On en parle autour d’un café ?
La peur des autres ?
Je repense à un pote, Julien — tu vois le genre, grand, baraqué, toujours un sourire jusqu’aux oreilles. Eh ben, il peut pas entrer dans un ascenseur avec quelqu’un d’autre. Même pas une seconde. Il préfère monter à pied les huit étages, en sueur, en râlant, mais il monte. Pourquoi ? Claustrophobie ? Un peu. Mais surtout, une angoisse folle d’être jugé, observé, d’être… là, sans pouvoir fuir. Là, tu touches du doigt la phobie sociale. Et c’est pas mignon comme on croit.
Parce que bon, on rigole avec les potes : « Oh t’as la trouille de parler en public ? » Mais imagine : ta gorge se serre, tes mains deviennent moites, ton cœur part en vrille chaque fois que t’as un regard sur toi. Même commander un café devient un calvaire. C’est pas de la timidité. C’est une prison mentale.
Et si la pire phobie, c’était… la peur de mourir ?
Attends, laisse-moi t’expliquer. On appelle ça la thanatophobie. Et non, c’est pas juste « avoir peur de crever », comme tout le monde. C’est une obsession. Tu passes tes nuits à compter tes battements de cœur. Tu vérifies que t’as pas un symptôme de cancer après chaque éternuement. Tu regardes les gens dans la rue en te disant : « Lui, il va mourir un jour. Moi aussi. » Et ça te tombe dessus, comme un couperet.
Y’a deux ans, j’ai traversé une période bizarre. Ma mère a eu un malaise — rien de grave, mais bon, à 58 ans, t’as un petit passage aux urgences, et hop, le cerveau déraille. Du coup, j’ai commencé à chercher tous les symptômes bizarres. Un mal de dos ? AVC. Un orteil qui gratte ? Sclérose en plaques. J’étais devenu un hypochondriaque de haut vol. Et là, j’ai compris : la peur de mourir, elle peut te bouffer en silence. Et elle est partout.
Mais bon… et la peur d’avoir peur ?
Parce que là, on touche à un truc encore plus flippant : l’agoraphobie. Et non, ce n’est pas « avoir peur de sortir ». C’est bien pire. C’est avoir peur d’avoir une crise d’angoisse… en public. Du coup, tu ne sors plus. Tu t’enfermes. Tu commandes tout en ligne. Tes amis pensent que t’es devenu un ermite. Mais toi, t’es coincé chez toi, terrifié à l’idée de perdre le contrôle.
J’ai vu ça avec Léa, une cousine. Elle sortait plus de chez elle pendant six mois. Elle disait : « Si j’ai une crise dans la rue, qui va m’aider ? Et si je m’évanouis ? Et si les gens pensent que je fais une overdose ? » Elle avait tout prévu. Même un carnet avec ses papiers et un mot : « Je vais bien, j’ai juste une crise d’angoisse. » Elle le gardait dans sa poche, au cas où. Franchement… c’est triste, non ?
Les phobies bizarres, on en rigole… mais
Bon, on connaît toutes les phobies de ouf : peur des bananes (bananaphobie ?), peur des trous (trypophobie — celle-là, elle me fait flipper rien que d’y penser), peur des mannequins… Moi, je ne supporte pas les yeux des poissons morts. Sérieux, un cabillaud sur un étal ? Je dégage. Mais c’est mignon à côté.
Parce que là où ça devient grave, c’est quand la phobie t’empêche de vivre. Peu importe son nom. Peu importe si ça paraît « con » aux autres. Si t’es incapable de monter dans un train, de parler à ton boss, de serrer la main de quelqu’un… bah c’est grave. Point.
Alors, quelle est la pire ?
Je me suis posé la question des heures. J’ai lu des trucs, écouté des témoignages… et honnêtement ? Je pense que la pire phobie, c’est celle qui te coupe des autres. Parce que humainement, on est faits pour être ensemble. Quand t’es seul, enfermé dans ta tête, que tu vois le monde comme une menace permanente… là, tu perds pied.
Après, faut pas dramatiser non plus. Moi, je panique dans les parkings souterrains. Pourquoi ? Aucune idée. Je sens l’air lourd, je pense aux fuites de gaz, aux suicides… c’est irrationnel. Mais ça me paralyse deux secondes. Alors je respire. Je me dis : « Calme-toi, t’es pas en danger. » Et je passe.
Mais pour d’autres, ce moment ne passe jamais.
Et toi, tu en penses quoi ?
Parce que bon, on en parle jamais assez. On rigole, on banalise. « T’as peur de ça ? Mais non, mais t’es pas fou ? » Sauf que non. On n’est pas fou. On est juste… humain. Fragile. Avec des zones d’ombre qu’on ne comprend pas toujours.
Alors, franchement… quelle serait ta pire phobie ? Celle qui te réveillerait en sueur ? Celle que tu cacherais même à ton meilleur ami ?
Enfin bref. Moi, je crois que la pire phobie, c’est pas celle qui a le nom le plus bizarre. C’est celle qui te vole ta vie, petit à petit, sans que personne ne voie rien. Et c’est peut-être ça, le plus flippant.
On en reparle au prochain café ?
