Le choc des années 70 : Quand tout a vraiment basculé pour la première fois
Je pense que c'est là que réside la mémoire collective de l'inflation. Avant 1973, la France connaissait une période de croissance formidable, les fameuses Trente Glorieuses, où les prix augmentaient, oui, mais le pouvoir d'achat suivait généralement. Du coup, on s'habituait à voir les salaires monter en parallèle. Puis, patatras, le premier choc pétrolier d'octobre 1973 arrive.
En fait, ce qui est fascinant, c'est la rapidité avec laquelle les choses se sont déréglées. Le prix du baril a été multiplié par quatre en quelques mois. Cela a eu un effet domino immédiat sur tout : le transport, l'énergie pour chauffer, et par conséquent, sur le coût de production de presque tout ce que nous achetions. J'ai lu que l'inflation a bondi de 6% en 1973 à près de 14% en 1974. Imaginez un peu l'effet sur le budget d'un ménage à l'époque, c'est vertigineux.
Cela dit, il ne faut pas croire que l'inflation s'est arrêtée net après ce premier coup. Le deuxième choc, en 1979, a remis le couvert, prouvant que nous étions entrés dans une nouvelle ère économique, une ère où la stabilité des prix n'était plus garantie par l'abondance d'énergie bon marché. C'est à ce moment-là que les politiques monétaires ont commencé à devenir beaucoup plus restrictives, cherchant désespérément à casser cette spirale.
L'ombre de la stagflation : le piège des années 80
Ce qui s'est ensuivi, c'est cette drôle de bête économique qu'on a appelée la stagflation, un mot que je trouve très bien trouvé car il résume bien le cauchemar : stagnation de l'économie ET inflation. Les chiffres de l'inflation ont continué à danser au-dessus des 10% pendant une bonne partie de la décennie 80. Selon moi, c'est cette période qui a vraiment ancré l'idée que "l'inflation, c'est normal, ça fait partie de la vie économique".
On a vu apparaître des mécanismes d'indexation des salaires sur les prix, ce qui, d'une certaine manière, nourrissait l'inflation en retour. C'est un cercle vicieux que les gouvernements successifs ont essayé de briser, parfois maladroitement, en dévaluant le franc ou en changeant de cap politique complètement. C'est d'ailleurs pour cela que le passage à une politique de rigueur monétaire plus stricte, menée notamment par Jacques Delors, a été si structurant pour la suite.
L'inflation "invisible" des Trente Glorieuses : une hausse masquée
Il faut être honnête, l'inflation n'a pas commencé en 1973. Elle était là, mais elle était différente. Durant les Trente Glorieuses (disons 1945 à 1973), les prix augmentaient, souvent autour de 4 à 6% par an en moyenne. Pourquoi n'en parle-t-on pas autant ? Parce que, en fait, les salaires (et surtout la productivité) augmentaient souvent plus vite que les prix.
Quand vous voyez le prix d'une baguette passer de 10 centimes à 30 centimes en dix ans, ce n'est pas dramatique si votre salaire est passé de 100 francs à 400 francs sur la même période. Le sentiment subjectif du consommateur était celui du progrès, de l'accès à plus de biens. L'inflation était là, elle grignotait doucement le pouvoir d'achat, mais elle était compensée par une croissance extrêmement robuste. C'est une inflation de "bonne qualité", si l'on peut dire, car elle était le sous-produit d'une économie qui tournait à plein régime, en reconstruction après la guerre.
Pourquoi l'inflation est-elle revenue nous hanter si brutalement en 2021 ?
Cela dit, ce qui nous intéresse aujourd'hui, c'est sans doute la résurgence récente. Quand a commencé l'inflation actuelle en France ? J'ai remarqué que le vrai basculement, celui qui a fait hurler les gens dans les supermarchés, s'est produit fin 2021, pour vraiment s'installer en 2022. C'est fondamentalement différent des années 70.
En 1973, le problème était principalement lié à l'offre : une matière première essentielle (le pétrole) devenait soudainement rare et chère. Aujourd'hui, c'est un mélange beaucoup plus complexe. D'abord, il y a eu la demande post-Covid, les gens voulaient rattraper le temps perdu, ce qui a mis sous tension les chaînes logistiques mondiales. Ensuite, la guerre en Ukraine a créé un choc d'offre sur l'énergie et les matières premières agricoles, un peu comme en 73, mais avec des conséquences différentes sur les prix alimentaires.
Ce que je trouve intéressant, c'est que la Banque Centrale Européenne avait maintenu des taux d'intérêt très bas pendant des années. Du coup, quand la pression s'est exercée, les outils pour la maîtriser étaient moins efficaces ou nécessitaient des hausses de taux spectaculaires, ce qui fait que l'effet sur le crédit immobilier, par exemple, a été immédiat et douloureux.
L'impact psychologique : la mémoire courte des prix
Il y a un aspect humain que l'on oublie souvent en parlant de chiffres. Je pense que nous, les Français, avons une mémoire assez courte des prix relatifs. Quand l'essence était à 1,20 € le litre, on râlait. Quand elle passe à 1,80 €, on râle encore plus fort, même si, ajusté à l'inflation générale, le prix réel n'est peut-être pas si différent de ce qu'il était en 2012. L'important, c'est la perception du changement soudain.
D'ailleurs, j'ai remarqué que l'inflation est plus difficile à accepter quand elle touche des produits de première nécessité qui ne varient jamais, comme le lait ou le pain. Si le prix de mon smartphone augmente, je peux attendre un an pour le remplacer. Si le prix du jambon augmente de 20% en six mois, je le vois immédiatement dans mon panier hebdomadaire, et là, le sentiment d'injustice est beaucoup plus fort.
Que faire quand on est pris entre deux feux ? Quelques réflexes à garder en tête
Bon, analyser quand ça a commencé, c'est bien, mais concrètement, qu'est-ce qu'on fait quand on sent que son argent ne vaut plus rien ? C'est là que le côté pratique intervient. Je pense qu'il faut absolument revoir ses postes de dépenses fixes. Est-ce que mon assurance auto est toujours au meilleur prix ? Est-ce que je peux renégocier mon forfait téléphonique ?
En période de forte inflation, la diversification, même modeste, devient cruciale. Il ne s'agit pas de devenir trader, loin de là. Mais si l'argent dort sur un compte courant, il perd de la valeur tous les jours. Il faut se pencher sur des placements qui offrent au moins une protection symbolique contre la hausse des prix, même si cela implique un petit risque. Cela dit, attention aux produits miracles vendus par des gens qui n'ont pas du tout votre intérêt en tête, c'est le piège classique.
En conclusion, si l'on doit donner une date pour l'inflation moderne et structurelle en France, je pencherais pour 1974. Mais si l'on parle de la dernière vague qui nous touche actuellement, c'est clairement fin 2021. Dans les deux cas, ce sont des changements de paradigme qui nous rappellent que la stabilité économique est un luxe qui se mérite et qui demande une vigilance constante de la part des décideurs.
