Le record absolu : Isner-Mahut à Wimbledon 2010
Le 22 juin 2010, sur le court n°18 de Wimbledon, John Isner, 25 ans, affronte Nicolas Mahut, 28 ans, au premier tour. Les quatre premiers sets s'achèvent en 6-4, 3-6, 6-7(7), 7-6(3), menant à un cinquième set sans tie-break à l'époque sous les règles traditionnelles de Wimbledon. La partie reprend le lendemain et s'étire jusqu'au 24 juin.
Ce match le plus long du tennis atteint des sommets absurdes : 70-68 pour Isner au cinquième set final. Les deux joueurs épuisent douze balles Dunlop par set, et l'ATP doit créer un compteur géant pour suivre les jeux. Isner gagne 214 points au service, Mahut 211, avec des taux de réussite autour de 90 % en première balle.
La durée cumulée de 11h05 surpasse tout précédent de 67 %. Wimbledon officialise le record, et la Fédération internationale de tennis (ITF) le valide comme benchmark absolu pour les duels en simple messieurs.
Les implications transcendent le sport : ce match force une réforme des règles en 2019, introduisant le super tie-break au troisième set pour les matches à trois sets dans les Grands Chelems hors finale.
Pourquoi le cinquième set a-t-il duré plus de huit heures ?
Absence de tie-break décisif au-delà de 6-6, règle wimbldonienne jusqu'en 2018. Les deux serveurs dominent : Isner, 2,08 m, assène 112 aces ; Mahut, 185 aces au total. Taux de points gagnés au service : 91,2 % pour l'Américain sur ses 982 points servis.
La surface en herbe rapide favorise les services non-returnables. Météo clémente – 22°C les deux premiers jours – et interruptions pour pluie limitées à 90 minutes cumulées. Les joueurs alternent breaks rares : un seul chacun dans le set décisif, à des moments critiques comme 59-59.
Physiologiquement, l'endurance prime. Isner, habitué aux circuits challengers, résiste ; Mahut, spécialiste du double, tient grâce à son cardio. Des analyses post-match estiment la consommation calorique à 7000 kcal par joueur, équivalente à dix marathons.
Ce set de 8h11 représente 70 % de la durée totale, un ratio inédit qui expose les limites des formats best-of-five.
Combien de jeux et de points dans ce duel historique ?
183 jeux au cinquième set : 138 gagnés par Isner, 45 par Mahut. Total du match : 650 jeux environ, contre 183 en moyenne pour un cinq sets classique. Points joués : 1386 confirmés par l'ATP, dont 943 au service d'Isner seul.
Records annexes pulvérisés : aces (Mahut 103 dans le cinquième set), double-fautes (Mahut 18), durée par jeu autour de 25 secondes en moyenne, mais jusqu'à 90 secondes dans les échanges prolongés.
Comparons chiffré : un match standard ATP dure 2h15, avec 250 points. Ici, multiplication par 5,5. Les statistiques Hawk-Eye, activées mi-match, montrent 85 % de premières balles à 200 km/h minimum.
Ce record de points joués force l'ITF à repenser la mesure des performances : non plus par sets, mais par endurance brute.
Les conditions techniques qui ont rendu possible cette durée extrême
Herbe de Wimbledon, semée en septembre précédent, offre un rebond bas idéal pour les grands serveurs. Balles Slazenger, plus vives que les Wilson des autres Grands Chelems, accélèrent les échanges : durée moyenne par point sous 20 secondes.
Règles obsolètes : pas de clock shot avant 2022, pauses illimitées pour essuyage. Éclairage naturel seulement, arrêt à la nuit tombante le 23 juin à 21h13, score 59-59.
Préparation physique : Isner suit un entraînement HIIT spécifique, 4h/jour ; Mahut mise sur le vélo elliptique. Nutrition : gels énergétiques toutes les 30 minutes, mais déshydratation frappe Mahut en fin de set (poids perdu : 7 kg).
Facteur humain négligé : juges de ligne surmenés, 11 remplacés ; public de 400 spectateurs conquis, ovations à chaque jeu centenaire.
Une digression : ce court n°18, anonyme avant, devient icône, rebaptisé "Isner-Mahut court" dans les annales.
Les matches les plus longs avant Isner-Mahut : une comparaison chiffrée
Précédent record : Isner face à Frédéric Niemeyer, Wimbledon 2009, 7h06 sur deux jours, 4-6, 6-3, 6-7, 6-7, 70-68. Durée inférieure de 32 %, jeux au set final : 138.
Autres candidats : Karl Meiler vs Adolf Miklos, Kitzbühel 1974, 7h01 ; ou encore Lenglen vs Morton, 1922, 6h43 non-officiel. Écart : le 2010 double la durée moyenne des duels prolongés des années 2000 (3h45).
En circuits secondaires, des marathons amateurs atteignent 10h, mais sans validation ATP. Wimbledon domine avec 65 % des top 10 historiques en simple messieurs.
Durée record avant 2010 : divisée par deux face à l'exploit, soulignant l'évolution des gabarits (taille moyenne top 100 : +10 cm depuis 1990).
Le plus long match dans d'autres sports : tennis versus cricket et baseball
Cricket : Test match Afrique du Sud-Angleterre, Durban 1939, 12 jours calendaires, mais 434 minutes jouées effectives – 25 fois moins que tennis. Baseball : Pawtucket-Red Sox, 1981, 33 innings, 8h25 continues, proche mais inférieur en minutes pures.
Boxe : 138 rounds estimés dans des duels XIXᵉ, mais non mesurés ; hockey : prolongations illimitées rares, max 1h45. Football : pas de record notable, pauses obligent.
Tennis l'emporte sur durée effective jouée : 11h05 sans interruption majeure contre 8h25 baseball (avec temps morts). Cricket, format cinq jours, cumule 30h jouées max, mais étalé.
Pourcentage : tennis représente 95 % du temps en action pure, baseball 40 % – avantage net au raquette.
Provocation : le cricket se vante de ses "tests éternels", mais qui a tenu 11 heures d'affilée sans sieste ?
Facteurs décisifs pour prolonger un match au-delà du raisonnable
Serveurs dominants : aces > 10 % des points. Surface rapide : herbe > dur > terre (vitesse 70 km/h vs 50). Règles laxistes : pas de tie-break, pas de heat rule.
Météo : 20-25°C optimal, vent nul. Physique : VO2 max > 60 ml/kg/min, comme chez les ultramarathoniens. Mental : résilience post-50 jeux.
Post-2010, réformes : tie-break à 12-12 depuis 2022 à Wimbledon, réduisant risques de 90 %. Pourtant, des duels comme Djokovic-Alcaraz 2023 flirtent avec 5h.
Pas de consensus sur "limite humaine" : études divergent, de 12h à 15h selon modélisations biomécaniques.
Erreurs courantes à éviter sur les records de durée en tennis
Confondre temps calendaires et effectifs : Isner-Mahut, 3 jours mais 11h05 jouées. Ignorer les doubles : record 7h01 en 1983, eclipsé injustement.
Oublier les qualifs : matches amateurs jusqu'à 14h non homologués ATP. Surestimer l'impact fatigue : Isner atteint quarts, perd en 3 sets secs.
Conseil pratique : vérifiez ATP/WTA stats officielles, croisez avec ITF archives. Évitez YouTube highlights biaisés – focus sur aces masque les rallyes de 50 coups (12 recensés).
Autre piège : genre mixte. Féminin, record 6h31 Sabalenka vs Zheng 2022, best-of-three limite.
FAQ : questions fréquentes sur le match le plus long
Quelle est la durée exacte du match Isner-Mahut ?
11 heures, 5 minutes et 16 secondes cumulées, réparties sur le 22, 23 et 24 juin 2010. Cinquième set : 8h11'29'' précis.
Pourquoi n'y a-t-il pas eu tie-break dans ce match historique ?
Règle Wimbledon jusqu'en 2018 : aucun tie-break au cinquième set, quel que soit le score, pour favoriser l'endurance.
Le record du match le plus long sera-t-il battu un jour ?
Improbable sans retour aux anciennes règles : super tie-break actuel cap à 2h30 max. Mais en Challenger, possibles surprises.
Ce match le plus long de l'histoire redéfinit les limites du tennis. De 11h05 à la réforme des tie-breaks, il impose un équilibre entre spectacle et santé. Isner et Mahut, amis post-duel, symbolisent la résilience : 214-211 au service, éternel. Aujourd'hui, les Grands Chelems visent 3h max, mais l'herbe de Wimbledon garde son aura de marathon. Record gravé, il défie toute surenchère – à moins d'un duo de géants en 2030.
