Le contexte de l'ascension de Jeanne du Barry à Versailles
Jeanne Bécu, née en 1743 à Vaucouleurs, gravit les échelons sociaux par ses liaisons stratégiques. De modeste origine, elle devint comtesse du Barry grâce au comte Guillaume Du Barry, qui l'introduisit auprès de Louis XV en 1768. Le roi, veuf depuis dix ans, la nomma sa favorite officielle, lui octroyant le château de Louveciennes et une pension de 150 000 livres annuelles. Cette élévation provoqua des remous immédiats à la cour, où l'on murmurait sur ses origines "légères".
Versailles, sous le règne de Louis XV, comptait environ 10 000 résidents permanents, un microcosme d'intrigues où la naissance primait. Madame du Barry, malgré ses 25 ans, incarnait l'intruse. Les salons parisiens, comme celui de Madame Geoffrin, amplifièrent les critiques : on la dépeignait comme une "marchande de plaisirs". Pourtant, le roi insista pour une présentation formelle, fixée au printemps 1769. Ce cadre tendu posa les bases du refus collectif.
Les premières résistances avant la présentation officielle
Dès l'automne 1768, le duc de Choiseul, ministre tout-puissant, tenta de circonscrire l'influence de la nouvelle favorite. Il organisa un mariage fictif avec le frère du comte Du Barry pour légitimer son statut. Mais la noblesse réagit : la princesse de Nassau-Siegen refusa catégoriquement toute invitation impliquant Madame du Barry. Ces signes avant-coureurs indiquaient une opposition structurée.
En février 1769, une liste circula : 36 dames de la plus haute extraction jurèrent de ne pas paraître à la cérémonie. Parmi elles, des Condé, des Rohan, des Fitz-James. Le roi menaça d'exil, Choiseul de disgrâce professionnelle – environ 20 % des postes à pourvoir dépendaient de lui. Pourtant, la solidarité nobiliaire tint bon, forçant une présentation expédiée en 15 minutes.
Qui a refusé Jeanne du Barry lors de la fameuse soirée de 1769 ?
La duchesse de Gramont, âgée de 62 ans, fut la plus virulente : "Jamais je ne saluerai cette créature", déclara-t-elle publiquement. La princesse de Conti, petite-fille de Louis XIV par sa mère, boycotta l'événement, suivie de la duchesse de Luynes et de la comtesse de Noailles. Au total, 36 nobles désertèrent Versailles ce 22 avril, un chiffre précis rapporté par les Mémoires de Madame de Campan.
La comtesse de Marsan, gouvernante des enfants de France, et la marquise de Durfort complétèrent ce front uni. Ces femmes, issues de lignées princières, représentaient 15 % de la grande noblesse titrée. Leur absence transforma la soirée en fiasco : seule une poignée de dames opportunistes, comme la duchesse de Valentinois, se prêta au jeu. Le roi, furieux, confina plusieurs refusantes à leurs terres pendant six mois.
Certains noms émergent moins : la vicomtesse de Laval et la baronne de Crussol. Cette coalition n'était pas spontanée ; des lettres codées, archivées à la Bibliothèque nationale, prouvent une coordination via le salon de la duchesse de Praslin.
Pourquoi la haute noblesse a-t-elle boycotté Madame du Barry ?
Les origines prostituées de Jeanne – elle avait tenu salon rue des Prouvaires – heurtaient les codes aristocratiques. La noblesse, forte de 4 000 familles titrées en 1769, voyait en elle une menace à la pureté du sang. La duchesse de Gramont, veuve d'un maréchal, incarnait cette fierté : son lignage remontait à Henri IV, pas à un bordel parisien.
Politiquement, le boycott visait Choiseul, protecteur de la favorite. Sa chute, en décembre 1770, coûta 200 000 livres en pots-de-vin redistribués. Les Parlements, agités par ces tensions, critiquaient déjà la monarchie : ce scandale alimenta 15 pamphlets anti-Du Barry en un an. Enfin, une jalousie mesquine : la favorite recevait 500 000 livres de joyaux en deux ans, plus que bien des duchesses en une vie.
Admettons-le : le snobisme nobiliaire masquait une peur réelle de la roture montante. Les études sur la noblesse d'Ancien Régime, comme celles de Guy Chaussinand-Nogaret, chiffrent à 25 % le nombre de mariages mixtes roturiers-nobles entre 1750 et 1780 – un glissement que Du Barry symbolisait.
Les conséquences immédiates des refus sur la cour de Louis XV
Le 23 avril, Versailles bruissait : le roi exila la princesse de Conti à Chantilly pour trois mois, coûtant 10 000 livres en frais de transport et surveillance. Madame du Barry, vexée, exigea des lettres de cachet pour 12 autres. Cette répression renforça son isolement ; elle ne fréquenta plus que 20 dames triées sur le volet.
À long terme, ces refus accélérèrent la disgrâce de Choiseul : remplacé par d'Aiguillon, allié de la favorite, il partit avec une retraite de 100 000 livres. La cour se scinda en deux factions, réduisant les fêtes de 150 à 80 par an. Ironie du sort : les boycotteuses, en refusant de courber l'échine, accélérèrent l'usure de Louis XV, mort en 1774 des varoles.
Comparaison : refus contre Jeanne du Barry versus autres favorites royales
Contrairement à Madame de Pompadour, acceptée en 1745 malgré son roture – elle apportait 50 000 livres de dot –, Du Barry subit un rejet total. Pompadour intégra 70 % des salons en cinq ans ; Du Barry, à peine 30 %. La Montespan, favorite de Louis XIV, fut contrainte par le roi mais sans boycott massif : seulement 5 refus notables en 1670.
La Parme, sous Louis XV en 1750, essuya des critiques mais obtint 80 % d'adhésion nobiliaire grâce à son sang princier italien. Du Barry, avec zéro pedigree, paie 200 % plus cher en hostilité. Les Mémoires du duc de Croÿ quantifient : les pamphlets anti-favorite culminèrent à 25 pour elle contre 12 pour Pompadour.
En bref, son cas domine par l'ampleur : un boycott nobiliaire inédit, préfigurant les fractures pré-révolutionnaires.
Les erreurs courantes sur les refus à l'égard de Madame du Barry
On attribue souvent le refus principal à Marie-Antoinette, erreur flagrante : elle n'arriva qu'en 1770 et la salua poliment. Une autre : croire à un complot maçonnique, relancé par des thèses conspirationnistes modernes sans source primaire. Vérifiez les archives : 90 % des refusants étaient catholiques ultramontains.
Ne pas négliger le contexte financier : Du Barry dépensait 300 000 livres par an en toilettes, alimentant les rumeurs d'avidité. Les débutants en histoire de cour surestiment le rôle du roi ; il céda sur 60 % des exils mais pas sur son attachement. Conseil : croisez Mémoires de Besenval et journaux de la Haye pour une vue fiable.
Une micro-digression : les gravures satiriques de 1769, vendues 2 livres pièce à Paris, immortalèrent ces duchesses en nonnes récalcitrantes – propagande royale efficace.
FAQ : questions fréquentes sur qui a refusé Jeanne du Barry
Quelle est la liste complète des principales refusantes ?
Outre la duchesse de Gramont et la princesse de Conti, figurent la duchesse de Luynes (âgée de 55 ans), la comtesse de Noailles, la marquise de Durfort, la vicomtesse de Laval, la baronne de Crussol et la comtesse de Marsan. relation de Madame de Campan, 1822, listant 36 noms exhaustifs.
Pourquoi aucune sanction définitive n'a-t-elle été appliquée ?
Le roi craignait un soulèvement nobiliaire : les Parlements soutenaient discrètement les boycotteuses. Exils limités à 4-6 mois, coûtant 50 000 livres au Trésor. Louis XV, pragmatique, préféra l'apaisement ; 70 % rentrèrent avant 1770.
Combien de temps dura l'opposition à Madame du Barry après 1769 ?
Jusqu'à sa disgrâce en 1774 : cinq ans de tensions, avec 12 incidents notables. Post-mortem, oubliée sous Louis XVI ; son procès en 1793 attira plus d'attention que ses refus initiaux.
Conclusion : le legs des refus contre Jeanne du Barry
Les refus de la duchesse de Gramont et consœurs ne brisèrent pas Jeanne du Barry, qui régna cinq ans sur Versailles, amassant une fortune estimée à 15 millions de livres. Mais ils exposèrent les failles de l'Ancien Régime : une noblesse arc-boutée sur ses privilèges, un roi affaibli par ses passions. Ce scandale, avec ses 36 boycotteuses, préfigura les révoltes de 1789, où 90 % des noblesses perdirent la tête – littéralement. Aujourd'hui, il illustre comment une courtisane défia l'aristocratie, laissant un chapitre piquant dans l'histoire de France. Une leçon : à Versailles, le sang ne lave pas tout.

