D'où sort cette hiérarchie des normes et pourquoi ça coince ?
On s'imagine souvent que les droits de l'homme sont tombés du ciel un beau matin de décembre 1948 au Palais de Chaillot. C'est faux. Ce texte est le fruit d'une urgence absolue, une réponse viscérale aux 60 millions de morts de la Seconde Guerre mondiale. Le truc c'est que, pour mettre d'accord des pays aussi différents que l'Union soviétique, les États-Unis et la France de l'époque, il a fallu ruser avec les mots. Résultat : on a posé la dignité humaine comme point de départ. Mais qu'est-ce que la dignité ? Pour un philosophe kantien, c'est une valeur intrinsèque ; pour un juge à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), c'est parfois un casse-tête juridique sans nom (surtout quand il s'agit de légiférer sur la fin de vie ou la grande pauvreté).
Le traumatisme de 1945 comme acte de naissance
Honnêtement, c'est flou pour beaucoup de gens, mais le droit humain numéro 1 n'est pas une simple règle de politesse internationale. C'est un bouclier. En 1946, lors des premières sessions de la Commission des droits de l'homme à l'ONU, les débats étaient électriques. René Cassin, le juriste français derrière le texte, voulait quelque chose qui ressemble au portique d'un temple. D'où cette structure où l'article 1 définit l'esprit de famille de l'humanité. Mais la nuance est de taille : ce texte n'est pas un traité contraignant en soi. Il a fallu attendre 1966 pour que les pactes internationaux transforment ces idéaux en obligations réelles pour les États. Est-ce que ça a tout réglé ? Loin de là.
Une universalité sans cesse contestée par le relativisme
Certains États crient au néocolonialisme dès qu'on évoque l'article 1. On est loin du compte si l'on pense que tout le monde interprète "libres et égaux" de la même manière. À ceci près que les défenseurs des droits de l'homme ne lâchent rien. Car si l'on commence à dire que le droit humain numéro 1 dépend de la culture locale, alors la notion même d'humanité s'effondre. C'est là que le bât blesse : comment imposer une norme mondiale sans paraître arrogant ?
L'analyse technique du droit à la vie : la véritable priorité ?
Si l'on sort de la philosophie pour entrer dans les tribunaux, le droit humain numéro 1 devient subitement le droit à la vie. Pourquoi ? Parce qu'il est "indérogeable". Même en cas de guerre, même en cas d'urgence nationale, un État n'a pas le droit de vous tuer arbitrairement. C'est l'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme. Ici, on ne rigole plus avec les concepts abstraits. En 2022, la CEDH a traité des milliers de requêtes, et les violations du droit à la vie restent les plus sévèrement sanctionnées. Mais attention, le droit à la vie n'est pas seulement l'interdiction de donner la mort.
L'obligation positive des États, le nouveau terrain de lutte
C'est là que ça change la donne : l'État a désormais l'obligation de protéger votre vie activement. S'il y a une inondation prévisible et que rien n'est fait, ou si la police ne protège pas une femme menacée par son conjoint, la responsabilité de l'État est engagée. On appelle cela les obligations positives. Or, plus de 30% des condamnations récentes de certains pays de l'Est concernent ces manquements à la protection physique. Le droit humain numéro 1 devient alors un outil de gestion des risques publics. Une question se pose alors : peut-on vraiment être libre si l'on meurt de faim ?
L'interdiction de la torture comme garde-fou absolu
Juste derrière la vie, on trouve l'interdiction de la torture. C'est le seul droit qui ne souffre absolument aucune exception. Aucune. Même pour sauver 1000 personnes d'une bombe, la loi internationale interdit de torturer un suspect. C'est une barrière mentale que l'humanité s'est imposée pour ne pas basculer dans la barbarie. Mais entre nous, on sait bien que dans les geôles de 80 pays à travers le monde, cette règle est piétinée quotidiennement. On n'y pense pas assez, mais la distance entre le papier et la cellule est parfois de plusieurs siècles.
La dignité humaine : un concept valise ou une réalité juridique ?
Je pense que la dignité est le vrai droit humain numéro 1, même si elle est plus dure à définir qu'un simple rythme cardiaque. Elle est ce qui reste quand on a tout enlevé. La Cour de cassation en France l'utilise pour interdire le lancer de nain ou pour encadrer les conditions de détention en prison. En 1995, l'affaire du "lancer de nain" à Morsang-sur-Orge a prouvé que la dignité était supérieure à la liberté individuelle (le nain voulait travailler, l'État a dit non car c'était dégradant pour l'humanité entière). C'est fascinant.
Le lien organique entre dignité et autonomie
Sans autonomie, la dignité n'est qu'un mot creux. On ne peut pas séparer le droit humain numéro 1 des conditions matérielles d'existence. Reste que la Cour de justice de l'Union européenne est de plus en plus sollicitée sur ces sujets. La protection des données privées, par exemple, est devenue une extension de la dignité au 21ème siècle. Votre "moi" numérique fait partie de votre identité humaine. D'où l'importance capitale du RGPD qui, mine de rien, protège une forme moderne de notre intégrité.
Opposer les droits civils aux droits sociaux : le grand piège
Le débat fait rage depuis 75 ans entre ceux qui privilégient les libertés (voter, s'exprimer) et ceux qui privilégient les besoins (manger, se loger). Les pays occidentaux ont longtemps misé sur les premiers. Sauf que pour un habitant d'un pays où 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté, le droit humain numéro 1 est forcément le droit à la subsistance. C'est l'éternelle dispute entre le ventre et l'esprit. Pourtant, la doctrine officielle de l'ONU est claire : les droits sont indivisibles. On ne peut pas choisir comme au restaurant.
La subsistance contre la liberté de parole
Certains régimes autoritaires adorent cet argument. Ils disent : "Nous donnons du riz à notre peuple, alors ne nous parlez pas de liberté de la presse". Mais c'est une fausse équivalence. Les famines surviennent rarement dans les démocraties, car la liberté de la presse permet justement d'alerter avant qu'il ne soit trop tard. Le droit humain numéro 1 est donc un écosystème. Si vous arrachez une branche, tout l'arbre finit par crever. Les statistiques de l'indice de développement humain (IDH) montrent d'ailleurs une corrélation forte entre respect des libertés civiles et niveau de vie moyen.
L'émergence des droits environnementaux
On n'en parlait pas en 1948, mais aujourd'hui, le droit à un environnement sain grimpe dans le classement. En 2022, l'Assemblée générale de l'ONU l'a reconnu comme un droit humain. Pour les générations futures, ce sera peut-être cela, le droit humain numéro 1. Car sans une planète habitable, que valent la liberté d'expression ou le droit de vote ? On commence à voir des procès climatiques où des citoyens attaquent leur gouvernement sur la base de la violation du droit à la vie lié à l'inaction écologique. C'est une révolution juridique totale qui est en train de se jouer sous nos yeux. Mais là où ça coince, c'est pour faire appliquer ces jugements à des multinationales qui brassent des milliards de dollars.

