Au-delà du dictionnaire : l'identité viscérale du peuple de Marseille
Dire que ce sont des Marseillais reste un raccourci un peu paresseux, même si dans l'esprit collectif, le raccourci fonctionne à plein régime. Reste que la nuance est de taille. Tout Marseillais n'est pas forcément un ultra abonné au virage Nord, à ceci près que le club infuse la vie quotidienne de la cité phocéenne d'une manière quasi hégémonique. On n'y pense pas assez, mais l'OM est peut-être le seul club français qui possède une telle emprise sur sa propre commune, loin du désamour ou de la division que l'on peut observer à Paris ou à Londres.
Le terme "Olympien" : entre histoire et institution
Le mot historique, celui que vous entendrez dans la bouche des journalistes de l'ancienne école ou sous la plume des chroniqueurs du quotidien Le Provençal (devenu La Provence), c'est l'Olympien. Ce qualificatif découle directement du nom officiel de la structure : l'Olympique de Marseille. Mais autant le dire clairement, dans les travées populaires, on utilise assez peu ce terme pour se désigner entre soi. Ça fait un peu trop officiel, presque distant. L'Olympien, c'est le joueur sur la pelouse, celui qui porte le maillot blanc frappé de la devise "Droit au but". Pour le mec qui s'égosille pendant 90 minutes sous le cagnard du boulevard Michelet, le costume est ailleurs.
La confusion fréquente avec les groupes d'ultras
Là où ça coince souvent pour les néophytes, c'est qu'on confond le nom global des supporters avec les étiquettes des différents groupes qui composent le Stade Vélodrome. On entend parler des South Winners, des Commando Ultra 84 ou des Fanatics. Or, ces termes désignent des chapelles précises, des syndicats de passionnés avec leurs propres codes, leurs zones géographiques dans le stade et leurs trésoreries indépendantes. Un supporter lambda de l'OM, qui regarde le match depuis sa télévision à 800 kilomètres de là ou depuis la tribune Jean Bouin, ne se revendiquera jamais comme un "Winner". Le raccourci est pourtant commis par des dizaines de médias nationaux chaque année.
La cartographie technique des tribunes : qui s'appelle comment au Vélodrome ?
Si l'on veut décrypter précisément comment s'appelle les supporter de l'OM, il faut plonger dans la géographie du stade, car c'est l'emplacement qui dicte souvent l'appellation et l'intensité du statut. Le Vélodrome, avec ses 67394 places assises depuis sa dernière rénovation pour l'Euro 2016, est scindé en deux mondes radicalement différents. D'un côté, les virages populaires, de l'autre, les tribunes latérales plus feutrées et onéreuses.
Les virages : le cœur battant des "Ultras" marseillais
C'est ici que bat le pouls de la ville. Les occupants du Virage Sud et du Virage Nord ne se définissent pas comme de simples spectateurs, ils s'appellent des Ultras ou des Viragistes. Le Commando Ultra 84, installé au Sud, revendique fièrement le titre de plus vieux groupe d'ultras de France, fondé il y a plus de 40 ans. Juste à côté, les South Winners 87 et leurs célèbres bombers orange retournés affichent une identité fortement ancrée dans l'antiracisme et le multiculturalisme marseillais. Au Nord, les Fanatics, les MTP (Marseille Trop Puissant) et les Dodgers complètent cette armée du bruit. Pour ces gens-là, le football est une religion hebdomadaire qui coûte environ 200 euros d'abonnement par saison, un investissement dérisoire par rapport au temps consacré à la confection des tifos géants.
Les tribunes Ganay et Jean Bouin : les "Spectateurs" et les "Footix"
Le contraste est saisissant. Dès que l'on traverse la pelouse pour observer les lignes latérales, le vocabulaire change radicalement, teinté parfois d'une pointe d'ironie de la part des virages. On y trouve les abonnés des tribunes Ganay et Jean Bouin. Les virages les qualifient parfois gentiment de spectateurs, voire de bourgeois, car le prix des places y grimpe facilement à plus de 80 euros l'unité pour les grands matchs d'Europe. C'est aussi là que se concentrent ce que le jargon du football nomme parfois les Footix — ces amateurs opportunistes qui ne viennent que pour les affiches prestigieuses contre le PSG ou en Ligue des Champions, abandonnant le navire lorsque les résultats sportifs s'effondrent. Je trouve cette critique parfois injuste, car ces tribunes abritent aussi des familles de passionnés qui transmettent le virus de génération en génération sans pour autant vouloir passer le match debout à craquer des fumigènes.
L'évolution historique des appellations des fans de l'Olympique de Marseille
On n'est loin du compte si l'on s'imagine que le public de l'OM a toujours ressemblé à cette marée humaine incandescente que l'Europe entière admire aujourd'hui. L'appellation et la sociologie de ceux qui soutiennent le club ont subi des mutations profondes au cours du siècle dernier, calquées sur les transformations économiques de la deuxième ville de France.
L'époque des "Partisans" et du sifflet de l'immédiat après-guerre
Dans les années 1930 et 1950, l'expression ultra n'existait pas dans le dictionnaire du football hexagonal. On parlait alors des partisans de l'OM ou des supporters tout courts. Le public du vieux stade de l'Huveaune, puis des premières décennies du Vélodrome inauguré en 1937, était composé majoritairement d'ouvriers du port, de dockers et d'employés des usines locales. Le truc c'est que le soutien s'exprimait de manière beaucoup plus sonore que visuelle : pas de grands drapeaux, mais des sifflets stridents, des cris acérés et une pression constante sur l'arbitre. On venait au stade en costume de rechange le dimanche après-midi, la casquette vissée sur la tête, pour voir jouer des légendes comme Larbi Ben Barek ou Gunnar Andersson.
La révolution Tapie et la naissance de la "Génération Europe"
Le véritable basculement sémantique et culturel s'opère au milieu des années 1980, sous l'impulsion d'un homme : Bernard Tapie. Arrivé à la présidence en 1986, l'homme d'affaires transforme le club en une machine de guerre européenne, culminant avec le sacre du 26 mai 1993 à Munich. C'est à ce moment précis que la question de savoir comment s'appelle les supporter de l'OM prend son sens moderne. Le public marseillais s'internationalise, se rajeunit et s'approprie le modèle des tifosis italiens. On passe du spectateur passif au supporter acteur. Être supporter de l'OM devient un badge de fierté nationale, une identité presque politique face au centralisme parisien. C'est l'époque où le peuple olympien acquiert sa réputation de douzième homme, capable de faire gagner un match par la seule force de ses chants.
Les variantes régionales et les surnoms extérieurs accordés aux Marseillais
La manière dont on désigne les supporters de l'OM dépend aussi beaucoup de l'endroit d'où l'on parle. Le regard de l'autre, surtout s'il est rival, façonne une partie de l'enveloppe linguistique du club.
Le point de vue des rivaux : de "Sardines" à "Phocéens"
Pour les supporters du Paris Saint-Germain ou de l'Olympique Lyonnais, le vocabulaire se fait nettement moins amical, ce qui fait partie intégrante du folklore du football français. Le sobriquet le plus célèbre reste les Sardines, une référence directe à la fameuse légende de la sardine qui a bouché le vieux port de Marseille au dix-huitième siècle. À l'inverse, dans un registre plus respectueux ou journalistique, on utilise fréquemment le terme de Phocéens, un hommage direct aux marins grecs venus de Phocée qui fondèrent la ville en l'an moins 600 avant notre ère. Utiliser "Phocéen" pour qualifier un supporter permet d'insuffler une dimension historique et noble, presque mythologique, à une passion qui s'exprime parfois de façon très brute.
La diaspora marseillaise : les supporters de l'OM en dehors de Provence
C'est un fait unique en France, souvent analysé par les sociologues du sport : l'OM possède des millions de supporters qui n'ont jamais mis les pieds à Marseille. On les appelle souvent les supporters de la diaspora ou les sections extérieures. Qu'ils soient basés en Bretagne, dans le Nord ou même en Afrique francophone, ces fans se regroupent au sein de clubs de supporters officiels ou informels. Pour eux, l'appellation reste identique, ils se revendiquent Marseillais de cœur. Cette universalité du club crée parfois des tensions amicales avec les locaux, les ultras du cru estimant que la véritable légitimité de l'appellation se gagne dans la sueur des travées du boulevard Michelet et non devant un écran de bistrot parisien. Reste que cette base de fans gigantesque fait de l'OM le club le plus populaire du pays, une donnée chiffrée constante dans tous les sondages d'opinion depuis plus de trente ans.
Les fausses notes du Vélodrome : ces erreurs que font les profanes sur le nom des supporters marseillais
Le football possède sa propre grammaire, parfois complexe pour les néophytes. Comment s'appelle les supporter de l'OM ? À cette question apparemment simple, les réponses se perdent trop souvent dans les méandres des approximations journalistiques ou des clichés régionaux tenaces. C’est le problème avec les identités fortes : elles s'exposent aux pires contresens.
La confusion systématique avec le terme "Phocéens"
On entend régulièrement cette appellation à la télévision. Sauf que les Phocéens désignent historiquement les habitants de la cité et, par extension directe, les joueurs de l'équipe elle-même. Un raccourci paresseux pousse les commentateurs à l'attribuer aux tribunes. Reste que l'analogie coince. Assimiler le peuple du Vélodrome aux Phocéens relève d'un manque de précision flagrant, car le public olympien dépasse largement les frontières géographiques de la seule cité grecque historique.
L'amalgame réducteur entre Ultras et spectateurs lambdas
Tous les habitués du boulevard Michelet ne passent pas quatre-vingt-dix minutes debout à agiter des drapeaux géants. Certes, les groupes du virage Sud et du virage Nord dictent le tempo. Mais réduire la galaxie marseillaise à ses composantes radicales est une erreur majeure. Le public marseillais comprend des familles en tribune Ganay, des entrepreneurs en Jean-Bouin et des expatriés. Bref, coller l'étiquette d'Ultra à quiconque porte une écharpe bleu et blanc constitue un contresens sociologique total.
Penser que le terme "Marseillais" suffit à tout résumer
Grave erreur de jugement. On peut détester le football et habiter le quartier du Panier. À ceci près que l'inverse s'avère tout aussi vrai : des milliers de passionnés n'ont jamais mis les pieds dans les Bouches-du-Rhône. Savoir nommer les fans marseillais impose de comprendre que cette ferveur s'affranchit des actes de naissance. C'est une nationalité de cœur, pas un simple décret préfectoral lié à l'état civil.
La cartographie invisible des clubs de supporters de l'Olympique de Marseille hors de Provence
La puissance d'un club se mesure à sa capacité d'exportation. L'OM affiche une singularité absolue dans l'Hexagone avec un réseau de sections officielles qui quadrille le territoire national de façon quasi militaire. On dénombre actuellement plus de 120 clubs de supporters officiels reconnus par l'institution, répartis aux quatre coins de la France et même à l'étranger. L'appellation exacte des supporters marseillais prend alors une dimension universelle, loin du simple folklore de la Canebière. Comment expliquer une telle colonisation des cœurs ? Une victoire mythique en 1993 a cristallisé cette passion hexagonale pour des générations entières. Autant le dire, le phénomène des "Marseillais de Paris" ou des sections du Nord montre que l'OM est le seul véritable club populaire français, capable de remplir les stades adverses uniquement grâce à ses exilés.
Les questions que tout le monde se pose sur le peuple bleu et blanc
Quelle est la part exacte d'abonnés au Stade Vélodrome chaque saison ?
La ferveur se traduit par des chiffres vertigineux qui font pâlir la concurrence européenne. Pour la saison en cours, le club a bloqué le curseur à un niveau historique de 49000 abonnés, laissant seulement quelques milliers de places à la vente au match le match. Le taux de remplissage frôle systématiquement les 95% dans une enceinte qui peut accueillir jusqu'à 67394 spectateurs. Résultat : l'ambiance n'est jamais feutrée, peu importe l'adversaire de la soirée. Ces statistiques placent l'enceinte phocéenne sur le podium des plus grosses affluences du continent, devant de nombreux cadors de Premier League.
Les South Winners et les Commando Ultra 84 ont-ils le même poids ?
Le pouvoir se partage mais ne s'égalise jamais totalement dans les virages. Les Commando Ultra 84 revendiquent fièrement le titre de plus ancien groupe ultra de France, une antériorité qui leur confère un respect immense et une légitimité historique indéboulonnable au virage Sud. De leur côté, les South Winners 1987, célèbres pour leurs emblématiques bombers orange retournés, affichent un effectif plus massif avec près de 7000 membres actifs sous leur bannière. Cette dualité crée une saine émulation (parfois un brin tendue) pour la création des tifos les plus spectaculaires du pays. Les deux entités gèrent leurs abonnements de manière autonome, ce qui leur donne un poids politique considérable face à la direction du club.
Pourquoi le virage Nord est-il historiquement plus fragmenté ?
La géographie des tribunes répond à des logiques politiques et culturelles distinctes. Contrairement au Sud dominé par deux mastodontes, le virage Nord a vu proliférer une multitude d'associations comme les Fanatics, les MTP ou les Dodgers. Cette diversité trouve ses racines dans les vagues successives de supporters désireux de créer des identités de quartier ultra-spécifiques au début des années quatre-vingt-dix. Mais cette fragmentation n'altère en rien l'unité acoustique lorsque le match s'emballe. Les chants se répondent d'un virage à l'autre avec une synchronisation parfaite.
Le verdict d'une passion qui dépasse les mots
L'Olympique de Marseille ne possède pas un simple public, il abrite une religion laïque dont les pratiquants refusent les étiquettes trop étroites. Chercher une formule unique pour désigner cette masse mouvante est une quête vaine, tant l'identité olympienne s'articule autour du pluralisme. Les supporters marseillais se définissent par l'excès, la théâtralité et une exigence parfois irrationnelle envers leurs joueurs. Et c'est précisément cette instabilité chronique qui rend ce club fascinant pour le reste du football français. Choisir le camp de l'OM, c'est accepter de vivre un grand huit émotionnel permanent où la démesure l'emporte toujours sur la tiédeur. Car au fond, être supporter à Marseille, c'est une manière d'exister face au reste du monde.
