plus de 280 mètres avec une régularité déconcertante. Mais là où il a surpris les observateurs à Pebble Beach, c'est sur son petit jeu, notamment ses sorties de bunker et ses approches levées, qui demandent une sensibilité de main que l'on n'associe pas forcément à un footballeur puissant.
Sa participation remarquée à l'AT&T Pebble Beach Pro-Am
Lors de ce tournoi, il était associé au professionnel Joseph Bramlett. Le duo a terminé à la 16ème place sur 156 équipes, ce qui est une performance colossale. Bale a même réussi des coups qui ont fait le tour des réseaux sociaux, notamment une approche depuis le chemin goudronné qui a fini à quelques centimètres du trou. Jon Rahm, l'un des meilleurs joueurs du monde, a déclaré après avoir vu Bale jouer : Ce n'est pas juste qu'il soit aussi bon au football et qu'il puisse aussi bien jouer au golf. Il n'a aucun point faible. C'est un compliment qui pèse lourd dans le milieu.
Les trois trous de légende répliqués dans son jardin gallois
Quand on a les moyens de Bale, on ne se contente pas d'un filet d'entraînement dans le garage. Dans sa propriété du sud du Pays de Galles, il a fait construire trois trous de golf qui sont des répliques exactes de trous iconiques : le 12ème d'Augusta (l'Amen Corner), le 17ème du TPC Sawgrass (le célèbre green en île) et le 8ème du Royal Troon (le Postage Stamp). C'est dire le niveau de fanatisme. On n'est plus dans le loisir, on est dans la dévotion totale à la discipline.
Football vs Golf : deux amours aux dynamiques opposées
Il est intéressant de se demander pourquoi un homme qui a tout gagné dans le football préfère passer 5 heures à marcher sur de l'herbe pour mettre une balle dans un trou. La réponse réside sans doute dans le contrôle. Au football, vous dépendez de vos coéquipiers, de l'arbitre, de la tactique de l'adversaire. Au golf, vous êtes seul face à vous-même. Chaque erreur est la vôtre, chaque réussite aussi. Pour un perfectionniste comme Bale, cette responsabilité individuelle est gratifiante.
La solitude du golfeur face à l'adrénaline collective du gazon
Le football est un sport de contact, de cris, de sueur et de chaos. Le golf est un sport de silence et de stratégie mentale. Après une décennie passée sous les projecteurs et les critiques incessantes, Bale a trouvé dans le golf une forme de méditation active. C'est un peu comme si le football était son jour de travail dans une usine bruyante et le golf son dimanche après-midi dans une bibliothèque silencieuse. L'un payait les factures, l'autre nourrissait son âme. Bref, il a fini par choisir le silence.
Pourquoi le physique de Bale était mieux adapté aux 18 trous qu'aux 90 minutes
Sur la fin de sa carrière, le corps de Bale a commencé à le trahir. Ses mollets, en particulier, étaient une source constante de blessures musculaires. Le football demande des changements de direction brutaux, des sprints explosifs de 30 mètres à répétition. Le golf, bien que physiquement exigeant pour le dos et les hanches, permet une gestion de l'effort beaucoup plus linéaire. En s'orientant vers le golf, Bale a prolongé sa vie d'athlète sans infliger à son corps les traumatismes du football de haut niveau. C'est une transition intelligente, presque une nécessité biologique.
Les autres sports qui font vibrer l'ancien ailier de Tottenham
Si le golf écrase tout le reste, Gareth Bale n'en demeure pas moins un boulimique de sport. On le sait moins, mais il suit de très près d'autres disciplines, souvent américaines. Sa période à Los Angeles FC n'était pas seulement un choix de fin de carrière, c'était aussi une opportunité de s'immerger dans la culture sportive d'outre-Atlantique qu'il affectionne tant.
Sa fascination méconnue pour la NBA et le basketball américain
Bale est un grand fan de basket. Il a souvent été aperçu aux premiers rangs des matchs de NBA lors de ses vacances aux États-Unis. Il admire particulièrement la précision des tireurs comme Stephen Curry. On retrouve d'ailleurs chez lui cette fascination pour le geste technique pur, qu'il s'agisse d'un shoot à trois points ou d'un swing de golf. Il y a quelques années, il avait même participé à un défi de basket pour une chaîne de télévision, montrant une adresse surprenante au tir. Mais là encore, c'est l'aspect individuel du geste qui semble le séduire.
Le tennis et les sports de raquette comme alternative cardio
Comme beaucoup de footballeurs, il touche un peu au tennis et, plus récemment, au padel. C'est un excellent moyen de garder une condition physique correcte sans l'ennui de la salle de sport. Sauf que, connaissant le tempérament de l'animal, il ne joue jamais juste pour s'amuser. Il lui faut de la compétition. Cependant, ces sports restent très secondaires. Ils ne possèdent pas cette dimension mystique qu'il trouve sur un parcours de golf au lever du soleil.
Les idées reçues sur son prétendu désintérêt pour le football
C'est un point sur lequel je voudrais insister : dire que Bale n'aimait pas le football est un raccourci paresseux. On ne devient pas l'un des meilleurs joueurs du monde, auteur de buts d'anthologie en finale de Ligue des champions (on se souvient de son retourné acrobatique contre Liverpool en 2018), si on déteste son sport. Le problème est ailleurs. Bale aimait jouer au football, mais il détestait tout ce qu'il y avait autour : la politique de club, les obligations médiatiques, le manque de vie privée.
Le mythe du joueur qui ne regardait jamais de matchs à la télé
Une rumeur a longtemps circulé disant qu'il préférait regarder un tournoi de golf de seconde zone plutôt qu'un grand match de Ligue des champions. C'est en partie vrai. Il l'a admis lui-même : il ne consomme pas de football en dehors de ses heures de travail. Mais est-ce un crime ? Beaucoup de grands chefs ne cuisinent pas chez eux. Bale voyait le football comme une performance physique intense, et une fois le sifflet final retenti, il passait à autre chose. Cette capacité de déconnexion est d'ailleurs ce qui lui a permis de durer si longtemps au sommet malgré les critiques.
Un professionnalisme souvent injustement remis en question
On l'a accusé de simuler des blessures pour aller golfer. C'est une aberration totale. Aucun club professionnel ne laisserait un joueur faire ça, et Bale est un athlète qui connaît parfaitement son corps. Le golf ne demande pas les mêmes sollicitations que le football. On peut avoir une gêne au mollet qui empêche de sprinter à 35 km/h mais qui permet de marcher 6 kilomètres sur un terrain plat. Les raccourcis médiatiques ont transformé une passion saine en une preuve de trahison, ce qui est assez injuste quand on regarde son palmarès.
Questions fréquentes sur la passion de Gareth Bale
Gareth Bale va-t-il devenir golfeur professionnel ?
La question brûle les lèvres de tous les fans. Pour l'instant, il semble se contenter du circuit amateur de haut niveau et des tournois Pro-Am. Passer professionnel à plus de 30 ans est un défi titanesque, même pour un athlète de son calibre. Le niveau moyen sur le DP World Tour ou le PGA Tour est stratosphérique. Mais avec Bale, il ne faut jamais dire jamais. S'il décide de s'y consacrer 10 heures par jour, il pourrait surprendre son monde sur des circuits seniors dans quelques années.
Quel est son club de golf préféré ?
Il a souvent exprimé son admiration pour les parcours classiques et chargés d'histoire. Wentworth au Royaume-Uni est l'un de ses points de chute réguliers. Mais son cœur semble pencher pour les parcours californiens, où le climat permet de jouer toute l'année dans des conditions optimales. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles il a terminé sa carrière de footballeur à Los Angeles.
Est-ce que le golf a vraiment causé ses blessures au Real Madrid ?
C'est la grande théorie des médecins de comptoir espagnols. En réalité, aucune étude sérieuse n'a prouvé que la pratique modérée du golf aggravait ses problèmes musculaires. Au contraire, marcher sur un parcours est une excellente forme de récupération active. Le problème était surtout d'ordre psychologique et d'image : voir Bale avec un club de golf alors qu'il était officiellement "en phase de reprise" rendait les supporters fous furieux.
Le verdict : le golf est-il le grand gagnant de sa vie ?
Au final, le sport préféré de Gareth Bale n'est pas celui qui a fait de lui une icône mondiale, mais celui qui lui permet d'être lui-même. Le football a été son piédestal, le golf est sa maison. Aujourd'hui retraité des terrains de foot, il vit enfin sa passion au grand jour, sans avoir à s'excuser ou à se cacher derrière des bannières ironiques. Il a réussi ce que peu d'athlètes accomplissent : une transition parfaite d'une carrière subie (sur la fin) vers une passion choisie.
On peut critiquer son attitude de fin de carrière à Madrid, mais on ne peut qu'admirer sa fidélité à ses propres envies. Bale n'a jamais cherché à plaire aux autres, il a cherché à être heureux. Et pour lui, le bonheur se trouve dans le silence d'un départ matinal, le bruit sec d'une balle parfaitement contactée et l'horizon vert d'un fairway qui s'étire à l'infini. Le football a perdu un ailier de génie, mais le golf a gagné son ambassadeur le plus médiatique et le plus talentueux issu d'un autre univers. Autant dire que pour Gareth, le plus beau match de sa vie ne fait que commencer, et il se joue en 18 trous.
