Pour comprendre ce qui se joue vraiment entre ces deux années, il faut plonger dans les mécanismes du climat, décortiquer les prévisions des agences météorologiques, et surtout, accepter que la réponse soit bien plus complexe qu’un simple "oui" ou "non". Car le climat, contrairement à ce qu’on aimerait croire, ne se résume pas à une courbe lissée sur un graphique.
Pourquoi 2025 s’annonce comme une année record (et ce que ça change pour 2026)
Commençons par le contexte. 2025, selon les projections du Met Office britannique et de la NOAA américaine, a toutes les chances de battre des records de chaleur. Pas seulement à cause du réchauffement climatique de fond – qui, lui, continue sa progression inexorable – mais à cause d’un alignement de facteurs conjoncturels. Le premier, et le plus évident, c’est El Niño, ce phénomène cyclique qui réchauffe les eaux du Pacifique et fait grimper les températures mondiales. Après un épisode modéré en 2023-2024, les modèles prévoient un retour d’El Niño en 2025, avec une intensité potentiellement comparable à celui de 2015-2016, qui avait propulsé 2016 au rang d’année la plus chaude jamais enregistrée.
Sauf que. Il y a un "sauf que" de taille : El Niño n’agit pas seul. En 2025, il se superposera à un autre phénomène, moins médiatisé mais tout aussi influent : l’oscillation décennale du Pacifique (PDO). Cette dernière, en phase positive depuis 2014, amplifie les effets d’El Niño en réchauffant davantage les eaux de surface. Résultat ? Les climatologues s’attendent à une année 2025 entre 1,3°C et 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels, avec des pics locaux bien plus élevés. En Europe, par exemple, les étés pourraient dépasser les 45°C dans le sud de la France, tandis que l’Asie du Sud-Est connaîtrait des vagues de chaleur humides si intenses qu’elles rendraient certaines régions littéralement inhabitables pendant des semaines.
Et c’est là que 2026 entre en jeu. Car si El Niño s’essouffle – comme il le fait généralement après 12 à 18 mois –, son successeur, La Niña, pourrait prendre le relais. Or, La Niña a l’effet inverse : elle refroidit les eaux du Pacifique et, par ricochet, atténue temporairement la hausse des températures mondiales. D’où l’hypothèse d’une 2026 plus fraîche. Mais attention : "plus fraîche" ne signifie pas "froide". Les modèles du GIEC et du Copernicus Climate Change Service tablent sur une baisse de 0,1°C à 0,3°C par rapport à 2025, ce qui, dans les faits, resterait bien au-dessus des moyennes du XXe siècle. Autant dire que si vous espériez un retour des hivers enneigés des années 1980, vous risquez d’être déçu.
Le rôle méconnu des aérosols : quand la pollution refroidit (un peu) la planète
Il y a un autre facteur, bien plus controversé, qui pourrait jouer en faveur d’une 2026 légèrement moins torride : les aérosols. Ces particules fines, émises par les activités industrielles, les transports et les éruptions volcaniques, ont un effet paradoxal sur le climat. D’un côté, elles aggravent la pollution de l’air et les problèmes de santé publique. De l’autre, elles réfléchissent une partie du rayonnement solaire vers l’espace, ce qui atténue le réchauffement. Le problème, c’est que depuis les années 2000, les réglementations environnementales – notamment en Chine et en Europe – ont drastiquement réduit leurs émissions. Moins d’aérosols, c’est moins de refroidissement artificiel… et donc une accélération du réchauffement.
Sauf que, là encore, la mécanique climatique réserve des surprises. En 2023, une étude publiée dans Nature Climate Change a révélé que les aérosols pourraient avoir un effet retard. En clair : leur diminution progressive depuis 20 ans commence seulement à se faire sentir dans les températures globales. Et si 2025 marque un pic, c’est en partie parce que ce "frein" artificiel est en train de sauter. Mais en 2026 ? Certains chercheurs, comme Johannes Quaas de l’université de Leipzig, estiment que l’effet refroidissant résiduel des aérosols pourrait encore jouer un rôle marginal. Pas de quoi inverser la tendance, mais assez pour expliquer une infime baisse des températures.
Le truc, c’est que personne ne sait vraiment mesurer cet effet avec précision. Les aérosols interagissent avec les nuages, modifient les précipitations, et leur impact varie selon les régions. En Asie du Sud, par exemple, leur réduction pourrait aggraver les vagues de chaleur, tandis qu’en Europe, elle pourrait atténuer les étés caniculaires. Bref, c’est un facteur de plus dans une équation déjà bien complexe.
La Niña en 2026 : une bouffée d’air frais… ou un leurre climatique ?
Si La Niña se manifeste bel et bien en 2026, comme le prévoient 60% des modèles climatiques, ses effets seront loin d’être uniformes. Pour faire simple : certaines régions du globe pourraient effectivement connaître un répit, tandis que d’autres subiraient des conditions encore plus extrêmes. Et c’est là que ça devient intéressant – ou inquiétant, selon le point de vue.
Les gagnants (relatifs) de La Niña
En Amérique du Nord, La Niña a tendance à apporter des hivers plus froids et plus humides dans le nord-ouest du continent, avec des chutes de neige abondantes dans les Rocheuses et les Grandes Plaines. En 2010-2011, un épisode La Niña particulièrement marqué avait provoqué des tempêtes de neige historiques à New York et Chicago. En Australie, les précipitations augmentent, ce qui peut soulager les sécheresses… mais aussi causer des inondations dévastatrices, comme celles de 2010-2011 qui avaient submergé le Queensland. En Afrique de l’Est, les pluies sont généralement plus abondantes, ce qui peut favoriser les récoltes – à condition que les sols ne soient pas déjà saturés d’eau.
En Europe, l’impact est plus subtil. La Niña a tendance à renforcer les vents d’ouest, ce qui peut atténuer les vagues de chaleur estivales. En 2022, un épisode La Niña modéré avait contribué à un été relativement clément en France, avec des températures proches des normales saisonnières. Mais attention : ce n’est pas une règle absolue. En 2016, malgré La Niña, l’Europe avait connu un automne exceptionnellement chaud. Le climat, décidément, n’aime pas les généralités.
Les perdants de La Niña
Si certaines régions respirent un peu, d’autres en paient le prix. En Amérique du Sud, La Niña aggrave les sécheresses dans le sud du Brésil, l’Argentine et l’Uruguay, avec des conséquences dramatiques pour l’agriculture. En 2020-2021, un épisode La Niña avait provoqué une baisse de 30% de la production de soja en Argentine, faisant flamber les prix mondiaux. En Indonésie et dans le sud-est asiatique, les précipitations augmentent, ce qui peut entraîner des glissements de terrain et des épidémies de maladies vectorielles comme la dengue. Et aux États-Unis, le sud-est du pays subit souvent des ouragans plus intenses, comme l’avait montré la saison record de 2020, avec 30 tempêtes nommées dont plusieurs ouragans majeurs.
Mais le vrai problème, c’est que La Niña ne compense pas le réchauffement climatique. Elle le masque, temporairement. En 2011, année La Niña, les températures mondiales étaient restées 0,12°C au-dessus de la moyenne 1961-1990. En 2021, autre année La Niña, le réchauffement était de 0,84°C. Autrement dit : même avec La Niña, la planète continue de se réchauffer. La différence entre 2025 et 2026, si elle existe, ne sera qu’un soubresaut dans une tendance de fond bien plus inquiétante.
Les modèles climatiques se trompent-ils ? Le débat qui agite les scientifiques
Voilà le genre de question qui donne des migraines aux climatologues. Parce que oui, les modèles se trompent parfois. Pas sur le réchauffement climatique lui-même – là-dessus, le consensus est écrasant – mais sur son amplitude, sa répartition géographique, et surtout, sur les interactions entre les différents facteurs. Et c’est précisément là que ça coince pour 2026.
Prenons l’exemple des modèles CMIP6, utilisés par le GIEC pour ses projections. Ces modèles, plus sophistiqués que leurs prédécesseurs, intègrent désormais des paramètres comme l’évolution des aérosols, les changements dans l’utilisation des sols, et même les rétroactions climatiques (comme la fonte du permafrost, qui libère du méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂). Problème : ils ont tendance à surestimer le réchauffement à court terme. En 2019, une étude publiée dans Nature avait montré que les modèles CMIP6 prévoyaient un réchauffement 17% plus élevé que les observations réelles pour la période 2005-2014. Autant dire que si ces modèles annoncent une baisse des températures en 2026, il faut prendre cette prédiction avec des pincettes.
À l’inverse, d’autres modèles, comme ceux du UK Met Office, tablent sur une stabilisation – voire une légère hausse – des températures en 2026, malgré La Niña. Leur argument ? Le réchauffement des océans, qui stockent 90% de l’excès de chaleur dû aux activités humaines. Même si l’atmosphère se refroidit temporairement, les océans, eux, continuent de se réchauffer. Et comme ils influencent directement les températures de surface, leur inertie thermique pourrait annuler une partie des effets de La Niña.
Alors, qui a raison ? Honnêtement, c’est flou. Les climatologues eux-mêmes reconnaissent que les prévisions à court terme (2-3 ans) sont bien moins fiables que les tendances à long terme. Comme le résume Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA : "Prédire le climat d’une année sur l’autre, c’est un peu comme essayer de deviner le temps qu’il fera dans six mois. On peut avoir des indices, mais il y a toujours une part d’incertitude."
Le facteur humain : quand la politique brouille les cartes
Et puis, il y a l’imprévisible : nous. Les décisions politiques et économiques prises aujourd’hui auront un impact sur le climat de 2026. Par exemple, si la Chine et l’Inde accélèrent leur transition vers les énergies renouvelables, les émissions de CO₂ pourraient baisser plus vite que prévu, atténuant légèrement le réchauffement. À l’inverse, si les États-Unis ou l’Europe relancent massivement le charbon pour des raisons géopolitiques (comme après la crise ukrainienne en 2022), les températures pourraient grimper plus que prévu.
Autre variable : les feux de forêt. En 2023, les incendies au Canada ont libéré 1,5 milliard de tonnes de CO₂, soit l’équivalent des émissions annuelles du Japon. Si 2026 voit une répétition de ces mégafeux – en Sibérie, en Amazonie ou en Australie –, les températures pourraient être plus élevées que prévu, même avec La Niña. Car les feux ne se contentent pas d’émettre du CO₂ : ils libèrent aussi des aérosols noirs qui absorbent la chaleur et réchauffent l’atmosphère.
Bref, le climat de 2026 dépendra autant des cycles naturels que de nos choix collectifs. Et ça, aucun modèle ne peut le prédire avec certitude.
2026 plus fraîche ? Oui, mais seulement si on regarde les moyennes mondiales
Admettons que 2026 soit effectivement plus fraîche que 2025. Que signifierait concrètement cette baisse de 0,1°C à 0,3°C pour vous et moi ? Pas grand-chose, en réalité. Parce que le climat ne se vit pas en moyennes annuelles, mais en événements extrêmes. Et c’est là que le bât blesse.
Les vagues de chaleur : toujours plus longues, toujours plus intenses
En 2022, l’Europe a connu son été le plus chaud jamais enregistré, avec des températures dépassant 40°C au Royaume-Uni pour la première fois de l’histoire. En 2023, ce record a été pulvérisé, avec des pointes à 47°C en Espagne et des nuits tropicales (températures ne descendant pas en dessous de 20°C) jusqu’en Scandinavie. Même si 2026 est légèrement plus fraîche, ces vagues de chaleur ne disparaîtront pas. Au contraire : elles pourraient devenir encore plus fréquentes et plus longues.
Pourquoi ? Parce que le réchauffement climatique ne se contente pas d’augmenter les températures moyennes. Il décale toute la distribution des températures vers le haut. En clair : les jours "normaux" deviennent plus chauds, mais les jours "extrêmes" deviennent carrément caniculaires. Une étude publiée dans Environmental Research Letters en 2023 a montré que, même avec une baisse de 0,2°C des températures mondiales, le nombre de jours à plus de 40°C en Europe pourrait doubler d’ici 2030. Autrement dit : une 2026 plus fraîche ne vous épargnera pas les canicules.
Les précipitations : quand trop ou pas assez devient la norme
Autre conséquence du réchauffement : les régimes de pluie deviennent de plus en plus erratiques. Certaines régions subissent des sécheresses prolongées, tandis que d’autres sont noyées sous des pluies diluviennes. En 2022, le Pakistan a connu des inondations catastrophiques, avec un tiers du pays sous l’eau et 1 700 morts. La même année, la Chine a enregistré sa pire sécheresse en 60 ans, avec des fleuves comme le Yangtsé réduits à un filet d’eau. En 2023, c’est au tour de la Corne de l’Afrique de souffrir, avec une sécheresse historique qui a plongé des millions de personnes dans la famine.
Et 2026 ? Même avec une légère baisse des températures, ces extrêmes ne disparaîtront pas. Au contraire : un climat plus chaud signifie une atmosphère plus humide, ce qui intensifie les précipitations. Selon le GIEC, pour chaque degré de réchauffement supplémentaire, l’intensité des pluies extrêmes augmente de 7% à 15%. Autant dire que même si 2026 est un peu plus fraîche, vous pouvez vous attendre à des orages plus violents, des inondations plus fréquentes, et des sécheresses plus longues.
Les océans : le vrai thermostat de la planète
Si l’atmosphère se refroidit légèrement en 2026, les océans, eux, continueront de se réchauffer. Et ça, c’est une mauvaise nouvelle pour plusieurs raisons. D’abord, parce que les océans absorbent 93% de l’excès de chaleur dû aux activités humaines. Ensuite, parce que ce réchauffement accélère la fonte des glaces polaires, ce qui fait monter le niveau de la mer. En 2023, le niveau moyen des océans a atteint un nouveau record, avec une hausse de 3,7 mm par an depuis 2006. Et cette tendance ne montre aucun signe de ralentissement.
Mais le plus inquiétant, c’est l’impact sur les écosystèmes marins. Les coraux, par exemple, blanchissent dès que la température de l’eau dépasse 1°C au-dessus de la normale saisonnière. En 2022, la Grande Barrière de corail a connu son quatrième épisode de blanchiment massif en sept ans. Même si 2026 est plus fraîche, les océans, eux, resteront trop chauds pour permettre une réelle récupération. Et sans coraux, c’est toute la chaîne alimentaire marine qui s’effondre.
Autre conséquence : les ouragans. Des eaux plus chaudes signifient des cyclones plus intenses. En 2023, l’ouragan Otis a frappé Acapulco avec des vents à 270 km/h, devenant le premier ouragan de catégorie 5 à toucher terre dans le Pacifique Est. En 2026, même avec une légère baisse des températures atmosphériques, les océans continueront de fournir l’énergie nécessaire à la formation de monstres météorologiques. Et ça, c’est une certitude.
Les idées reçues sur le climat qui faussent tout
Si le débat sur 2026 vs 2025 est si confus, c’est en partie à cause des idées reçues qui circulent sur le climat. En voici quelques-unes, démontées une par une.
"Une année plus fraîche = le réchauffement climatique s’arrête"
C’est la plus tenace, et la plus dangereuse. Non, une année légèrement plus fraîche ne signifie pas que le réchauffement climatique est en pause. Le climat se mesure sur des décennies, pas sur des années isolées. Prenez l’exemple de 1998 : cette année-là, un El Niño exceptionnel avait propulsé les températures à des niveaux records. Les années suivantes, les températures avaient légèrement baissé, ce qui avait poussé certains climatosceptiques à crier victoire. Sauf que… la tendance de fond, elle, continuait de grimper. Entre 2000 et 2010, la température moyenne a augmenté de 0,2°C, et entre 2010 et 2020, de 0,3°C. Autant dire que la "pause" n’en était pas une.
Le problème, c’est que le cerveau humain a du mal à saisir les tendances longues. On se focalise sur les variations annuelles, comme si c’étaient des preuves ou des réfutations. Sauf que le climat, lui, s’en fiche. Il suit sa propre logique, implacable.
"La Niña va tout arranger"
Autre idée reçue : La Niña serait une sorte de "remède" au réchauffement climatique. Faux. Comme on l’a vu, La Niña ne fait que masquer temporairement le réchauffement. Pire : elle peut aggraver certains extrêmes, comme les sécheresses en Amérique du Sud ou les ouragans en Atlantique. Et surtout, elle ne change rien au fait que les océans continuent de se réchauffer, que les glaces fondent, et que les concentrations de CO₂ dans l’atmosphère battent des records chaque année.
En 2022, année La Niña, la concentration de CO₂ a atteint 421 parties par million (ppm), un niveau jamais vu depuis 3 millions d’années. Autant dire que La Niña ne fait pas le poids face à l’accumulation de gaz à effet de serre.
"Le climat a toujours varié, donc le réchauffement actuel est naturel"
Oui, le climat a toujours varié. Mais jamais aussi vite. Les carottes glaciaires et les sédiments marins montrent que les transitions entre périodes glaciaires et interglaciaires se sont étalées sur des milliers d’années. Aujourd’hui, le réchauffement se produit 10 à 100 fois plus vite que les variations naturelles passées. Et surtout, il est directement lié aux activités humaines : combustion des énergies fossiles, déforestation, agriculture intensive.
Pour vous donner un ordre de grandeur : la dernière fois que la Terre a connu une concentration de CO₂ comparable à celle d’aujourd’hui, c’était pendant le Pliocène, il y a 3 millions d’années. À l’époque, le niveau des mers était 20 mètres plus haut qu’aujourd’hui, et les températures étaient 3 à 4°C plus élevées. Autant dire que si on continue sur cette trajectoire, on se dirige vers un monde radicalement différent de celui que nous connaissons.
Questions fréquentes : ce que tout le monde se demande (et que les experts évitent parfois de répondre)
Est-ce que 2026 sera plus supportable que 2025 ?
Pas vraiment. Si 2026 est effectivement plus fraîche, la différence sera si minime qu’elle passera inaperçue pour la plupart des gens. Ce qui changera vraiment, ce sont les événements extrêmes : canicules plus longues, sécheresses plus intenses, pluies diluviennes. En 2025, on risque de battre des records de chaleur. En 2026, on risque de battre des records d’inondations ou de tempêtes. Bref, "plus supportable" n’est pas le bon terme. Disons plutôt "différent".
Faut-il s’attendre à un hiver 2026 particulièrement froid en Europe ?
Possible, mais pas certain. La Niña a tendance à renforcer les vents d’ouest en Europe, ce qui peut apporter des hivers plus doux et plus humides. Mais d’autres facteurs entrent en jeu, comme l’oscillation nord-atlantique (NAO), qui influence la trajectoire des dépressions. En 2010, un épisode La Niña avait coïncidé avec un hiver glacial en Europe, avec des températures descendant jusqu’à -20°C en France. En 2022, autre année La Niña, l’hiver avait été doux. Bref, c’est la loterie.
Ce qui est sûr, c’est que même si l’hiver 2026 est froid, il ne signifiera pas que le réchauffement climatique s’est arrêté. Les hivers froids font partie de la variabilité naturelle du climat. Ce qui compte, c’est la tendance sur le long terme – et celle-ci reste sans équivoque : les hivers se réchauffent.
Les prévisions pour 2026 sont-elles fiables ?
Moins que les prévisions à long terme, mais plus que les prévisions météo à 10 jours. Les modèles climatiques utilisés pour les prévisions annuelles ont une marge d’erreur d’environ 0,1°C à 0,2°C. Autrement dit, si les modèles annoncent une baisse de 0,2°C en 2026, la réalité pourrait tout aussi bien être une baisse de 0,1°C… ou une stabilisation. Et puis, il y a les surprises : une éruption volcanique majeure (comme celle du Pinatubo en 1991, qui avait refroidi la planète de 0,5°C pendant deux ans), un changement brutal des courants océaniques, ou une accélération inattendue de la fonte des glaces.
Bref, les prévisions pour 2026 sont utiles pour avoir une idée générale, mais il ne faut pas leur accorder une confiance aveugle. Comme le dit Valérie Masson-Delmotte, climatologue au CEA : "Les modèles sont des outils, pas des boules de cristal."
Est-ce que 2026 pourrait être l’année la plus fraîche du reste de notre vie ?
C’est possible. Et c’est précisément ce qui est terrifiant. Même si 2026 est plus fraîche que 2025, elle restera probablement parmi les 10 années les plus chaudes jamais enregistrées. Et avec la poursuite du réchauffement climatique, il est peu probable que les années suivantes soient plus fraîches. Autrement dit, 2026 pourrait bien être la dernière année "relativement fraîche" que nous connaîtrons de notre vivant.
Pour vous donner une idée : selon le GIEC, si les émissions de gaz à effet de serre continuent sur leur trajectoire actuelle, les températures mondiales pourraient augmenter de 2,7°C à 4,4°C d’ici 2100. Dans ce scénario, une année comme 2026 – avec ses vagues de chaleur, ses sécheresses et ses inondations – serait considérée comme "fraîche" par rapport à ce qui nous attend. Et ça, c’est le vrai sujet.
Verdict : 2026 sera-t-elle plus fraîche que 2025 ? La réponse qui dérange
Oui. Probablement. Mais si peu que ça n’aura presque aucun impact concret. Les modèles climatiques s’accordent sur une légère baisse des températures mondiales en 2026, principalement due à La Niña et à la fin du cycle El Niño. Cette baisse, estimée entre 0,1°C et 0,3°C, sera à peine perceptible pour la plupart des gens. En Europe, par exemple, elle pourrait se traduire par un été légèrement moins caniculaire qu’en 2025 – mais toujours plus chaud que la moyenne des 30 dernières années. Aux États-Unis, elle pourrait atténuer les vagues de chaleur dans le Midwest, mais aggraver les ouragans en Floride. En Australie, elle pourrait apporter des pluies bienvenues, mais aussi des inondations.
Le vrai problème, ce n’est pas de savoir si 2026 sera plus fraîche que 2025. Le vrai problème, c’est que cette question occulte l’essentiel : le réchauffement climatique ne s’arrête pas. Même avec une baisse temporaire des températures, les concentrations de CO₂ dans l’atmosphère continuent d’augmenter, les océans se réchauffent, les glaces fondent, et les événements extrêmes se multiplient. Autant dire que se réjouir d’une 2026 "plus fraîche", c’est un peu comme se féliciter d’avoir moins mal à la tête alors qu’on est en train de faire une crise cardiaque.
Alors, que faire de cette information ? Pas grand-chose, à vrai dire. Si vous espériez un répit climatique, vous risquez d’être déçu. Mais si vous en tirez une leçon, ce devrait être celle-ci : le climat ne se négocie pas. Il suit sa propre logique, et nous n’avons pas d’autre choix que de nous adapter – ou de réduire drastiquement nos émissions pour éviter le pire.
Et ça, c’est une question qui dépasse largement le débat entre 2025 et 2026.
